Pour sa première prédication de l’Avent, délivrée devant le Pape François et la Curie, le cardinal Raniero Cantalamessa a proposé une longue réflexion sur la mort, «bonne grande sœur» qui nous enseigne «à bien vivre» pour peu que nous sachions l’écouter avec docilité.

 « Apprends-nous à compter nos jours et nous parviendrons à la sagesse du cœur (Psaume 90, 12) »

Un de nos poètes italiens, Giuseppe Ungaretti, a décrit l’état d’âme des soldats dans les tranchées pendant la première guerre mondiale dans un poésie faite de huit mots :
On est
Comme en automne
Les feuilles
Sur les arbre

Aujourd’hui, c’est toute l’humanité qui éprouve ce sentiment de caducité et de précarité due à la pandémie. « Le Seigneur – écrivait saint Grégoire le Grand – nous instruit parfois par des paroles, parfois par des faits ». Dans cette année marquée par le grand et terrible « fait » du coronavirus, nous nous efforçons de recueillir les leçons que chacun de nous peut en tirer pour sa vie personnelle et spirituelle. Ce sont des réflexions que nous ne pouvons faire qu’entre nous croyants et qu’il serait peut-être imprudent en ce moment de proposer à tout le monde sans distinction, afin de ne pas ajouter aux perplexités que la pandémie crée chez certains vis-à-vis de la foi en Dieu.
Les vérités éternelles sur lesquelles nous voulons réfléchir sont, premièrement, que nous sommes tous mortels et que « nous n’avons pas ici de demeure définitive » ; deuxièmement, que la vie du croyant ne s’achève pas avec la mort parce que la vie éternelle nous attend ; troisièmement, que nous ne sommes pas seuls dans le petit bateau de notre planète parce que « le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ». La première de ces vérités est l’objet de l’expérience, les deux autres sont l’objet de la foi et de l’espérance.

« Memento mori ! »

Commençons en méditant aujourd’hui sur la première de ces « maximes éternelles » : la mort. Cela se résume à l’ancienne devise que les moines trappistes ont choisie comme devise de leur Ordre : « Memento mori », souvenez-vous que vous mourrez.
On peut parler de la mort de deux manières différentes : soit du point de vue kérygmatique, soit du point de vue sapientiel. La première consiste à proclamer que le Christ a vaincu la mort ; qu’elle n’est plus un mur contre lequel tout se brise, mais un pont vers la vie éternelle. La voie sapientielle ou existentielle, au contraire, consiste à réfléchir sur la réalité de la mort telle qu’elle se présente à l’expérience humaine, afin d’en tirer des leçons pour bien vivre. C’est la perspective dans laquelle nous nous plaçons dans cette méditation.

Cette dernière est la manière dont la mort est évoquée dans l’Ancien Testament et en particulier dans les livres sapientiaux : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse », demande à Dieu le psalmiste (Ps 90, 12). Cette façon de voir la mort ne s’arrête pas avec l’Ancien Testament, mais se poursuit également dans l’Évangile du Christ. Nous nous souvenons de son avertissement : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13), conclusion de la parabole du riche qui projetait de construire de plus grands greniers pour sa récolte : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 20), et encore ces mots : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Cf. Mt 16, 26)

La tradition de l’Église a fait sien cet enseignement. Les Pères du Désert cultivaient la pensée de la mort, au point d’en faire une pratique constante et de la garder vivante par tous les moyens. L’un d’eux, qui travaillait à la filature de la laine, avait pris l’habitude de laisser tomber à terre le fuseau de temps en temps et de « mettre la mort devant ses yeux avant de le relever ». « Le matin – exhorte l’Imitation de Jésus-Christ – pensez que vous n’atteindrez pas le soir ; le soir, n’osez pas vous promettre de voir le matin . » Saint Alphonse-Marie de Liguori a écrit un traité intitulé « Préparation à la mort », un classique de la spiritualité catholique depuis des siècles.
On retrouve cette manière sapientielle de parler de la mort dans toutes les cultures, et pas seulement dans la Bible et dans le christianisme. Elle est présente, sécularisée, y compris dans la pensée moderne et il convient de mentionner brièvement les conclusions auxquelles sont parvenus deux penseurs dont l’influence reste forte dans notre culture.

Le premier est Jean-Paul Sartre. Il a renversé la relation classique entre essence et existence, affirmant que l’existence vient en premier et est plus importante que l’essence. Traduit en termes simples, cela signifie qu’il n’existe pas un ordre et une échelle de valeurs objectives et antérieures à tout – Dieu, le bien, les valeurs, la loi naturelle – auxquels l’homme doive se conformer, mais que tout doit partir de son existence individuelle et de sa propre liberté. Chacun doit inventer et accomplir son destin, comme la rivière, en avançant, creuse son propre lit. La vie est un projet qui n’est écrit nulle part, mais qui est décidé par ses choix libres.
Cette manière de concevoir l’existence ignore complètement le fait de la mort et est donc réfutée par la réalité même de l’existence que l’on veut affirmer. Que peut projeter l’homme, s’il ne sait pas – et que cela ne dépend pas de lui – si demain le trouvera encore en vie ? Sa tentative ressemble à celle d’un prisonnier qui passe son temps à planifier le meilleur itinéraire à suivre pour passer d’un mur de sa cellule à l’autre.

Plus crédible sur ce point est la pensée d’un autre philosophe, Martin Heidegger, qui part de prémisses similaires et évolue dans le même lit de l’existentialisme. En définissant l’homme comme étant « un-être-pour-la-mort », il fait de la mort, non pas un accident qui met fin à la vie, mais la substance même de la vie, ce de quoi elle est faite. Vivre, c’est mourir. L’homme ne peut vivre sans brûler et raccourcir la vie. Chaque minute qui passe est soustraite à la vie et remise à la mort, de même qu’en roulant sur une route, nous voyons des maisons et des arbres disparaître rapidement derrière nous. Vivre pour la mort signifie que la mort n’est pas seulement la fin, mais aussi le but de la vie. On naît pour mourir, et pour rien d’autre.
Qu’est-ce donc – se demande le philosophe – que ce « noyau solide, certain et infranchissable » auquel la conscience rappelle l’homme et sur lequel doit reposer son existence, si elle veut être « authentique » ? La réponse est : son rien ! Toutes les possibilités humaines sont, en réalité, des impossibilités. Toute tentative de se projeter et de s’élever est un saut qui part de rien et se termine par rien . Il ne reste qu’à se résigner et à faire de nécessité vertu, en aimant son propre destin. Une moderne version donc du stoïcien « amor Fati » !

Saint Augustin avait aussi anticipé cette intuition de la pensée moderne sur la mort, mais pour en tirer une conclusion totalement différente : non pas le nihilisme, mais la foi en la vie éternelle.
Quand un homme naît, écrit-il, on émet des tas d’hypothèses : peut-être sera-t-il beau, peut-être sera-t-il laid ; peut-être sera-t-il riche, peut-être sera-t-il pauvre ; peut-être vivra-t-il longtemps, peut-être pas … Mais de personne on ne dit : peut-être mourra-t-il, peut-être ne mourra-t-il pas. C’est bien la seule chose certaine dans la vie. Quand on sait que quelqu’un est atteint d’hydropisie [c’était alors la maladie incurable, aujourd’hui il y en a d’autres] on dit : le pauvre, il va mourir ; il est condamné, il n’y a pas de remède ». Mais ne devrions-nous pas dire la même chose de quelqu’un qui vient de naître ? « Le pauvre, il va mourir, il n’y a pas de remède, il est condamné ! » Quelle différence cela fait-il que ce soit dans un temps plus ou moins long ? La mort est la maladie mortelle qui se contracte en naissant .
Dante Alighieri a condensé cette vision augustinienne en un seul verset, définissant la vie humaine sur terre comme « une ruée vers la mort ».

À l’école de « sœur mort »

Dans le sillage des progrès de la technologie et des conquêtes de la science, nous avons risqué d’être comme l’homme de la parabole qui se dit : « Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence. » (Lc 12, 19) La calamité actuelle est venue nous rappeler combien il appartient peu à l’homme de « planifier » et de décider de son propre avenir, en dehors de la foi.

La considération sapientielle de la mort conserve, après le Christ, la même fonction que la Loi après l’avènement de la grâce. Elle sert aussi à sauvegarder l’amour et la grâce. La Loi – est-il écrit – a été donnée pour les pécheurs (cf. 1 Tm 1, 9) et nous sommes encore pécheurs, c’est-à-dire soumis à la séduction du monde et des choses visibles, toujours tentés de « prendre pour modèle le monde présent » (cf. Rm 12, 2). Il n’y a pas de meilleure perspective pour voir le monde, soi-même et tous les événements, dans leur vérité que celle de la mort. Et alors, tout prend sa place.

Le monde apparaît souvent comme un enchevêtrement inextricable d’injustice et de désordre, au point que tout semble arriver par hasard sans aucune cohérence ni conception. Une sorte de peinture sans forme, dans laquelle tous les éléments et les couleurs semblent placés au hasard, comme dans certaines peintures modernes. Souvent, on voit l’iniquité triompher et l’innocence punie. Mais parce que les gens ne croient pas qu’il y ait quelque chose de fixe et de constant dans le monde, voilà – faisait remarquer Bossuet – que parfois nous voyons le contraire, à savoir l’innocence sur le trône et l’iniquité sur l’échafaud !

Y a-t-il un point à partir duquel observer cet immense tableau et en déchiffrer le sens ? Oui, c’est la « fin », c’est-à-dire la mort, qui est immédiatement suivie du jugement de Dieu (cf. He 9, 27). Vu d’ici, tout prend sa juste valeur. La mort est la fin de toutes les différences et injustices qui existent entre les hommes. La mort, a dit notre acteur comique Totò, est un « niveau », elle efface tous les privilèges.

Regarder la vie du point de vue de la mort est une aide extraordinaire pour bien vivre. Êtes-vous troublé par des problèmes et des difficultés ? Avancez, placez-vous là où il convient : regardez ces choses depuis votre lit de mort. Comment alors auriez-vous aimé agir ? Quelle importance accorderiez-vous à ces choses ? Avez-vous un conflit avec quelqu’un ? Regardez-le depuis votre lit de mort. Que voudriez-vous avoir fait alors : avoir gagné ou vous être humilié ? Avoir vaincu ou avoir pardonné ?

La pensée de la mort nous empêche de nous accrocher aux choses, de fixer ici-bas la demeure du cœur, oubliant que « la ville que nous avons ici-bas n’est pas définitive » (He 13, 14). L’homme, dit un Psaume, « aux enfers n’emporte rien ; sa gloire ne descend pas avec lui. » (Ps 48, 18). Dans les temps anciens, il était d’usage d’enterrer les rois avec leurs bijoux. Ce qui naturellement encourageait la pratique de violer les tombes pour en arracher les trésors. On a retrouvé de tombes de ce genre sur lesquelles, pour éloigner les profanateurs, on avait placé une inscription au-dessus du sarcophage : « Ici, il n’y a que moi ». Qu’elle était vraie cette inscription, même si la tombe cachait en réalité des bijoux ! L’homme « aux enfers n’emporte rien ».

« Veillez ! »

Sœur mort est en effet une bonne grande sœur et une bonne éducatrice. Elle nous apprend beaucoup de choses, si seulement nous savons l’écouter avec docilité. L’Église n’a pas peur de nous envoyer à son école. Dans la liturgie du mercredi des Cendres, il y a une antienne aux tons forts, qui résonne encore plus fort dans le texte latin original : Emendemus in melius quae ignoranter peccavimus; ne subito praeoccupati die mortis, quaeramus spatium poenitentiae, et invenire non possimus. « Corrigeons pour un mieux les fautes par lesquelles nous avons péché en ignorants : de peur que, pris soudain de court au jour de la mort, nous ne cherchions un délai pour faire pénitence, et que nous ne puissions le trouver ». Un jour, une heure, une bonne confession : combien ces choses nous apparaîtront différentes à ce moment-là ! Comme nous les préférerions aux sceptres et aux royaumes, à la longue vie, à la richesse et à la santé !

Je pense à un autre domaine dans lequel nous avons un besoin urgent de sœur mort pour maîtresse, au-delà du champ ascétique : l’évangélisation. La pensée de la mort est presque la seule arme qui nous reste pour secouer de sa torpeur une société opulente, à laquelle est arrivé ce qui est arrivé au peuple élu, libéré d’Egypte : « il a engraissé, il a regimbé,… il a rejeté le Dieu qui l’avait fait. » (Dt 32, 15)
Dans un moment délicat de l’histoire du peuple élu, Dieu dit au prophète Isaïe : « Proclame ! ». Le Prophète répond : « Que vais-je proclamer ? » Toute chair est comme l’herbe, toute sa grâce, comme la fleur des champs : l’herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe sur elle le souffle du Seigneur. » (Is 40, 6-7) Je crois que Dieu donne aujourd’hui ce même ordre à ses prophètes et il le fait parce qu’il aime ses enfants et ne veut pas qu’ils soient comme un « troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître. » (Cf. Ps 49, 15)

La question du sens de la vie et de la mort a joué un rôle important dans la première évangélisation de l’Europe et il n’est pas exclu qu’elle puisse en mener un semblable dans l’effort actuel pour sa ré-évangélisation. En fait, s’il y a une chose qui n’a changé en rien depuis, c’est bien celle-ci : que les hommes doivent mourir. Bède le Vénérable raconte comment le christianisme a fait son entrée dans le nord de l’Angleterre, en surmontant la résistance du paganisme. Le roi convoqua la grande assemblée de son royaume pour décider de la question de savoir s’il fallait ou non laisser entrer les missionnaires chrétiens. Il y avait des opinions divergentes, quand l’un des dignitaires se leva et prononça, en substance, ce discours :
La vie de l’homme sur terre, ô roi, peut être décrite comme suit. Imaginez que ce soit l’hiver. Vous vous asseyez pour dîner avec vos ducs et vos aides. Un feu brûle au centre de la pièce qui la réchauffe toute, tandis qu’à l’extérieur la tempête hivernale fait rage avec pluie et neige. Un moineau arrive soudain dans votre palais ; il entre par une ouverture et sort très rapidement du côté opposé. Tant qu’il est à l’intérieur, il est à l’abri du froid de l’hiver, mais après un moment, il retombe dans l’obscurité d’où il venait et disparaît de la vue. Notre vie est identique ! Nous ignorons ce qui la précède et ce qui va suivre … Si cette nouvelle doctrine est capable de nous dire quelque chose de plus certain à son sujet, je crois que nous devons l’écouter .

C’est la question posée par la mort qui ouvrit la voie à l’Évangile, comme une brèche toujours ouverte dans le cœur de l’homme. Le refus de la mort, et non pas l’instinct sexuel, est à la racine de toute activité humaine, a écrit un célèbre psychologue contre Freud .

Loué sois-tu Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle

Nous ne rétablissons pas de la sorte la peur de la mort. Jésus n’est pas venu pour « rendre libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. » (He 2, 15) Il est venu pour détruire la peur de la mort, non pour l’accroître ; c’est vrai, mais on doit avoir connu cette peur pour en être libéré. Jésus est venu enseigner la peur de la mort éternelle à ceux qui ne connaissaient que la peur de la mort temporelle.
L’Apocalypse l’appelle la « seconde mort » (Ap 20, 6). C’est la seule qui mérite vraiment le nom de mort, car ce n’est pas un passage, une Pâque, mais un terrible terminus. C’est pour sauver les hommes de cette catastrophe que nous devons recommencer à prêcher sur la mort. Personne mieux que François d’Assise n’a connu le visage nouveau, pascal de la mort chrétienne. Sa mort fut vraiment un passage pascal, un « transitus », tel que célébré dans la liturgie franciscaine. Quand il se sentit proche de la fin, le Poverello s’exclama : « Bienvenue, ma sœur Mort ! » Pourtant, dans son Cantique des créatures, à côté de mots très doux sur la mort, il en a quelques-uns des plus terribles :
« Loué sois tu, mon Seigneur,
Pour notre sœur la Mort corporelle,
À qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels.
Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés,
Car la seconde mort ne leur fera pas du mal. »

Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels ! « L’aiguillon de la mort, c’est le péché », dit l’Apôtre (1 Co 15, 56). Ce qui donne à la mort son pouvoir le plus redoutable pour angoisser le croyant et pour l’effrayer, c’est le péché. Si quelqu’un vit dans le péché mortel, pour lui la mort a encore l’aiguillon, le poison, comme avant le Christ, et par conséquent elle blesse, tue et envoie à la géhenne. Ne craignez pas – dirait Jésus – la mort qui tue le corps et après cela ne peut plus rien faire de plus. Craignez cette mort qui, après avoir tué le corps, a le pouvoir d’envoyer dans la Géhenne (cf. Lc 12, 4-5). Enlevez le péché et vous aurez aussi enlevé à la mort son aiguillon !

En instituant l’Eucharistie, Jésus a anticipé sa propre mort. Nous pouvons faire de même. En effet, Jésus a inventé ce moyen pour nous faire participer à sa mort, pour nous unir à lui. Participer à l’Eucharistie est le moyen le plus vrai, le plus juste et le plus efficace de « se préparer » à la mort. Nous y célébrons également notre mort et l’offrons, jour après jour, au Père. Dans l’Eucharistie, nous pouvons faire monter notre « amen, oui » vers le Père, à ce qui nous attend, au genre de mort qu’il permettra pour nous. Nous y « faisons un testament » : nous décidons à qui donner notre vie, pour qui mourir.

Nous sommes nés, il est vrai, pour pouvoir mourir ; la mort n’est pas seulement la fin, mais aussi le but de la vie. Mais cela, loin d’apparaître comme une condamnation, comme le disait le philosophe rappelé ci-dessus, apparaît plutôt comme un privilège. « Le Christ lui-même – dit saint Grégoire de Nysse – est né pour pouvoir mourir », c’est-à-dire pour pouvoir donner sa vie en rançon pour tous.

Nous aussi avons reçu la vie comme un don pour avoir à notre tour quelque chose de précieux et de digne de Dieu à lui offrir en cadeau et en sacrifice. Quel plus bel usage peut-on penser de la vie que d’en faire don, par amour, au Créateur qui nous l’a donnée par amour ? En paraphrasant les paroles prononcées par le prêtre à l’offertoire de la messe sur le pain et le vin, nous pouvons dire : « De ta bonté nous avons reçu notre vie ; nous te la présentons pour qu’elle devienne un sacrifice vivant, saint, capable de te plaire » (cf. Rm 12, 1).

Avec tout cela, nous n’avons pas ôté son aiguillon à la mort – sa capacité à nous angoisser que Jésus lui-même a voulu expérimenter à Gethsémani. Cependant, nous sommes au moins mieux préparés à accepter le message consolant qui nous vient de la foi et que la liturgie proclame dans la préface de la messe pour les morts : « Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux ».
Nous parlerons de cette demeure éternelle dans les cieux, si Dieu le veut, dans la prochaine méditation.

____________________________________________
Traduction de l’Italien de Cathy Brenti, Communauté des Béatitudes

1.Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l’Evangile, XVII.
2.He 13, 14.
3.Jn 1, 14.
4.Apophtegmes des Pères du désert, Coislin 126, n° 58.
5.Imitation de Jésus-Christ, I, 23, 3.
6.Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, Editions Saint-Rémi, 2005.
7.Cf. M. Heidegger, Être et temps, § 51, Gallimard, 1992.
8.Cf. Martin Heidegger, op. cit., § 58.
9.Saint Augustin,
10.Purgatoire, XXXIII, 54.
11.Cf. Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica, II, 13.
12.E. Becker, Denial of Death, New York: Free Press. 1973.
13.Saint Grégoire de Nysse, Or. Cat. 32.

http://www.cantalamessa.org