Formation Permanente – Français
Méditations

L’évangile de Matthieu
Silvano Fausti

Discours d’envoi en mission
Mt. 9,35-10,1-15

Nous allons maintenant considérer le don du Seigneur, ce trésor qui nous a été donné dans des vases d’argile pour que paraisse justement que c’est don de Dieu et que sa grâce ne fait jamais défaut, par-delà notre faiblesse, laquelle ne doit pas obscurcir le don de Dieu, mais au contraire faire apparaître qu’elle est un don.

Nous ne sommes pas meilleurs que les autres mais nous avons ce don, voilà la différence et cela change notre vie tout à fait et fait en sorte qu’elle soit un don d’amour au Père et aux frères. Et pour ce qui concerne la mission, son contenu nous l’avons dit hier. Que dit-il ? On annonce la vie des fils de dieu. Mais avant d’aller à la mission il faut que ce contenu soit vécu par moi. En me sentant fils, alors et alors seulement peut naître en moi l’élan vers la mission, à savoir de le faire connaître à tout le monde . La mission devient alors l’accomplissement de ma vie évangélique. Le point d’arrivée de l’Eglise c’est la mission, parce que l’Eglise est composée par les fils de Dieu et le fils est tel quand il va vers les frères, autrement il ne l’est pas!  Les manières peuvent varier mais chacun nécessairement est apôtre, autrement on devient comme Caïn qui répond : est-ce que je suis responsable de mon frère ? Celui qui ne se sent pas responsable de son frère, il a déjà tué, car il ne veut pas le reconnaître comme frère. Alors la source de la vie apostolique c’est ma nature de fils, c’est en tant que fils que je suis envoyé. Jésus est le premier apôtre pour cela et alors cela devient aussi constitutif de l’Eglise, car elle est faite de fils. Est-ce que nous aurions le don apostolique et les autres non ? Nous disons que nous avons le charisme du service apostolique, nous sommes au service de la dimension apostolique qui, elle, est de chaque chrétien. Nous sommes prêtres et les autres non ! Mieux vaut dire que nous avons le service sacerdotal : nous sommes au service du sacerdoce commun. Ainsi le ministère apostolique c’est le service de l’apostolat commun.

Notre style de vie doit rappeler à l’Eglise ce fondement de la foi qu’est l’envoi au frères.

Après le discours évangélique Jésus accomplit dix miracles par lesquels il réalise la vie nouvelle, le Règne. A la fin du chapitre 9 et puis le chapitre 10, il y a le discours apostolique et c’est sur cela sur cela que nous nous arrêtons.

Il pourrait être utile, après avoir médité sur le chapitre 10, comme lecture spirituelle, de voir aussi d’autres textes qui parlent de la vie apostolique : Mc 6,1-11 ; Lc 9,1ss ; Lc 10,1ss ; 1Th 2 où Paul rappelle son évangélisation à Thessalonique ; 2Co,cc3 à 6 et de 12 à 14 Des textes qui éclairent notre ministère.

La première partie de ce passage de Matthieu correspond aux autres évangélistes quand ils parlent d’envoi en mission. La deuxième dit les qualités missionnaires de l’apôtre, que les autres évangiles mettent parsemées par-ci, par-là. Avant encore d’entrer dans le texte, nous savons qu’aujourd’hui l’évangélisation est le problème fondamental de l’Eglise. Le pape parle de nouvelle évangélisation… Chaque génération a besoin d’évangélisation, car la foi chrétienne est réponse personnelle et non héritée. C’est pourquoi chaque individu a besoin d’être évangélisé. Puis, il y a l’évangélisation de là où l’évangile n’est jamais arrivé. Mais il ne faut jamais donné comme acquis que là où elle a été faite une fois, tout serait en place. L’évangile est à redire en permanence. Il faut donc une nouvelle évangélisation en permanence, autrement le christianisme devient pure tradition, laquelle ne suffit pas car sans l’annonce elle devient simple religiosité traditionnelle qui n’est pas la foi.

Il faut une nouvelle évangélisation aussi dans la manière. Or elle est telle si elle est faite avec l’évangile. Là c’est la nouveauté. Annoncer la bonne nouvelle de Jésus telle qu’elle est dans l’évangile. Aujourd’hui nous assistons, surtout en Europe, à quelques nouveautés. Nous vivons dans une culture où la liberté  est le centre, elle est à l’honneur même , elle est clamée partout. Et cela est bon. Or c’est dans cette liberté que nous allons pouvoir proclamer la nouveauté évangélique du service et de l’amour Il faut alors prendre au sérieux la liberté, sans proposer des lois nouvelles, mais partir de cette liberté comme le fait Paul dans son épître aux Galates, qui rappelle que liberté ce n’est pas pouvoir faire ce qu’on veut ou ce qui plaît. Ce n’est pas non plus faire son propre devoir. Liberté c’est appartenir à l’autre, dans l’amour, pour le servir. C’est donc souligner la liberté comme liberté pour aimer. Autrement nous avons la liberté de tout pour « rien ». Prendre au sérieux la liberté mais en lui donnant son vrai contenu. Aujourd’hui nous sommes favorisés dans la proposition de l’évangile mieux qu’à d’autres époques, car on peut mettre l’accent sur la liberté de l’accueil.

Lecture du texte – Mt. 9,35-10,1-15

L’origine de la mission c’est Jésus qui se rend dans tous les villages et dans toutes les villes. Il est le premier apôtre parce qu’il connaît l’amour du Père et qu’il cherche les frères partout, comme le berger qui va à la recherche de la brebis égarée. L’amour le pousse vers eux. Il n’a aucun autre intérêt. Et que fait-il ? Il enseigne. La parole vaut plus que les choses que nous donnons. Nous en donnons beaucoup, que nous pouvons avoir mais si nous ne les avons pas nous nous en passons, et nous sommes obligés d’expliquer la vérité que nous sommes frères… Or cet enseignement devient justement cette parole qui donne sens à la vie. L’homme est dirigé toujours par une parole ; que nous sommes fils et frères. Cela fait la vie nouvelle. Et c’est cela que nous enseignons, d’abord en le vivant et puis en le disant. Jésus fait et enseigne. Il annonce le règne de Dieu . A cette annonce est liée la guérison de toute maladie et de toute infirmité.

Il est intéressant de remarquer comme l’évangile guérit le mal de l’homme. Non pas ce mal qu’est la mort , mais l’autre qui est celui de vouloir avoir, posséder, de paraître, ce mal qui est la source de toute injustice, oppression… Guérison qui va lentement bien entendu. L’évangile ne nous enlève pas les difficultés, comme ce fut pour le Christ qui est fini sur une croix. Mais aller sur la croix ce n’est pas un mal ; mal c’est de mettre quelqu’un sur la croix. L’évangile guérit l’homme courbé, celui-là qui regarde seulement sur lui-même.

Jésus vit la foule et il eut compassion. De cette compassion, d’après Matthieu naît l’appel des douze. D’où naît l’apôtre ? De la compassion du Christ envers le monde. Et l’apôtre est celui qui comprend qu’il doit avoir cette même compassion. Compatir veut dire pâtir avec. Porter le mal de l’autre. Si bien qu’après la première journée des miracles (Mt 8,17), l’évangile dit que comme ça il s’est chargé de nos faiblesses et de nos maux, en citant Isaie 53,4. Tout ce que Dieu fait il le fait par compassion, pour se charger de nos maux. La vie apostolique c’est essentiellement s’associer à la vie du Fils qui se charge du mal des frères, ça c’est la croix. Celui qui n’est pas disposé à cela, comment pourra-t-il être missionnaire ? C’est sérieux. Il s’agit là du salut du monde, de la lutte contre le mal en nous et autour de nous. Si tel vainc le mal, il s’aperçoit qu’il est associé à la croix du Christ et il est alors sensible au mal des autres comme étant le sien propre et ça a valeur de Rédemption . Ayez aussi à l’esprit que notre vie apostolique se divise en deux parties, une première où nous faisons beaucoup de choses même grandes. Puis une deuxième partie : quand nos forces commencent à diminuer. Alors c’est nous qui commençons à payer le prix de l’apostolat. Or cette deuxième partie est plus profonde. Le Christ a sauvé le monde pas trop par ce qu’il avait fait mais par sa croix., grâce à ce que les autres lui ont fait… Saint Pierre Claver fut infirme pendant toutes les dernières années de sa vie . La source de notre action ce n’est pas l’action mais la compassion, à savoir l’inaction, la croix. Sur la croix le Christ n’a rien fait. Quand il nous arrive de ne pouvoir plus rien faire, sachions qu’alors nous sommes au cœur de notre ministère. Et que ce moment n’est pas inutile. C’est pourquoi il faut que nous nous habituions, dès notre jeunesse, à prévoir le moment où nous ferons ce que nous ne voudrons pas , comme Jésus le disait à Pierre : quand tu étais jeune… mais quand tu seras vieux, un autre te conduira où tu ne voulais pas … Et il lui dit : suis-moi (Jn 21,18-19). Il est nécessaire de ne pas confondre la vie apostolique avec l’activité apostolique . S’il n’y a pas cette compassion, alors notre activité ne sera qu’un délire de toute puissance, d’auto-affirmation sur les autres. La compassion est la source de toute l’action de Dieu dans le monde. De cette compassion du Christ naît l’apôtre, parce les gens sont comme des brebis sans pasteur et sans pâturage.

Alors il dit : la moisson est abondante. La moisson : cela indique que tout est déjà grain mûr, prêt pour devenir corps du Christ. Parfois nous disons : mais le temps n’est pas encore arrivé. ! La moisson est toujours mûre. Celui-ci est le moment où chaque homme peut devenir enfant de Dieu quelle que soit sa propre condition. Oui, il pourra y avoir des temps plus propices. Mais si nous nous en tenons à l’évangile ces temps que nous définissons plus propices, en fait sont les moins propices. Donc il n’est pas question de rester là en attente. Le fait est que c’est les ouvriers qui sont peu nombreux. Le missionnaire est un ouvrier. Paul se définit, lui, collaborateur de Dieu. L’apôtre est quelqu’un qui travaille « avec », avec Dieu. Il n’est pas un entrepreneur, mais il fait le même travail que Dieu. Qui est le premier des ouvrier de la mission. Nous travaillons avec Lui. Ça demande que nous fassions le même travail et pas un autre, autrement nous risquons de détruire ce qu’il fait.CollaborerEt puisqu’ils sont peu nombreux faut-il travailler plus ? Non, mais prier pour qu’il trouve d’autres. Il sont peu nombreux parce que chacun reste enfermé dans ses propres sécurités et qu’il se recherche lui-même. Il ne cherche pas l’amour du Père et des frères.

Ensuite il appelle les douze auxquels il donne son même pouvoir : de chasser les esprit mauvais. L’évangile est d’abord un grand exorcisme : c’est vaincre le mal en nous et au-dehors. C’est vaincre le mensonge. Vaincre les faux critères, comme nous le disions hier. Car c’est de cela que nous sommes guéris par l’évangile. Et en guérissant de ces esprits, il guérit des infirmités. Nous devons être conscient que notre mission est une mission d’exorcisme , de victoire sur l’esprit du mensonge qui domine dans l’homme. L’évangile est la vérité qui nous rend libres.

Puis il y a la liste des douze qui s’appellent apôtres.

S’arrêter sur le mot « apôtre » qui veut dire « envoyé ». L’envoyé ne parle pas en son nom propre, ne dit pas ses choses, mais celle de celui qui l’a envoyé. Etre envoyé ce n’est pas un ajout à mon identité : celle-ci c’est d’être envoyé. Car je suis envoyé du fait d’avoir compris ma réalité de fils. Il n’y a pas une partie de ma vie comme apôtre et puis une autre où je suis je ne sais pas quoi. Etre envoyé, cela assume toute ma vie parce que je suis sorti de l’amour du Père et c’est cela qui me rend envoyé. Et cela c’est mon essence profonde. Ce n’est pas une fonction que je pourrais séparer quand je le veux. C’est de la nature du fils d’être envoyé aux frères. Autrement il n’est plus fils. Ce n’est pas une profession ; c’est essence ; ça fait partie de ma nature.

Remarquons la différence par rapport à Luc qui met entre chaque nom « et ». Ici non et puis à un moment donné il les met deux par deux. Nous sommes envoyés comme communauté laquelle se réalise dans le fait d’être à deux, là où on se trouve.

Comment est-ce que Jésus les envoie ?

D’abord en leur commandant… Ce ne sont pas des conseils. Et l’ordre concerne normalement les choses qu’autrement on ne ferait guère. Cela veut dire que nous ferions volontiers le contraire. Je fais aussi remarquer les verbes de mouvement qui s’y trouvent : la mission est un sortir et un rentrer en permanence. Sortir de soi-même. Et c’est un chemin vrai. Ici la mission, la première c’est vers la maison d’Israël. Matthieu s’adresse en effet aux communautés judéo-chrétiennes .

En cheminant vous annoncerez que le règne de Dieu est proche. C’est un chemin et c’est dans ce chemin que se produit l’annonce. Dans cette annonce vous guérirez, vous chasserez…Ces miracles ce sont des signes de l’homme nouveau. Le signe peut y être ou ne pas y être ; il y en aura toujours quelques-uns pour indiquer la réalité, mais ce qui compte est justement cette réalité que nous devons toujours chercher et pas nous arrêter aux signes . Mais ces signes quelle valeur ont-ils ? De démontrer que l’homme est guéri dans son identité. Par l’évangile. Son infirmité qu’est son égoïsme, la recherche des choses, du pouvoir , de paraître ; l’incapacité à accepter ses limites, tout cela est guéri. Et la résurrection des morts ? L’évangile nous fait ressusciter ! Cette mort qui s’appelle égoïsme, péché. L’évangile guérit de la lèpre, de ce qui est infecte. Et surtout il chasse les démons… Il enlève le mensonge. Et l’évangile est le résumé : pardon vous avez reçu, pardon vous donnez. L’annonce de l’évangile se fonde essentiellement sur le don . Prendre et donner c’est notre attitude fondamentale. Nous tous « prenons » : la vie nous est donnée, l’air, le monde, les choses et donc nous prenons tout cela Le problème c’est dans la manière dont nous prenons.

Est-ce que nous prenons comme Adam à savoir comme proie ou comme don ? Il faut , comme le Fils, savoir tout prendre comme don. Ainsi nous guérissons du péché d’Adam qui veut tout prendre et tout posséder alors que nous ne possédons rien. Tout ce que nous sommes, nous l’avons reçu. En don. Dès lors, je remercie le Père de sa paternité, du monde, des frères. Tout doit être objet d’eucharistie et c’est l’eucharistie qui guérit le monde du péché d’Adam qui veut tout prendre. Instinct de patronage. Dieu n’est pas un patron. 2Co8,9 : « Vous connaissez la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ qui pour nous s’est fait pauvre de riche qu’il était afin de nous enrichir de sa pauvreté ».

C’est très important cette attitude de recevoir comme don. Dans la mesure où je reçois je peux aussi donner. En recevant je suis fils ; et en tant que fils qui reçoit comme don et qui rend grâce au Père, je vais lui ressembler : je deviens capable de donner. Dès lors nous devenons semblables à Dieu en tant que fils qui reçoivent ; semblables au Père du fait de savoir donner. Cela est le destin de l’homme qui devient semblable au Père en tant que fils . Cela est le centre de la vie chrétienne et apostolique. Vivre du don reçu et donné. Au-delà de tout ce que nous aurons fait en mission comme contre-témoignage aussi, ce qui compte est le fait d’avoir donné notre vie. Au-delà de ce que nous faisons ou ne faisons pas, qu’est-ce qui parle ? Le fait que nous sommes là.

On peut se tromper , cela est escompté même si nous devons tout faire pour ne pas nous tromper. Mais le vrai bien c’est dans notre vie donnée. Tout le ministère devient alors don de grâce et là où celle-ci n’est pas, c’est le malheur. La pauvreté dans ce discours est importante parce qu’elle nous fait vivre de don. : ne vous procurez ni or ni argent, ni besace…Notre trésor c’est le don dont nous vivons. Pas deux tuniques parce que la deuxième appartient déjà à ton frère et tu devrais aussitôt la lui donner. Pas de sandales : les sandales sont signe de l’homme libre, mais nous ne sommes pas libres : nous sommes esclaves des frères et de l’évangile. ! Débiteurs de l’évangile à tous, ayant découvert que nous sommes fils . Pas de bâton. Par le bâton l’homme atteint ce qu’il n’atteint pas de sa seule main. Notre renforcement de pouvoir par lequel nous atteignons tout, ce ne sont pas nos instruments, mais ce bâton qui représente la croix et par laquelle Dieu a atteint le monde entier. Allant de cette manière, nous aurons la victoire sur les idoles de ce monde que sont le désir de posséder, du pouvoir et de paraître, lesquels sont le principe de tout mal. Dans cette pauvreté nous avons alors la vraie richesse qui nous permet de vaincre le mal.

L’ouvrier est digne de sa nourriture. Avoir de quoi se nourrir est une préoccupation fondamentale : la nourriture t’est donnée. L’accueil fait en sorte que celui qui te reçoit, vit l’évangile et t’accueille comme frère. Alors tu peux lui expliquer qui est le Père et pourquoi tu es là. Le fait d’être hébergé est le fait fondamental de l’évangélisation. Le fils de l’homme est venu pour être accueilli, il ne s’impose pas comme patron. S’il était venu avec une légion d’anges, nous aurions eu un commandant en plus à éliminer ! L‘apôtre a besoin d’être accueilli comme le fils . Alors ici naît l’Eglise parce que celui qui reçoit devient comme Dieu qui accueille. Alors c’est notre situation de faiblesse qui devient moyen d’évangélisation. Cela se voit clairement dans les persécutions pendant lesquelles les chrétiens ont augmenté énormément. La situation de faiblesse de celui qui porte l’évangile fait en sorte que l’autre met en pratique l’évangile déjà et tu as la possibilité de le lui expliquer dans son vrai contexte. Nous ne devons pas redouter notre faiblesse, au contraire l’évangile veut nous emmener à elle, car en elle nous devenons forts.

Entrez dans la maison y annoncer la paix et que la paix y repose si elle est acceptée. Et comme ça naît l’Eglise. L’Eglise naît là où tu es reçu et tu peux y porter l’annonce qui engendre la fraternité et le don. La communauté naît soit dans le privé, dans le petit groupe mais aussi dans le public, dans la ville …

Composition de lieu : Jésus qui se rend dans toutes les villes et villages… en annonçant.

Points :

* Jésus a compassion

* à cause de cette compassion il appelle les disciples et en fait des apôtres 

* Les apôtres ont pouvoir de chasser les esprits du mal

* Parce qu’ils sont des apôtres et vont deux par deux 

* Manière de leur envoi.

* Méditez surtout le v. 8 :pardon vous avez reçu pardon vous donnerez.

* Conditions pou vivre ce don : la pauvreté, la faiblesse, la nécessité d’être accueilli.

Mt 10,16-42

L’évangile de cette méditation va plus en profondeur. Matthieu, de quelque , manière, prend tout ce que les autres évangiles disent et le met ensemble pour nous donner le visage de l’apôtre, son identité, qui est la même que celle du fils. Et il en arrive à la conclusion : qui vous accueille, m’accueille , à savoir l’identité parfaite entre l’apôtre et le Fils.

En Luc quand les soixante douze rentrent de leur mission tout joyeux de voir même les démons soumis à leur pouvoir, Jésus dit : soit, mais le vrai motif de votre joie c’est que vos noms sont inscrits dans les cieux. Qui va vers le frère pour lui annoncer l’amour du Père, devient pleinement fils et son nom est écrit au ciel. L’accomplissement de la vie chrétienne c’est la mission apostolique dans laquelle, en annonçant l’amour du Père aux frères, s’accomplit aussi notre identité avec le Fils. Le grand mystère de la vie apostolique est celui du Christ ; notre vie est cachée dans le Christ en Dieu. L’apôtre propose le même mystère de la vie de Jésus. Paul en était bien conscient quand il disait qu’il accomplissait en lui ce qui manquait à la passion du Christ (Col 1,24). Le point d’arrivée de la mission ce n’est pas ce que nous faisons mais le « tout est accompli ».

Lecture du texte

Je vous envoie comme des agneaux. Et l’agneau c’est l’image du Christ. Qu’est-ce qui est arrivé au Christ ? Il est mort en croix. Si de son vivant l’agneau est nourriture et habillement, quand il meurt il donne nourriture et habillement . Le Christ en tant qu’agneau immolé est celui qui vainc le mal , Dieu qui porte sur lui-même le péché du monde. Notre ministère apostolique est associé à celui de l’agneau immolé, de la croix. Alors l’échec et la croix ne sont absolument pas un accident de parcours dans le ministère, c’est le « tout est achevé ». L’agneau immolé vainqueur est l’unique en mesure d’ouvrir les sept sceaux de l’histoire. Le sens de l’histoire est donné par le crucifié ressuscité, qui est victorieux sur le mal par un grand amour. La vie apostolique est association à ce mystère, qui est l’unique que les disciples n’ont pas voulu comprendre, que les Juifs n’ont pas voulu comprendre et nous non plus. Pierre aussi s’était révolté : cela jamais ! devant la parole de Jésus annonçant sa destinée d’agneau. La foi ne se mesure pas tant dans le fait d’affirmer que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, mais dans l’affirmation que mon libérateur c’est le crucifié. Ça c’est la vraie foi. L’agneau par sa déconfiture devient vainqueur.

Nous devons devenir rusés comme des serpents et simples comme des colombes. Nous devons connaître toutes les astuces de l’ennemi. Etre rusé cela veut dire voir le bien et en le voyant voir aussi le mal. La simplicité dont il est question ce n’est pas naïveté . En fait seulement celui qui fait le bien reconnaît le mal. Plus nous sommes simples, c’est-à-dire plus nous connaissons le bien, moins nous serons dépourvus contre le mal.

Méfiez-vous des hommescar ils feront beaucoup de choses contre nous, justement les mêmes choses qu’a subies le Christ . Ne vous attendez pas à autre chose. La persécution est à prévoir, mais elle ne doit pas nous décourager. En effet, tout cela sera témoignage. Notre procès sera un procès au monde ; ce sera témoignage du Seigneur et de sa liberté. Jésus dit au clair que nous ferons face à ses mêmes difficultés. Nous, en les rencontrant, nous nous plaignons. Rappelons Jc. 1,2 « considérez une joie parfaite quand vous subissez toute sorte d’épreuve ». 1P 1,6 : « soyez remplis d’allégresse même si vous avez à souffrir » ; Mt 5,11 : « dansez de joie » ; Ac 5,41 les apôtres sont heureux d’avoir été considérés dignes d’insulte à cause du Seigneur. La joie de ressembler au Christ.

Hb. 12,10 . Important de considérer la difficulté non pas comme lieu de découragement mais de croissance. Elle est entraînement. Spontanément nous disons : s’il n’y avait pas la difficulté tout marcherait si bien ! Cela est dangereux car cela veut dire que nous sommes en train de faire le mal. Dans le mal en effet nous n’avons aucune difficulté, le mal réussit toujours bien ! C’est dans le bien que je fais l’expérience de la difficulté, de la réussite pénible. C’est dans la lutte pour le bien que j’ai du mal à m’en tirer. Alors si tu es en train d’avoir du mal ça va ! Dans le Nouveau Testament les 4 évangiles s’ouvrent avec les tentations de Jésus. Cela est important car nous sommes encouragés en sachant que toute la vie de Jésus ce fut une tentation. Une fois que nous avons fait le choix ce n’est pas fini ; le choix dure toute notre vie, il est à renouveler. C’est le pas à pas concret qui coûte. Il est important d’avoir une lecture positive de l’épreuve et non de découragement Paul en 2Co ne fait que se vanter de difficultés et persécutions rencontrées. Pour lui celles-ci sont comme l’authentification de son apostolat. Il ne la trouve pas dans ses succès, mais dans la croix, car le vrai succès est celui de ressembler au Maître et dans la croix c’est le cas.

Quand cela arrivera ne vous préoccupez pas de ce que vous direz. Ce sera l’Esprit du Père qui parlera en vous.

Au v.21 on voit que cette difficulté est provoquée aussi au sein de la famille. Le mal atteint même les affections les plus profondes. Ici il faut être patient et porter le poids jusqu’à la fin.

V.23 que faire quand on est persécuté dans une ville ? Aller dans une autre. Ce n’est pas qu’il faille aller chercher persécution ! Dans les Actes on voit bien comment le christianisme s’est diffusé à cause des persécutions. Autrement il seraient restés tranquilles. Paul également, il s’en va ici et là car la communauté juive, à laquelle il s’adresse toujours d’abord, ne l’accueille pas. Allant ainsi de refus en refus, après avoir fait tous ses voyages, il comprend que la vocation apostolique c’est porter l’annonce partout. Pas chercher la persécution, mais la persécution où elle se produit, elle ne devient pas obstacle. Car si elle m’atteint et on l’accepte elle devient témoignage. Quand, par contre, la persécution ne m’atteint pas, parce qu’on réussit à s’enfuir, c’est comme les semailles : on va semer ailleurs. Ac 8,1.

Jésus dit : avant que vous ne terminiez le tour des villes d’Israël le fils de l’homme arrivera. Qu’est-ce à dire ? Rappelons que Matthieu écrit pour des Juifs pour lesquels la venue du fils de l’homme est le jugement de Dieu. Les chrétiens ont vécu la chute de Jérusalem comme le jugement de Dieu car c’est la fin du peuple. Jugement parce qu’il n’a pas accepté la Visitation de Dieu. Jésus pleure sur Jérusalem pour ça. Jésus veut dire que la persécution dont les apôtres sont les victimes, ne durera pas trop. En tout cas tout cessera avec le jugement de Dieu.

v.24 on n’est pas supérieur au maître…Si les disciples sont maltraités etc. qu’ils reconnaissent en cela leur ressemblance au Maître. Si en revanche ils ne font pas leur devoir, alors ils recherchent honneur, gloire, prestige, ce que faisant , le mal dans le monde augmentera. Dans le ministère il faut mettre en compte aussi l’humiliation . Si l’on veut sauver son image, cela sera notre préoccupation ; nous serons préoccupés de notre « moi », de mon honorabilité, du résultat. Alors qu’il ne faut pas rechercher le résultat, ni autre. Sachant que c’est la volonté de Dieu j’y vais , sans plus, acceptant aussi le mépris . Comme Jésus qu’on appelle Belzébuth alors qu’il est venu pour vaincre l’esprit du mal. C’est le maximum de l’échec puisqu’on le confond avec son ennemi. Disponibilité à l’humiliation. Autrement je ne chercherai que ce qui me plaît et me donne satisfaction et gloire et puissance…

Ne les craignez pasCe que vous écoutez dans le secret, révélez-le… Jésus a instruit ses disciples avant sa résurrection, en révélant des mystères qui seront compris seulement après. Après la résurrection ils auront le temps de les annoncer tranquillement. Il n’y aura plus rien de secret après la résurrection. Pourquoi ? Parce que l’on comprendra tout, à savoir le mystère de l’agneau immolé sur la croix. Donc Jésus a voulu que l’annonce de l’évangile par les disciples se fasse après la résurrection parce que seulement après celle-ci ils seront en mesure de comprendre le mystère de l’annonce, à savoir celui de la croix qui est le grand secret qui sera rendu manifeste. L’amour de Dieu qui porte sur lui le poids du mal des hommes sur la croix. Pierre non plus ne l’avait accepté ; les disciples avaient fui, Judas l’avait trahi. Après les faits, ce grand mystère peut être annoncé. C’est pourquoi Paul dira qu’il ne veut connaître rien d’autre sinon le Christ et le Christ crucifié.

Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps… La peur de perdre sa peau est la peur fondamentale de chaque homme ; la peur de la mort est grande et l’homme veut l’éviter à tout prix. Or nous savons que dans notre mort nous rencontrons le Seigneur de la vie qui a vaincu la mort. Alors nos actions ne sont pas gouvernées par la peur de la mort. Certes, une certaine peur existera mais elle ne sera pas telle qu’elle dirigerait mes actions et me déterminerait . Ce qui gouverne mes actions est Celui qui m’aime et qui pour moi a donné sa propre vie. Et ma vie est dans mon amour pour Lui et pour les frères. La peur de la mort porte à l’égoïsme. Pour nous, nous savons que c’est Lui qui donne la vie et que notre vie nous devons la donner. Et celui qui cherche à sauver sa vie en croyant que la vie est dans ses propres mains , en réalité il sait déjà qu’il la perdra. Celui-là manifeste son manque de confiance dans le Père qui se préoccupe même des oiseaux du ciel. Et qui connaît les cheveux de ma tête. Comment ce Dieu-là ne se préoccuperait-il pas de moi ? Dès lors, toutes mes préoccupations pour moi révèlent mon manque de confiance envers le Père et mon ignorance quant à mon identité de fils. Dans cette liberté de la peur se joue notre avenir qui tient du présent : est-ce que dans le présent je confesse le Seigneur ? Celui qui m’aura confessé moi-aussi je le confesserai…Le moment présent est le lieu où je reconnais ou ne reconnais pas le Seigneur . Et de cela dépend mon avenir.

Je ne suis venu porter la paix mais l’épée…Lui est venu porter la paix mais non celle où tout va bien ! C’est la paix qui passe à travers la victoire sur le mal. Ce n’est pas : aimons-nous, nous sommes tous frères ! c’est la paix qui passe à travers la lutte ; la lutte qui touche même les sentiments les plus profonds, ceux qui passent entre père et mère, bru et belle mère… C’est pourquoi ces affections ne peuvent pas être placées en avant : celui qui aime le père ou la mère plus que moi n’est pas digne de moi… La décision apostolique c’est cette attitude : aimer Lui plus que tout et tous. C’est cet amour qui décide de tout.

Ainsi l’apôtre trouve ici son âme : libre de la peur, il nourrit cet amour absolu envers son Seigneur , à partir duquel il décide tout, jusqu’aux affections les plus profondes. En toute chose il décide à partir de son amour pour le Seigneur. Non seulement les affections vers la famille, mais même envers soi-même :qui ne prend pas sa croixL’apôtre est quelqu’un qui sait se perdre ; et l’amour c’est savoir se perdre. D’autre part, celui qui veut sauver sa vie la perd, car la vie est un don et vouloir la sauver à tout prix fait tomber dans l’égoïsme. La vie existe dans la mesure où on la donne . Plus on veut la garder et pire c’est . Plus on la donne , plus on la réalise à l’image du Fils.

C’est à ce point que Jésus dit : celui qui vous accueille, m’accueille

C’est-à-dire, Jésus ici affirme l’identité entre l’apôtre, le Fils et le Père. Ici la mission s’accomplit dans cette identité absolue avec le Fils qui est comme le Père et qui aime comme le Père. Il est intéressant de voir que le discours apostolique s’achève sur l’accueil.

Le mot accueil revient sept fois dans ces derniers versets. Le mot accueillir est celui qui définit l’apôtre. L’apôtre est celui qui est accueilli, comme le Fils est accueilli par le Père.

Arrêtez-vous alors sur ces affirmations qui sont nombreuses, en vérité ; mais ce sont comme autant des pièces d’une mosaïque qui nous donnent le visage du Fils. C’est le bréviaire de l’apôtre, qui reproduit en lui les linéaments du Fils.

Le point central c’est le v. 37 celui qui aime. Car c’est de l’amour pour Lui, plus grand que celui même envers son père, sa mère etc., que naît tout le reste.