P. Manuel João, Combonien
Réflexion dominicale
du ventre de ma baleine, la SLA
Notre croix est la chaire de la Parole

XXVIIIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)
Marc 10,17-30 : « Il te manque une seule chose ! »
L’ÉVANGILE DES REGARDS

L’évangile de ce dimanche raconte l’épisode du jeune homme riche, que nous connaissons tous bien. Après le thème du mariage, la Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à aborder un autre sujet brûlant : celui des richesses.

Le passage est structuré en trois moments. Tout d’abord, la rencontre de Jésus avec un homme riche qui lui demande : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? ». Ensuite, le célèbre commentaire de Jésus sur le danger de l’attachement aux richesses : « Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu », juste après que, à la proposition de Jésus, le jeune homme « s’assombrit et s’en alla tout triste ». « Car il avait de grands biens », ajoute l’évangéliste. Enfin, la promesse du centuple à ceux qui laisseront tout « à cause de lui et à cause de l’Évangile ».

Trois regards de Jésus jalonnent cet évangile : le regard de sympathie et d’amour envers le jeune homme riche ; le regard triste et réfléchi vers ceux qui l’entourent, après le départ du jeune homme ; et, enfin, le regard profond et rassurant vers ses intimes, les douze. Aujourd’hui, le regard de Jésus est tourné vers nous. L’écoute de cet évangile doit se faire avec les yeux du cœur.

Le texte commence par le récit de la rencontre de Jésus avec « un homme », sans nom, aisé, un jeune homme, selon Matthieu (19,16-29), et un chef, selon Luc (18,18-30). Cette personne pourrait être chacun/e de nous. Nous sommes tous riches, car le Seigneur « étant riche, s’est fait pauvre pour nous, afin que nous devenions riches par sa pauvreté » (2 Corinthiens 8,9). En même temps, nous sommes tous pauvres, pauvres d’amour, de générosité, de courage. Cet évangile nous révèle notre réalité profonde, mettant à nu nos fausses richesses et sécurités. « Tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien. Mais tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu » (Apocalypse 3,17).

« Jésus posa son regard sur lui et l’aima ». C’est sans doute le plus beau, profond et singulier des regards de Jésus. On trouve cependant de nombreuses allusions au regard de Jésus dans les évangiles. Son regard n’est jamais indifférent, apathique ou froid. C’est un regard limpide, lumineux et chaleureux, qui interagit avec la réalité et les personnes. C’est un regard curieux qui se déplace, observe et interroge. Un regard qui révèle les sentiments profonds de son cœur. Un regard qui éprouve de la compassion pour les foules et devine leurs besoins. Un regard attentif à chaque personne qu’il croise sur son chemin. Un regard qui suscite des miracles, comme dans le cas de la veuve de Naïn. Un regard qui nourrit de profonds sentiments d’amitié et de tendresse, jusqu’à le faire pleurer pour son ami Lazare et pour la ville sainte de Jérusalem, la prunelle de l’œil de tout Israélite.

Son regard est aussi pénétrant, comme sa parole, « plus tranchante qu’une épée à double tranchant ». « Tout est à nu et découvert » à ses yeux, comme le dit la deuxième lecture (Hébreux 4,12-13). Son regard est aussi un regard flamboyant (Apocalypse 2,18), qui devient enflammé devant la dureté de cœur, la négligence envers les petits et l’injustice envers les pauvres.

Les yeux de Jésus sont des protagonistes, les précurseurs de sa parole et de son action. En général, nous considérons l’évangile comme un récit des paroles et des actions de Jésus. On pourrait cependant dire qu’il existe aussi un évangile des regards de Jésus. Ce sont surtout les artistes qui le racontent.

Le tableau le plus célèbre qui représente le regard de Jésus vers le jeune homme riche est probablement celui intitulé « Le Christ et le jeune homme riche » du peintre allemand Heinrich Hofmann (1889). Le regard profond et intense de Jésus est tourné vers le jeune homme, tandis que ses mains sont tendues vers le regard triste et languissant des pauvres. Le jeune homme a un regard perdu, incertain et fuyant, tourné vers le sol, vers la terre. C’est une représentation iconique de la vocation manquée du « treizième apôtre », pourrions-nous dire. En contraste, ce tableau illustre bien la vocation du chrétien : accueillir le regard du Christ pour ensuite le tourner vers les pauvres. Sans l’unification de ce double regard, il n’y a pas de foi, seulement une religiosité aliénante.

« Il te manque une seule chose ! ». Laquelle ? Accueillir le regard de Jésus sur toi, quel qu’il soit, le laisser pénétrer au plus profond de ton cœur et le transformer. Et alors, nous découvrirons, avec émerveillement, joie et gratitude, que vraiment « tout est possible à Dieu » !

P. Manuel João Pereira Correia, mccj