Le Cénacle (GENEVE)
27 Janvier 1974
Maurice ZUNDEL
Première Conférence
Quel Homme et quel Dieu?
Croyons-nous en l’homme? C’est la première question. Croyons-nous en l’homme, c’est-à-dire est-ce que nous découvrons dans l’homme une valeur infinie? On peut diviser les hommes, au fond, à partir de ce critère: ceux qui ont le sens de l’infini dans l’homme et ceux qui ne l’ont pas.
Qu’est-ce que cela veut dire: avoir le sens de l’infini dans l’homme? Je vous rappelle brièvement l’aventure de Koriakov. Koriakov, cet officier russe qui a découvert Jésus dans le Nouveau Testament, ce Jésus qu’il ignorait, ayant été élevé sous le régime communiste, l’ayant accepté intégralement, ne se posant jamais de questions, étant athée en toute tranquillité de conscience et tout d’un coup foudroyé par cette rencontre à travers le Nouveau Testament, cette rencontre avec le Christ qui bouleverse sa vie, qui l’amène à se proposer de conformer sa vie à cette rencontre et, en particulier, puisqu’il est capitaine, d’utiliser la petite influence qu’il peut avoir pour protéger les civils et très spécialement pour défendre l’honneur des femmes.
L’armée à laquelle il appartient fait des bonds de géant, de Russie en Pologne, de Pologne en Allemagne, où il arrive dans les derniers jours de la guerre. Dans le secteur où combat la compagnie de Koriakov, tantôt les Russes ont l’avantage, tantôt les Allemands.
Un matin où les Russes avaient l’avantage, Koriakov sauve deux jeunes Allemandes qui allaient être violentées. Au cours de la journée, les Allemands reprennent la position, Koriakov est fait prisonnier. Il est reçu dans le camp allemand par un capitaine qui lui donne une gifle monumentale qui fait tomber ses lunettes en disant: “Vous êtes une de ces brutes soviétiques qui outragez les femmes allemandes!” Au même moment arrive une fermière allemande qui désigne Koriakov comme celui qui le matin même a sauvé ses deux filles.
Alors un colonel allemand qui se tenait aux côtés du capitaine et qui n’avait pas bougé, ramasse les lunettes de Koriakov et les lui tend respectueusement. Evidemment, trente secondes auparavant, il n’aurait jamais imaginé qu’il serait capable d’un tel geste. Pour lui les Russes, selon ses préjugés, étaient des sous-produits de l’humanité; pour lui un capitaine n’était rien puisqu’il était colonel; pour lui un vaincu, un prisonnier, n’était rien puisqu’il était vainqueur. Et voilà que la situation se retourne radicalement et, sans y songer, parce qu’il a été transformé jusqu’au plus profond de lui-même par la déposition de la fermière, sans y songer, il fait ce geste de réparation qui jaillit du plus profond de lui-même parce que, justement, il vient de découvrir dans son prisonnier la dignité humaine, une dignité qui est solidaire de la sienne , qui est la même qu’en lui-même. Il vient de découvrir dans son prisonnier une valeur qu’il ne peut affirmer en lui-même qu’en la reconnaissant dans l’autre.
Il a changé. Il est né à lui-même. Il se situe maintenant sur un plan d humanité universelle: en quelque sorte, il a pressenti l’infini dans l’homme, le même en tous et en chacun et c’est pourquoi ce geste de réparation a jailli comme l’expression de la vérité à laquelle il a accédé.
Nous avons d’ailleurs le sentiment très net au récit des atrocités qui se commettent un peu partout, quand nous sommes nous-mêmes mis au fait de la torture qui sévit un peu partout, nous éprouvons ce sentiment en effet que la dignité humaine est violée et que cette dignité, c’est la nôtre, que nous en sommes solidaires, comme on ne peut pas disposer de la vie d’un être humain comme on dispose de la vie d’un animal – et encore ne peut-on disposer de la vie d’un animal qu’avec d’infinies précautions, en lui évitant toute souffrance dans la mesure où cela est possible, par respect pour nous, par respect pour son créateur, par respect pour notre dignité humaine qui se répand finalement sur tout l’univers.
Quand un homme commence à soupçonner dans l’autre une dignité incommensurable, une dignité infinie, une valeur universelle, une valeur que le monde entier est intéressé à défendre parce que c’est le seul bien commun, le seul bien caché au fond de la conscience, qui s’élabore dans le secret et qui rayonne partout et qui est encore une fois le seul bien véritablement humain, le seul bien authentiquement universel. A partir de cette découverte dans l’autre, on découvre l’infini en soi-même, bien que l’ordre puisse être inversé: on peut découvrir la dignité en soi avant de la découvrir dans l’autre, à partir du moment où l’on s’interroge sur ce que l’on est: qui suis-je? Ce petit garçon qui disait à sa mère: “Maman, ça parle là-dedans, ça parle!”, commençait à découvrir en lui ce mystère de la pensée, ce discours intérieur extraordinaire, bouleversant, qui est à la source de toutes nos connaissances, cette pensée qui crée en nous un univers, qui crée l’univers, qui nous permet de l’atteindre dans son immensité, qui nous permet de la parcourir à travers son histoire, qui nous permet de la dépasser car il n’est qu’un point dans l’immensité de la pensée.
Qui suis-je? Ce “je”, nous le savons, il nous remplit, nous l’avons toujours à la bouche: “je”, “moi”, “je”, ‘moi”, “je”, “moi”, “je”, “moi”, nous en sommes pleins! Mais, dès que nous sommes éveillés, nous prenons conscience que ce “je” et “moi” est préfabriqué, que nous n’en sommes pas la source: il nous tombe dessus! Nous ne l’avons aucunement choisi, pas plus que nous n’avons choisi de naître, pas plus que nous n avons choisi notre milieu, pas plus que nous n’avons choisi notre histoire infantile, nous n’avons choisi ce “je” et “moi” qui est entré dans notre conversation à partir du moment où nous avons pu parler d’une manière intelligente.
Et, dès que nous l’examinons, ce “je” et “moi” nous claque entre les mains, nous voyons qu’il n’est pas. Davantage: nous voyons, puisqu’il est le pôle de notre personnalité, le centre de gravité de toute notre existence, nous voyons clairement que, finalement, il constitue une formidable servitude, ce “je” individuel, ce “je” incommunicable, ce “je” crispé sur la possession de lui-même, qui ne peut aucunement justifier le respect de l’homme pour l’homme. Au contraire, il dresse des barrières, des murs de séparation entre les autres et soi-même.
Si donc nous revendiquons le respect de l’homme en nous, comme nous le faisons instinctivement lorsque les autres empiètent sur notre domaine; lorsqu’ils violent notre clôture, nous avons un mouvement de défense et d’agressivité, nous voulons défendre ce quant-à-soi qui nous paraît inviolable et qui le serait si nous étions authentiquement nous-mêmes.
Vous vous rappelez le petit garçon de Gottfried Keller qui oppose sa personnalité à celle de sa mère en refusant de prier parce que sa mère l’a mis au pied du mur, un jour où il revenait de classe, l’a mis au pied du mur pour le contraindre à prier.
Il a pris conscience précisément de cette contrainte, il a pris conscience que cette contrainte ne mordait pas sur son intimité, qu’il y avait en lui une zone inviolable. Il a pris conscience par là même de ce qu’il y avait de spécifiquement humain en lui.
Mais justement, cette défense de nous-mêmes, cette défense de notre intimité, elle n’a aucun fondement si nous n’avons pas transformé notre moi possessif en un moi oblatif. Il n’y a aucune raison que l’on respecte en nous ce qui nous limite, ce qui nous sépare, ce qui nous rend incommunicable, ce qui fait que nous ne pouvons d’aucune manière être pour les autres un bien qu’ils puissent assimiler.
Nous découvrons donc que notre incomplétude, nous découvrons que notre inviolabilité finalement est une exigence. Notre inviolabilité est une vocation. Mais il s’agit de la rehausser et rien n’est plus difficile. Et c’est là, justement, que le problème se pose: comment, comment puis-je reconnaître, découvrir l’infinité de l’homme, ou l’infini dans l’homme, comment puis-je le découvrir dans les autres et en moi-même si cette inviolabilité n’est pas quelque chose d’acquis, quelque chose que j’ai mérité, quelque chose qui justement me déprend de mes préfabrications.
Il y a donc chez nous un obstacle fondamental à notre dignité, à notre liberté, à notre combat, à notre universalité, à notre personnalité, à notre “hypostasité”. Tout cela revient au même! . un obstacle fondamental qui est justement ce “je” et “moi” qui est si profondément enraciné en nous que nous agissons constamment sous sa mouvance.
Instinctivement, dès que nous sentons que les autres empiètent tant soit peu sur ce que nous croyons être notre domaine, notre agressivité se fait jour et nous descendons finalement de notre prison, nous descendons de cette cellule où nous sommes si durement cadenassés et où il nous est impossible de justifier la valeur universelle à laquelle nous prétendons et le respect que nous revendiquons des autres.
Il reste pourtant qu’il n’y a pas d’homme sans le pressentiment de cet infini. Où situer l’homme s’il ne porte pas en lui une valeur incommensurable qui est le bien de tous les hommes et de tout l’univers, où le situer? Impossible de le situer à part dans la classification animale: il est un animal comme les autres, il est un faisceau de besoins, un faisceau d’instincts, un faisceau de déterminismes et il est prisonnier à l’intérieur de lui-même – et c’est cet emprisonnement qui est évidemment le plus grave.
Et puis, quitte à être esclave, Epictète pouvait être libre parce qu’il était libre intérieurement. Il pouvait voir son maître lui casser la jambe en toute tranquillité, en le prévenant en effet qu’il allait lui rompre les os, mais sa sérénité n’était pas troublée parce qu’intérieurement il avait conquis une liberté que personne ne pouvait lui ravir.
Pour nous, la situation est différente puisque nous sommes au tout commencement de la vie humaine, puisque nous balbutions le cantique de notre humanité. Nous sommes si loin d’être libérés de nous-mêmes et pourtant le problème est là! Qui a senti une fois la dignité humaine, dans les autres ou en lui-même, qui l’a éprouvée dans l’émerveillement justement dans ces moments où l’on se quitte spontanément parce qu’on est pris par la splendeur de l’objet que l’on contemple, de la musique dont on est rempli, dans ces moments, on sent très bien qu’on décolle, que l’espace s’ouvre, que quelque chose d’immense nous pénètre et que c’est merveilleux.
Cela ne dure pas, bien sûr. Nous retombons presqu’aussitôt dans nos servitudes, nos servitudes si profondes que nous les défendons avec le bec et les ongles, parce que nous croyons que c’est nous, que c’est nous… et ce n est pas nous, justement.
Comment arriver jusqu’à nous? Comment dégager cet infini? Comment le vivre? Comment le communiquer? Comment faire de notre présence un cadeau, un présent, un don qui clarifie toute l’humanité et tout l’univers? 9 2.5 C’est à partir de là précisément que le problème de Dieu va s’amorcer parce que, de toute évidence, il n’y a pas d’autre chemin pour sortir de nous-mêmes pour émerger de ce moi qui est notre prison, il n’y a pas d autre chemin que la rencontre avec Celui à qui nous pouvons tout donner.
Et cela, encore une fois, ne peut être théorique. C’est une expérience que l’émerveillement précisément amorce, comme une femme dans l’émerveillement, nous sommes suspendus à la beauté que nous admirons ou à la vérité qui nous éclaire, ou à l’amour qui nous délivre. Nous sommes suspendus, notre regard émigre de nous vers l’objet: C’est toujours devant une personne: comme Einstein en face de l’univers dit ce mot si admirable: “L’homme qui a perdu la faculté de s’étonner, c’est-à-dire de s’émerveiller et d’être frappé de respect, est comme s’il était mort!” C’est qu’il éprouve justement au coeur de sa méditation sur l’univers, il éprouve une rencontre: cet univers se personnalise, cet univers le pénètre comme une lumière qui est le jour de son intelligence. Alors il est tout offrande et c’est pourquoi il faut dire que le sentiment mystique est à la source de toutes les grandes découvertes.
Et c’est par là justement que Dieu entre dans la vie. Il entre dans la vie comme l’affleurement, comme la manifestation de cet Infini qui, tout d’un coup, prend un visage, se personnalise.
C’est Quelqu’un! C’est Quelqu’un, Quelqu’un qui est en moi au plus profond de moi, mais qui n’est pas moi. C’est Quelqu’un qui est dans l’autre, au plus profond de l’autre mais qui n’est pas lui. C’est Quelqu’un qui nous rassemble. C est Quelqu’un dont la vie circule des uns dans les autres. C’est Celui qui nous unit et qui seul peut nous unir, mais qui d’abord nous permet d’unifier notre vie au plus secret de nous-même. C’est à ce moment-là que l’on commence à décoller et on ne peut pas décoller autrement.
Il est évident que je n’ai aucune raison, je n’ai aucune possibilité d’émerger de moi-même sinon l’amour. Mais l’amour, à qui s’adressera-t-il? Les autres sont comme moi. Les autres ont suivi le même chemin. Les autres sont également emprisonnés dans leur moi biologique dans leur moi empirique, dans leur moi possessif. Les autres n’ont pas davantage choisi leur moi que moi-même. Je ne puis donc pas trouver l’accomplissement de cet Infini en moi en me donnant aux autres, à moins que je ne me donne dans les autres à cet Infini qui, en effet, sollicite en moi, ou sollicite de moi le même amour en eux et en moi.
Il y a donc une émergence. Il y a un moment où cette beauté, cette vérité qui est l’amour apparaît comme Quelqu’un au plus intime de soi, ce qu’Augustin dit magnifiquement dans le couplet que vous savez par coeur et où il a marqué pour les siècles des siècles ce passage du dedans, ou plutôt du dehors au dedans où tout d’un coup un être humain qui a pourtant comme lui, médité la sagesse, qui a lu tous les livres, qui enseigne cette sagesse, 10 2.6 qui est un artiste, qui jusque là n’a pas identifié cette beauté avec Quelqu’un, avec une Présence, avec une Personne. C’est quand, tout d’un coup, il découvre ce Visage, quand il est converti, converti c’est-à-dire rendu à lui-même, alors que tout d’un coup il découvre que jusqu’ici il était dehors, et maintenant il est dedans, il acquiert son intériorité, il la découvre et il la découvre dans ce dialogue avec cette Beauté si antique et si nouvelle qui vient de lui apparaître comme la Vie de sa vie, comme plus intime à lui-même que le plus intime de lui-même.
Nous voyons ici avec une clarté absolue que Dieu est une expérience : il ne s’agit pas de spéculer sur l’origine du monde – ce n’est pas interdit bien entendu – il ne s’agit pas de démontrer par la voie de la causalité que ce monde a une cause, ce qui encore une fois n’est pas interdit, mais ce sont des chemins qui risquent de demeurer abstraits, abstraits et de susciter en nous ce que Newman appelait un assentiment notionnel – “oui, ça joue, c’est cohérent, c’est logique, mais ça ne change rien à ma vie.” Pour que notre vie soit transformée, il faut que Dieu soit une expérience, une expérience de nous-même, une expérience du vrai moi, de ce moi oblatif, de ce moi dignité, de ce moi universel, de ce moi qui est le seul bien commun que tous les hommes ont intérêt à défendre en chacun d’eux.
Il y a donc une espèce de symbiose immédiatement lisible, une communion de vie entre l’expérience de l’humanité dans sa valeur, dans sa dignité, dans son inviolabilité, dans sa personnalité, dans son universalité, dans sa découverte de cette humanité ainsi qualifiée, et la Présence divine. C’est au fond la même chose. Je veux dire: c’est le même moment où l’on atteint l’une et l’autre et, à partir de là évidemment, la personnalité humaine peut s’affirmer parce qu’il y a Quelqu’un à qui nous donner et que nous rencontrons du dedans.
Précisément c’est cela toute la richesse de l’expérience augustinienne qui est la plus humaine qui soit. C’est cela. C’est dans la mesure où nous découvrons tout d’un coup notre inviolabilité intérieure que nous découvrons du même coup le Visage qui en est le secret. Alors peut jaillir du fond de nous-même un dialogue qui est la Vie elle-même, un dialogue avec un Autre, un Autre majuscule que nous retrouvons en nous comme dans les autres, et dans les autres comme en nous.
Cette voie est d’une importance capitale parce que c’est la seule efficace. Si nous ne sommes pas touchés par Dieu dans le plus profond de nous-même, si Dieu n’est pas pour nous la restitution à nous-même, la naissance à nous-même, s’Il n’est pas la réalité suprême au coeur de notre intimité, comment pourrait-Il nous intéresser? Il demeurerait simplement un objet de spéculation, un jeu de l’intelligence. Il se dévaloriserait très rapidement.
Mais justement, il est lié à nous et nous sommes lié à lui aussi profondément que nous sommes lié à nous-même: nous ne pouvons déboucher, nous ne pouvons émerger de cette prison intérieure qu’à l’intérieur de cette Présence adorable qui nous restitue à nous-même.
Car justement, si nous disons que cette prison est intérieure, la prison où nous enferme le moi possessif, c’est en réalité parce que le moi possessif, comme dit Augustin, nous maintient au-dehors, au dehors, au dehors de nous-même.
Comme nous atteignons le vrai nous-même, notre vrai moi, ce centre de gravité altruiste qui tend vers l’Autre, vers l’Autre majuscule et, à travers Lui, vers tous les autres, c’est dans cette mesure justement où nous avons une intériorité, c’est-à-dire que nous atteignons notre liberté puisque la liberté ne peut être que notre libération, je l’ai dit une centaine de fois.
Mais c’est cela le sens même de la liberté: elle ne consiste pas à faire ce que l’on veut. Qu’entend-on par “ce que l’on veut”? Satisfaire à tous ses caprices et à toutes ses impulsions de l’inconscient? La liberté ne peut être que la libération de soi. Et c’est quand on n’est plus encombré par soi-même, c’est quand on trouve l’univers en soi-même parce qu’on trouve le Visage du Dieu vivant, c’est à ce moment-là que l’on devient libre et on ne le reste que dans la mesure où on demeure en contact avec Dieu.
Si on ne va pas jusque là, Dieu demeure irréel en quelque sorte.
Il ne mord pas sur la vie et Il n’est pas intéressant. Pour qu’Il nous intéresse, pour qu’Il nous passionne, il faut en effet que nous ne puissions pas atteindre notre propre réalité sans passer par Lui. Et rien n’est plus merveilleux précisément que cette expérience d’une atteinte de soi-même, d’une arrivée jusqu’à soi à travers cet Autre puisque nous nous atteignons nous-même dans l’amour de l’Autre: c’est dans Son Amour que nous arrivons jusqu’à nous-même et nous sommes tout près ici du centre du Christianisme.
Car justement, le Christianisme, qui a son centre dans la Trinité, le Christianisme éclaire d’une manière particulièrement unique ce problème de notre libération parce que le Christianisme révèle Dieu dans son intimité, Le révèle précisément uniquement comme un Amour qui ne cesse de se communiquer. C’est ça qui constitue l’immense nouveauté du Christianisme. C’est cela qui constitue la Nouvelle Alliance et le Nouveau Testament: c’est cette révélation d’un Dieu dont le mystère est une éternelle communication.
On sent très bien dans le Bible de l’Ancien Testament tout le poids de l’humanité, toute l’ombre de l’humanité. Il y a des pages qui seraient absolument intolérables si elles ne reflétaient pas l’expérience de l’homme avant, avant l’immense Lumière du Christ.
Car évidemment la Révélation ne peut être qu’une expérience, comme je viens de le dire, et cette expérience, elle est valable dans la mesure où l’homme est libéré de lui-même. Et, tant que l’homme n’est pas libéré de lui-même, il ne peut pas s’empêcher de limiter Dieu. Ce qu’il en aperçoit n’est qu’un commencement, ce n’est qu’une étape vers la connaissance de Dieu: c’est, comme dit Saint Paul, une pédagogie vers Dieu.
Si vous prenez – cela éclate – si vous prenez le troisième chapitre de l’Exode où vous avez la vision du buisson ardent, cette page qui est un des sommets de l’Ancien Testament avec la révélation du Dieu, Tétragramme du Nom ineffable: “Je suis Celui qui suis” ou, plus probablement, “Je suis ce que Je suis”, c’est-à-dire un secret ineffable.
Si vous prenez cette page extraordinaire et que vous tournez…
la page, précisément, vous tombez au Chapitre 4, verset 23 sur ce verset incroyable après ce sommet suprême: vous apprenez que Moïse est traqué par Dieu, que Dieu poursuit Moïse qu’Il a pourtant choisi et qui est sur le chemin de l’Egypte où il doit accomplir une mission divine, vous apprenez que Moïse est traqué par Dieu qui veut le faire mourir.
Et alors sa femme Sephora ne trouve rien d’autre pour apaiser la colère divine que d’oindre Moïse du sang de la circoncision de son fils! Quel chute, quelle chute par rapport à ce sommet! Les limites humaines apparaissent: une ouverture immense et puis la chute dans l’ombre parce que l’homme n’arrive pas à se maintenir à cette hauteur, parce qu’il n’est pas assez libéré de soi pour rendre un témoignage absolument pur.
Il faudra l’humanité virginale de Notre Seigneur, cette humanité parfaite, pour que le Visage de Dieu resplendisse dans toute sa beauté et dans toute son intégrité! Et que nous dira Jésus? Quelle confidence essentielle nous fera-t-Il sinon justement celle-là: que Dieu est Trinité, que Dieu est Père, Fils et Saint Esprit, que Dieu n’est pas un être solitaire mais qu’Il est une communion d’amour, qu’Il n’a prise sur Son Etre qu’en Le communiquant, qu’Il ne peut pas se regarder et se complaire en Lui-même parce que son regard est une relation d’amour, qu’Il ne peut pas s’aimer parce que l’amour est une aspiration vers l’Autre ou une respiration de l’Autre, et le Saint Esprit vers le Père et le Fils.
C’est là justement que nous découvrons que Dieu est tout Amour, qu’Il est Dieu parce qu’Il est tout Amour, autrement dit que Dieu est Dieu parce qu’Il est la suprême Pauvreté, parce qu’Il est radicalement désapproprié de Lui-même, parce qu’Il est totalement libre de Lui-même. Dieu est libre: Il ne subit pas son être, Il le donne. C’est pourquoi en Lui, toute cette candeur, toute cette enfance, toute cette innocence qui bouleversait Claudel le jour de Noël 1886 où il est foudroyé précisément par l’innocence déchirante de l’éternelle enfance de Dieu.
Cette révélation de la Trinité, elle nous touche au coeur parce qu’elle éclaire fondamentalement notre problème. Nous ne pouvons pas le poser au fond avant d’avoir reçu cette lumière, parce que nous ne pouvions pas construire un idéal de grandeur qui donne suite à l’ambition, un idéal de grandeur qui pût être total en chacun sans priver personne. La révélation de la Trinité opère ce changement radical d’échelle des valeurs, de transmutation essentielle des valeurs, puisque la grandeur lui apparaît, la grandeur suprême lui apparaît comme une démission suprême, comme une désappropriation absolue. Rien n’est plus important puisque cela éclaire le problème que nous sommes.
Comment puis-je me quitter? Comment puis-je dépasser mes frontières ? Comment puis-je émerger de ma prison égocentrique? Il n’y a pas moyen d’en sortir à moins justement qu’il y ait au plus intime de moi-même une Présence totalement donnée et qui m’appelle par le don qu’Elle est. C’est cela qui est prodigieux. C’est cela qui est entièrement nouveau parce que tout se passe sur le plan de la personnalité. Il n’y a pas en Dieu une génération au sens habituel du mot. Il s’agit de relation, de relation… Il s’agit précisément de faire tenir le Moi dans un pur regard vers l’Autre, dans une pure aspiration à l’Autre.
Alors nous commençons à comprendre, à réaliser ce que ça peut être. Nous commençons à comprendre que notre personnalité, en effet, ne peut se réaliser que de cette manière, à la manière de Dieu. Il s’ensuit d’ailleurs tout un bouleversement par rapport à l’idée que nous nous faisons de Dieu, qu’on se faisait de Dieu, soit dans la Bible de l’Ancien Testament, soit dans la philosophie grecque; un bouleversement complet: nous ne sommes plus en face d’un souverain comme des sujets. Nous sommes en face d’un Amour, nous sommes en face d’une liberté qui ne peut vouloir que notre libération. Ceci est absolument capital. La Création n’est pas un jeu. Ce n’est pas un amusement. La Création n’est pas un geste magique où un Dieu jouerait avec des créatures dont Il n’a aucun besoin, qui ne sont rien pour Lui et dont la destinée d’ailleurs ne L’intéresse pas: Il n’est nullement engagé dans cette destinée… Si Dieu est Trinité, la Création ne peut jaillir que de ce fond même de désappropriation qu’Il est, et jaillir de cette Pauvreté suressentielle, et jaillir de ce don de tout Lui-même par quoi Il se désapproprie totalement de Lui-même.
Les religions orientales parlent du vide en Dieu. Le vide en Dieu, Saint Jean de la Croix en parle aussi et magnifiquement: il y a un vide et ce vide c’est cela, c’est l’Amour; ce vide c’est le don de soi, ce qui fait que la personne est tout entière et uniquement une relation à l’autre.
Alors, si la Création jaillit de ce fond, elle ne peut avoir pour terme que des êtres libres, libres devant Dieu, comme un Père, un père ou une mère, qui ont le respect de la conscience 14 2.10 de leurs enfants, ils ne vont pas profiter de ce que leurs enfants dépendent matériellement d’eux pour leur imposer leurs idées et leurs opinions. Ce père de famille catastrophique qui obligeait ses fils à communier tous les jours pour avoir un contrôle sur leur conduite, persuadé naïvement que s’ils allaient communier, c’est qu’ils étaient en état de grâce et que, par conséquent, il était sûr de leur bonne conduite, a obtenu naturellement le résultat inverse: ils allaient communier dans n’importe quel état parce que l’oeil de leur père était sur eux et bien entendu, lorsqu’ils échappaient à la contrainte du père, ils n’en faisaient plus qu’à leur tête.
Un vrai père, c’est celui qui annule en quelque sorte la dépendance matérielle où ses enfants sont par rapport à lui et qui veille à susciter leur liberté en créant autour d’eux un espace de respect et d’amour qui pourra faire éclore cette liberté sous forme de libération.
Et évidemment, c’est de cette manière que le Dieu vivant crée: non pas un univers de robots qu’il télécommande, mais un univers d’êtres libres devant Lui, c’est-à-dire un univers qui est appelé à devenir Dieu, à être comme Dieu.
Vous vous rappelez, je l’ai souligné si souvent, vous vous rappelez que la tentation dans l’Ancien Testament, c’était: “Vous serez comme Dieu”. C’est cela qui est le noeud du péché originel dans le récit biblique: l’homme veut devenir comme Dieu. Il viole l’interdit majeur. Il veut ravir à Dieu sa souveraineté et il est puni comme il le mérite.
Il ne s’agira pas de nier le moins du monde qu’il y ait un péché originel, bien au contraire, mais il faudra le concevoir tout à fait autrement dans le Nouveau Testament comme le commencement d’une passion de Dieu, de la Passion du Christ car, dans le Nouveau Testament, le Christ apparaît non pas comme le maître: Il est à genoux devant ses disciples, Il est à genoux dans le Jardin de l’Agonie et Il révèle le Bien précisément comme cet Amour qu’Il peut aimer, qui est sans défense contre les refus d’amour, qui est engagé jusqu’à la mort dans sa création et Il est engagé jusqu’à la mort parce qu’Il veut l’amour et que la Création jaillit de cet amour.
C’est donc une vue entièrement nouvelle sur la Création, sur les rapports de l’homme et de Dieu, que l’auteur du livre “de Beatitudine” avait parfaitement compris. Vous vous rappelez ce verset incroyable de ce livre anonyme que certains ont attribué à Saint Thomas d’Aquin: “Ce qui incline l’âme à l’amour de Dieu, c’est cette humilité de Dieu qui s’est soumis à ses créatures, qui s’est soumis aux anges et aux âmes saintes comme un esclave qu’on achète sur le marché, comme si chacune de ses créatures était son Dieu.” 15 2.11 Aucune vue ne peut être plus profonde sur le plan de l’Evangile que celle-là: Dieu a voulu faire des dieux en se faisant, dans le Nouveau Testament, l’imitation de Dieu et le Principe de toute sainteté et de toute la mystique, je n’ose pas dire de toute la parole, puisque la Parole s’est changée en mystique.
Dieu a voulu faire des dieux… Que ce soit pour un homme ou pour un ange, c’est toujours le même problème. L’esprit, c’est l’être qui ne se subit pas, du moins qui est capable de ne pas subir sa vie. C’est cela qui est prodigieux.
Bien sûr, personne ne peut se donner l’existence. Le problème de la liberté ne consiste pas à se donner l’existence, même pas à subir l’existence, mais à la transcender radicalement en s’en déprenant, en s’en dépossédant pour en faire un don.
Toutes les créatures, à travers des êtres spirituels, sont finalement appelées à cette résurrection, à ce surgissement, à cette divinisation et on le voit bien d’ailleurs: si Einstein a pu, devant la nature, éprouver cet émerveillement, c’est justement parce qu’il y avait dans la nature Quelqu’un. La Vérité est Quelqu’un. Si l’oeuvre du savant, si son étude assidue est passionnée, si elle aboutit à devenir lumière dans son esprit – et c’est cela l’essentiel – il est beaucoup plus important pour le savant d’acquérir ce jour de l’esprit que de faire une découverte qui sera dépassée demain. C’est dans cette construction de lui-même, dans cette illumination intérieure qui le transforme, que la science atteint son sommet.
Donc dans le Nouveau Testament, il s’agit précisément de devenir comme Dieu; et le Christ, le Christ précisément, nous révèle ce mystère de la désappropriation divine, de la pauvreté suressentielle de Dieu, parce qu’Il le dit, parce que c’est à la racine même de son être, parce qu’Il est personnalisé par cette Pauvreté divine; bien sûr que Dieu est en nous. Il est en nous, en chacun de nous. Il est en nous autant que dans le Christ.
C’est nous qui ne sommes pas en nous. Nous l’avons vu mille fois, n’est-ce pas.
L’Incarnation n’est pas une descente de Dieu dans un monde d’où Il était absent. L’Incarnation, comme dit le symbole de Saint Athanase, c’est l’Assomption de l’humanité à Dieu, c’est l’ouverture de cet être fermé et bloqué en lui-même qui, dans le Christ, devient un pur sacrement de la Présence divine. Et nous sommes sur le chemin dans ce sens tout à fait précis que, pour nous aussi, le pôle de notre personnalité, c est Dieu, c est Dieu.
Nous ne sommes vraiment nous-même que dans le rayonnement de sa Présence. Nous ne sommes nous-même que lorsque nous sommes un regard vers Lui. Nous ne sommes nous-même que dans l’offrande de tout notre être à la Présence, c’est-à-dire au Don qu’Il est.
Mais nous le constatons chez nous: ce rapport est fluctuant, il n’est jamais parfait, nous pouvons y échapper et nous y échappons sans cesse: pour quelques instants où nous sommes vraiment délivrés de nous-même, nous passons presque toute notre vie dans une espèce de servitude à la remorque de notre moi propriétaire.
Mais enfin nous sommes en route et l’humanité de Notre Seigneur est l’humanité suprême, l’humanité du Second Adam, l’humanité qui nous inclut en elle-même, l’humanité qui propage en nous la Lumière divine, l’humanité qui est en nous, en nous précisément, est un ferment de libération.
Cette humanité du Christ est telle, je veux dire l’humanité du Sauveur, que parce qu’Elle est totalement désappropriée d’elle-même. Le mystère de la Divinité de Jésus Christ, c’est cela: c’est un mystère de Pauvreté infinie, de désappropriation radicale puisque son Moi, son Moi, c’est le Moi divin, c’est le Moi divin qu’Il assume tout entier en sorte que cette humanité de Jésus Christ, elle ne peut plus témoigner pour Elle-même mais uniquement pour Dieu, précisément parce qu’Elle est sous la mouvance, parce qu’Elle est totalement englobée, parce qu’Elle subsiste dans la personnalité du Fils qui est éternellement une relation de désappropriation à l’égard du Père.
Le Christ est pris dans la vague. Je veux dire: son humanité est prise dans la vague qui jette éternellement le Fils dans le sein du Père et, si on représente comme une coquille l’humanité du Christ qui est une créature qui éclôt dans le sein de Marie, et Dieu comme l’Océan, on peut dire que cette coquille est jetée en Dieu par l’Océan Lui-même qui donne à ce don d’elle-même une portée infinie et une ampleur universelle.
Nous sommes donc dans le mystère du Christ au coeur de notre propre mystère qui est ce mystère de notre personnalisation: Comment être des personnes? Comment conquérir notre dignité? Comment devenir un bien universel? Comment atteindre à une liberté authentique? Ce problème est notre problème. Il est passionnant, mais nous voyons qu’il n’est pas résolu.
Nous pouvons ajouter qu’il ne peut l’être, qu’il ne peut pas l’être en dehors de cette perspective. Je ne dis pas qu’il faut confesser la Trinité en autant de mots pour se libérer mais il faut pressentir que la réalisation de soi ne peut être que l’effacement total en un Autre.
Il faut donc pressentir que l’homme est le porteur d’un infini qui le consacre et qui le rend inviolable. Quel homme et quel Dieu? Nous voyons qu’ils grandissent ensemble. Je veux dire qu’à mesure que l’homme grandit, Dieu se révèle d’une manière plus lumineuse et profonde et que, quand l’homme a atteint son suprême sommet comme dans l’humanité de Notre Seigneur, le Visage de Dieu resplendit de toute sa beauté et de toute sa vérité.
Nous voyons donc que le problème de Dieu n’est pas séparable du problème que nous sommes. C’est le même, c’est le même! Comme on ne se trouve qu’en Le trouvant, on ne peut pas dissocier le problème de l’homme et le problème de Dieu et Dieu ne vient pas comme une vérité qui s’impose du dehors: c’est du dedans de nous et, si Notre Seigneur a pu justement s’introduire au coeur de la Divinité, c’est parce qu’Il est totalement délogé 17 2.13 de toutes les limites par cette désappropriation divine qui le revêt et l’embrase tout entier pour d’ailleurs nous atteindre tous et faire de nous tous ensemble un seul corps et une seule personne.
Bien sûr que, dans le concret, tout cela n’est pas facile parce que nous oublions, parce que nous sommes fatigués, parce que la vie nous use, parce que nous sommes ensommeillés, parce que nous sommes rarement en état de parfaite vigilance. Il est rare qu’une décision chez nous embrasse notre être tout entier. Il est rare qu’une décision en nous soit un acte originel, comme a dû être le premier acte du monde, celui justement qui décidait de tout selon le oui ou selon le non.
Mais, quand nous nous éveillons, nous voyons bien qu’il en est ainsi et nous avons d’ailleurs une pierre de touche, c’est la déception que nous éprouvons en face des autres: les autres sont pris par leur colère, leur ambition, leur jalousie, leur vanité, leur exhibitionnisme et nous sommes blessé en eux, pour eux, parce que nous attendions autre chose. Dans l’amour humain, dans l’amitié humaine, il y a un désir d’absolu, un désir d’infini qui se sent frustré lorsqu’il se heurte à des limites.
Il n’y a donc aucun doute que la voie est difficile et le chemin ardu mais enfin c’est déjà quelque chose de pouvoir envisager dans la lumière du Christ, c’est déjà quelque chose d’infiniment précieux de pouvoir cerner notre problème, de le voir jusqu’à la racine et d’entrevoir aussi la solution dans cette imitation de Dieu qui nous délivre de nous-même car, si Dieu est grand de cette manière, nous pourrons nous contenter de cette grandeur qui est la Sienne. Il n’y a plus d’humiliation à être humble car l’humilité n’est pas une humiliation et ne peut être justement que cette ouverture, comme l’offrande d’un espace à l’Amour qui ne cesse de s’offrir à nous.
Nous voyons bien que, si c’est la voie qui mène à Dieu, cette voie où l’on se transforme, cette voie où l’on naît à soi-même comme dit Notre Seigneur à Nicodème, nous voyons bien que, si cette voie est la seule efficace, nous voyons bien qu’elle constitue aussi le seul témoignage authentique.
Il ne s’agit pas de parler de Dieu mais d’être une vivante parole de Dieu. Dieu ne se communiquera pas par la force du discours.
Il se communiquera par le rayonnement de la Présence divine dans la transparence de l’homme. Et c’est un nouveau motif précisément pour la puissance de notre conversion, c’est que finalement nous sommes nous-même l’incarnation de Dieu et le rayonnement de la suprême Incarnation dans le Christ Jésus.
Nous sommes nous-même l’incarnation de Dieu et c’est là notre rôle essentiel dans toute notre existence humaine de témoigner sans parler, de témoigner de toute façon, de témoigner en 18 2.14 laissant rayonner, de témoigner de cette Présence qui est le grand secret d’amour caché dans le coeur de chacun. Personne ne refusera Dieu sous cette forme.
On pourra discuter à l’infini des arguments. On ne peut pas, on ne peut pas ne pas éprouver la richesse de l’amour agenouillé de Jésus au lavement des pieds. Il est une offrande en étant un appel à l’offrande. C’est justement cela le coeur de l’homme, le coeur de l’homme parce que tout être est appelé à être libre.
Le coeur de l’homme, c’est cela, laisser éclater ce soleil de la Vérité et de l’Amour qui est caché au fond de notre coeur.
Courtoisie de
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