« S’il a le droit d’avoir une mère, l’enfant a aussi le droit d’avoir un père avec un visage » (Bergoglio)

Depuis quelques mois, les communiqués rendant publics les renvois de l’état clérical de prêtres en RD-Congo se multiplient. Un document interne de la conférence épiscopale leur demande de renoncer au sacerdoce pour s’occuper de leurs enfants. Il coïncide avec l’annonce de la visite du pape François en RD-Congo du 2 au 5 juillet.

Depuis le début de l’année, des communiqués évasifs rendant public le renvoi de prêtres congolais de l’état clérical attiraient l’attention : près d’une dizaine en quelques mois, provenant de plusieurs des 48 diocèses. Le dernier, fin mars, excluant trois prêtres du diocèse Tshumbe, dans le centre de la RD-Congo, avait beaucoup intrigué. Les quêtes d’information se heurtaient à un mur de silence.

Un document interne de 19 pages, rédigé par Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et daté du 4 mars, demandant aux prêtres géniteurs de renoncer à leur sacerdoce pour s’occuper de leurs enfants pourrait en être l’une des explications.

Un document officiel interne

Le document examiné par les évêques lors de leur assemblée plénière de mars et titré « A l’école de Jésus-Christ. Pour une vie sacerdotale authentique », vise à « briser le silence » sur cette expérience douloureuse. Il n’a pas été rendu public en dehors du milieu clérical.

Les évêques congolais y expriment leur peine de « constater » que des prêtres « ne mènent pas une vie sacerdotale authentique ». Ils soulignent « l’incompatibilité de la charge de père de famille avec le ministère et la vie sacerdotale en régime catholique romain » et insistent sur la nécessité pour ces prêtres d’adopter « un comportement responsable vis-à-vis des enfants nés d’une femme et un prêtre ». Ils invitent ces derniers à « s’en occuper complètement et pour ce faire de solliciter la dispense des obligations sacerdotales auprès du Saint-Père ».

Dans le cas où le prêtre considéré ne serait pas prêt à abandonner la soutane, le document demande à l’évêque de « présenter le cas au Saint-Siège pour la peine maximale de renvoi de l’état clérical ».

Associations d’enfants de prêtres

Les évêques congolais rappellent que dans de nombreux pays dans le monde, existent des associations d’enfants de prêtres. Elles « visent à faire sortir de l’anonymat et à aider psychologiquement les nombreuses personnes nées d’une relation entre une femme et un prêtre ».

Pour eux, il est désormais temps de rendre justice aux femmes et aux enfants victimes de ces situations et contraints de vivre dans la clandestinité : « Ils demandent reconnaissance et accompagnement ». Dans la société congolaise, ces enfants sont considérés comme « comme fruits du péché ».

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« Exhorter et persuader ne suffit plus, ces attitudes rendent difficile l’amendement des coupables et sèment confusion et scandale parmi les fidèles », insiste-t-il. C’est pourquoi « le prêtre géniteur d’enfants a besoin à la fois de la miséricorde et de la réprimande de la part de l’Église. »

Célibat et chasteté

Les évêques congolais vantent, par ailleurs, les vertus du célibat et estiment que « de nombreux prêtres » vivent fidèlement leurs engagements sacerdotaux et que leur témoignage édifie le peuple de Dieu.

Ils font cependant remarquer que le célibat est mis à l’épreuve par plusieurs facteurs parmi lesquels « l’inclination ou les pulsions de l’instinct qu’il faut éduquer ; le mouvement de liberté sexuelle qui se mondialise et ne laisse pas l’Église intacte » mais aussi « les pesanteurs culturelles dans certains milieux qui ne connaissent pas d’interdit sur le plan sexuel et qui nécessite un assainissement » et « la pauvreté matérielle ou la misère qui ne favorisent pas la pratique des vertus ».

Un lien avec le voyage du pape ?

Ce document a été adressé aux prêtres congolais le 4 mars, le lendemain de l’annonce officielle du voyage du pape François en RD-Congo du 2 au 5 juillet. Faut-il voir un lien ? Une chose est sûre : depuis le début de son pontificat, le pape François a fait de la lutte contre les abus de toutes sortes dans l’Église un de ces grands combats.

Alors qu’il était archevêque de Buenos Aires, il s’était déjà exprimé sur la question dans un livre entretien avec le rabbin Abraham Skorka, intitulé Le Ciel et la terre. « Si un prêtre vient me trouver et me dit qu’il a mis une femme enceinte, je lui fais peu à peu comprendre que le droit naturel prime sur ses droits en tant que prêtre, y expliquait-il. En conséquence, il doit quitter le ministère et assumer la charge de l’enfant, même s’il décide de ne pas épouser la femme. Parce que s’il a le droit d’avoir une mère, l’enfant a aussi le droit d’avoir un père avec un visage ».

Lucie Sarr
5 avril 2022
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