Le Carême, jour par jour, avec Maurice Zundel

Prêtre suisse né en 1897 et mort en 1975, Maurice Zundel a été un prédicateur itinérant, peu connu de son vivant. Invité par le pape Paul VI, son ami, il prêcha une retraite de carême au Vatican en février 1972.
Le pape Paul VI a dit de Zundel qu’il «était un génie, génie de poète, génie de mystique, écrivain et théologien, et tout cela fondu en un, avec des fulgurations». Il est étonnant de constater à quel point la pensée de cet humble prêtre continue de rayonner; il est considéré comme un géant de la spiritualité chrétienne.


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32.  Appliquons-nous à la création intérieure

Le plus grand crime que l’on puisse commettre, c’est de voler aux hommes leur humanité, c’est ce qu’a fait le capitalisme libéral, au nom de la liberté-même du contrat, mais c’était une liberté homicide puisque les ouvriers n’avaient pas le choix, et qu’ils devaient accepter des salaires de famine plutôt que de mourir positivement de faim. Alors s’est vérifié ce que nous avons vu si souvent: dans l’indignité du traitement qu’il subit, l’homme a pris conscience de sa dignité. C’est sur ce fondement que Marx s’est appuyé: il a mobilisé le prolétariat contre une situation indigne, mais il était parfaitement incapable de fonder cette dignité.
Nous l’avons remarqué constamment: il est facile de s’insurger “contre”, il est très difficile de deviner la direction dans laquelle se situe le bien que l’on réclame ! et c’est là la situation actuelle: on réclame sans cesse la dignité de l’homme, mais on ne sait pas où la situer, et chacun finalement commet ce crime de voler à l’homme son humanité ! que ce soient les marxistes au nom de leur absolu avec cette “collectivité” qui n’est “personne”,  ou bien que ce soit  le monde libre qui ignore lui aussi le sens de la personne, et qui, par prétérition parce qu’il n’en parle jamais, laisse périr dans l’homme son humanité !
La plus grande erreur serait de revendiquer cette (la) création intérieure sans la vivre ! et, si nous avons à intervenir – et nous avons à intervenir ! – ce ne peut être que sous cette forme: vivre cette création intérieure, tellement qu’elle rayonne sur le monde entier, comme l’a fait Thérèse de Lisieux dans l’obscurité de son couvent, car les biens de l’esprit ne se communiquent qu’en étant vécus. Le plus grand danger que court l’Eglise en ce moment, c’est ce bavardage illimité où l’on se propose toutes sortes de programmes magnifiques, mais sans les vivre! Les biens de l’esprit ne se transmettent que dans la mesure où ils sont vécus.
“Enfonçons-nous donc dans l’épaisseur”, comme dit S. Jean de la Croix, et appliquons-nous à cette création intérieure, c’est par là, c’est par là que nous contribuerons à la naissance de la véritable humanité.