Je me suis demandé au cours de cette semaine oecuménique : au fond, sommes-nous chrétiens ? Avons-nous le même Dieu ? Parlons-nous du même Christ ? Avons-nous la même conception de l’homme ? Et il me semblait que, il y a dans l’œcuménisme beaucoup d’incidents de frontières. On se pose la question, en particulier, de l’intercommunion, mais sommes-nous d’accord sur le fond du problème ? Sommes-nous d’accord sur Dieu ? Sommes-nous d’accord sur l’homme ? Avons-nous pris conscience que le Christ nous a révélé l’homme en nous révélant Dieu dans les profondeurs de la Très Sainte Trinité ? Est-ce que nous sommes d’accord sur cette vision de Dieu comme d’une liberté infinie en raison d’une désappropriation éternelle ? Est-ce que nous avons pénétré dans ces régions du silence où l’homme se trouve, précisément, quand il cesse de s’écouter, où l’homme se rencontre quand il cesse de se regarder ?

Et c’est donc, c’est au cœur de cette démission que l’union pourra s’accomplir, non pas en discutant sur des compromis possibles, mais en nous plongeant au centre et en retrouvant, ou en découvrant ce visage de Dieu imprimé dans nos cœurs, ce visage de l’éternelle pauvreté qui ravissait le coeur de saint François et qui l’a entraîné sur toutes les routes de la terre pour proclamer ce message de la pauvreté divine.

Il est sûr que si le Christianisme était envisagé comme cette immense source de liberté ; comme de la solution même du problème de l’homme et la révélation de ce problème puisqu’on ne peut pas le poser, finalement, quand on n’a pas entrevu l’humilité de Dieu, si nous étions d’accord là-dessus, nous serions tous dans l’état de Jésus au lavement des pieds et notre profession ecclésiale, notre affirmation de l’Eglise serait, précisément, la présentation de ce visage d’amour, non pas dans les mots, mais dans la démission de nous-mêmes.

C’est par notre pauvreté selon l’esprit, c’est-à-dire par cette assimilation de la vie trinitaire au plus intime de nous-même, que nous rendrons témoignage à l’Evangile et non pas par des discours sur l’unité.

Il est certain que, on a abusé immensément des discours. Et que l’on n’a pas suffisamment souligné la dimension mystique de toute vie spirituelle. Mystique c’est-à-dire, fondée sur un mariage d’amour ; mystique c’est-à-dire, affirmée par une transformation de soi, par une libération de soi. Comment défendre des croyances, si ces croyances sont simplement un tissu de notions qui ne deviennent pas un événement dans la vie ?

Si Dieu est la suprême réalité, il faut qu’il soit un événement de la vie. Si Dieu est la suprême réalité, il faut et que la vie en soit transformée. C’est dans la mesure de cette transformation que sa Présencedevient irrécusable. On ne peut pas refuser Dieu, on ne peut pas nier Dieu s’il est un événement de la vie, s’il éclate au coeur même de l’expérience humaine.

Nous manquons terriblement de cette dimension mystique. Et cela se comprend d’une certaine manière par le fait que la religion a d’abord été, comme je l’ai dit si souvent, un phénomène collectif, c’est-à-dire une manifestation de la vie du groupe et il n’y a rien à redire à cette situation. Elle était inévitable.

La vie humaine est difficile, et ce que l’homme a toujours redouté ; témoin la police qui est un des éléments indispensables à la vie de toute cité. Ce que l’homme a toujours redouté parce qu’il n’avait pas la solution de ce problème, c’est sa propre liberté, c’est ce pouvoir d’initiative qui peut, tout d’un coup surgir comme un élément d’anarchie.

Prenez, si vous le voulez, cet exemple très connu : le procès de Socrate en 399 avant Jésus-Christ. Ce procès de Socrate, c’est quoi ? Socrate n’observe pas les lois de la Cité, Socrate obéit justement à un démon intérieur, à une divinité, si vous voulez, intérieure. Socrate n’honore pas les dieux de la Cité, c’est du moins l’accusation que l’on porte contre lui, et la Cité se sent menacée par celui qui n’honore pas ses dieux, car ses dieux pourraient l’abandonner, ses dieux pourraient se venger contre la Cité qui ne les honore pas. Le citoyen donc qui n’honore pas les dieux de la Cité met en danger la Cité et, pour protéger la Cité, il faut supprimer ce citoyen anarchique, ou anarchiste, qui fait obstacle à l’unité de la Cité, qui introduit justement cet élément imprévisible qui est l’initiative d’une liberté dont on ne sait jamais ce qu’elle fera.

Et on peut bien penser que les hommes, dès qu’ils ont vécu une vie de groupe, dès que ils se sont sentis solidaires les uns des autres au point de ne pouvoir subsister les uns sans les autres, ils ont perçu ce danger bien avant de pouvoir définir la liberté et d’en avoir une idée claire. Puisque nous-mêmes nous n’avons pas une idée claire. On comprend bien la difficulté pour eux, la difficulté qu’aurait été de définir cette liberté mais ils la sentaient avant tout comme un pouvoir anarchique, comme une initiative qui pourrait tout compromettre en livrant la biologie collective finalement à la mort. Et cela était d’autant plus redoutable que, en effet, l’humanité primitive était dépourvue d’instruments techniques, qu’ils avaient à faire face à une nature non encore conquise, à une nature sauvage qui mettait constamment en péril son existence.

Alors, que la religion ait pris cette forme, rien n’est plus naturel et disons-le rien n’est plus légitime : il fallait subsister. Et nous savons bien que, il y a toujours eu collusion, il y a toujours eu une espèce de symbiose, de communauté de vie entre le groupe et la religion, disons en termes modernes, entre l’Etat et l’Eglise.

Nous voyons cela avec éclat lorsque, dans l’Empire romain, les chrétiens sont livrés au pouvoir des empereurs païen. Nous l’appelons tel, quoiqu’ils fussent religieux ils avaient leur religion et précisément c’est au nom de cette religion qu’ils persécutaient le christianisme. Parce que, pour eux, la religion des dieux, la religion de Jupiter Capitolin, la religion de l’Empereur, la religion de Rome enfin, c’était l’appui indispensable à la solidité de l’Etat : il fallait grouper toutes ces populations d’origines très diverses qui n’avaient aucune tradition commune. Il fallait les grouper dans une religion d’ensemble qui fût l’affirmation même de l’unité de l’Empire.

Les chrétiens apparaissaient comme des dissidents qui introduisaient un coin dans cet édifice et qui le conduisaient à sa ruine.

Quand l’Empire est devenu chrétien, le même jeu était joué en sens contraire : les empereurs chrétiens ont persécuté le paganisme, ils l’ont interdit formellement jusque dans la vie privée, en vertu même, du même principe que l’Etat avait besoin de cet appui qui était la religion qui se trouvait être maintenant la religion chrétienne. Il fallait donc la protéger et empêcher les dissidences, et empêcher en particulier la survivance du paganisme qui apparaissait maintenant anachronique.

Et nous ne sommes pas encore guéris de cette alliance qui était inévitable, nécessaire, disons dans la même mesure légitime, avec ce caractère évident que une telle alliance ne comportait pas un élément mystique. Un Etat qui confesse la divinité, que ce soit la Suisse avec sa constitution qui commence par l’évocation du tout-puissant, un Etat qui reconnaît Dieu ne peut le reconnaître finalement que comme une puissance dont elle attend la protection. Il ne s’agit pas d’un rapport nuptial, d’un mariage d’amour, mais d’une soumission respectueuse à une puissance dont on attend la protection.

Si bien que la religion a pu devenir une manière de bienséance, une manière de politique, une manière disons de police, au sens que l’on donnait à ce mot au 17ème siècle, c’est-à-dire un instrument de la civilisation. Et nous savons bien que, un Maurras par exemple, voyait précisément dans l’Eglise, un ferment de culture, de culture gréco-romaine, un remède, comme il disait, à l’anarchie de la Bible. Il voyait donc, dans l’Eglise, avant tout une structure qui garantissait la survivance de la civilisation gréco-romaine.

Pour se déprendre de cette religion équivoque, dont il ne faut pas médire encore une fois, ce n’est pas moi qui donnerai le coup de pioche à la tradition dans un village où tout le monde va à la messe, sous prétexte que, ils y vont mon Dieu, en troupe et que ils y vont sans conviction ! Ils y vont parce que tout le monde y va, parce que, on serait montré du doigt si on n’y allait pas ! Mon Dieu, ces contraintes sociales peuvent avoir leur bon côté. Comme la plupart des hommes sont des moutons, autant qu’ils aillent dans le sens d’une ascension plutôt que dans le sens d’une dégradation. Ils peuvent être protégés par ces structures.

Mais enfin, on sait très bien que, elles ne résistent pas finalement à des apports étrangers, elles ne résistent pas à l’exil et il faut prendre le tournant. Et le tournant, justement aujourd’hui plus que jamais s’impose. Il faut retrouver une religion qui soit au coeur de l’humanité, qui saisisse à fond le problème de l’homme, qui le révèle à lui-même, qui lui apporte une solution unique et incomparable en montrant Dieu comme nous voyons ce matin, tout engagé dans notre vie et nous ajouterons, jusqu’à la mort de la croix.

Le Christ nous a apporté cette Bonne Nouvelle, justement, que nous n’étions plus des sujets de Dieu, mais que nous étions ses fils, que nous étions ses amis, que ce qu’il voulait, c’est contracter avec nous un mariage d’amour, qu’il se remettait entre nos mains, que son règne ne peut s’accomplir que par nous, que l’Incarnation se poursuivait dans nos vies et que chacun de nous était responsable, finalement, de cette vie divine qui ne peut devenir un événement de l’histoire humaine qu’à travers nous.

Et c’est évidemment de ce point de vue que, il faut envisager le Credo : toutes les affirmations de l’Eglise chrétienne, toutes ces affirmations condensées dans le Credo ne peuvent avoir un sens que si elles s’immergent, si elles sont enracinées au coeur de la Trinité, si nous retrouvons cet itinéraire de notre libération.

Tant que nous ne comprenons pas que le dogme, qui n’est pas autre chose que la proclamation, sous l’inspiration ou du moins sous l’assistance de l’Esprit saint, de la tradition apostolique, si nous ne comprenons pas un dogme dans le sens de la libération, c’est que nous ne l’avons pas compris du tout !

Alors laissons-le reposer jusqu’à ce que nous entrevoyions, précisément, que, il ne fait que développer cette perspective centrale, que, il n’est que le rayonnement de cette affirmation initiale qui est que Dieu est liberté, qu’il nous appelle à la liberté et que la vocation de toute créature, c’est de lui ressembler et, au lieu de subir son existence, d’en faire une offrande et un don.

Le mot dogme est devenu une sorte d’injure, enfin quand on veut dire qu’un être est buté, on dit qu’il est dogmatique et c’est tout à fait à tort, parce que, justement, le dogme ne peut se comprendre que s’il est un ferment de vie. Il ne peut se comprendre que dans un horizon mystique.

Je vous rappelle ces distinctions que vous connaissez bien entre une connaissance instinctive, charnelle et subjective, qui est celle à laquelle nous cédons le plus souvent, obéissant aux impératifs de notre inconscient, aux impulsions venues de ces zones ténébreuses ; la plupart du temps, nos jugements sont des jugements passionnels, éminemment subjectifs, qui ne font que traduire notre emprisonnement, c’est-à-dire notre prise de possession par ce moi, ce moi que nous n’avons pas choisi, ce moi qui nous boucle sur nous-même et qui dresse entre nous et les autres, et entre nous-même et nous-même, un mur infranchissable de séparation. Cette connaissance instinctive court les rues ; c’est elle qui alimente à peu près tous les discours.

Il y en a un autre, nous avons dit le discours scientifique qui, dans son ordre est pur et admirable, le discours scientifique qui, justement, a compris que, il fallait s’élever au-dessus de l’univers passionnel, mais en faisant abstraction de toute obsession, de toute option personnelle. Car les options personnelles, d’abord elles varient en nous, elles varient en chacun, elles varient au cours d’une même vie. Et les options passionnelles coïncidant avec un engagement qui peut croître ou décroître, ces options personnelles ne pourront jamais se mettre d’accord spontanément et universellement. Si on veut aboutir à un langage commun, il faut se réduire à l’objet, n’envisager que l’objet, c’est-à-dire une connaissance qui, à base de calculs et d’instruments, calculs qui sont les mêmes partout, instruments qui sont les mêmes partout donnent lieu aux mêmes recherches, ou à des recherches identiques, et des conclusions identiques, à supposer les compétences égales.

On a réussi cela, qui est une chose magnifique : un langage universel, mais qui n’est valable qu’à condition que chaque savant reste, laisse ses options personnelles à la porte de son laboratoire. Mais, avec cette condition qui est la condition même du succès de la science et ces réussites sont bénéfiques, aucun problème humain n’est résolu parce que le problème humain en tant que tel, celui qui décide de notre attitude au coeur de la vie, soit dans nos rapports avec nous-même, soit dans nos rapports avec les autres, les problèmes humains ne peuvent pas être résolus par cette science objective qui s’est méthodologiquement proposée, précisément, d’écarter toute option personnelle pour éviter les conflits et pour aboutir à une vue commune.

Mais au-delà, eh bien justement, la connaissance des connaissances, la connaissance essentielle, celle qui mord sur la vie et qui décide du sens de la vie, qui est une connaissance interpersonnelle. Celle que vous avez avec vos parents, avec vos enfants, avec vos maris, avec vos épouses. Cette connaissance où chacun, plus ou moins, s’approche de l’intimité de l’autre, cette connaissance par intériorité, cette connaissance qui n’est possible qu’en vertu d’un engagement et qui est d’autant plus profonde que cet engagement est plus total.

Et, il va de soi que, dans la connaissance de Dieu, nous sommes, éminemment, dans une connaissance interpersonnelle, d’autant plus que nous ne devenons des personnes qu’à travers lui. C’est lui seul qui nous fait devenir source et origine. Si nous pouvons décoller de notre moi préfabriqué, c’est dans la mesure où nous devenons un regard vers lui, c’est dans la mesure où notre moi possessif devient un moi oblatif.

C’est donc lui qui nous personnalise. Il est donc clair que nos rapports avec lui sont essentiellement des rapports interpersonnels qui sont d’autant plus profonds que notre engagement est plus radical : plus nous nous engageons, plus nous connaissons.

Alors, justement, c’est ça qu’il faut remarquer, c’est que, surtout en Occident, on a terriblement abusé des discours. Non pas que le discours soit mauvais en lui-même, mais justement un discours sur Dieu, comme un discours sur l’homme, en tant que tel, n’est valable que si il est porté par un engagement. Sinon, il reste à fleur de peau et il n’évoque aucun problème authentique, ni ne peut apporter aucune solution valable.

J’ai souvent l’impression en théologie, soit à Fribourg, soit à Rome, souvent cette impression qu’on était dans les discours. Sans doute le surnaturel était sous-entendu, mais il l’était tellement que on finissait peut-être par ne plus penser. On pouvait parler du Christ, on pouvait parler de la Trinité Sainte, on pouvait parler des anges, mais en les tirant des syllogismes à perte de vue, qui transformaient finalement toute la réalité divine en une matière d’examen ! On pouvait faire un doctorat en théologie, au fond sans engagement. Je ne dis pas que ceci fût fait de propos délibéré, bien entendu, mais il y a une confiance beaucoup trop grande dans la puissance même de l’armature logique, sans penser que pour que le raisonnement soit valable, il fallait qu’il fût porté constamment par une union toujours plus profonde avec Dieu.

C’est à cette condition que le dogme apparaît immédiatement comme une Eucharistie de lumière et de vérité. Rien n’est plus passionnant par exemple que d’étudier la Christologie des premiers siècles chrétiens, rien n’est plus éblouissant par exemple que ” l’homoousios ” de Nicée, le ” consubstantiel” de Nicée. C’est, c’est quelque chose de prodigieux ça éclaire immensément l’Evangile parce que, justement, le ” consubstantiel ” nous fait échapper à l’idée d’une génération en Dieu, comme si au coeur de Dieu, il y avait un être nouveau qui naquît, ce que l’Islam a toujours récusé en disant :
Dieu n’engendre pas et n’est pas engendré ” parce qu’il a compris la Trinité comme la surrection, le surgissement d’un être qui n’existait pas, le Père d’abord, existant pour lui-même, et le Fils surgissant, naissant du Père, alors que le ” consubstantiel ” veut dire précisément que, il ne s’agit pas en Dieu d’autre chose que ce concert de relations, de relations qui dynamisent la vie divine, et la fait éclater dans une hymne éternelle d’amour.

Nous avons vu ce matin, justement, que le moi, le moi, ce moi qui est le centre de gravité de tout l’être spirituel, que le moi en Dieu est cette relation pure qui est totale désappropriation. Et c’est ce que veut dire le ” consubstantiel ” : la vie divine circule totalement d’une personne à l’autre sans être jamais possédée par aucune puisque, elle ne traverse chacune, ou chacune ne subsiste en elle que en la communiquant.

C’est le modèle parfait, n’est-ce pas, d’une charité absolue qui est tout Dieu, d’un amour sans reste, d’un amour qui n’est qu’amour. Et c’est dans cette perspective qu’il s’agit de comprendre toute la dogmatique qui, vue sous son aspect mystique, est une nourriture essentielle de la vie spirituelle. Et je voudrais l’illustrer, si vous le voulez, en prenant deux ou trois thèmes. Et en commençant par le plus ingrat qui est l’Enfer.

L’Enfer qui a joué un si grand rôle dans l’iconographie chrétienne avec toutes ses diableries, l’Enfer, qu’est-ce que ça veut dire ? Comment nous situer, nous, hommes d’aujourd’hui, nous qui sommes passionnés de liberté, nous qui ne pouvons aborder le problème de Dieu que comme un problème de libération, ce qu’ont fait d’ailleurs tous les grands mystiques de tous les temps, comment nous situer par rapport à cette vérité qui paraît si anachronique, de l’Enfer ?          

Il est clair que il faut immédiatement chercher dans cette affirmation de l’Enfer qui est d’ailleurs dans l’Evangile, il faut immédiatement chercher dans cette affirmation son enracinement dans notre libération. En effet, l’Enfer signifie d’abord une responsabilité infinie et cette responsabilité infinie, elle jaillit, elle résulte immédiatement de la prise de conscience de l’infini dans l’homme. Si il y a un infini dans l’homme, et c’est ce qui constitue l’homme dans sa spécificité., si il y a un infini dans l’homme, il faut que les décisions de l’homme aient elles-mêmes un retentissement infini. Si vous enlevez cette responsabilité, il n’y a plus rien ! Il n’y a plus rien ! Le jeu n’est plus réel. La dignité de l’homme ne signifie plus rien, car l’homme, justement, est un créateur. Dieu a créé des créateurs, comme disait Bergson : Dieu a créé des créateurs qui ont à se créer eux-mêmes en recréant avec eux-mêmes tout l’univers.

Dieu ne peut pas créer tout seul puisque, il n’a pas voulu un monde de robots, mais un monde de liberté. Il a donc remis à chaque créature son destin dans la mesure où elle était capable de connaître et d’aimer. Il lui a remis son destin et c’est à elle de se prononcer. Et cette décision qu’elle prend est sérieuse, elle est valable, elle mord sur l’être, elle mord sur l’univers, elle mord sur Dieu qui en peut mourir parce que, justement, l’engagement de Dieu va jusqu’à la mort de la croix puisque son amour ne peut s’affirmer que en allant jusqu’au bout de lui-même.

L’amour est désarmé. Il est sans défense contre les refus d’amour. Il ne peut persévérer dans son être qu’en allant jusqu’au bout, ce qui s’accomplit dans l’histoire humaine de notre Seigneur par la mort sur la Croix. Donc, vous ne pouvez pas prendre au sérieux la dignité humaine, vous ne pouvez pas percevoir l’infini dans l’homme, sans percevoir la responsabilité infinie de l’homme.

Cette responsabilité, elle peut, chez un être chargé de crimes, elle peut prendre l’aspect de la terreur quand il en prend conscience et qu’il voit combien il a galvaudé sa dignité, combien il a refusé de s’assumer et d’assumer les autres. Il peut être saisi d’un mouvement de terreur, se sentir perdu et voué à l’Enfer, dans le sens le plus extérieur, voué à l’Enfer où il sera puni et châtié par une puissance à laquelle il n’échappera pas, ce qu’un grand théologien protestant avait traduit dans ces mots admirables : ” Une absence irrémissible de Dieu dans une irrémissible relation à Dieu. ” L’homme a une relation à Dieu. Dieu est la vie de sa vie. S’il récuse Dieu, il se jette hors de la vie, il est hors du circuit et cet être auquel il avait à s’intégrer va passer sur lui comme un rouleau compresseur parce que, justement, il est en dehors de l’ordre essentiel, parce que, il s’est mis au ban de l’amour !

Il peut éprouver cette terreur comme un premier pas vers une crise de conscience de son immense responsabilité qui est un aspect de son immense dignité. Car c’est la même chose : si vous êtes un créateur, ça doit se voir, si vous êtes un créateur, c’est que votre action compte… infiniment et que votre décision est prise au sérieux et qu’elle décide de votre destin. Donc, si je suis mal engagé et si j’en prends conscience, je peux passer par un moment de terreur et avoir le sentiment de la damnation comme le brigand dont je vous raconte l’histoire qui a trouvé sur la neige ce papier du perpétuel Secours et qui s’est engagé dans la neuvaine à Notre-Dame du Perpétuel Secours jusqu’à neuf fois de suite et qui, ayant commencé dans la terreur, a abouti au pur amour.

Et c’est là, justement, que nous voyons que le dogme qui est, comme disait Pinard de la Boullaye, une ” direction de pensée ” – ce mot est admirable – une direction de pensée qui peut croître sans cesse, sans cesse, sans cesse jusqu’à ce qu’on arrive au centre qui est la Trinité divine. Chaque dogme est un rayon finalement de cette confidence essentielle qui est !a Révélation de la Trinité divine.

Alors, évidemment, ce premier mouvement de crainte qui est de nouveau affirmé dans l’Evangile, ce premier mouvement de crainte peut-être une expérience valable et décisive, mais qui peut et qui normalement doit se poursuivre en s’intériorisant à mesure, justement, que la vision du bien s’intériorise, la vision du mal le fait aussi et la vision de la sanction suit du même pas.

Ce brigand qui est effrayé et qui tremble à l’idée de sa damnation inévitable verra s’ouvrir peu à peu les portes du repentir. Il entrera dans une contrition qui, basée d’abord sur la crainte, se basera finalement sur l’amour. Il comprendra, il découvrira que le bien est Quelqu’un à aimer, que ce n’est pas d’abord une règle qui s’impose du dehors, un commandement auquel il doit se soumettre, nais que c’est avant tout une vie qui s’est remise entre ses mains.

Et, de plus en plus, il va découvrir que ce n’est pas Dieu qui le mettait en Enfer : c’est lui qui mettait Dieu en Enfer. Il va découvrir que ses fautes ont blessé un amour fragile et sans défense. Alors, il oubliera son sort, il oubliera que ses responsabilités pourraient retomber sur sa tête et il va se jeter dans ces abîmes d’amour et il voudra délivrer Dieu de lui-même, il voudra le délivrer de cet enfer auquel nous condamnons Dieu dans la mesure où nous refusons de l’aimer. Mais lui ne refusera jamais d’aimer, jamais ! Il aimera toujours car l’existence même, l’existence même, toute existence est liée à son amour, est le fruit de son amour et en appelle à son amour. S’il y a un seul être qui se perd, Dieu sera éternellement crucifié ! Il est impossible qu’il en soit autrement puisque Dieu est amour, rien qu’amour et que, il a appelé la création à devenir amour au niveau même de son coeur dans cette relation nuptiale qu’il veut contracter avec nous.    

Alors, vous voyez que la perspective de ce dogme ne cesse de se modifier selon les lois de l’analogie en allant d’un niveau inférieur à un niveau supérieur et, en passant de l’extérieur à l’intérieur ou, comme dit Augustin, du dehors au dedans, il vient un moment, justement, où le sens de la responsabilité ne traduit plus la crainte de manquer son propre destin, mais la crainte que Dieu échoue, que Dieu échoue, que son amour soit stérile, qu’il ait été dépensé en vain.

Alors, à ce moment-là, le brigand lui-même, le brigand que nous sommes tous d’ailleurs, virtuellement, le brigand sent qu’il est appelé à être la Providence de Dieu et, comme dit Graham Greene dans La Puissance et la Gloire, il découvre que, aimer Dieu, c’est vouloir le protéger contre nous-même.

Alors, il ne s’agit pas, de but en blanc, de dire : « l’Enfer, c’est absurde, c’est ridicule ! » Il s’agit de voir que, il y a là une donnée éminemment spirituelle qui a une dimension mystique et qu’il faut partir toujours de cette expérience essentielle qui est celle de la dignité humaine. Je ne peux pas croire, je ne peux pas vivre la dignité humaine sans reconnaître son pouvoir de décision infinie et donc la responsabilité infinie dont cette dignité est investie.

Ce n’est qu’une indication, mais qui montre bien que la dogmatique chrétienne est immensément éclairée, qu’elle a son foyer au coeur de la Trinité divine qui est la libération dans sa source, puisque c’est la révélation de la liberté de Dieu à l’égard de son être propre : Dieu ne subit pas son être. Il le vit en se donnant.

Nous pouvons envisager un autre aspect du dogme, si vous le voulez, qui est celui de l’Immaculée Conception.

Vous trouvez dans les Evangiles le récit de la maternité virginale, de la conception virginale de Jésus : c’est en Matthieu, c’est en Luc, comme vous le savez, et ces récits sont d’ailleurs transparents, ils sont d’une étonnante délicatesse, mais ils sont formels. Jésus est né d’une vierge.

Cette affirmation, telle quelle, évidemment, pose quantité de problèmes … Qu’est-ce que cela veut dire ? Et pourquoi est-ce que ça a la moindre importance ? Est-ce que Jésus n’aurait pas pu naître comme tout le monde ? Est-ce que c’aurait été comme un blâme jeté sur sa naissance, qu’il fût né d’une union normale entre un homme et une femme ?

L’Immaculée Conception, c’est l’aspect intérieur de la conception virginale : c’est dire, mais la Vierge a enfanté, elle a enfanté comment ? Mais du fond de sa liberté, elle a enfanté du fond de sa libération ! Justement, elle n’est pas, elle n’a pas été un chaînon dans la vie de l’espèce. Elle a été une source et une origine parce que nous sommes ici au commencement de l’humanité nouvelle, nous sommes en face du second Adam, nous sommes là, à cette reprise de la création qui a capoté dans la chute où, justement, la première pensée a été infidèle à sa vocation et où l’univers, au lieu d’être axé sur l’Esprit, est resté ce qu’il était, livré aux déterminismes. Nous sommes à un recommencement, à une récapitulation de la création qui va jaillir, justement, comme l’événement même de l’Esprit. Le second Adam va naître de la seconde Eve, et la seconde Eve va enfanter de l’Esprit, toute sa biologie sera mise en mouvement par sa contemplation.

On a décelé des cas de parthénogenèse, on a fait des expériences de parthénogenèse dans le règne animal avec un succès considérable. Pour le peu qu’on a essayé, on peut envisager une fécondation sans le concours de l’homme, ou du mâle. Mais ça n’a rien à voir avec la conception virginale qui est un événement éminemment spirituel qui suppose que la Vierge a été, dès le premier instant de son existence, libérée d’elle-même et orientée vers le Sauveur qu’on attendait sans qu’elle sût d’ailleurs qu’elle en dût être la mère. II y avait en elle cette aspiration immense qui concernait tout son être et qui le personnalisait comme une relation au Christ.

C’est donc de cette contemplation où elle est radicalement libérée d’elle-même, par sa relation à Jésus, que va jaillir sa maternité. C’est quand tout son esprit, quand tout son être aura été pénétré de cette lumière du Sauveur à venir que sa maternité se déclenchera, si j’ose dire, et que sa biologie se mettra au service et deviendra le berceau du Verbe fait chair.

Donc, il est clair que l’Immaculée Conception veut, précisément, nous arracher à la contemplation de la conception virginale comme d’un mystère physique qui resterait là, insoluble, incompréhensible. Il s’agit là de l’avènement de l’Esprit, il s’agit là d’un événement où s’atteste, précisément, la vocation essentielle de l’homme qui est de se libérer de soi, qui est, comme dit notre Seigneur à Nicodème, de naître de nouveau. Eh bien, la nouvelle naissance commence dans l’Immaculée Conception, dans cette sanctification initiale de la Vierge toute ordonnée à son fils et qui, au moment voulu, dans le Oui de l’Annonciation, s’offrira tout entière comme le berceau du Verbe incarné.

Donc, nous retrouvons, là encore, et c’est la seule manière de le pouvoir considérer nous retrouvons toujours les mêmes coordonnées, nous retrouvons toujours la même inspiration : il s’agit de l’Esprit, de la vie selon l’Esprit qui est, nous l’avons vu, la capacité de ne pas subir son être, mais de le choisir, de se choisir en se donnant puisqu’il n’y a pas d’autre moyen d’émerger de soi que de faire de soi tout entier une offrande d’amour.

Nous pouvons, si vous le voulez, envisager aussi dans cette perspective l’Eucharistie.

L’Eucharistie, c’est tout un univers. Mais nous pouvons d’emblée voir dans l’Eucharistie et cela m’arrive, souvent, de penser que c’est tout le cosmos, tout le cosmos, tout l’univers qui est transfiguré dans un raccourci prodigieux où, justement, c’est ce qu’il y a de plus matériel dans l’univers qui est épousé par Dieu et transformé par lui jusqu’à devenir le véhicule de sa Présence réelle.

Nous avons dit, justement, que le sens de la création, c’était cela : la création est appelée à porter Dieu, à fleurir en Dieu, à devenir comme Dieu, à entrer dans ce dialogue nuptial où tout est liberté dans notre libération. Mais il va de soi que cette vocation ne concerne pas seulement l’être humain. C’est là que le jugement de l’épreuve originelle révèle toute son immensité, c’est qu’il s’agit de toute la nature, il s’agit de toute l’univers, de tout l’univers, de toute la vie animale, végétale et minérale.

L’épreuve originelle qui s’accomplit d’ailleurs en chacun de nous. Chacun de nous a passé par cette épreuve originelle qui est de choisir, de se choisir, et, en se choisissant, de choisir son univers. Cette épreuve concerne donc toute la création : ce qui, je le suggérai déjà ce matin, ce qui est déjà vérifiable à l’échelle de la science quand la science est vécue, vécue par le savant comme une recherche de vérité, c’est-à-dire comme la recherche d’une Présence dans l’univers, quand la science est vécue avec cette passion comme on le voit dans Einstein ou chez Jean Rostand.

L’univers est traité comme un être vivant, perçu comme une présence ou comme une personne. Et devant lui, comme le dit Einstein, on est frappé d’étonnement et de respect.

Pourquoi d’étonnement et de respect sinon parce qu’à travers l’univers, on sent l’immense respiration de la Présence divine : tout devient sacré parce que partout on retrouve la trace de Dieu.

La vocation de l’univers, c’est une vocation de liberté, mais qui ne peut se réaliser bien sûr pleinement et consciemment qu’à travers les créatures douées d’intelligence, d’intelligence et qui ont la possibilité et la vocation de se créer en se choisissant elles-mêmes.

Si l’Eucharistie jette une immense lumière dans cette vocation cosmique, dans cette vocation de l’homme par rapport à l’univers, c’est que, justement, ce raccourci formidable, la matière est promue, d’un seul coup, à devenir le signe et le sacrement qui nous communique, réellement, la Présence du Seigneur.

C’est donc, comme en raccourci, toute l’histoire de l’univers, toute, tout l’accomplissement de sa vocation ultime, celle de sa transfiguration dans la lumière de Dieu et il m’arrive souvent, en regardant l’Hostie consacrée, de me dire : mais jamais, jamais la matière, ce que nous appelons la matière, ne se trouve aussi profondément glorifiée ! Elle atteint à un état de telle pureté que par l’Eucharistie. C’est comme l’image du corps glorifié, du corps unifié, du corps qui ne signifie plus que, finalement, dans son unité que la Présence infinie qui le pénètre et qui est sa vie.

La matière, on ne sait pas ce qu’elle est. Personne aujourd’hui ne la peut définir. On voit partout des structures, c’est-à-dire finalement, certaines répartitions de l’énergie, certains niveaux d’énergie, certaines dispositions de nœuds d’énergie, c’est tout ce qu’on peut dire de la matière !

Et le matérialisme, comme je l’ai dis souvent, consiste non pas dans l’univers visible et tous les phénomènes qui y surgissent, mais le matérialisme, c’est une attitude de l’esprit, de l’esprit qui s’asservit aux éléments du monde, de l’esprit qui s’enferme dans son refus, de l’esprit qui se cadenasse dans ce moi propriétaire qui est totalement incapable de communication avec soi, avec l’humanité, avec l’univers.

Ce n’est pas le monde visible qu’il faut attaquer, qu’il faut sous-estimer puisque le monde visible est transparent à un univers invisible. Toutes les musiques du monde rendent témoignage, précisément, à cette Présence dans l’univers. Tous les arts du monde, depuis que l’homme dans les cavernes a épousé le mouvement de la vie animale, tous les arts du monde, quand ils sont spontanés, sincères, quand ils ne sont pas un pur exhibitionnisme, tous les arts du monde rendent témoignage à cette Présence. Et la voir affleurer, à même les phénomènes visibles, met l’Eucharistie au centre, comme l’ostensoir, bien sûr, l’ostensoir, et l’ostensoir immense de cette Présence qui veut envahir toute la création afin que toute la création respire en Dieu.

Cette manière d’envisager la matière avec cette, ductilité, avec cette souplesse, avec cette transparence et cette intériorité est quelque chose de magnifique qui nous donne une intelligence toujours plus profonde de la recherche humaine : pourquoi cette immense procession de chercheurs à travers toute l’histoire, sinon parce que il y a dans l’univers un immense appel à se réaliser en Dieu ?

Il me paraît donc certain que la dogmatique entendue avec sa dimension mystique – et elle ne peut s’entendre autrement – ne peut que nourrir la vie spirituelle de la seule nourriture qui lui soit vraiment assimilable.

La Trinité, mais c’est un puits sans fond ! C’est un abîme de lumière et d’amour que nous pourrons éternellement découvrir sans jamais en atteindre le fond. Et comme tous les dogmes sont comme les rayons de cette confidence, les rayons de cette réalité suprême, tous les dogmes nous ramènent finalement à cette liberté infinie qui est fondée sur la communication que Dieu fait de lui-même, puisque il n’a pas d’autre manière d’avoir prise sur son être que de le communiquer.

Il faut être donc extrêmement sobre lorsqu’on apprécie les énoncés dogmatiques, ou les articles du Credo. Il faut être extrêmement sobre. Il ne s’agit jamais de les déprécier. Si vous ne les comprenez pas, si nous ne les comprenons pas, laissons-les donc reposer. Nous ne sommes pas obligés de tout comprendre à la fois. Il suffit que notre direction fondamentale aille vers notre libération en s’appuyant sur la liberté infinie qui est Dieu. Ce que nous n’avons pas assimilé, ce que nous ne sommes pas en état de comprendre, nous le comprendrons un jour d’autant mieux, je veux dire nous en ferons notre nourriture, d’autant plus aisément que nous, nous serons libérés davantage.

Il faut donc éviter les discours, ces discours qui tournent au bavardage, ces discours où chacun prétend dire son idée qu’il se fait du Credo, avant de s’agenouiller, avant de recevoir cette Eucharistie de lumière et d’amour qui est la Révélation Comme si, justement, le discours pouvait avoir prise sur Dieu alors que, Il n’a pas cours dans nos relations interpersonnelles ! Nous ne pouvons connaître les autres que dans un engagement à leur égard, comment pourrions-nous connaître Dieu sans nous, nous engager envers lui ?

C’est pourquoi je demeure convaincu que la vie chrétienne s’enracine, bien sûr, dans la foi chrétienne, s’enracine dans la confidence que Dieu nous fait de lui-même, s’enracine dans cette liberté essentielle qui resplendit dans le Christ dont les racines plongent dans la Trinité divine et qui revêtue subsiste dans cette désappropriation désappropriation infinie qui est la racine même de notre libération.

Il s’agit donc, pour nous, d’entrer dans le silence, car c’est dans le silence seulement que se révèlent les mystères de silence, comme dit Ignace d’Antioche, “ ces mystères de clameur dans le silence de Dieu.

La vraie théologie, c’est celle qui est à genoux. La vraie théologie c’est celle qui écoute. La vraie théologie c’est celle qui contemple. Et chacun de nous peut devenir ce théologien qui renonce au discours, mais qui devient lui-même une parole de Dieu.

Je crois que cet aspect, si vous vous rappelez le mot de Pinard de La Boullaye : “ Le dogme est une direction de pensée “, vous n’aurez pas de peine à voir cet étagement de la découverte qui va de niveau en niveau jusqu’à ce qu’enfin on tombe dans les abîmes de Dieu au coeur de la Trinité divine.

Le 27 janvier 1974 au Cénacle de Genève.
Courtoisie de
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