La résurrection de Lazare, Ravenne, basilique de Sant’Apollinaro Nuovo (VIe siècle)

Publié le 6 avril 2026 
par Garrigues et Sentiers

Dans la Communauté Saint-Luc de Marseille, un dimanche par mois, l’homélie est remplacée par la méditation d’un laïc. Celle que José D. a prononcée pour le cinquième dimanche de Carême, où l’évangile est celui de la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-44), prend un relief tout particulier quand s’ouvre pour les chrétiens le temps pascal. Merci à José de nous l’avoir confiée.

G & S

J’éprouve une profonde émotion à vous présenter une méditation sur des textes qui nous annoncent la Résurrection. Car j’ai d’abord le sentiment d’une résurrection personnelle en vivant à nouveau ma foi avec vous après avoir été pendant tant d’années un simple compagnon de route de la Communauté de Saint Luc. L’exemple d’Anne-Françoise, compagne patiente, mais confiante dans cet accomplissement de notre amour et l’enthousiasme bienveillant avec lequel Vincent, notre prêtre accompagnateur a accueilli et dirigé le fils prodigue m’ont permis de retrouver la joie de croire à nouveau. 

Je retrouve donc un peu de mon itinéraire dans les textes d’aujourd’hui. Le psaume nous montre comment on peut passer d’une situation de détresse à l’espérance de la miséricorde divine. L’épître de Paul fait intervenir le Christ dans cette rédemption. Et l’évangile montre concrètement comment l’incarnation du Christ nous fait participer nous-mêmes à la victoire sur la mort par la résurrection.

Le De Profundis est une puissante évocation des temps difficiles. Il pourrait être un commentaire de l’état de désespoir dans lequel nous plonge l’actualité Comment réagir devant les catastrophes où nous sommes plongés ? Dans une émission de radio entendue au gré de mes déplacements, j’ai appris que Primo Levi, au sortir des camps de concentration, avait dit « après Auschwitz, Dieu n’existe plus. » Ne reste-t-il donc à notre désespoir que l’issue du suicide, auquel il a abouti quelques années plus tard ? Le Psaume nous répond que la miséricorde divine, le pardon de Dieu peut transformer la détresse en espérance. 

Mais quelle est alors notre place dans cette victoire contre le désespoir ? « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. ». Si nous ne sommes que des malades attendant le réconfort du matin, ou des sentinelles attendant la relève, quelle est notre liberté.   Tous les coupables de la triste situation seront-ils rachetés par le pardon de Dieu ? Même si c’est l’ensemble de la communauté qui sera rachetée : « C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. » Je n’aurai donc pas de participation active et volontaire à la victoire contre le péché.

Cette sorte de prédestination à l’espérance ne me satisfait pas. Le texte de Paul apporte un début de réponse à mon insatisfaction : seuls ceux qui ne sont pas sous « l’emprise de la chair » auront droit à l’espérance du rachat. Pour sortir du désespoir, il faudra participer de « l’esprit de Dieu. » Et celui qui va nous transmettre cet esprit, c’est le Christ. Le Christ est passé des profondeurs du tombeau à la lumière de la résurrection. Si nous nous laissons « habiter par l’esprit du Christ », nous échapperons à la mort. Notre dignité d’homme, c’est de rechercher activement l’esprit du Christ, et non de se contenter d’attendre passivement le pardon de Dieu. Cette réponse de Paul peut me satisfaire intellectuellement, voire spirituellement. Mais je ne peux m’empêcher de trouver un peu lointain ce Dieu qui ne partage pas mes émotions et qui, au lieu de dialoguer avec moi, ne répond pas directement à mes questions pressantes : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera ? ». Cette proximité, ce partage, ce souci du dialogue, c’est dans l’évangile que nous allons les trouver.

L’évangile inscrit l’intervention de la miséricorde de Dieu dans les événements de notre quotidien : la mort d’un parent, d’un ami. La proximité avec le divin se réalisera d’abord par le partage des émotions. Devant la mort d’un ami, les proches pleurent. Le Christ fait écho à leur émotion : « Bouleversé d’une émotion profonde. » Il manifeste physiquement sa proximité avec les amis de Lazare en pleurant comme eux. Ces pleurs sont l’expression du désespoir devant la mort, auquel le Christ succombera d’ailleurs sur la croix : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Mais le Christ va sortir la communauté de son désespoir en intercédant auprès du Père.  « Je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. ». Cette intervention du Père conclut un magnifique dialogue avec Marthe autour de la résurrection. Elle croit à la résurrection « au dernier jour » mais le Christ montre que la résurrection peut survenir tous les jours : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Marthe exprime sa confiance : « Tu es le Christ, fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »C’est donc à travers le mystère de l’incarnation que le Christ par sa médiation, nous rapprochera de Dieu et permettra que « l’esprit de Dieu habite en nous. » C’est lui qui ira jusqu’à partager avec nous la mort, pour nous associer par sa résurrection à l’espérance d’une victoire sur la mort qu’est le péché. 

Je suis heureux de partager avec la Communauté les émotions de la vie et de poursuivre avec elle un dialogue ardent et libre avec le Christ pour qu’il nous aide à accueillir « l’esprit de Dieu. »

José D.

Publié dans Réflexions en chemin