Homélie sur l’Epître de Saint Paul: 1 Cor. 12,12-30
Chers Soeurs et Frères, Lorsqu’un chirurgien se trouve devant un malade dont les analyses sont mauvaises et qu’il lui faut trancher dans le vif, taillader dans la chair, il peut découvrir que le mal n’est plus localisé, que des métastases se sont produites et qu’il s’agit d’un cancer généralisé à l’issue fatale. Vous en avez peut-être déjà été témoin auprès d’êtres qui vous étaient chers et vous avez expérimenté cette solidarité de toutes les parties du corps dont nous parle Saint Paul dans l’Epître d’aujourd’hui.
Cette solidarité est telle que si un fragment de ce corps, une partie de ce corps est atteinte d’un cancer, il est à prévoir, si l’on n’intervient pas assez tôt, il est à prévoir que des métastases se produiront, que tout le corps finira par être envahi et livré à la destruction.
Cette solidarité de toutes les parties du corps – Saint Paul vient de nous le rappeler avec insistance – figure et symbolise la solidarité et l’unité de toute l’humanité appelée à constituer le Corps du Christ.
Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes tous ensemble un seul être, une seule personne dans le Christ. Il est essentiel par conséquent à la santé de ce corps qui est le Corps du Christ, que chacun de ses membres soit lui-même en parfaite santé.
2 1.2 Cela nous induit immédiatement à une découverte d’une importance infinie: c’est que notre santé, c’est-à-dire notre équilibre spirituel, notre sincérité, notre vérité intime, sont indispensables à la santé du Corps Mystique, à la réalisation parfaite du Corps de Jésus Christ.
Cela veut dire que nous sommes débiteurs de notre vie privée, responsables de notre vie la plus intime; nous sommes débiteurs de cette vie dont Dieu seul connaît le secret, nous en sommes débiteurs à l’égard de tous les êtres humains, à l’égard de tout l’univers dont nous avons la charge.
Cela veut dire qu’aucune action, aucune pensée, aucune affection, aucune décision ne peuvent être en nous quelque chose de privé.
Il n’y a rien de privé dans une vie chrétienne, c’est-à-dire dans une vie authentiquement humaine. Il n’y a rien de privé, tout est personnel et donc tout est universel.
Parmi les exigences de la perfection que nous rencontrons et dont notre conscience est la voix, parmi toutes ces exigences, il y a précisément celle-là que nous sommes membres les uns des autres et que notre santé personnelle, c’est-à-dire notre vérité personnelle est engagée dans la vie de tous.
C’est cela qui donne la mesure de notre importance unique, de notre grandeur incommensurable, de sorte que dans notre vie rien n’échappe à l’universalité. Et le concours de chacune de nos vies est ainsi apporté à la vie du Corps, du Corps de Jésus Christ.
C’est notre action la plus essentielle. Les fonctions sociales sont sans doute utiles, elles sont nécessaires éventuellement, mais ce n’est pas cela qui constitue notre action la plus profonde, la plus continuelle, la plus indispensable, car justement notre action la plus universelle est plus utile au plus profond de notre vie personnelle. C’est ce qui se passe, finalement, au niveau de notre coeur, de notre pensée, qui représente notre action dans l’univers.
C’est qu’à travers cette communication qui peut être communion des Saints, ou communion des ténèbres, à travers cette communication, notre vie influe sur toute l’humanité et sur tout l’univers. Personne ne peut donc se plaindre que sa vie n’est pas importante, car toutes les vies ont la même importance au regard justement de cette vérité intérieure. Chacun, même s’il est seul dans sa chambre, chacun, même s’il est solitaire dans sa maison chacun est présent au monde entier et chacun dispose de tout l’univers.
C’est bien pour ce motif d’ailleurs que l’Eglise s’efforce de restaurer cette Confession Sacramentelle qui est en voie de disparition, parce que nous ne sommes pas seulement coupables envers Dieu du fait que nous éteignons en nous la lumière de Sa Présence, mais nous sommes coupables envers toute l’humanité et tout l’univers et nous devons obtenir le pardon et l’absolution de toute l’humanité et de tout l’univers.
3 1.3 Dans les moments difficiles, quand des obstacles nous semblent insurmontables, nous ne pouvons que nous plonger dans cette perspective universelle qui engage précisément notre vie la plus secrète et la plus intime. Cela d’ailleurs nous permettra de ne pas perdre toute espérance en gardant à l’esprit cette humanité de notre vie, parce que chaque action, chaque sacrifice, chaque acte de générosité accompli dans notre for intérieur, dans le secret de nos coeurs est porteur précisément d’une immense efficacité.
Le Christ, dont la vie a été si longtemps une vie cachée, une vie sans éclat, une vie tellement commune et tellement ordinaire que les gens de Nazareth se sont scandalisés de le voir prendre la parole avec autorité et affirmer qu’Il était l’accomplissement même des Ecritures.
Il est bien certain que ce temps de la vie cachée de Jésus n’a pas été du temps perdu. Il a aussi bien racheté le monde pare ce genre d’action que par son ministère public, parce que, justement, a seule action qui compte, la seule gui soit créatrice, la seule qui rayonne sur l’intériorité de l’être humain et qui est donc la seule qui puisse le toucher dans sa réalité vivante, cette action parle à notre coeur, à notre esprit, dans la mesure justement où notre esprit et notre coeur se rectifient, se purifient sous le regard de Dieu.
Nous voulons donc garder de cette rencontre avec Saint Paul, dans notre Epître d’aujourd’hui, le sentiment de la grandeur immense de notre vie.
La vie la plus cachée, la plus coupée de toute action qui puisse retentir dans le monde extérieur, notre vie intime est immense, elle est infinie, elle est indispensable parce que c’est à travers e secret de notre intimité que la Présence de Dieu va se communiquer comme une contagion de Lumière et d’Amour.
Courtoisie de
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