Publié le 24 mai 2026 par Garrigues et Sentiers
« G & S ne publie guère de prières.Peut-être, pour cette fête de Pentecôte, faire passer celle-ci qui, personnellement, me “parle” assez ? » : tel est le « prière d’insérer » (c’est le cas de le dire !) qui accompagnait ce texte anonyme – Sine Nomine – reçu par notre comité de rédaction.
Nous l’avons cueilli comme un fioretto que nous vous partageons, ami internautes : bonnes fêtes de Pentecôte pour vous-mêmes et tous les vôtres !
Prière « apophatique » (1)
Au Dieu trine, clément et miséricordieux !
Seigneur, j’en ai assez de ne connaître de toi que ce que tu n’es pas. Je voudrais savoir qui tu es en vérité. Mais pour cela, il est vrai, il faut passer par l’interminable reconnaissance de ce que tu n’es pas.
On me dit que tu es présent au plus profond de mon cœur. Mais comment visiterai-je mon cœur, comment t’y lirai-je, toi le pivot de ma vie, si je ne sais rien de toi ainsi caché. Ce qui se trahit de mon cœur, c’est plutôt souvent la trace du Malin.
Je ne demande pas à te voir, je ne l’espère pas ici et maintenant ; je sais que ce serait pour après un « au-delà » d’ici. Je voudrais seulement entendre plus souvent ta voix, ta voix juste, juste ta voix.
Tu es à ma porte et je demeure sans l’ouvrir tel un mendiant ingrat, un mendiant fou qui refuse son huis à qui pourrait le rendre riche, définitivement riche. Tu es à ma porte. Mais l’on dit aussi que tu es « au ciel », c’est à dire ailleurs, et surtout pas là où l’on est tenté de te chercher ou de t’attendre. Alors si tu es là sans être là, comment puis-je espérer te rencontrer ?
On me dit encore que ce n’est pas moi qui te trouverai ; que c’est toi qui me cherches, que je ne sais pas te répondre, ou pire ne le veux pas, parce que je crains – inconsciemment peut-être – que tes appels soient trop exigeants, tes exigences trop radicales. Pourtant tu nous as promis que ton joug serait léger.
Nuit obscure, où lorsque je crois saisir quelque chose de toi, tu t’effaces ; et quand je désespère de t’approcher, je te sens là, derrière un voile tenu, à portée d’amour. Mais avant tout, Seigneur, garde-moi de l’illusion : que je ne prenne pas mon moi encombrant pour toi, qui reste l’être total et inimitable.
Sur la voie de ta Rencontre, on devrait pourtant pouvoir marcher, avancer en espérance, se relever, avec ton aide, lorsque l’on est tombé, s’arrêter si l’on se trompe de chemin, contraint parfois à revenir sur nos pas, sans hâte, sans crainte, sans essoufflement.
Alors pourquoi mon souffle ne parvient-il pas à se couler dans celui de ton Esprit ? Secours-moi, Seigneur, en me donnant le désir absolu de devenir ce que tu désires que je sois, pour ton service. Que le moi s’efface ou mieux se fonde en toi.
Apprends-moi à aimer…
Sine Nomine
- Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNTRL) consultable sur Internet, cet adjectif, qui transcrit le grec apophatikos, « négatif », est employé à propos de la philosophie ou de la théologie négative : « Le positivisme de la chose tiendrait volontiers pour négatif tout ce qui est non-chose ; et pour la philosophie négative ou apophatique, au contraire, c’est cette mystérieuse non-chose qui est la positivité par excellence, l’ineffable positivité… V. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, p. 68. »