CONTRIBUTION. Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à la vie de Saint Charles Lwanga.

Lwanga naît vers 1861 à Kasanje Birinzi en Ouganda. Son père s’appelle Mabingo et sa mère, Gwokiiya. Alors qu’il est encore enfant, il est envoyé à Buddu dans le sud-ouest du pays pour être élevé par son oncle Kaddu. En août 1878, Kaddu met Lwanga au service de Mawulugungu, le chef de Kirwanyi. Aux côtés de celui-ci, l’adolescent apprend l’art de diriger et d’administrer. Il est envoyé à plusieurs reprises par le chef Mawulugungu dans la capitale où il fait la connaissance des missionnaires.

Lorsque Mawulungungu est affecté l’année suivante au Comté de Ssingo, Lwanga le suit. Ici, à partir de 1880, il intensifie son contact avec les missionnaires et commence le catéchisme. En 1882, Mawugungu meurt et son escorte se disperse. Lwanga rejoint alors un groupe de chrétiens nouvellement baptisés, dans le comté de Bulemezi.

Quand Mwanga II accède au trône en 1884, Lwanga est appelé à la cour par Jospeh Mukasa Balikuddembe, le conseiller du roi, et mis au service de ce dernier. Il gagne aussitôt la confiance et l’affection de tous et est admiré pour sa vertu de chasteté et ses performances en lutte. Il faut préciser qu’être excellent lutteur en ce temps-là était un talent assez précieux car la lutte était le sport préféré au palais. Les qualités et les talents de Lwanga s’harmonisent si bien avec sa fonction à la cour qu’il est mis sans tarder à la tête des pages du roi. Joseph Mukasa lui fait de plus en plus confiance pour l’instruction et la direction des pages royaux ainsi que pour leur protection contre les influences immorales de la cour.

Confesseur de la foi

Le 15 novembre 1885, Lwanga et d’autres serviteurs du roi se rendent à la mission catholique et se font baptiser par le père Siméon Lourdel. Lwanga prend le prénom chrétien de Charles. Le lendemain, le roi convoque tous les pages pour les faire abjurer sous peine de mort. Tous les pages, catholiques et anglicans, sauf trois, confessent leur foi. Mwanga est déconcerté par leur solidarité et leur constance. Il hésite à mettre en exécution la peine de mort annoncée.

En décembre, il tente à nouveau de les intimider, et ceci, en dépit des nombreuses visites des missionnaires anglicans et catholiques visant à le rendre favorable à la foi chrétienne. Dans la soirée du 22 février 1886, le palais de Mwanga prend feu. Le roi s’installe alors provisoirement dans son pavillon de chasse à Munyonyo, aux rives du lac Victoria. Il continue néanmoins ses pressions contre les chrétiens. Charles Lwanga, prenant la mesure de la situation, commence à préparer les pages au martyre. Lorsque le roi obtient le consentement de ses chefs pour le massacre des chrétiens et que la persécution éclate, Charles est le leader sur lequel le courage des autres chrétiens s’appuie. Rempli de foi et de bravoure, il baptise lui-même les pages catéchumènes. Le 26 mai 1886, tous sont condamnés à mort après avoir confessé de nouveau leur foi, préférant mourir à renier le Christ.

Martyr

Le jeudi 3 juin 1886 vers midi, Charles Lwanga en qui les bourreaux voient la force du groupe, est séparé de l’ensemble par Ssenkoole, le bourreau en chef adjoint, pour être la première victime de l’holocauste. Les bourreaux se mettent d’accord pour le calciner sur un bûcher funéraire à Namugongo Busaale en haut de la colline surmontant le site des exécutions. Pour ce, ils lui ordonnent de préparer lui-même le bûcher. Ensuite, ils l’enveloppent d’une paillasse de roseaux et lui mettent un joug d’esclave au cou. Afin de le faire souffrir au maximum, ils allument d’abord le feu sous ses pieds et ses jambes. Ceux-ci brûlent jusqu’à être réduits en cendre.

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Ensuite, ils font évoluer le feu vers la partie supérieure. Aux railleries et moqueries des bourreaux, Charles Lwanga répond : « Vous me brûlez, mais c’est comme si vous étiez en train de verser de l’eau sur moi ». Il prie ensuite pour la conversion du roi et des bourreaux. Lorsque le feu atteint la région du cœur, il articule « Katonda, Katonda » (« Mon Dieu, mon Dieu ! ») et expire. Il est âgé de 25 ans. Canonisé par le Pape Paul VI à Kampala le 18 octobre 1964 avec les 21 autres martyrs, Charles Lwanga est déclaré saint patron de la jeunesse africaine et de l’action catholique.

Père Adéchina Samson Takpé

Source principale : Dictionary of African Christian Biography, 1998

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