
Publié le 4 avril 2026
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Le récit de la Résurrection par Jean est d’une grande simplicité. Devant un tombeau vide, « il vit et il crut » (Jn 20, 8). Avouons que c’est peu, surtout au regard de tout ce qui va suivre pendant 2000 ans ! Soixante ans environ après ces événements, Jean nous dit ces quelques mots qui portent toute notre foi, toute notre espérance. Alors il nous faut essayer de nous approcher de cette foi de l’Apôtre dont il témoigne ainsi.
Les témoignages sur la Résurrection n’auraient pas pu être sans ce désir de tout homme, chevillé au corps, de vivre pleinement sa vie. Ressusciter, c’est revivre, avancer de nouveau, voir un avenir possible. Ce désir s’exprime d’abord comme désir de justice, désir partagé avec les autres hommes. L’homme est réponse au désir de l’autre, la référence à l’autre est au cœur de son être même. Le désir de justice le met en relation avec l’autre, puis s’épanouit en désir d’amour. Le ressort de nos vies est cette aspiration à une vie renouvelée, avec les autres, dans la justice, se déployant dans l’amour reçu et donné.
Les évangiles ont témoigné d’un homme, Jésus, dont toutes les paroles, toutes les actions, sont un appel à une vie véritable, vie actuelle qui doit s’épanouir en Vie éternelle. Il pouvait se comporter ainsi parce qu’il se savait aimé. Tout homme qui se sait aimé peut alors se tourner vers les autres et leur permettre de vivre, voire de ressusciter. Le seul désespoir qui tue vraiment l’homme est de ne plus croire en cet amour reçu. Cela mène à un échec irrémédiable (1). Jésus, lui, se sait aimé par un Autre qu’il appelle Père, amour qui transcende tous les amours humains. Nous savons de cet Autre seulement ce qu’Il nous en a révélé à travers la médiation des disciples et de générations de croyants au fil des siècles. Nous avons des lumières sur Lui mais nous sommes incapables de le cerner, il est l’Inconnu.
Au nom de cet amour reçu, Jésus a pu aller jusqu’au don total de sa vie pour les hommes, y compris à travers le doute qui l’assaille à Gethsemani et sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Par la Résurrection nous passons de l’utopie (nécessaire pour désengluer nos vies et nous permettre de continuer notre route) à la foi en cet Amour. Le témoignage de la Résurrection est l’annonce que l’homme écrasé du Vendredi Saint a dépassé son échec, qu’il n’a pas été abandonné et que l’Amour est plus fort que la mort. Alors nos peines, nos souffrances, nos échecs ainsi que nos joies, nos succès, nos amours ont pleine valeur pour toujours, pour l’éternité, et donnent vie à l’humanité.
La Résurrection nous assure que l’homme humain n’est pas impossible(2), la raison instrumentale n’est pas le fin du fin, il y a un surplus de sens : l’espérance. Il ne s’agit pas de vague croyance en une éternité meilleure (ou même un monde meilleur) mais une foi en l’avenir vivifié par l’Esprit. L’espérance est actuelle, immédiate, urgente. Elle fait éclater nos vies tranquilles qui attendraient patiemment la fin en tolérant tous les ratés de notre marche en avant, tous les rebuts que nous ne voulons pas voir, tous les morts rejetés dans l’oubli. L’espérance proclamée par la Résurrection est l’attente urgente de notre propre résurrection dès maintenant, de notre retournement, elle est l’attente du Christ qui veut vivre en nous, elle est notre mise en marche au service de tous les hommes.
L’homme ne se vide pas de lui-même pour disparaître en Dieu, la Résurrection nous assure que c’est Dieu qui meurt pour que l’homme soit, que ce souffrant mort sur la Croix revit pour nous donner la Vie.
La fête de Pâques est le sommet de ce que nous pouvons célébrer. Elle est la fête de notre espérance, pas seulement l’espérance de chacun pour soi, pour sa vie qui deviendra Vie éternelle, mais espérance pour tous les hommes et d’abord les pauvres, les souffrants, les écrasés (et il y en a beaucoup!) dont nous sommes comptables.
(1) On peut penser au « péché contre l’esprit », impardonnable. Si je nie l’amour que l’autre me porte, si je refuse d’être aimé et d’aimer, je coupe la relation qui me fait être, je me mets hors de tout pardon. Ce sentiment d’abandon total a fondu sur Jésus lors de sa Passion, il en est sorti par sa Résurrection.
(2) Nous vivons des temps où l’espoir d’un mieux semble vain, mais non l’espérance qui nous assure que l’Esprit est toujours avec nous. Et ce sont nombre de personnes dans le monde dévouées et ouvertes aux autres qui nous manifestent par leurs vies que cette espérance n’est pas vaine : l’homme humain n’est pas impossible, nous le rencontrons partout au milieu du mal qui nous entoure, mal contre lequel nous devons lutter pour être fidèles à notre foi.
Marc Durand