2ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année A


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Références bibliques

  • Lecture du prophète Isaïe : 49. 3 à 6 : « Je vais faire de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre
  • Psaume 39 : « J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée » (en grec : Eglise)
  • Lecture de saint Paul aux Corinthiens: 1 Cor. 11. 1à 3 : » Vous qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint. »
  • Evangile selon saint Jean : 1. 29 à 34 : »Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage, c’est lui le Fils de Dieu! »

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,29-34.
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était.
Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

L’Agneau de Dieu,
par Marcel Domergue

La désignation du Christ comme «Agneau de Dieu» laisse beaucoup de chrétiens indifférents. N’allons pas chercher une ressemblance entre Jésus et l’animal de nos bergeries. Cette appellation, fréquente dans l’Apocalypse, est un renvoi à l’agneau pascal, immolé et consommé à la veille de la sortie d’Égypte. Le sang de cet agneau marquait les portes des maisons des Hébreux et les protégeait de l’extermination (Exode12,1-14 et 46, cité en Jean 19,36). Ainsi, dès sa première apparition, Jésus est désigné comme celui qui donnera son sang pour libérer de la mort ceux que condamnait leur participation au « péché du monde ». D’entrée de jeu, l’évangéliste oriente notre regard vers la Pâque à venir. Le thème de l’agneau est à manipuler avec précaution car il glisse facilement vers une interprétation sacrificielle de la crucifixion du Christ : Jésus vu comme la victime offerte à Dieu pour satisfaire une justice qui ne pardonne pas. Où est alors le Dieu qui est amour ? Autre dérapage : trop insister sur la passivité, notamment à partir d’Isaïe 53,7 cité en Actes 8,32 : « Comme une brebis on l’a mené à l’abattoir ; comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche…» Retenons que Jésus s’est mis volontairement entre les mains des hommes : « Ma vie, personne ne me l’enlève mais je la livre de moi-même…» (Jean 10,18). S’il la livre, c’est pour la reprendre, transformée. Désormais « éternelle ». Mais voici qu’à la dernière Cène, l’agneau qui va être tué nous donne son sang à boire. Ce ne sont plus les portes, extérieures, qui sont marquées : ce sang nous devient intérieur ; il devient notre sang. Et le sang c’est la vie, « l’âme », comme le dit Genèse 9. Nous voici vivants de la vie de l’agneau.

Le Christ et nous aujourd’hui

Les gens qui sont venus trouver le Baptiste pensaient probablement qu’avec le baptême dans le Jourdain, ils arriveraient au terme de leur route. Or voici que Jean les oriente vers un autre. Cet autre est bien mystérieux : il était avant Jean et il passe devant lui. Il est donc à la fois le passé et l’avenir, le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga. Jean est en quelque sorte ce présent qui n’est qu’un lieu de passage. Il va falloir repartir pour aller vers un autre baptême. Un baptême non plus dans l’eau qui se trouve toujours au même endroit mais dans l’Esprit, volatil, aérien, planant au-dessus des eaux. La suprême mobilité. Certains des auditeurs de Jean partiront à la suite de Jésus. Fin de leur parcours ? Pas du tout ! Jésus va les entraîner sans répit sur les routes de Palestine et, quand ils auront traversé sa Pâque, ils devront partir « vers le monde entier ». Un voyage qui n’a pas de fin. Comprenons que nous sommes, aujourd’hui comme hier, tournés vers un futur, un « pas encore là ». Nous ne tenons jamais le dernier mot de l’histoire, de notre histoire.

Méfions-nous quand nous nous enfermons dans nos certitudes, nos habitudes, nos convictions, nos jugements. Notre vérité est de rester ouverts à un ailleurs, un autrement. Pour nous chrétiens, ce que nous attendons, ce qui est l’objet de notre désir, c’est le Christ lui-même, que nous ne connaissons pas encore (Jean répète : « Je ne le connaissais pas »). Mais notre désir du Christ ne suffit pas : il doit se conjuguer avec l’espérance, qui est la certitude que nous le connaîtrons un jour. Nous voici donc en route. Mais n’oublions pas qu’il est déjà là, à la source de ce désir et de cette espérance. Il est là aussi quand ce désir et cette espérance se traduisent en amour : quand nous nous laissons traverser par l’amour, nous mettons Dieu au monde.

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C’est lui, le Fils de Dieu!

Cet évangile donne une impression de déjà vu, de redite. Le texte est assez subtil, voire difficile à lire. Il y a des répétitions qui ont l’air de trop insister. L’auteur nous mène du passé au présent, et vice-versa, comme pour nous dérouter.

Ce qui est évident, c’est que le prophète Jean Baptiste témoigne pour nous de la compréhension nouvelle qu’il a de la personne de Jésus. Il avoue qu’il ne le connaissait pas quand déjà il préparait sa venue.

Or Jean, selon la tradition de l’évangile de Luc, avait un lien de parenté avec Jésus. N’était-il pas le fils de Zacharie et d’Élisabeth, le petit cousin du fils de Marie ? Comment peut-il nous dire qu’il ne le connaissait pas? À moins qu’il ne veuille attirer notre attention sur la nécessité d’en appeler à d’autres critères que ceux de la parenté et du voisinage pour connaître Jésus, et qui sont les promesses bibliques et la révélation divine. Nous assistons ici à la mise au point du regard de Jean sur Jésus. Voici que soudainement Jean reconnaît celui qu’hier encore il ne connaissait pas vraiment.

Jean Baptiste fait preuve d’humilité, de fidélité à la grâce de Dieu, quand il témoigne. S’il reconnaît, par delà ses attentes personnelles et ses préjugés, l’identité véritable de Jésus de Nazareth, c’est que l’Esprit-Saint l’a assisté. S’il avoue qu’auparavant il ne connaissait pas Jésus, c’est après s’être posé des questions, avoir cherché, prié, relu les prophètes et la tradition juive, écouté Dieu. Lui, Jean, l’homme rude, sévère et rigoureux, l’homme radical et exigeant, il se retrouve devant un Messie tout en douceur et compassion. Qui prend sur lui le péché des hommes. Le voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Était-ce bien là celui qu’il attendait ? Il y a des vérités que nous aussi nous mettons du temps à découvrir, à accepter. C’est en faisant la relecture d’événements, de rencontres, d’expériences qui nous ont touchés, que nous découvrons soudainement un sens, que nous voyons la lumière. Ainsi il en faut du temps pour faire le point, laisser l’Esprit nous instruire et mesurer avec nous la portée des influences qui nous ont marqués.

Jean Baptiste, lui, était là pour cet instant où le Christ allait paraître. Il a eu la grâce du discernement. Il n’a pas fait obstacle à Jésus. Au contraire, il a pu le contempler, tel qu’il était, en tout son élan. En le voyant venir vers lui, Jean prononce la formule incomparable qui manifeste, aux yeux de tous, l’amour de Dieu. Son point d’équilibre et sa fragilité. Son point de rayonnement et sa vulnérabilité. Voici l’Agneau de Dieu. Voici le Serviteur souffrant et l’Agneau de la Pâque. Voici le Sauveur que le monde attend. Voici le Fils de Dieu. Le prophète Jean peut en témoigner, il l’a vu pour nous. À notre tour de le connaître, pour entrer dans la grâce du pardon. Jean nous rappelle que nous devons nous ouvrir à cette venue de Dieu, qu’il ne faut pas nous asseoir sur nos certitudes, mais chercher, demeurer sensibles à l’Esprit, pour contempler le Verbe de Dieu, voir sa lumière.

Plusieurs s’arrêtent vite sur le chemin. Nous connaissons tous des savants dans les connaissances humaines qui nous étonnent par leur ignorance religieuse et la pauvreté apparente de leur foi. Pourtant ne leur fallait-il pas cultiver aussi la foi, et suivre la bonne nouvelle jusqu’au bout? Elle n’a jamais fini de nous étonner. Dieu vient vers nous en son Fils. Allons-nous discerner, dans l’Esprit, sa présence active, sanctifiante pour nos vies ? Saurons-nous y mettre du temps et la réponse de notre amour ?

Par Jacques Marcotte, o.p.
http://www.spiritualite2000.com