Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à sainte Éphigénie d’Éthiopie.
https://africa.la-croix.com

Éphigénie ou Iphigénie (1) est née au premier siècle de notre ère de Eggipus et Eufenisa, souverains de Nubie, un petit royaume païen d’Éthiopie. Huit ans après l’Ascension de Jésus, l’apôtre Matthieu et d’autres disciples partent pour évangéliser la région de Nubie où ils ne sont pas bien accueillis par les habitants. Seule la princesse Iphigénie accepte l’idée d’un Dieu unique et refuse le paganisme. Face à la diffusion du christianisme, les chefs païens, très influents, décident alors d’offrir Iphigénie en sacrifice sur le « feu sacré ».

Épreuve du feu et conversion du royaume

Au moment venu, Iphigénie, encouragée par saint Matthieu, renouvelle sa consécration à Dieu. Les bourreaux préparent et allument le feu en forme de trône. Tandis que les flammes montent, Iphigénie élève la voix et invoque le puissant Nom de Jésus. Alors, un ange descend du ciel et la transporte en un autre lieu. Le peuple crie au miracle. Iphigénie, délivrée de la main des bourreaux, réclame la conversion du palais et de toute la Nubie.
Saint Matthieu reprend la prédication de l’Évangile avec une ardeur renouvelée. Un jour, alors qu’il parle au peuple, un grand tumulte s’élève, pleurs et cris se font entendre : le fils du roi venait de mourir. Les magiciens s’efforcent mais en vain de le ressusciter. On fait alors appel à saint Matthieu qui, après avoir fait une brève prière, ressuscite le jeune homme. Le roi Eggipus, avec sa femme et tout le peuple, se fait baptiser. En outre, sa fille Iphigénie, consacrée à Dieu, est mise à la tête de plus de deux cents vierges.

Iphigénie demandée en mariage

Quelque temps après, Eggipus meurt et Hirtacus lui succède. Il s’éprend d’Iphigénie et promet à saint Matthieu la moitié de son royaume s’il la fait consentir à l’épouser. L’apôtre lui dit de venir le dimanche à l’église comme son prédécesseur, pour entendre, en présence d’Iphigénie et des autres vierges, quels avantages procurent les mariages légitimes. Le roi s’empresse de venir avec joie dans la pensée que l’apôtre voudrait conseiller le mariage à Iphigénie.

A lire aussi : Bienheureux Ghèbrè-Michaël, prêtre et martyr

Quand les vierges et tout le peuple furent rassemblés, l’apôtre se mit à les entretenir longuement à propos des avantages du mariage et reçoit les éloges du roi. Ensuite, ayant demandé qu’on fasse silence, il poursuit son discours : « Puisque le mariage est une bonne chose, quand on en conserve inviolablement les promesses, sachez-le bien, vous qui êtes ici présents, que si un esclave avait la présomption d’enlever l’épouse du roi, non seulement il encourrait la colère du prince, mais il mériterait encore la mort parce qu’en prenant l’épouse de son seigneur, il aurait outragé son prince dans sa femme. Il en serait de même de vous, ô roi ; vous savez qu’Iphigénie est devenue l’épouse du Roi éternel, et qu’elle est consacrée par le voile sacré ; comment donc pourrez-vous prendre l’épouse de plus puissant que vous et vous unir à elle par le mariage ? ». (p. 134)

Refus du mariage en vue des noces éternelles

Le roi reçoit ce discours comme un poignard en plein cœur et se retire tout furieux. Mais l’apôtre, intrépide, exhorte tout le monde à la fermeté et à la constance. Ensuite il bénit Iphigénie, qui, tremblant de peur, était venue se jeter à ses pieds avec les autres vierges. La messe achevée, le roi envoie un bourreau assassiner saint Matthieu alors qu’il est en prière debout devant l’autel, les bras étendus vers le ciel. C’est ainsi que l’apôtre meurt après une intense activité évangélisatrice en Éthiopie et en Égypte.

Mais après sa mort, le roi est atteint de lèpre. Comme il ne peut guérir, il se tue lui-même en se transperçant avec une épée. Alors, le peuple proclame Euphronius, frère d’Iphigénie, comme roi. Ce dernier règne pendant soixante-dix ans en paix, et est remplacé par son fils qui fait construire plusieurs églises en Éthiopie. Pour cette raison, Sainte Iphigénie est proclamée « libératrice de la Nubie ».

Au terme d’une vie féconde, Iphigénie est divinement avertie de l’approche des noces éternelles. C’est pour elle un motif de grande joie. Elle distribue tous ses biens, reçoit les derniers sacrements et meurt en toute sérénité. Fêtée le 21 septembre par l’Église catholique et le 16 novembre par l’Église orthodoxe orientale, elle est invoquée comme protectrice contre les incendies.

Père Adéchina Samson Takpé

(1) Source majeure : Jacques de Voragine, La légende dorée, Deuxième Série, Paris 1843.