33ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B
Marc 13,24-32

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel.
Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.”
Lectures
Deutéronome 12,1-3 ; Hébreux 10,11-14.18 et Marc 13,24-32
Le ciel et la terre passeront,
Marcel Domergue
Le spectacle qui nous est donné à voir à travers les images apocalyptiques, c’est l’envers de Genèse 1. Certes, tous les êtres créés dans ce livre ne sont pas ici énumérés, mais la mention du « ciel et de la terre » (deux fois), du soleil, de la lune, des astres et des « puissances des cieux » suffit à rendre l’allusion évidente, sans compter que « l’origine » et la création sont mentionnées au verset 19 (hors lecture). Donc, ce qui a été fait pendant les « six jours » sera défait. Or, les récits de la Passion, surtout celui de Matthieu (mais aussi Luc, avec le soleil qui s’obscurcit) parlent de bouleversements cosmiques. Là aussi, la création se défait. La Parole créatrice crucifiée, c’est vraiment la fin du monde. Paul, de son côté, met bien la disparition de l’ancien monde au passé : « le monde ancien a disparu, un monde nouveau est là » (2 Corinthiens 5,17). Même son de cloche dans l’Apocalypse de Jean, avec le thème des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Là encore « le soleil n’éclairera plus » (21,23 ; cf. Zacharie 14,7). On comprend dès lors, sans avoir à faire état de la croyance des premiers chrétiens en l’imminence de l’avènement du Christ, que Jésus puisse dire : « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ».
L’apocalypse au présent
Le « tout cela » de la citation précédente ne désigne pas seulement les bouleversements cosmiques mais aussi les guerres et les persécutions du début du chapitre. Les relations entre les hommes, comme la nature, sombrent dans le chaos. On a l’impression que l’Écriture, loin de nous promettre un règne paisible de Dieu sur terre, un univers pacifié dès maintenant, nous fait entrevoir une progression de la division de l’homme avec l’homme et de l’homme avec la nature. Mais sans doute faut-il comprendre que tout est accompli avec la Pâque, paroxysme de toutes nos contradictions. Pourtant, Paul ne se contente pas de mettre au passé la disparition du monde ancien ; il la met aussi au présent : « Elle passe, la figure de ce monde » (1 Corinthiens 7,31). C’est dire que le drame de l’enfantement du monde nouveau prend toute l’histoire. Chaque génération le vit pour son propre compte et l’humanité prise dans son ensemble le vit jusqu’à l’entrée dans le septième jour, celui du repos de Dieu, celui de la création achevée.
Notre évangile ne nous parle pas de monde nouveau : il en reste aux images de la destruction. Cependant, on nous montre le Fils de l’homme venant avec grande puissance et grande gloire. C’est le Règne de Dieu, et c’est cela le monde nouveau. Paul dit que le Christ investit toute créature, « remplit l’univers », est « tout en tous ». Là encore, c’est au passé, puisque c’est donné dans la résurrection du Christ ; c’est au présent, puisque nous avons à l’actualiser ; c’est au futur, puisque nous en attendons l’accomplissement. Finalement, les révélations à première vue catastrophiques de notre évangile sont en fait des révélations de salut. Seulement, c’est un salut qui, pour surmonter nos ténèbres, notre violence, notre péché, les traverse. Deux mots clefs de ce chapitre 13 de Marc doivent retenir notre attention : « Ne craignez pas » (v. 7 et 11) et « Soyez sur vos gardes, veillez« (v. 33-37). « Veillez », cela veut dire : ne vous laissez pas tromper par les apparences, c’est bien Dieu qui vient.
Les confins du monde
Marcel Domergue
Avouons que le langage apocalyptique de la première lecture et de l’évangile nous déconcerte, ou nous laisse froids. La version selon Luc du discours sur la fin des temps nous sera proposée au 1er dimanche de l’Avent ; aujourd’hui nous devons nous contenter d’une partie de la conclusion de Marc au discours correspondant. Mais pourquoi Jésus nous tient-il ce genre de propos qui emprunte tant au symbole, au merveilleux, au « sensationnel » ? D’abord pour nous faire comprendre que la vie humaine, celle des individus et celle de l’humanité prise dans son ensemble, ne débouche pas sur le « rien », qu’elle court vers un dénouement et non vers une disparition pure et simple. Bref, l’aventure humaine a un sens. La seconde illusion contre laquelle ces discours nous prémunissent consiste à imaginer que nous allons inéluctablement vers des lendemains qui chantent, vers une période historique où tous nos conflits et tous nos malheurs seraient abolis. Certes, nous cherchons à promouvoir l’humanité Une à l’Image du Dieu unique, mais il serait puéril de croire que cela se produira en une période déterminée de notre histoire, dans le « temps ». « Mon Royaume, dit Jésus, n’est pas de ce monde » (Jean 18,36). Le situer après le monde serait encore le laisser dans le temps : à chaque instant il surplombe notre temps et le sauve ; il est sa dimension éternelle et se nourrit de tous nos efforts pour le réaliser.
Le soleil, la lune et les étoiles
Ces corps célestes représentent « les puissances d’en haut », ce ciel qui domine la vie des humains. D’un côté, ce sont de simples luminaires créés pour nous éclairer et rythmer notre temps (voir Genèse 1,14). Mais n’exercent-ils aucun pouvoir sur les hommes, ne pèsent-ils pas sur leur liberté ? Paul pense à cela quand il dit que le Christ a été élevé au-dessus de « toute puissance et domination » : pas d’horoscope pour la foi chrétienne. Il reste que si les astres perdent leur lumière, nous sommes renvoyés en deçà de la création, au règne du chaos. Ainsi la fin rejoindrait le commencement. L’univers se défait. Ou plutôt les anciens luminaires vont céder la place à de nouvelles sources de clarté dont ils n’étaient que la figure : « La ville n’a plus besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer ; car la gloire de Dieu l’illuminera et son flambeau, c’est l’Agneau. Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre y apporteront leur opulence » (Apocalypse 21,23-24). Très nombreux sont les textes de l’Ancien Testament que ces lignes résument (par exemple Isaïe 60,1-2, Zacharie 14,7). Ainsi les créatures sont bien à l’image de Dieu, leur éclipse signifie sa pleine révélation. C’est pourquoi, à l’heure de la mort du Christ, le soleil cesse de briller et les ténèbres s’installent pour l’aube d’une nouvelle création. A travers tous ces symboles, nous apprenons que nous allons vers des cieux nouveaux et une terre nouvelle, une nouveauté de la vie.
L’imminence de la venue de Dieu
Cette mutation, dit Jésus, est imminente. « Le Fils de l’Homme est proche, à votre porte ». Donc proche dans le temps (imminence) et dans l’espace. S’il est à la porte, il se tient à l’extérieur; il faut sortir pour le trouver. Sortir de quoi ? D’où ? Voilà qui semble en contradiction avec tous les textes qui nous disent que le Christ vient nous trouver; qu’il vient nous habiter; qu’il nous est intérieur; que nous sommes son « Temple », son Corps. Certes, mais s’il est bien celui qui est venu, qui vient, il est aussi celui qui viendra. Visage inédit du Christ toujours nouveau. Sans cesse nous avons à sortir de nos manières de le voir ; de le comprendre, de l’accueillir pour le reconnaître sous des traits inattendus. Même à travers notre décrépitude et notre mort, c’est encore lui qui vient pour nous faire sortir vers l’ultime liberté. En réalité, le Christ, Dieu, vient en permanence à notre porte, nous demandant de lui ouvrir (cf. Apocalypse 3,20 et, plus généralement, l’ensemble des « lettres » aux sept Églises). Cette venue accompagne tout ce qui se passe dans notre vie. A propos de tout et de n’importe quoi une question nous est posée : « Vas-tu m’ouvrir ? ». Alors ce qui aurait pu être seulement désastre et destruction devient naissance à un monde nouveau. N’est-ce pas ce que nous dit déjà l’événement pascal ? C’est du cœur des ténèbres que se lève la Lumière.
Une nouvelle époque missionnaire
Romeo Ballan, mccj
Marc a recours à un langage impressionnant, bien que toujours message de salut et d’espérance. Il s’agit du langage ‘apocalyptique’, riche en images et paroles, que les évangélistes emploient pour parler de la destruction de Jérusalem et, en perspective lointaine, des événements ultimes de l’histoire des hommes. Le contexte immédiat était celui des premières communautés chrétiennes, qui vivaient un climat de tensions internes mais aussi de persécutions venant de l’extérieur. Donc une série de circonstances troublantes qui faisaient peur, en même temps qu’elles introduisaient le doute et posaient un tas de questions: on vit dans l’épreuve, oui, mais pour combien de temps encore? La fidélité, oui, mais à quel prix? Et à la fin de tout, le salut est promis pour qui?
C’est ainsi que Marc, et avec lui les autres évangélistes, fidèles à la prédication des Apôtres, se proposent de donner à la communauté un message d’espérance et de réconfort, dont l’idée centrale est la présence du Maître à notre côté (Évangile): son absence n’est pas définitive et il viendra de nouveau, précédé de ses anges protecteurs. A la dispersion actuelle, liée aux premiers temps, suivra une convocation destinée à tous (v. 26-27). C’est aussi ce que le prophète Daniel avait prévu (I lecture): au terme d’un long moment d’inquiétude, le peuple connaîtra le salut (v. 1).
Il y a plusieurs personnages qui sont à l’œuvre, à différents titres, à l’intérieur du plan de salut que Dieu a voulu. Jésus Christ est le premier et le plus important, le souverain pontife et sanctificateur de la nouvelle alliance (II lecture), l’unique Sauveur de tous les peuples. Ensuite il y a tous ceux qui collaborent à l’action de Dieu dans l’accompagnement des élus, qui sont leurs frères dans la foi. Daniel réserve un éloge plus appuyé à “ceux qui auront accompagné leurs frères sur le chemin de la justice” (v. 3). Marc parle des anges qui rassemblent les élus “des quatre vents” (v. 27). “Le salut des frères face à un abandon possible de la foi ou à la dispersion, ne se produit pas par une intervention prodigieuse du Seigneur, mais par l’action des anges, c’est à dire les disciples, ceux qui auront su vivre dans la fidélité malgré l’heure de l’épreuve. C’est bien eux les anges, chargés de ramener les frères à l’unité de l’Église” (F. Armellini).
Voici donc le rôle missionnaire de tous ceux qui accompagnent leurs frères sur le chemin qui amène à la rencontre avec le Christ. Le chemin de la mission est ardu, travail de longue haleine auprès de peuples nombreux et différents. La moisson est toujours abondante, les ouvriers étant par contre peu nombreux (Mt 9,37). C’est pourtant Jésus lui-même qui nous invite à lever la tête et à regarder avec espoir vers la moisson: “Levez vos yeux et regardez les champs, ils sont mûrs pour la moisson” (Jn 4,35).
Le Seigneur Jésus suscite notre espérance, il nous dit “être proche, à notre porte!” (v. 29): il offre son salut à tous. Et invite en même temps ses amis à s’en faire les annonciateurs. Le pape Jean Paul II, dans son encyclique Redemptoris Missio (1990), affirme clairement que “la mission du Christ Rédempteur, confiée à l’Église, est encore bien loin de son achèvement… Cette mission en est encore à ses débuts et nous devons nous engager de toutes nos forces à son service” (n. 1). Prenant conscience de l’immensité et de l’urgence de cette mission, le Pape nous invite à élever nos cœurs à l’espérance “en ce nouveau printemps du christianisme” (n. 2), où il voit pointer l’aube d’une nouvelle époque de l’Église missionnaire. Une saison qui donnera de fruits, mais à la condition que les chrétiens, missionnaires et jeunes églises à la fois, “soient saints et généreux dans leur réponse aux appels et aux défis que nous lance notre époque moderne” (n. 92).
LE FILS DE L’HOMME RASSEMBLERA SES ÉLUS
DES QUATRE COINS DU MONDE
P. Alberto Maggi
C’est une belle page encourageante que l’évangile de Marc nous présente ce dimanche au chapitre 13 versets 24 à 32. Ce chapitre est tellement difficile à comprendre que l’évangéliste lui-même dit (au verset 14) ” que le lecteur comprenne” c’est à dire, que l’interprète du texte face attention.
Voyons ce que dit l’évangéliste : ” En ces temps-là, ” ou plutôt ” en ces jours là “, ce sont les jours qui suivent la destruction du temple de Jérusalem et donc un temps de tribulation. Et maintenant, Jésus emploie le langage typique des prophètes, connu à cette époque dans cette culture. En effet Jésus dit : ” après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat.”
Soleil et lune étaient utilisés comme divinités par les peuples païens, alors Jésus est en train de dire que, à l’annonce du message de son message, les fausses divinités perdront leur splendeur. Ce qui aurait pu sembler vrai se révélera faux. Ce que l’on faisait passer comme étant sacré se révélera être impur.
Cela grâce à l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus. Et donc : ” le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.” Tous ces pouvoirs qui basaient sur ces divinités leur force et leur prestige commenceront à tomber l’un après l’autre. Il était caractéristique de cette époque de considérer princes et empereurs comme des divinités.
Avec la destruction du temple cela commencera à être vrai. Et alors voici l’affirmation solennelle de Jésus : ” Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.
” Nous savons que historiquement c’est en 70 que Jérusalem fut assiégé et que le temple fut détruit, et donc, des contemporains de Jésus ont pu le voir. ” Le ciel et la terre (c’est à dire tout) passeront, mes paroles ne passeront pas. ” Tout passe mais le contenu du message de Jésus, la bonne nouvelle ne passe pas.
Jésus affirme que son message continuera dans le temps. Et puis il poursuit en disant : ” Quant au jour et à l’heure,” Marc emploie le mot “jour” pour indiquer la mort de Jésus et de ceux qui le suivent et “l’heure” le moment où les disciples seront portés devant les tribunaux et condamnés. Il s’agit donc du moment de la persécution et de la mort.
” Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. ” Que veut dire Jésus avec cette expression ? L’important n’est pas de connaître le moment mais de savoir que cela est entre les mais du Père et donc c’est une invitation à mettre son entière confiance au Père. C’est une page d’espérance et de grande consolation pour les communautés chrétiennes, même si elles sont écrasées par des grandes puissances. La communauté doit savoir que son action sera efficace dans la mesure où elle est fidèle à l’évangile. Tout régime construit sur le pouvoir a déjà en lui-même le germe de sa destruction.
Tout géant, nous dit le prophète Daniel, a les pieds d’argile et son anéantissement est une question de temps. C’est une invitation, comme le dit Jean dans son évangile, à ne pas lutter contre les ténèbres mais à briller en son sein. Et donc, la communauté chrétienne, dans la mesure où elle sera fidèle au message de l’évangile, permettra la chute des fausses divinités et des régimes qui s’appuient sur elles.
QU’EST-CE QUE LA FIN DU MONDE?
Maurice Zundel
Qu’est-ce que la fin du monde? Le non-respect de la création, de l’homme et de Dieu qui bouleverse les équilibres. Heureux ceux qui seront trouvés faisant la sainte volonté de l’Amour.
Si la créature souffre, d’une souffrance intolérable, si cette souffrance nous indigne, c’est en raison même de la dignité de la créature, c’est en raison de l’infini qu’elle porte en elle.
C’est en vertu de la valeur dont elle est dépositaire. Et c’est le piétinement de cette valeur qui nous apparaît justement comme sacrilège.
Mais cette valeur, c’est Dieu lui-même.
Dieu est toujours du côté des victimes, Il est la première victime.
Et il n’y a de mal au sens profond, au sens où le mal suscite l’indignation et l’horreur, il n’y a de mal que parce que Dieu est confié à toute conscience humaine, parce que chacun de nous a la charge de sa Présence et de sa vie.
Il est évident que Job n’a pu résoudre son problème parce qu’il a été absolument incapable de voir en Dieu la victime première de ses propres tribulations.
Incapable de concevoir l’échec de Dieu comme la plus haute manifestation de son amour.
Nous tenons donc ici l’expérience la plus profonde de cette réciprocité qui fait que la dépendance est des deux côtés, dépendance d’amour de la créature à Dieu et de Dieu à la créature, ce Dieu qui considère chaque créature comme son Dieu.
Le mystère de la création est donc finalement un mystère d’amour.
Toute l’histoire de l’univers est une histoire d’amour. Un Dieu nuptial, où Dieu est souvent vaincu et crucifié.
La passion est au commencement du monde, comme elle durera jusqu’à la fin du monde: la passion et la crucifixion de Dieu.
Il s’ensuit un retournement qui mord sur la vie, qui est d’une actualité brûlante, à savoir que nous avons la charge de Dieu, ce que Graham Greene exprime dans cette petite phrase si admirable: «Aimer Dieu, c’est vouloir le protéger contre nous même!»
Il n’y a là aucun paradoxe: je veux dire, nous ne sortons pas de l’expérience.
L’expérience de tous les jours nous apprend cette possibilité, comme dit saint Paul aux Thessaloniciens, d’éteindre l’esprit, d’éteindre Dieu et nous ne faisons guère autre chose au cours de nos journées, que d’éteindre Dieu, que de faire écran à sa présence et d’intercepter sa lumière.
Si Dieu ne devient pas un événement de la vie quotidienne, s’il ne s’actualise pas du fait de notre présence, il est comme mort et comme inexistant.
Il ne peut vivre effectivement dans l’humanité que s’il est vécu par quelqu’un, à fond, comme un saint François d’Assise.
Alors la vie tout entière devient transparence à Dieu et Dieu se respire sans qu’il soit nécessaire de le nommer.
Et c’est sous cet aspect que la vie chrétienne, que la révélation essentielle qui est celle de la Trinité peut donner à notre vie le sens d’une aventure incroyable qui est celle de porter Dieu, de communiquer Dieu, d’engendrer Dieu.
Comme le dit Jésus, d’être la mère de Dieu car «quiconque fait la volonté de Dieu est mon frère et ma sœur et ma mère».
Il ne s’agit donc plus désormais de notre destin, mais du destin de Dieu; non pas de ce qui nous arrive, mais de ce qui va lui arriver,
Car nous l’engageons dans toutes nos décisions, dans tous nos comportements, dans toutes nos affections. Nous l’engageons chaque fois que notre liberté joue et d’autant plus profondément qu’elle joue plus pleinement. Nous décidons donc de son existence expérimentale dans le monde.
Il sera rencontré et il sera vu, il sera reconnu dans la mesure où notre vie le laisse transparaître.
Nous sommes là au cœur d’une mystique où l’exigence spirituelle signifie la vie même de Dieu confiée à notre amour.
Le stimulant essentiel de notre effort contre toute la marée des tentations, contre toutes ces submersions cosmiques qui menacent constamment de nous envahir, le stimulant essentiel de notre générosité, c’est cela, c’est que la vie divine est remise entre nos mains.
Conférence, St-Germain-en-Laye (France) 1974
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