13e dimanche
Temps Ordinaire (A)
Matthieu 10,37-42


Croix

Références bibliques

  • Lecture du second livre des Rois. 4. 8 à 16 :” Quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer.”
  • Psaume 88 : “ L’amour du Seigneur, sans fin, je le chante : c’est un amour bâti pour toujours.”
  • Lettre de saint Paul aux Romains. 6. 3 à 11 :” Pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ.”
  • Evangile selon saint Matthieu. 10. 37 à 42 : “ Qui vous accueille, m’accueille.”

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,37-42.
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ;
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.
Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.
Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »


Qui ne prend pas sa croix
n’est pas digne de moi.
Qui vous accueille m’accueille
Alberto Maggi OSM

“À vin nouveau outre neuve”, voilà l’annonce de Jésus. Qu’est-ce que cela signifie ? La nouvelle relation avec Dieu que Jésus vient proposer est incompatible avec tous les systèmes religieux ou familiales existants, car ils sont basés sur l’obéissance et sur le pouvoir. Or Jésus avec son message, propose une nouvelle relation avec Dieu non plus basé sur l’obéissance et sur la loi, mais sur l’accueil de son amour. Pour cela il va toucher les trois valeurs intouchables qui régissent la société, trois valeurs sacrées : Dieu, patrie, famille. Et Jésus commence par la famille qui incluait le pouvoir du mari sur sa femme, du père sur les fils. Voilà pourquoi Jésus cite le prophète Michée qui avait annoncé l’activité du messie qui était celle qui devait diviser l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère, c’est à dire que le nouveau se divise du vieux qui résiste à la nouveauté.

Dans le passage que la liturgie nous présente aujourd’hui, Jésus affirme : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi », qu’est-ce que cela veut dire ? D’abord Jésus s’adresse aux fils, ensuite aux parents, mais ces deux choses ont le même sens : libérer les personnes de ces relations qu’on appelle ‘les liens’ parce que ce sont des relations qui lient. Jésus ne veut pas de personnes liées mais des personnes libres.

Alors la première annonce est adressée aux fils, c’est à eux de se défaire des liens d’obéissance et de dépendance des parents qui les empêchent de croître et de se réaliser. Et puis Jésus s’adresse aux parents qui doivent se détacher du lien qu’ils ont avec leurs enfants car ils ne doivent pas oublier qu’avant d’être parents, ils sont maris et femmes. Donc Jésus invite à la pleine liberté. Évidement, celui qui accueille ce message de Jésus est considéré comme un fou, il est mis de côté dans une société qui considère l’obéissance comme une valeur sacrée. C’est alors que commence la persécution.

Voilà pourquoi Jésus affirme pour la première fois dans cette évangile : « .. celui qui ne prend pas sa croix.. » la croix n’est pas donnée par Jésus, elle n’est pas non plus acceptée mais elle doit être prise par l’homme. Jésus se réfère à l’axe horizontal que le condamné devait porté sur ses épaules jusqu’au lieu de l’exécution. La croix signifie le refus, le rejet de la part de Dieu et du peuple et donc la perte total de la propre réputation. Eh bien Jésus veut des personnes libres capables pour cela de perdre leur réputation.

Et c’est pour cela que Jésus continue en disant : « Qui a trouvé sa vie la perdra.. » garder sa vie signifie la tenir pour soi, mais « ..qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. » Que veut dire Jésus ? Où il y a amour sans limites il y a la vie sans limites. Qui pense à lui-même se perd, mais qui pense aux autres se réalise pleinement.

Et ensuite la surprise de l’annonce de Jésus : « Qui vous accueille m’accueille », Jésus parle de ceux qui accueillent la croix, qui prennent la croix dans leurs vies. Eh bien, celui qui porte sa croix n’est pas un maudit comme croit la religion mais la manifestation visible de Dieu lui-même. Voilà pourquoi Jésus ajoute « qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. » Cela veut donc dire que celui qui accueille cette croix, qui la prend et qui pour cela est considéré maudit de Dieu et rebut de la société, en réalité il montre la présence de Dieu.

Et Jésus avec un langage typiquement rabbinique dit « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète » pareillement avec le ‘juste’ et on s’attendrait à la fin qu’il continue en disant ‘qui accueille..’, eh bien non, il dit « celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple » le mot grec traduit par ‘petit’ est ‘micron’ qui signifie invisible, insignifiant. Cela veut dire qu’être disciple de Jésus c’est être un rebut de la société pour avoir pris sa croix, eh bien à celui qui donne un verre d’eau en signe d’accueil du disciple « amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Celui qui accueil un disciple n’aura pas la récompense du disciple mais la présence même de Jésus et du Père.

Le message de ce passage d’évangile est très clair : Pas de liens, Jésus veut des personnes libres, pas de liens même avec Dieu car Dieu n’absorbe pas l’homme, il ne lie pas les personnes mais les libère, Dieu ne retient personne mais pousse chacun à aller avec lui vers l’humanité.


Un homme seul dans la foule 
Yves Bériault, O.P.

Un jour, j’ai vu dans un magazine une photo extraordinaire qui date de 1936. Elle a été prise à Berlin à la veille de la dernière guerre mondiale. On y voit une grande foule qui accueille Adolph Hitler et qui fait le salut nazi, le salut au chef ! Au milieu de cette foule, il y a un homme qui se tient debout les bras croisés. C’est le seul que l’on voit ainsi, alors que tout autour de lui les bras sont tous levés bien haut pour acclamer Hitler. Cet homme seul dans la foule a une mine très résolue, le visage défiant, et l’on devine qu’il s’agit d’une personne courageuse, prenant un risque énorme par sa non-conformité. J’ai vu dans l’image de cet homme une belle analogie avec notre suite du Christ.

Le disciple du Christ est appelé à marcher sur les mêmes routes que son Maître. Son engagement en ce monde au nom de l’évangile est fait de risques, d’audaces et de courage. Son combat est souvent solitaire, et il doit être prêt à y engager toute sa vie comme son maître. Même seuls au cœur de la masse humaine, nous sommes appelés à nous ouvrir sans cesse au désir de Dieu sur nous, comme Jésus lui-même en a donné l’exemple. Le véritable bonheur est à ce prix, mais il est souvent fait de luttes, de renoncements et de refus, même lorsque des proches, des intimes cherchent à nous entraîner sur d’autres chemins que celui de l’évangile. D’où la première place qu’il nous faut accorder au Christ dans nos vies,

Jésus aujourd’hui nous parle de radicalisme, et pourtant il était loin d’être un révolutionnaire violent et anarchiste. Certains l’appelaient un prophète, ce qu’il était certainement. Mais pour nous chrétiens, il est avant tout le Fils de Dieu, lui qui connait si bien le cœur de l’Homme. Et il est venu nous dire que le plus grand combat qui se livre en ce monde est un combat pour l’amour. Il est venu s’engager au cœur de cette lutte que nous menons, nous invitant à le suivre et à aimer comme lui.

Alors, comment concilier cet amour de Jésus avec l’amour de nos proches ? Tout d’abord, il est important de souligner qu’il n’y a aucune contradiction entre ces deux amours, puisqu’ils n’en forment qu’un seul, mais l’un de ces deux amours a préséance sur l’autre, car c’est en demeurant dans l’amour de Dieu que nous apprenons à aimer le prochain en vérité. Et cette vérité de l’amour nous oblige parfois à reprendre le prochain quand ses paroles ou ses actions sont en contradiction avec l’évangile. C’est en ce sens que l’amour de Dieu l’emporte sur l’autre. N’est-ce pas cette logique que vivent les parents lorsqu’ils corrigent leurs enfants qui se montrent égoïstes, violents ou rancuniers. Leur amour pour leurs enfants n’a de sens que s’ils leur apprennent à devenir de véritables adultes. Et il en serait autrement dans notre rapport les uns avec les autres, alors que nous sommes tous et toutes appelés à grandir et à nous épanouir en tant qu’enfants de Dieu ?

Frères et soeurs, l’évangile de ce dimanche nous rappelle que c’est en aimant Jésus le premier que l’amour sera toujours le premier servi dans nos vies, et qu’il pourra alors se déployer tout autour de nous en nous mettant au service les uns des autres, nous donnant d’aimer davantage, mais en vérité, père, mère, fils et fille, époux et épouse, au nom même de cet amour qui a sa source en Dieu.

Yves Bériault, O.P.
https://moineruminant.com


Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus dit: «Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète» (Mt 10, 41). Trois fois le mot «prophète»; mais qui est le prophète? Certains l’imaginent comme une sorte de magicien qui prédit l’avenir, mais cela  est une idée superstitieuse, et le chrétien ne croit pas aux superstitions, comme la magie, les cartes, les horoscopes ou d’autres choses de ce genre. Entre parenthèses: de nombreux, très nombreux chrétiens vont se faire lire les lignes de la main: s’il vous plaît! D’autres décrivent le prophète uniquement comme un personnage du passé, qui a existé avant le Christ pour annoncer sa venue. Pourtant, Jésus lui-même parle aujourd’hui de la nécessité d’accueillir les prophètes; ils existent donc toujours, mais qui sont-ils? Qui est le prophète?

Le prophète, frères et sœurs, c’est chacun de nous: en effet, par le baptême, nous avons tous reçu le don et la mission de la prophétie (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1268). Le prophète est celui qui, en vertu du Baptême, aide les autres à lire le présent sous l’action de l’Esprit Saint. Cela est très important: lire le présent non pas comme une chronique, mais sous l’action de l’Esprit Saint, qui aide  à comprendre les projets de Dieu et à y correspondre. En d’autres termes, il est celui qui indique Jésus aux autres, qui témoigne de lui, qui aide à vivre l’aujourd’hui et à construire le lendemain selon son dessein. Nous sommes donc tous  prophètes,  témoins de Jésus «afin que brille dans la vie quotidienne, familiale et sociale la vertu de l’Evangile» (Lumen gentium, n. 35). Le prophète est un signe vivant qui indique Dieu aux autres, le prophète est un reflet de la lumière du Christ sur le chemin de ses -frères. Nous pouvons donc nous demander: moi qui ai été «élu prophète» dans le Baptême, est-ce que je parle et, surtout, est-ce que je vis comme témoin de Jésus? Est-ce que j’apporte un peu de sa lumière dans la vie de quelqu’un? Est-ce que je m’interroge à ce sujet? Je me demande: comment est mon témoignage, comment est ma prophétie?

Le Seigneur, dans l’Evangile, demande aussi d’accueillir les prophètes; il est donc important de nous accueillir les uns les autres comme tels, comme porteurs d’un message de Dieu, chacun selon son état et sa vocation, et de le faire là où nous vivons: c’est-à-dire en famille, en paroisse, dans les communautés religieuses, dans les autres domaines de l’Eglise et de la société. L’Esprit a distribué des dons de prophétie dans le saint peuple de Dieu: c’est pourquoi il est bon d’écouter tout le monde. Par exemple, lorsqu’il faut prendre une décision importante, il est bon avant tout de prier, d’invoquer l’Esprit, mais ensuite d’écouter et de dialoguer, confiant que chacun, même le plus petit, a quelque chose d’important à dire, un don prophétique à partager. C’est ainsi que l’on recherche la vérité et que l’on diffuse un climat d’écoute de Dieu et de nos frères, dans lequel les personnes ne se sentent pas accueillies uniquement si elles disent ce qui nous plaît, mais se sentent acceptées et valorisées comme des dons, pour ce qu’elles sont.

Pensons au nombre de conflits qui pourraient être évités et résolus de cette manière, en écoutant les autres avec le désir sincère de se comprendre! Demandons-nous alors enfin: est-ce que je sais accueillir des frères et des sœurs comme dons prophétiques? Est-ce que je crois que j’ai besoin d’eux? Est-ce que je les écoute avec respect, avec le désir d’apprendre? Car chacun de nous a besoin d’apprendre des autres, chacun de nous a besoin d’apprendre des autres.

Que Marie, Reine des prophètes, nous aide à voir et à accueillir le bien que l’Esprit a semé chez les autres.

Angelus 2/7/2026