SAINTS AFRICAINS. Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à la vie de saint Achille Kiwanuka.

Kiwanuka est un Muganda né vers 1869 à Lulagala, dans le district de Mityana Ssingo. Sa mère s’appelle Nassazza Talidda ; elle est la fille de Mukwenda Ddumba. Son père, Kyazze, est le chef adjoint du comté. À l’âge de quinze ans, Kiwanuka est présenté à la cour pour servir le roi Mwanga II comme page. Il y est converti au catholicisme par Charles Lwanga.

Sur conseil de Lubinga, un autre membre du clan avec lequel il est entré au service du roi et qui est devenu chrétien fervent, Kiwanuka brûle toutes les amulettes de protection que ses parents lui ont données. Quelques jours plus tard, alors qu’il est en visite chez son père, celui-ci se rend compte que son fils est « sans protection ».

Interrogé, Kiwanuka répond que Jésus seul suffit. Très contrarié, son père lui interdit de retourner à la cour, voyant en celle-ci un environnement désormais dangereux. Mais Kiwanuka réplique qu’il ne peut renier la foi catholique et qu’il doit poursuivre son instruction religieuse auprès de Charles Lwanga. L’ayant appris, la famille l’exclut du clan.

Service royal et martyre

Au service de Mwanga, Kiwanuka travaille dans la salle d’audience. Il est aussi bon chanteur. Dès qu’il en a l’occasion, il apprend à lire et à écrire. Parfois, il sert de messager au roi et à ses dignitaires. Les témoins le présentent comme un garçon brun, beau, jovial et poli, courageux, gentil, digne de confiance, obéissant, posé et responsable, d’une foi profonde et d’une chasteté héroïque.

Après le martyre de Joseph Mukasa, Kiwanuka prend conscience de la probabilité pour lui aussi de répandre son sang pour le Christ. Alors, il s’en va dans la nuit du 16 novembre 1885 avec d’autres pages à la mission catholique pour demander le baptême. Il est baptisé par le père Lourdel sous le nom d’Achille.

Lorsque la persécution éclate et que les chrétiens, arrêtés le 26 mai 1886, s’acheminent vers Namugongo, le lieu des exécutions, Kiwanuka reste inébranlable. Il dit à son compagnon Weerabe : « Ils peuvent me tuer, je ne renoncerai jamais à ma foi ! ». Avec d’autres chrétiens, il est brûlé vif dans l’après-midi du 3 juin 1886. Honoré comme patron des journalistes, des écrivains et des artistes, Saint Achille Kiwanuka intercède pour le peuple de Dieu.

Second miracle obtenu par l’intercession des martyrs de l’Ouganda

Le cas Salongo Revocato Kalema a été enregistré par Rome au titre de « second miracle pour la cause de canonisation des martyrs de l’Ouganda ». En effet, Kalema est né le 11 juin 1959 à Bigada dans le district de Rakai avec des jambes galbées, c’est-à-dire courbées de façon à rendre impossibles la position debout et la marche. Sa mère, Josephine Namuddu, décède quelques mois après l’avoir mis au monde, le laissant à son père qui tire également sa révérence un an plus tard.

Kalema est alors confié à la garde de sa grand-mère, Clara Najjemba. Vu le grand âge de cette dernière, les Sœurs du Bon Samaritain de Bwanda s’offrent pour s’occuper du petit et l’emmènent dans leur couvent principal de Bigada à Rakai. Or, à cette époque, l’Église prie pour obtenir des miracles en vue de la canonisation des martyrs de l’Ouganda. Leurs reliques sont transportées au couvent de Bwanda et une neuvaine est organisée en leur faveur.

Pendant la neuvaine, les religieuses placent Kalema devant l’autel de l’église principale. Maria Mutagamba, future ministre du tourisme (morte en 2017), avait la charge d’emmener l’enfant tous les matins. Elle témoigne : « J’étais jeune, mais plus âgée que Kalema. Les religieuses, qui étaient nos professeurs, nous ont dit de prier pour lui. Nous avions l’habitude de porter Kalema de sa maison à la paroisse, avant qu’elles ne l’emmènent au couvent ».

Le miracle a lieu le sixième jour de la neuvaine. Mutagamba cherche Kalema là où elle l’a laissé mais ne le retrouve pas. Son cœur en est rempli d’inquiétude et d’anxiété. Mais quelle ne fut sa surprise de le voir en train de se promener entre les bancs de l’église, les pieds droits et solides ! Le cri de surprise qu’elle poussa fut si fort qu’il alerta tous ceux qui étaient dans les environs. L’Église fut prise d’assaut par un monde inhabituel. Et la nouvelle du miracle gagna toute la région.

Père Adéchina Samson Takpé
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