Formation Permanente – Français
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L’évangile de Matthieu
Silvano Fausti

Discours en paraboles
Mt 13

Le discours des béatitudes devient lumière du monde et sel de la terre, à travers la mission. Mais il y a un scandale dans la mission, de ce genre : le bien paraît faire faillite alors que le mal réussit toujours bien. Le mal vient avec facilité et le bien avec difficulté. Mais alors Dieu est-il vainqueur ou perdant ? C’est le grand problème de toujours. Pour nous en rendre compte nous pouvons considérer la suite du chapitre 10 c’est-à-dire le chapitre 11 qui nous présente le Baptiste. Lequel avait été préparé à la venue du Messie. Or ce Baptiste qu’a-t-il compris ? Rien du tout ! « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre » ? Toute la longue attente de l’ancien testament est donc déçue. Et pourtant Dieu a travaillé longuement pour cela. Et Jésus de répondre d’aller lui raconter ce que l’on voit… La réponse de Jésus est qu’il faut changer notre attente. Mais les gens qu’ont-ils fait ? « Nous vous avons joué et vous n’avez pas dansé »… Les gens comprennent le contraire. Et les villes où il a accompli des miracles ? Elles non plus ne se sont pas converties. Et les pharisiens ? Les scribes ? Ceux-ci décident de le tuer ! Car ils disent qu’il est ami du démon. Les siens ? Ceux-ci vont le prendre parce que, disent-ils, il est fou. De tout cela on voit que l’histoire de Jésus est tout à fait exemplaire. Or c’est dans ce contexte que Jésus raconte les paraboles. Dans le contexte d’un ministère assez catastrophique. Jésus explique en paraboles le sens du ministère. Ces sont des paraboles de discernement. Il y en a de deux types : Un premier qui est même le présupposé du discernement, à savoir l’espérance qui est la capacité de lire l’action de Dieu dans l’histoire. Il y a des choses qui paraissent mais en-dessous se cache une autre réalité. Ensuite il y a des paraboles de jugement que nous verrons plus tard.

Disons quelque chose sur les paraboles. Elles sont un langage intéressant. Parabole veut dire exemple, comparaison. Ce langage parabolique est très important quand nous parlons de Dieu car Dieu personne ne l’a jamais vu. Et il est de nature à être trop facilement compris par les gens.

Les récits sont bien compréhensibles par tout le monde. Ce langage en paraboles s’avère donc très important dans la transmission de la foi. Une foi qui est histoire, expérience, est accessible à tout le monde. La parabole est aussi respectueuse parce qu’elle s’explique petit à petit et on la comprend petit à petit : si l’on veut et dans la mesure où l’on veut. Ce n’est pas comme un théorème : si tu es intelligent tu le comprends, autrement non.

Au c. 13 la première parabole. Elle est racontée par Jésus et l’explication c’est la manière dont l’Eglise l’applique à elle-même.

Mt 13,1-23 (lecture du texte )

Jésus s’assoit sur une barque de laquelle il s’adresse à la foule en paraboles. Toute notre vie est une parabole, une énigme, surtout notre ministère. Et cette parabole veut éclaircir l’énigme de pourquoi le bien paraît voué à l’échec, ce qui est d’ailleurs l’expérience vécue par Jésus. Lequel n’avait pas de reproches à se faire ; du genre : peut-être mon message n’est-il pas bien inculturé. Les résultats sont là bien négatifs. Car c’est en faisant bien que le Christ obtient ces mauvais résultats. Si c’est à cause de mon manque de savoir faire, de mon incapacité dans la catéchèse, que les résultats sont piètres, je peux toujours me dire que si je m’y mets au mieux, la prochaine fois les choses iront mieux. Mais dans le cas de Jésus qui n’a rien à se reprocher dans ce sens, comment ne pas entrer en crise ? Et si cela arrive à l’apôtre, comme en fait ça arrive ?

C’est le grand mystère du mal qui est toujours présent. Et d’autant plus présent que l’on veut faire le bien. C’est parce qu’on est en train de faire le bien que l’on se heurte au mal. C’est l’énigme de la vie de Jésus, à savoir sa croix. Notre vie est un mystère qui est sous-tendu par la parole qui est celle de la croix. Alors Jésus se met à raconter…

Une parabole un peu bizarre : le semeur sème un peu partout ! sur les routes, sur les cailloux… Mais en Palestine on sème avant de labourer. Alors on sème partout : où il y a des sentiers, ou bien des ronces. Après on laboure de manière telle que la semence est recouverte, ainsi elle n’est pas emportée s’il pleut, et a l’humidité convenable pour prendre . Donc ce semeur n’agit pas d’une manière étrange : il connaît son métier. Pour ce qui concerne le résultat, considérons qu’un sac pouvait en donner jusqu’à sept ou un peu plus, certes beaucoup moins qu’aujourd’hui.

On parle desemence : or celle-ci est une force de vie, laquelle en disparaissant se multiplie. Deuxième note : la semence disparaît . Belle image du règne qui doit passer par la mort et la difficulté . Autre chose : la part de grain que l’on sème on aurait pu la manger. Cela veut dire que l’on se prive de quelque chose ; c’est comme si l’on jetait . Mais c’est un investissement pour après ; mais dans l’immédiat ça paraît une perte.

Qu’arrive-t-il dans les semailles ?

Jésus a semé sans exclure personne, aucun cœur. Mais sa première expérience c’est que sa parole est comme le grain tombé et aussitôt emporté. Les gens n’écoutent pas.

Deuxième expérience : s’ils écoutent, la parole cependant ne met pas de racine et sèche aussitôt.

Si par hasard la chose pousse sans brûler, alors on se fait l’idée que ça ira. Mais non, pendant le chemin tout disparaît parce que les préoccupations étouffent…

Que fait le paysan ? Laisserait-il de semer ? Non, car il sait que l’an prochain il vivra de ce qu’il a semé. Moi-aussi je dois semer malgré ce résultat parce que je sais que le résultat ne manquera pas, et abondant , car c’est parole de Dieu et que cette parole est efficace. Elle donnera du fruit en son temps. Le semeur est sûr des résultats de son labeur, car c’est de ça qu’il vit ; ainsi Jésus affirme sa confiance dans la parole de Dieu. Ce n’est pas que les difficultés rendent vaine la parole ; car ce sont des difficultés normales , inhérentes aux semailles. Ces difficultés sont mises dans le compte depuis le départ. Remarquons aussi comme les difficultés sont décrites en long et en large, tandis que la récolte en un seul verset. C’est pour mettre en relief ce qui se passe dans notre vie où les difficultés paraissent envahir tout. En réalité, il y a un résultat car la parole est parole de Dieu. Jésus dans les difficultés renouvelle sa confiance en Dieu ; ainsi ces difficultés ne le découragent guère, mais elles lui donne cette vision qu’est l’espérance en dieu. Et l’histoire lui donnera raison. D’ailleurs deux mille ans d’histoire en sont la preuve , en fait les résultats continuent de nos jours.

Ça c’est la première manière de voir notre ministère : ne pas redouter les difficultés car ça ne pourra pas être pire que pour Jésus. Et si les choses vont bien, il faut être averti qu’elles pourraient aller mal plus tard… Il en va ainsi du mystère du Règne qui passe nécessairement à travers cela. Dans l’évangile de Luc on lit souvent : il fallait que… C’est de la nécessité de la croix. Tout le reste est un à-côté. Puisque le mal est là, il faut nécessairement l’affronter, ou alors il augmentera. Puisque la vie filiale c’est la guérison du mal, alors il faut nécessairement passer par là. Cette parabole nous donne le courage de voir autrement le ministère et l’histoire. Mais au moment où Jésus racontait cette parabole, tout lui allait mal : même les siens venaient de le faire appeler car ils voulaient le soustraire à la foule croyant qu’il déconnait un peu…

Donc notre ministère est le lieu où nous mettons à l’épreuve notre foi et notre espérance. Il nous arrive sans doute de confondre les résultats avec notre activité, alors que les résultats ne s’identifient pas à notre activité, mais c’est ce qui pousse de par lui même. Est-ce que si nous allons sur le lieu que nous venons d’ensemencer cela fera pousser la semence ? Sans doute que non. Mais nous dans notre ministère risquons de faire exactement comme ça et alors les résultats s’abîment. Le résultat vient dans la mesure où nous avons fait ce que nous devions faire. Ce qui ne va pas sans nous faire rencontrer des difficultés.

Le vrai scandale de la vie c’est que le bien réussit mal et le mal très bien. A cela Jésus répond avec cette parabole. C’est pour nous dire que la vie justement progresse de toute façon, car le vrai ce n’est pas ce qui paraît. Jésus ajoute même que le résultat sera au centuple ! Ce qui pourrait paraître impossible ; et bien, c’est ce que Jésus veut dire : il y aura un fruit impossible. Parce que la parole et l’histoire appartiennent à Dieu. Lisons plus en profondeur notre ministère à partir de cette parabole. Elle nous réconforte sans doute, parce que Jésus la dit dans un moment pour lui difficile : déjà on a pris à son sujet la décision de l’éliminer. Et qui a pris cette décision ? Seulement les méchants ? Absolument pas ! Et pour quel motif ? Pour un motif tout à fait banal que ni le Baptiste, ni aucun autre n’avaient compris. Après tout, la mentalité de Pierre, de Judas, du Baptiste est la même: ils s’attendaient à un Messie puissant et vainqueur. Or Jésus a suivi l’autre voie : celle du fils et du frère, de la pauvreté, de l’humilité. D’où l’incompréhension de la part de tout le monde. C’est cela le secret qui devra être dévoilé après. Affirmer cette foi au moment de l’échec sans l’idée de changer maintenant d’orientation, ni d’apporter des correctifs à son action afin qu’elle puisse être reçue . Jésus n’a pas fait ces calculs afin de plaire, après un temps d’échec, ce que nous faisons quand nous nous mettons à considérer quelles sont les catéchèses les plus efficaces, quelles les oeuvres plus percutantes à faire… Le discernement consiste dans le fait de comprendre ce mystère, que le bien passe à travers l’échec, le mal, la difficulté… Après avoir fait ce que je devais faire, j’attends ce qui doit venir.

Critères pour la compréhension des paraboles

* Les disciples vont chez lui pour lui demander explication. Moi-aussi, si je veux comprendre ma vie, je dois aller chez lui qui, seul, peut m’en donner l’explication. Ce que lui a rencontré est éclairant pour tout ministère et pour toute vocation. Aller chez Jésus non pas comme chez un maître mais avec le désir de créer intimité avec lui, car c’est de cette intimité que naît la compréhension. Familiarité, sympathie avec lui, car son destin est le mien.

Ecouter ce qu’il dit et lui demander : mais pourquoi est-ce que tu parles ainsi ? Interroge sa parole et l’énigme de ta vie s’éclaircira. Et lui te répondra : à vous il est donné de connaître les mystères du royaume ; à vous qui l’écoutez…Le mystère du règne, de votre vie, de l’histoire . Aux autres non. Pour les autres la parabole reste une parabole. Mais attention pour moi aussi la vie demeure une énigme, si je ne l’interroge pas . Mais si elle reste une énigme ce n’est pas mal, car, dans ce cas je suis obligé de me questionner. Ce n’est pas que les paraboles servent pour exclure les autres ; elles servent à comprendre que pour saisir le sens de notre vie c’est au Seigneur que nous devons nous adresser. Car à celui qui a il sera donné encore plus… A qui a la foi, il sera donné encore plus d’intelligence du mystère ; à celui qui n’en a pas, l’énigme se fera encore plus épaisse. Parler en paraboles est utile pour celui qui va au Christ et utile aussi pour les autres qui ne se réfèrent pas à lui, parce que les hommes devant une chose qu’ils ne comprennent pas désirent en arriver à la compréhension. La question reste ouverte même pour celui qui ne s’adresse pas à Jésus. Or pour ce dernier s’avère ce qu’écrivait le prophète Isaie : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles mais ils n’entendent pas… Ce qui veut dire que là où on ne comprend pas c’est parce que on ne veut pas se convertir, parce qu’on ne veut pas comprendre ! Cela disent les prophètes. Donc change de vie et tu comprendras. Notre compréhension est liée à la conversion. Car notre compréhension justifie toujours ce que nous voulons faire. Si nous voulons nous convertir et comprendre l’histoire de Dieu cela sera possible autrement non.

Le Christ nous guérit et alors nous comprenons et nous nous convertissons. Et nous nous apercevrons que la comparaison de notre vie et de notre ministère avec celui du Christ est une conversion continue et aussi une guérison continue de nos faux critères.

Heureux vos yeux qui voient, vos oreilles quiLes prophètes désiraient le voir…En Jésus s’accomplit toute prophétie, c’est pourquoi nous voyons. Nous voyons quoi ? La justice de dieu, son royaume. A travers la lecture de la Parole nous voyons ce que tout l’ancien testament avait désiré. Nous avons le bonheur de voir le plan de dieu. Et cela constitue notre force sur notre chemin.

Après cela il y a l’homélie de l’Eglise sur cette parabole. Nous essayons souvent de comprendre la parabole à partir d’ici au risque alors de ne pas comprendre car la parabole doit être d’abord comprise en elle-même pour ensuite être appliquée à nous-mêmes. Je m’explique. Le fait de donner le cent dépend de ta bonne volonté, si tu en as moins tu donneras moins. Mais cela est tout a fait le contraire de ce que la parabole veut dire ! Car elle veut dire que malgré toutes tes oppositions et toutes les difficultés la parole de Dieu donnera le cent, le soixante… C’est une affirmation d’espérance absolue au-delà de toute opposition et difficulté. A partir de cette espérance l’Eglise considère ses propres difficultés à elle. Ainsi elle peut dire : ceux qui écoutent la parole sans la comprendre c’est l’ennemi qui l’emporte . C’est celle qui est semée au bord de la route. Cela veut dire que la première expérience que nous avons c’est que la parole de Dieu tombe en nous comme sur une route où tout le monde passe, sur l’imperméabilité de notre cœur, sur le monde des opinions qui nous conditionnent et qui ne sont pas celles de Dieu. La parole est aussitôt emportée. L’ennemi c’est le voleur de la parole. La parole en nous ne prend pas corps parce que nous donnons notre confiance à d’autres paroles. Dans cette situation que disons-nous ? Je sais que je suis dans cette situation. Je sais aussi que la parole de Dieu porte du fruit . Alors je demande au Seigneur cette foi qui vainc le monde, les opinions, la mentalité courante en sorte que la parole puisse prendre. Donc cela correspond à affirmer que par-delà toutes les difficultés, la parole de Dieu agit en moi concrètement malgré ma manière d’écouter qui est celle de l’imperméabilité… Mais toujours à condition que je le veuille, car la liberté est toujours de mise.

La parole qui n’a pas de racine car en-dessous il y a les pierres , c’est la deuxième expérience. La parole prend racine en moi mais pas en profondeur Car mes profondeurs sont remplies de peurs, de manque de foi, de désespoirs qui me rendent comme pierre. Là, la parole n’entre pas encore et elle ne peut grandir. Ici alors on dit que la parole peut vaincre ces peurs et désespoirs en me communiquant l’espérance.

* La troisième expérience, la parole parmi les ronces, veut dire que la parole est entrée en moi mais au fur et à mesure que le temps passe , les préoccupations, les séductions, les tromperies, mes affections me trahissent et la parole est étouffée. Alors je demanderai au Seigneur cet amour profond qui vainc toutes les autres séductions.

Dès lors, on applique la parabole et l’espérance absolue en Dieu à ses propres problèmes et à ceux que l’Eglise rencontre.

Ces différentes situations dont je fais expérience je les reconnais, les soumets à l’action efficace de la parole de manière qu’elle puisse produire avec abondance.

Mais il y a une chose qui nous scandalise et c’est le fait que le mal est donné comme escompté. Soit en moi soit dans l’Eglise il y a le « monde » (avec toutes ses corruptions). Ayant semé du bon grain celui-ci grandit avec la zizanie . Le mal est intrinsèque. Si bien que ou bien Dieu est mauvais ou bien il est impuissant. Car, que je doive me trouver face au mal, quand je fais le bien, d’accord, mais que le bien vainque. ! Alors que nous voyons que le bien et le mal sont là ; ce mal est au-dedans de nous, autour de nous ; que faire ? Il est aussi dans l’Eglise. Ce problème est très délicat : le mal exige une décision, même deux. C’est ici alors qu’après avoir raconté la parabole de la zizanie et du grain de sénevé, on dit : voici que j’ouvrirai ma bouche en paraboles et dévoilerai les choses cachées depuis la fondation du monde. C’est dans ce problème du mal et de la zizanie que se dévoile le mystère caché depuis.

Remarquons aussi l’articulation particulière du chapitre car d’abord nous avons la parabole de la zizanie qui dit le problème du mal qui coexiste avec le bien ; ensuite celle du grain de sénevé. Non seulement le mal existe à côté du bien, mais le bien est si petit, si insignifiant comme s’il n’existait pas.

A cela fait suite aussitôt la parabole du levain.

Non seulement le bien est un grain tout petit mais il est comme le levain qui est de la farine pourrie ! Cela correspond au groupe des apôtres : combien sont-ils ? Et comment sont-ils ? Il sont comme de la farine pourrie. C’est ici justement que se révèle en paraboles le mystère caché depuis la fondation du monde.

Ensuite il y a l’explication de la parabole de l’ivraieet puis celle du trésor caché et de la perle précieuse. Puis celle de la pêche qui concerne le ministère. Quand tu vas à la pêche ce n’est pas que tu choisisses les poissons à mettre dans le filet : tu pêches, et ce qui arrive, arrive, C’est ce que Jésus dit : nous sommes tous enfants de Dieu ; ce n’est pas à moi de faire le jugement. Je ne dois pas juger les autres, disent la parabole de la zizanie et de la pêche, car le bien et le mal doivent grandir ensemble, côte à côte. Le mal sera le lieu de la patience et donc du mystère plus profond de Dieu. Mais si j’ai découvert le trésor et la perle précieuse qui est la patience envers les frères, alors je laisse tout, c’est-à-dire, alors je me décide ; je me décide à quoi ? A ne pas faire le mal. Voilà la perle précieuse. Et le fait de la zizanie qui sera brûlée et du poisson mauvais qui sera jeté, cela veut dire que le mal existe mais qu’il faut éviter de le faire. Alors la décision sera prise à la suite de la joie d’avoir découvert la perle précieuse qui est de ne pas faire le mal, de supporter celui des autres, de leur faire miséricorde …

Lecture Mt 13,24-50

Le problème, on l’a déjà dit, est celui du mal qui grandit. Non seulement on rencontre des difficultés lors des semailles, mais avec le bon grain pousse aussi la zizanie, le mal. C’est le problème du mal dans l’Eglise et dans la communauté. La parole de dieu est bonne, le grain est bon, semé dans le champ ( le monde). Et il devrait produire des fruits bons , mais ça donne aussi des fruits mauvais. Pourquoi ? Il s’agit du fait que l’on est un peu endormi. Pendant le sommeil l’ennemi vient travailler. Notre manque de vigilance est le lieu où l’ennemi entre et sème à son tour. Dès lors le monde est toujours le lieu du bien et du mal.

Et on s’aperçoit de cela non tout de suite, mais plus tard. Car pour l’instant on est endormi, puis tant qu’il est petit on ne le voit pas. On l’aperçoit quand il a grandi. Et en voyant le mal que faisons-nous ? Nous allons nous plaindre près du Seigneur : pourquoi as-tu permis cela ? Comme si son grain n’était pas bon. On se plaint avec lui. Et le Seigneur répond en disant que cela est œuvre de l’ennemi. Mais alors on veut le détruire. Nous allons l’arracher ? Notre zèle contre le mal est bien juste. Mais c’est un zèle par rapport au mal dans les autres et non pour celui qui est en nous. Jésus répond que dans les autres on ne doit pas l’arracher autrement on arracherait aussi le grain. Qu’est-ce que ce grain ? Ce grain c’est l’image du Christ… La nourriture c’est la vie. Qu’est-ce que la vie de Dieu ? c’est sa miséricorde. Si on arrache la zizanie, on arrache la miséricorde, on devient quelqu’un sans miséricorde. On n’est plus fils. Ainsi le mal qui est autour de moi, est le lieu le plus haut du mystère de Dieu, à savoir l’exercice de la miséricorde. Le lieu de l’amour plus grand… Si Dieu fait seulement le bien, dans le mal qu’il ne veut pas et ne supporte pas, il n’est pas perdant, mais il révèle son essence de miséricorde absolue qu’est la croix. Car c’est lui qui sera traité comme la zizanie, brûlé comme du bois vert, maudit sur la croix. Le mal devient la révélation du grand mystère caché depuis la fondation du monde. Le mal est le défi le plus profond à la miséricorde de Dieu. Cela , ne justifie pas le mal ni que je le fasse ! En effet, il y aura le jugement et alors le mal sera recueilli et brûlé. Nous connaissons ce jugement de Dieu. Et nous devons nous l’approprier pour le faire nôtre. C’est un jugement de miséricorde possible seulement à qui ne fait pas de mal. Tout sera brûlé . Qu’est-ce qui restera de notre vie ? Seul l’or de la miséricorde ; tout le reste sera brûlé. Alors nous sommes appelés à vivre selon le jugement de la miséricorde et à en vivre non à faire le mal.

Cette parabole pourrait se prêter à une auto-justification : le mal est là, soyons indulgents. Oui, indulgent avec les autres, mais non avec soi-même. Avec soi-même il faut la détermination. Si le trésor est la miséricorde, l’amour total pour l’autre, alors ne n’irai pas faire du mal à l’autre, ni lui donner scandale, puisque j’ai découvert le trésor.

Et la petitesse du bien ? Ça aussi nous scandalise. Qu’est-ce qui occupe la une des journaux ? Sans doute non pas le bien mais le mal. Le bien n’existe-t-il pas ? Est-il toujours insignifiant ? Oui, il sera toujours plus ou moins insignifiant. Si une maman aime son enfant, cela ne paraît pas sur les journaux, mais si elle le tue cela paraît ! Le bien ne fait pas la une, seulement le mal. Le jour où le bien fera nouvelle ce sera la fin du monde. Acceptons le fait que le bien soit si insignifiant, comme le petit grain, invisible, qui pendant la saison de l’histoire devient le plus grand à un point tel que les oiseaux peuvent y faire leur nid. C’est ce règne où tous les peuples trouvent leur protection (cf. Dn 4 le rêve de Nabuchodonosor ). Le paradoxe est fort : le règne de Dieu est insignifiant et pourtant c’est l’unique chose qui a valeur. L’Eglise est critiquée de toute part mais je crois que c’est l’unique qui dans ce monde présente un minimum de valeurs. Sans doute pas les Etats Unis, ni la Russie, ni les autres religions, comme l’Islam avec son attachement à la loi (que le Seigneur nous libère de ces religions de la loi), ou comme le Bouddhisme avec ses choses étranges pour atteindre Dieu. Retenons donc que l’aspect effacé du Règne de Dieu est beau. Il nous faut tout simplement avoir des yeux particuliers pour le considérer, ce sont les yeux évangéliques qui voient dans la petitesse.

La parabole qui suit parle du levain : ce qui se voit non seulement est très peu visible, il est même pas trop bon, le levain. Les gens ne sont pas si cohérents, sans défauts…au contraire. Mais de même que le levain fait fermenter toute la pâte, de même l’Eglise fera lever toute la pâte du monde. Il faut avoir ce regard sur la réalité, qui est assez différent de celui que normalement nous avons.

Ainsi j’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles , je clamerai des choses cachées… Ça ce sont les mystère cachés depuis : la miséricorde de Dieu, la petitesse du Règne et pourtant Dieu est à l’œuvre.

Ensuite on a l’explication de la parabole de l’ivraie. Vous la lirez tout seuls. Remarquez ce que Jésus dit, qu’il ne faut pas la déraciner mais que le jugement est là. Ce qui veut dire que moi je suis soumis à ce jugement, donc il faut que je le vive dès maintenant. Il faut que je prenne une décision qui est celle de ne pas procéder au déracinement, mais de garder déjà ce qui a de la valeur. Je dois prendre décision pour le Règne.

Voilà alors les deux paraboles suivantes qui sont le centre. Si celles qui précèdent sont en vue d’éclairer le discernement pour comprendre la manière dont advient le Règne dans ce monde, ces deux vont au-delà de l’intelligence, car l’homme ne décide pas par rapport à celle-ci, mais par rapport au cœur, à ce qu’il aime. Ces deux paraboles disent le mobile de chaque action.

Le trésor qu’est-ce que c’est ? c’est le Christ lui-même, c’est la miséricorde. Celui qui a découvert cela il quitte tout tellement grande est la joie qui l’habite. La joie du coeur nous pousse à la décision.

A la fin on raconte la parabole de la perle, elle aussi intéressante pour notre ministère., où l’on applique de quelque manière la parabole de l’ivraie . C’est comme à la pêche, ce qui vient ,vient. Le règne est pour tous les hommes . N’allons pas faire des sectes. Mais le fait que ça soit pour tous, ne signifie pas qu’alors tous sont sauvés et que tout va bien ce que l’on fait. Le royaume est pour tous mais il y a le jugement. Donc chacun de nous doit se soumettre au jugement. Accepter l’autre de toute manière, mais moi me questionner sur le fruit que je donne Ai-je découvert le trésor, la miséricorde de Dieu ? Est-ce que j’en vis ? Etant dans l’Eglise je ne suis pas forcément sauvé. Etant dans le filet je peux en être écarté un jour… Cela dépend de ma liberté aujourd’hui.

Cette parabole nous donne largeur de vue dans notre apostolat : ne pas rester là à choisir trop, ce qu’il y a, il y a. Mais cela ne justifie pas une attitude de trop d’assurance quant au salut final. Entre en jeu toute notre liberté : savoir répondre à la grâce, vivre dès maintenant dans la perspective du jugement.

Dans l’ensemble ces paraboles veulent rendre compte du mal qui toujours existera. Nous devons savoir y exercer la miséricorde, ne pas arracher le bon grain . Et si nous avons compris que cela est le trésor nous nous décidons pour lui. Alors nous ne serons pas ivraie, ni poisson mauvais. Le salut dépendra de ma décision à la suite de la découverte du trésor. Des paraboles donc aussi délicates, à méditer sans hâte. Méditez sur la patience du Seigneur envers son terrain. Demandons-lui aussi la décision pour ce Règne. Que la patience ne devienne pas une justification , un alibi au mal. Le mal est là mais je ne dois pas y consentir pour ce qui me concerne. Je le supporte dans les autres , dans la dimension de la croix et de la souffrance apostolique, mais dans la mesure où j’ai découvert le trésor je décide de tout laisser en vue de l’obtenir.