Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à la vie de saint Denis Ssebuggwawo, un martyr ougandais.

Ssebuggwawo (1) naît vers 1870 à Kigolooba, dans le comté de Bulemezi, au royaume de Buganda. Son père est Kajjansi et sa mère, Nsoga. En 1884, il est présenté au roi Mwanga II pour être son page. Sous l’influence de Joseph Mukasa Balikuddembe, catholique fervent, majordome et conseiller du roi, Ssebuggwawo devient catéchumène assidu. Chaque fois qu’il le peut, il enseigne la religion chrétienne à ses compagnons à la cour.

Le 15 novembre 1885, lorsque Joseph Mukasa rend au Christ le témoignage du sang, le désir du martyre enflamme aussi le cœur de Ssebuggwawo. Le jour suivant, il quitte le palais de nuit et se rend à la mission catholique pour se faire baptiser par le père Siméon Lourdel. Il reçoit alors le prénom chrétien de Denis. Bientôt, sa tentative de convertir à la foi chrétienne et à un mode de vie plus décent Mwafu, fils du chancelier et favori du roi, va attiser sur lui la colère de ce dernier et le conduire au martyre.

Martyre

Dans l’après-midi du 25 mai 1886, le roi rentre d’une chasse infructueuse tout aigri. Au lieu d’hippopotames, il n’a réussi à prendre que quelques oiseaux. Malheureusement, les pages ne sont pas là non plus pour l’accueillir. Il entre au palais par la porte arrière et se dirige vers ses propres appartements. Ne trouvant aucun page, il se met à vociférer. Peu de temps après, Ssebuggwaawo et Mwafu viennent en courant. Le roi s’adresse à Mwafu :
– D’où viens-tu ? Dites-moi exactement où vous avez été, et ne mentez pas !
– J’ai été avec Ssebuggwawo.
– Et qu’avez-vous fait ?
– Il m’a enseigné la religion.
– Alors, c’est Ssebuggwawo qui vous dresse contre moi ! Votre père vous a-t-il envoyé ici pour me servir ou pour apprendre la religion des Blancs ?
Puis, s’adressant à Ssebuggwawo :
– Mwafu a-t-il été avec vous ?
– Oui.
– Et qu’avez-vous fait avec lui ?
– Je l’ai instruit dans la religion chrétienne.
– Ne m’avez-vous pas entendu interdire l’enseignement de la religion ici ?
– Oui.
Alors Mwanga, déchaîné, prend la lance empoisonnée (Muwabutwa) et se met à frapper sauvagement Ssebuggwawo à la tête, au cou et à la poitrine, jusqu’à ce que la lance se brise dans sa main. Insatisfait, il saisit le garçon, le traîne hors de la cour et demande que les bourreaux l’achèvent. Mais ceux-ci ne sont pas à proximité. Alors Kyayambadde et Mberenge, deux compagnons fidèles de Mwanga, traînent le futur martyr hors du palais et le dépouillent de ses vêtements.

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Comme ils ne sont pas armés, Kyayambadde entre dans une maison et prend un couteau avec l’intention d’égorger Ssebuggwawo. C’est à ce moment que paraît Mpinga Kaloke, l’un des bourreaux professionnels. Il amène le condamné chez lui et l’y laisse passer la nuit. Le lendemain matin, il le confie à ses hommes, Mattembe et Mulyowa, qui l’achèvent. Denis Ssebuggwawo devient intercesseur pour le peuple de Dieu.

Guérison miraculeuse par l’intercession des martyrs de l’Ouganda

En 1941, sœur Philothy, religieuse membre d’une congrégation religieuse locale de Bannabikira Bwanda en Ouganda est frappée par une étrange maladie et est envoyée chez son frère Andrew Ziryawalamu de la paroisse de Kisubi pour les soins. On lui diagnostique la peste bubonique, une épidémie qui tourmente la région depuis des générations sans que l’on y trouve de remède.
Les docteurs Ahmed, un musulman, et Reynolds, un anglican, recommandent la mise en quarantaine de leur patiente. Peu de temps après, sœur Philothy décède et est enterrée par deux religieuses, les sœurs Aloyse Cribet et Richilds.

Juste après l’enterrement, les deux religieuses présentent les symptômes de la peste et sont mises en quarantaine. Alors qu’elles sont sur leur lit de mort, Mgr Edward Michud et Père Joseph Cabana, le curé de Rubaga à l’époque, organisent une neuvaine en l’honneur des martyrs de l’Ouganda pour leur guérison.
Après trois jours de prières, les deux malades guérissent. Rome charge un spécialiste d’analyser le diagnostic, les médicaments et d’interroger les deux médecins. L’enquête aboutit à la conclusion que non seulement il n’y avait pas de médicament efficace contre la peste, mais que même le plus efficace médicament n’aurait pas pu produire un tel résultat en si peu de temps. Canonisé le 18 octobre 1964, saint Denis Ssebuggwawo est invoqué comme patron des chanteurs, musiciens et chœurs.

Père Adéchina Samson Takpé
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(1) Source principale : Dictionary of African Christian Biography, 1998.