Un certain nombre de mots ou de concepts restent pesamment présents dans le discours ecclésiastique, sans présenter toujours une grande conformité à la réalité. Il faudrait en dresser la liste pour tenter de leur redonner un sens commun.


Pères apostoliques


Albert Olivier
Publié le 16 mars 2019 par Garrigues et Sentiers

Ainsi en est-il, premier exemple, de la « Sainte Église ». L’étiquette couvre peut-être une vision mystique de l’assemblée des disciples passés et présents du Christ, mais le qualificatif semble peu adapté à la situation de l’Église romaine en 2019 (en fait, plus ou moins, depuis deux millénaires). On répliquera : « Oui, elle est fondamentalement «sainte», puisque fondée par Jésus-Christ [?], mais elle est composée d’hommes faillibles ». Certes. Alors balayons devant la porte d’une expression ambiguë.

Il n’est pas question de réfuter la grandeur de la chasteté, « épine dorsale » de la vie religieuse ou cléricale, de dénier son écho prophétique pour annoncer ce que serait une vie « en Dieu » pour ceux qui en seraient physiquement et psychologiquement capables. Mais quelle est sa pertinence actuelle ? On découvre peu à peu l’ampleur du scandale de la pédophilie, apparemment largement répandue dans l’Église universelle. Comment une telle horreur a pu être commise par des personnes censées « représenter le Christ » ? Avaient-elles conscience du tort porté au message dont elles étaient porteuses ? Combien de temps faudra-t-il pour redonner confiance en une institution qui réaffirmait sans cesse la noblesse céleste de sa mission et en tirait vanité ?

Pour faire bon poids, on découvre aussi de nombreuses autres infractions à cette chasteté revendiquée comme signe de « sainteté », qu’elles soient hétéro ou homosexuelles. Question annexe : l’engagement au célibat est-il strictement équivalent à un vœu de chasteté ? Cette distinction signifie-t-elle quelque chose ?

Si la chasteté n’est plus « vivable » aujourd’hui, il faut le reconnaître et trouver un moyen pour que les fonctions d’Église nécessaires à la vie chrétienne et réservées jusqu’ici aux clercs (de moins en moins nombreux) : baptêmes, mariages, prédication, confession… puissent être assurées par d’autres, s’ils sont aptes et formés à l’accomplissement de ces actes

Les aumôniers d’hôpitaux, de prisons… non prêtres, y compris des femmes, ne seraient-ils pas légitimes à recevoir la confession de gens qu’ils écoutent et qui leur font confiance ? Le baptême peut déjà être assumé par un laïc en cas d’urgence, « à condition de le faire dans l’esprit de l’Église ». Pourquoi pas dans la vie courante ? Beaucoup de laïcs, intellectuellement et spirituellement compétents, pourraient souvent assurer une prédication aussi bien qu’un prêtre. Cela se fait chez nos frères protestants. Enfin, n’oublions pas que les « ministres » du sacrement de mariage sont les époux eux-mêmes, le prêtre n’étant que l’« assistant » au nom de l’Église (décret Tam etsi de 1563). Etc.

Resterait, apparemment « insoluble » dans le cadre du laïcat d’aujourd’hui, la célébration de l’Eucharistie. Ou plutôt l’acte « sacré » de la consécration. Sans remonter à l’Église primitive, où il n’est pas assuré que le repas fraternel devait être «présidé» par un spécialiste (1), ne pourrait-on retravailler théologiquement et liturgiquement, la question des ADAP plutôt que de désigner un « titulaire » ecclésiastique qui viendra dans la paroisse toutes les X semaines et ne pourra connaître ses ouailles ?

Que le Seigneur fasse que l’Église devienne ce qu’elle dit qu’elle est.


1. Les allusions à l’Eucharistie dans les Actes des apôtres comme les chapitres IX et X de la Didaché, témoignages du premier siècle de l’Église primitive, ne décrivent rien d’autre qu’un vrai repas fraternel en mémoire et à la louange du Seigneur.