Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à la vie du bienheureux Antoine de Barqa.

De l’Angola au Brésil en passant par la Sicile et le Portugal, l’on connaît le bienheureux Antoine de Barqa, encore appelé Antoine de Noto. Il naît peu avant l’an 1480 de parents musulmans à Barqa de Cyrénaïque en Libye (1). Avec toute sa famille, il professe l’islam jusqu’à l’âge de quinze ans où il est capturé et déporté en Sicile. Il est acheté comme esclave par un fermier de la ville d’Avola nommé Giovanni Landanula qui lui confie son troupeau. Très tôt, Giovanni se rend compte de ce que son esclave est honnête, sincère et respectueux. Il lui propose alors de renoncer à l’Islam et d’embrasser la foi chrétienne. Le bon serviteur en qui la grâce avait précédé la proposition du maître, accepte puis entame le catéchisme. Quelque temps plus tard, il reçoit le baptême sous la protection de saint Antoine de Padoue.

De vertu en vertu

Antoine passe ses temps libres à prier. Il fait pénitence pour les péchés qu’il a commis avant sa conversion. Il manifeste un profond respect pour le nom de Jésus et ne manque aucune occasion de reprendre quiconque l’utilise sans révérence, voire de faire pénitence pour la personne. Il va régulièrement à l’église Santa-Venera pour s’y confesser et communier. Il se dévoue, en outre, au service des pauvres et se fait remarquer par sa charité et sa sobriété. Son exemplarité devient populaire ; il gagne en réputation de sainteté. Don Nicólo Cascone qui a été pendant quinze ans son confesseur, dit : « Antoine a progressé de vertu en vertu » (p. 39).

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Après 38 ans à Avola, notre berger passe sous de nouveaux maîtres, les frères Michele et Vincenzo Giamblundo, vivant à Noto. Ici encore et sept années durant, sa vie se déroule au même rythme de travail et de prière. Il se dédie à la lectio divina et la récitation du rosaire. Il manifeste par ailleurs d’étonnants dons de prophétie et de guérison. Dieu opère par lui des miracles extraordinaires (p. 61-64).

Entrée dans le Tiers-Ordre franciscain et ermitage

Michele et Vincenzo Giamblundo, craignant d’avoir pour esclave quelqu’un que Dieu a pour ami, lui donnent la liberté. Mais Antoine demande à servir ses maîtres pendant quatre autres années. Au terme, il les quitte pour se mettre au service des pauvres de l’hôpital de Noto. Là, il fait la connaissance du pieux baron Blandano Terranova et fréquente son groupe de prière pendant au moins deux ans. Celui-ci l’aide à discerner sa vocation : intégrer le Tiers-Ordre franciscain puis, aller en ermitage dans le désert de Pizzoni. Antoine prend l’habit franciscain au couvent Santa Maria di Gesù et se retire au désert. Pendant plus de quatre ans, il y mène une vie d’ascète et d’ermite. Sa vie exemplaire attire d’autres personnes. À l’occasion de ses séjours à Noto où il vient mendier pour ses compagnons, il guérit miraculeusement plusieurs grands malades.

« Un saint est mort ! »

Le 14 mars 1549, Antoine, septuagénaire, reçoit les derniers sacrements et s’endort dans le Seigneur. Les cloches des églises de Noto se mettent à sonner sans que personne y ait touché. Tout le monde se précipite pour embrasser les mains du saint et prendre quelque bout de son habit comme relique. Certains ramassent la terre de la chambre où il avait expiré. D’autres courent à l’ermitage pour avoir un brin de la paille de son lit. La renommée de sa charité est telle que, par une résolution du Sénat de Noto, ses funérailles sont célébrées aux frais de l’État. Pour pouvoir voir passer le cercueil, porté sur les épaules des jurés de la ville, plusieurs grimpent dans les arbres. Tous, en procession, scandent : « Un saint est mort ! » (p. 67). Les miracles se multiplient et la dévotion populaire pour ses reliques prend une telle ampleur que le corps doit être transféré à plusieurs reprises, protégé par des grilles. Antoine de Barqa sera béatifié le 22 avril 1589.
On ne saurait néanmoins finir ces lignes sans mentionner la grande affinité qui existait entre le bienheureux Antoine de Noto et saint Benoît l’Africain. Le 4 avril 1589, au moment où celui-ci mourait, Antoine, qui avait déjà acquis une grande renommée de sainteté, lui apparut. Benoît s’écria de joie : « Regardez le bienheureux Antoine de Noto ! ». Puis, il plongea dans une profonde extase.

Père Adéchina Samson Takpé