Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) propose la présentation de la vie et des vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à Saint Maurice d’Égypte et ses compagnons martyrs.

Au temps de l’empereur romain Maximien (250-310) (1), tous ceux qui professaient la foi chrétienne étaient traînés aux supplices ou tués par des troupes de soldats postés de toutes parts. Il y avait alors dans l’armée une légion thébaine comptant six mille six cents soldats. Appelés des contrées de l’Égypte, ils étaient venus au secours de Maximien. Hommes assidus dans l’art de la guerre, réputés pour leur courage mais plus dignes encore par leur foi, ils combattaient pour l’empereur avec bravoure, pour le Christ par attachement. Mais quand il leur fut demandé d’arrêter les chrétiens, ils s’y opposèrent. L’empereur, l’ayant appris, exaspéré, commanda qu’un soldat sur dix de cette légion soit frappé du glaive afin d’amener plus facilement les autres à se soumettre.

Malgré cette mesure cruelle, les survivants affirmèrent qu’ils préféraient endurer les pires supplices que de faire quoi que ce soit qui soit contraire à la foi chrétienne. L’empereur Maximien, plus cruel qu’une bête féroce, ordonna qu’une fois encore, un sur dix d’entre eux soit mis à mort et que les autres soient contraints à exécuter ce qu’il avait ordonné. La légion fut à nouveau décimée. Mais, contre toute attente, les survivants, loin de se plier aux ordres de l’empereur, s’exhortaient mutuellement à la persévérance.

« Nous ne pouvons persécuter des chrétiens ! »

Le plus grand soutien de la foi fut Maurice, commandant de la troupe. Il exhortait ses compagnons à suivre leurs frères d’armes qui les avaient précédés dans le ciel, à accepter la mort si cela s’avérait nécessaire, au nom des lois divines et au nom de leur engagement pour le Christ. Alors l’ardeur glorieuse du martyre embrasa ces soldats valeureux qui déclarèrent à l’empereur : « Nous aimons mieux être mis à mort que tuer, nous préférons périr innocents que vivre coupables. Si tu rends encore de nouveaux décrets contre nous, si tu donnes de nouveaux ordres, si tu apportes de nouvelles menaces, feux, tortures, glaives, nous sommes prêts à les subir. Chrétiens nous nous déclarons, nous ne pouvons persécuter des chrétiens. » (Passio, n° 9).

Maximien, après avoir entendu cela, se rendant compte de l’attachement opiniâtre de ces hommes à la foi au Christ et désespérant qu’une si glorieuse constance puisse être vaincue, décréta d’un seul arrêt que tous soient mis à mort. Ceux-ci, ayant déposé les armes, livrèrent leurs têtes aux persécuteurs et présentèrent leurs corps sans défense à ceux qui les frappaient. Ainsi fut mise à mort, vers la fin du troisième siècle de notre ère, à Agaune, cette légion égyptienne qui, unie dans les cieux aux légions des anges, partage à jamais leur louange au Seigneur, Dieu des armées. De ce grand nombre de martyrs, nous ne connaissons que les noms des bienheureux Maurice, Exupère, Candide et Victor. Les autres nous sont inconnus, mais leurs noms sont écrits dans le Livre de vie.

Miracles sur la tombe des martyrs

Conversion d’un païen : Entre 360 et 380, le premier évêque du Valais, saint Théodule, faisait construire une basilique à Agaune en l’honneur des bienheureux martyrs thébains. Parmi les ouvriers, il y en avait un qui était encore païen. Un dimanche, tandis que les autres s’étaient éloignés pour se préparer à la célébration, il resta seul sur le chantier. Soudain, il fut envahi par une lumière mystérieuse et vit la foule des martyrs dont les dépouilles reposaient en ce saint lieu lui apparaître. Pendant qu’il les regardait, saisi de stupeur, ils lui demandèrent comment il avait pu oser, en tant que païen, concourir à une œuvre si sainte et, de surcroît, être seul à manquer le culte en un jour si sacré. Plein de frayeur et de trouble, l’ouvrier professa aussitôt la foi chrétienne et reçut le baptême (cf. Passio, n° 17).

Guérison d’une paralysie : L’épouse de Quintius, homme de haut rang dans la fonction publique, était atteinte d’une paralysie qui lui avait fait perdre l’usage des pieds. Elle demanda instamment à son mari de la faire transporter à Agaune malgré la longueur de la route. Lorsqu’elle y fut arrivée, on la porta sur les bras dans la basilique des saints martyrs. Guérie, elle regagna à pied son hôtellerie (cf. Passio, n° 18).

Père Adéchina Samson Takpé
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