Dimanche des Rameaux
et de la Passion du Seigneur
Matthieu 26,14 à 27,66
Références bibliques
- La Bénédiction des Rameaux :Entrée messianique Mt 21, 1-11
- Liturgie de la Parole : Livre d’Isaïe : 50, 4 -7 : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu ».
- Psaume 21: « Tu m’as répondu. Je proclame ton nom devant mes frères. »
- Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2, 6 -11 : « Jésus-Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père. »
- Passion selon saint Matthieu : 26,14 à 27,66 : » Que ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

L’heure de la Passion
Jacques Marcotte, OP
Avec simplicité et ferveur nous avons porté des rameaux pour acclamer Jésus, célébrer l’annonce de sa victoire prochaine. C’était beau et touchant, plein de joie et d’espérance. Mais tout de suite après ce moment d’euphorie et de liesse, ce fut la tristesse et le choc brutal de la souffrance de notre Seigneur qui nous ont été rappelés, le choix qu’il faisait d’aimer jusqu’au bout, de donner sa vie, de glorifier le Père par sa fidélité à l’humain, de se laisser faire par ceux qui bien injustement le sanctionnaient, le jugeaient et le condamnaient.
Son parcours ultime, ponctué d’étapes bien significatives, nous révèle un Jésus plus beau et plus merveilleux que jamais, il nous fait voir du même coup notre comportement et nos manières dans ce qu’elles ont de plus choquants, injustes, vilains. Ce parcours il nous donne un écho fidèle des malheurs dont nous faisons si souvent l’expérience : la trahison, l’abandon, la violence, la jalousie, le rejet, les sévices de toutes sortes que nous nous infligeons les uns aux autres… jusqu’à en mourir.
En relisant le récit de la passion nous retrouvons les traces bien connues, et leurs empreintes dans notre chair, de la souffrance des hommes, des femmes et des enfants de toujours. En méditant sur les épreuves du Christ et sur la façon dont il les traverse, nous apprenons jusqu’où il a épousé notre cause. En souffrant sa passion le Christ se révèle tellement proche de nous, si pareil à nous. Et tellement différent aussi, avec tout l’amour qui l’anime, son absence de révolte, la retenue et la profonde liberté qui le caractérisent. Si nos peines et nos douleurs nous font communier à son sort, si nous marchons avec lui, et lui avec nous, il nous reste bien des pas à faire pour imiter son courage, sa force d’âme, sa grande paix intérieure, son amour inconditionnel.
Puissions-nous profiter tout au long de cette semaine d’un échange et d’un partage qui aille de lui vers nous en abondance. Que nos chemins de croix inévitables deviennent des chemins d’espérance, puisque le Christ est aller lui-même à l’extrême de ce qui nous arrive de difficile et qu’il en a fait le chemin du plus grand amour, un passage glorieux vers le Père, un chemin pascal.
Frères et sœurs, apprenons de la passion du Christ à marcher avec force et courage à sa suite en attente avec lui de la merveille de Pâques. Marchons dans la paix de l’espérance. Engageons-nous dans l’amour fraternel et le service jusqu’au don de nous-mêmes comme Jésus l’a fait. Nous agirons ainsi pour le bonheur de nos frères et sœurs, pour la gloire de notre grand Dieu et Père, pour notre salut et celui de l’univers entier.
Par Jacques Marcotte, o.p.
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L’obéissance du Christ à la Parole
Marcel Domergue, SJ
La prise de pouvoir
La passion-résurrection, c’est l’exaltation de Jésus, c’est son élévation au-dessus de tout, sa prise de possession du Royaume. Le 4e évangile joue sur l’image de Jésus «élevé de terre» sur la croix qui devient ainsi le trône de la gloire. Les autres évangélistes nous montrent Jésus entrant à Jérusalem en triomphateur. Cette scène donne le sens des événements qui vont suivre, quel que soit son contenu historique. Elle n’est pas là pour nous montrer la versatilité de la foule, qui un jour acclame, un jour condamne. Elle veut nous dire que Jésus vient « prendre le pouvoir », qu’il est le messie fils de David que l’on attendait et que les vieilles promesses vont être accomplies. Nous avons donc à superposer, à lire en surimpression, les prophéties sur le Règne de Dieu par l’intermédiaire de « l’oint », du Christ, la scène des rameaux, l’élévation sur la croix, la résurrection et aussi l’annonce du retour du Christ, la récapitulation finale.
L’oreille ouverte
Nous avons l’habitude de considérer le Christ comme la Parole. De fait l’Écriture nous le montre comme celui qui la parle, qui instruit, mais Jésus recevant et accueillant la Parole, voilà une image qui nous est moins familière. Et pourtant, Jésus accomplit activement, volontairement l’Écriture : il déchiffre dans la Parole ce qu’il doit être et faire. En particulier dans les prophéties du serviteur, en Isaïe (notre 1re lecture). Voir aussi (1er dimanche de Carême) comment Jésus fait siennes les paroles du Deutéronome. L’Épitre aux Hébreux reprend ce thème de l’obéissance du Christ, d’abord en 5,7-9 et surtout en 10,7 qui cite le psaume 40,7-9 : « me voici, car c’est de moi qu’il est parlé dans le livre ; je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté ». C’est parce qu’il se laisse instruire par Dieu, parce qu’il reçoit la Parole, que le Christ peut prendre la parole ; mais alors sa parole est Parole de Dieu. En saint Jean, Jésus nous dit qu’il n’accomplit pas sa volonté mais la volonté de celui qui l’a envoyé, que ses œuvres ne sont pas siennes mais celles du Père et que ses paroles il ne les dit pas de lui-même, mais que ce sont les paroles de celui qui l’envoie. D’où la première phrase de notre première lecture : « Dieu m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire (…) ». Jésus se fait obéissant jusqu’à la mort de la Croix.
Face de lumière, face de ténèbres
Cette obéissance de Jésus a quel que chose de lumineux. En effet, si tout ce qu’il fait et dit n’est pas de lui mais du Père, alors, à travers lui, le Père se rend visible et accessible. Dieu est bien là, parmi nous. Ce Jésus est l’image parfaite et c’est à juste titre qu’on l’appelle « Le Fils ». Seulement si être Père signifie se donner en pâture pour que les enfants vivent, se faire disparaître (passer) pour laisser la place, ne pas se soustraire à la méchanceté et la bêtise, « ne pas protéger son visage des outrages », alors le Fils, Image parfaite, exacte, doit passer par la croix ; puisque les hommes passent leur temps à dresser des croix qui, crucifiant leurs frères, crucifient Dieu. Bref, être Fils consiste à se déposséder parce que le Père se dépossède (2e lecture). Cela passe par une liberté. Je veux dire que Jésus doit surmonter son vouloir vivre, son désir de ne pas souffrir, pour choisir et vouloir cette attitude-là. Cela ne se fait pas tout seul, il doit s’y ajuster et Gethsémani montre que ce n’est pas plus facile pour lui que pour nous.
Des ténèbres à la lumière
A l’heure des ténèbres, il n’y a qu’une chose à faire, »rendre son visage dur comme pierre » (1ere lecture), c’est à-dire « encaisser », se laisser rouler comme le galet, dans un silence « minéral » (« Jésus se taisait »). Mais derrière cette sorte de passivité inébranlable, il y a une certitude : « je sais que je ne serai pas confondu ». Le secret que Dieu confie à celui qui a « ouvert l’oreille » pour se « laisser instruire » c’est que, se faisant par sa passion semblable à Dieu, il lui devient réellement semblable en tout, le rejoint là où il est et reçoit le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Marcel Domergue
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L’entrée dans le mystère pascal
Jacques Fournier
L’entrée à Jérusalem marque l’entrée dans le mystère pascal que, durant toute cette semaine, nous vivrons sous l’un ou l’autre de ses aspects. Ce serait un erreur que de vouloir nous approcher de l’un sans y inclure les autres.
La Résurrection est intimement liée à l’offrande et la mort du Christ Jésus, notre Sauveur.
LA PAQUE DU SEIGNEUR.
Dans le langage traditionnel de l’Eglise, le mot « Pâques » ne désigne pas seulement le dimanche de la Résurrection, mais aussi le mystère eucharistique. Il nous le dit lui-même : « J’ai désiré manger cette Pâque avec vous. » (Luc 22. 15). C’est le mystère de la croix et celui du tombeau vide. Tout cet ensemble est la transposition chrétienne de ce que les Juifs appelaient « la Pâque », c’est-à-dire, le passage.
Ce passage débute au repas de l’agneau immolé, se continue par la traversée de la Mer jusqu’à l’arrivée sur l’autre rive, celle de la liberté et de l’espérance. Durant une semaine, ce mystère va marquer la liturgie quotidienne jusqu’au jour de joie de la Résurrection.
L’ENTREE DANS JERUSALEM
Jésus la veut toute simple, sur un animal symbole d’humilité et de douceur. C’est également l’accomplissement de la prophétie de Zacharie (Zac. 9.9) : « Voici que ton roi s’avance vers toi, il est juste et victorieux. » Cette victoire devra traverser l’épreuve de l’humiliation et du sacrifice.
Par contre, la foule qui vient de Galilée et de plus loin sans doute, pour la fête de la Pâque, se réjouit avec exubérance. Mais elle ne semble pas réaliser, pas plus que les Pharisiens d’ailleurs, qu’elle est en train de vivre l’entrée messianique, annoncée par les Prophètes.
Les pharisiens, quelques-uns précise saint Luc, peuvent critiquer l’enthousiasme de la foule. Jésus l’accepte puisqu’il vient du coeur, même s’il est éphémère.
Nous aussi, nous devons « recevoir » Jésus-Christ et assumer sa volonté, parce qu’elle est celle de celui qui vient au nom du Seigneur. Il vient. Il reviendra dans sa gloire. Aujourd’hui il ne demande aucun royaume visible, il ne veut régner que sur nous-mêmes.
IL N’A PAS REVENDIQUE
Le texte que l’Eglise a tiré de saint Paul aux Philippiens est une des plus belles pages de la christologie : »Il était en égalité avec Dieu. » (Philippiens 2. 6) et il n’a pas gardé cela comme la possession d’une proie. C’est même l’inverse. Il s’est abaissé, jusqu’à devenir la proie des hommes, parce qu’il a vécu en tous points semblable à eux, en égalité avec eux. (Philippiens 2. 7)
Puisqu’il était devenu semblable aux homme et reconnu comme tel dans son comportement, Jésus en assume et accepte toute la réalité.
Jusqu’à celle de subir la souffrance inhérente à la condition humaine qui est une créature limitée dans ses potentialités, limitée dans le temps, limitée dans son bonheur.
Assumant toute l’humanité, « obéissant jusqu’à la mort », sauf le péché, il en assume aussi toute la gloire de l’homme qui est de rejoindre Dieu. Comme il est de la condition même de Dieu, il partage toute la gloire de l’homme et toute la gloire de Dieu, et nous la fait partager.
AU DEPART DU CHEMIN DE CROIX
Après le prélude joyeux de l’entrée à Jérusalem, l’Eglise nous fait entrer dans ces heures de douloureuses humiliations que doit subir le Verbe de Dieu, devenu homme.
Il est à noter que, pour cette lecture de la Passion, l’Eglise fait débuter le récit au repas de la célébration pascale, et non pas au jardin des Oliviers. Car c’est le repas de l’Alliance qui conduit au repas du Royaume. Il le précise à ses disciples : « jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu, le royaume de Dieu. » Et, pour le condamné sur la croix proche du Christ, ce sera : »Aujourd’hui même… » « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » dit le Seigneur à ses apôtres.
L’Eucharistie réalise le sacrifice du Seigneur et nous en offre immédiatement les fruits. Nous le disons en chaque célébration : « Regarde le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance ». (Prière eucharistique III)
GETHSEMANI
« Je suis venu pour faire Ta volonté », lui fait dire la lettre aux Hébreux (Héb. 10. 9 et 10) reprenant les paroles des psaumes. Elle nous inclut dans cette offrande du Christ : »C’est dans cette volonté, cette offrande du corps de Jésus, que nous sommes sauvés définitivement. » Quand il rejoint ses apôtres, dans la nuit silencieuse où seule s’est élevée sa voix, il ne peut que constater sa propre solitude : »Pourquoi dormez-vous ?..
. » Mais elle ne l’enferme pas sur lui-même. Elle le conduit à une offrande universelle. « Afin que toute langue proclame », écrit saint Paul aux Philippiens.
Pourquoi nous enfermer sur nous-mêmes quand il nous appelle à dépasser nos propres solitudes ? Comme lui, nous connaissons ces temps où Dieu nous paraît absent, mais comme lui, nous ne retrouverons notre Père, qu’au moment d’assumer sa volonté sur nous-mêmes.
LE RENIEMENT
Au jardin, Pierre s’était cru fort avec son épée, comme il croyait réaliser ainsi total le don de lui-même au Christ à qui il avait dit : « A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. ».
Mais, ce soir, dans la cour du grand-prêtre, avec son épée refusée par Jésus, il est seul avec lui-même et sa peur, au point qu’il il ne reconnaît plus celui à qui il avait voulu consacrer sa vie.: « Je ne le connais pas, je ne vois pas ce que tu veux dire »
Or il le sait très bien. Le maître n’était plus là pour lui tendre la main comme au jour où il s’enfonçait dans la tempête en marchant sur le lac. Ce soir, c’est un coq, petite bestiole qui ignore le rôle qu’elle tient à ce moment, qui retourne Pierre vers Jésus.
Savoir entendre et saisir les signes de Dieu ….Et c’est alors que son regard croise celui de Jésus.
C’EST TOI QUI LE DIS
Les chefs juifs interrogent Jésus qui les renvoie à leur propre responsabilité et à leur propre décision : « Si je vous le dis, vous ne me croiriez pas. Si j’interroge, vous ne me répondrez pas. » Il oblige Caïphe à poser lui-même l’affirmation sans qu’il puisse se dérober : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » – Jésus n’a qu’à lui répondre : » C’est toi qui le dis ».
Saint Jean souligne la valeur de la réponse de Caïphe. C’est en tant que grand prêtre de l’année qu’il prononce cette affirmation. Selon la loi, une déclaration solennelle du grand-prêtre en exercice donnait valeur décisive à une affirmation religieuse.
Avec Pilate, nous quittons le registre religieux, pour nous situer dans celui de la politique : » Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus reprend la même attitude : » C’est toi qui le dis. » Les deux gouvernants de la région vont s’entendre : Pilate le gouverneur romain de la Judée et Hérode le roi de Galilée.
IL N’A PAS REVENDIQUE
Désormais, Jésus assume son identité avec tant et tant d’hommes rejetés et méprisés : il est livré au bon plaisir de ses ennemis, mis en marchandage avec un assassin, et chargé de la croix douloureuse et infamante de l’esclave.
Il ne revendique rien pour lui, ni devant la brutalité des gardes, ni devant les pleureuses aux larmes inutiles, ni même devant Simon de Cyrène contraint de partager ce portement de croix, sans en connaître le sens, ni envers ceux qui ricanent, ni en réponse aux soldats qui lui tendent l’éponge vinaigrée.
D’ailleurs pourraient-ils comprendre en cet instant ce que trois années de prédications, de miracles et de proximité avec les malades et les pauvres ne leur ont pas fait découvrir. Comme à Gethsémani, il reste seul avec son Père. Comme dans la solitude des prières nocturnes qui impressionnait tant les disciples. » Apprend-nous à prier. »
Marie, Jean et les femmes au pied de la croix sont une présence humaine de l’amour fidèle, l’expression silencieuse que tous les hommes ne l’ont pas abandonné. Ce n’est pas à elles qu’il s’adresse tout d’abord, c’est à son Père. Il ne se lamente pas , il ne se replie pas sur lui-même.
Il ne revendique qu’une chose : que soit accordé le pardon à tous ceux qui l’entourent parce qu’il vient l’apporter ce pardon à tous les hommes, à chacun de nous : »Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
UN DIALOGUE INATTENDU
A côté de lui, ils sont deux, crucifiés dans la même honte, dans la même souffrance, dans la même torture. Il entend leur dialogue où l’un d’eux reconnaît sa faute « Nous avons ce que nous méritons », comme nous le disons au seuil de chaque Eucharistie : » Je reconnais devant mes frères que j’ai péché. » – « Souviens-toi de moi… » dit le bon larron; et nous, nous demandons à nos frères « de prier pour moi, le Seigneur notre Dieu. »
La réponse de Jésus est immédiate : »Tu seras avec moi dans le Paradis. » Dans toute vie, il y a des moments où il nous est difficile de faire confiance à Dieu. Le bon larron avait proclamé à sa manière que Jésus était le Seigneur. A nous aussi il nous est demandé de proclamer » que Jésus-Christ est le Seigneur » (Philippiens. 2. 11)
OBSCURITE ET DECHIRURE
» L’obscurité se fit jusqu’à trois heures… Le voile du Temple se déchira ». Le Christ a remis son esprit, sa vie humaine, entre les mains de son Père. Chacun de ceux qui étaient au Calvaire, sans se douter qu’il est acteur dans l’attente de la Résurrection, accomplit ce qu’il est en mesure de donner en réponse à tant d’amour.
Au pied de la croix, les Pharisiens s’enferment sur eux-mêmes. Le centurion rend gloire à Dieu. La foule sent le besoin de se faire pardonner et se frappe la poitrine en rentrant célébrer la Pâque. Marie reçoit Jean et l’Eglise. Joseph d’Arimathie décide d’aller trouver Pilate pour ensevelir le corps de celui dont il est le disciple. Les saintes femmes s’en retournent chez elles préparer les aromates. Quand les lumières de ce sabbat de Pâque commencent à briller, pour eux tous, ils sont dans l’obscurité de la foi.
C’est au matin de la Résurrection que sera la lumière et que se découvrira progressivement la gloire de Dieu. Quand la pierre du tombeau s’écarte comme s’est déchiré le voile du Temple, quand les yeux des disciples d’Emmaüs, dans le soir qui tombe, s’ouvrent à sa lumière.
***
La croix marque le chemin qui va de l’entrée à Jérusalem au retour d’Emmaüs, jusqu’à l’entrée dans la gloire, car « il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la gloire. » (Luc 24. 26)
« Tu nous as fortifiés, Seigneur, dans cette communion à tes saints mystères. Et nous Te supplions encore. Toi qui nous as donné, dans la mort de ton Fils, l’espérance des biens auxquels nous croyons, donne-nous dans sa résurrection glorieuse, de parvenir au Royaume que nous attendons. » (Prière après la communion)
Par Jacques Fournier
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Annoncer un “Dieu en Croix”. Pour tous!
Romeo Ballan, MCCJ
À l’entrée de la Semaine Sainte, qui commence aujourd’hui (Évangile), il y a une question: “Qui est cet homme?” (Mt 21,10). Les gens de la ville, tout en agitation, se posaient cette question, lorsque Jésus entra à Jérusalem, parmi les applaudissements de ses sympathisants, assis non pas sur un cheval de guerre ou de course mais sur une ânesse qu’il avait empruntée… Cette entrée fut un événement missionnaire, une épiphanie de Jésus pour le peuple. Un moment de triomphe, éphémère, juste d’une journée, mais qui put servir pour susciter des questions à propos de l’identité de Jésus. Les foules avaient une réponse déjà prête: «C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée» (Mt 21,11). Une réponse vraie, qui était sur leurs lèvres une réponse plutôt insignifiante, si l’on en juge d’après les comportements des jours suivants. Ce qui était nécessaire était plutôt un désir sincère d’approfondir l’identité de ce prophète si surprenant qui venait de Nazareth. Tel était le désir exprimé par des pèlerins Grecs arrivés à Jérusalem, qui avaient dit à Philippe: “Nous voulons voir Jésus” (Jn 12,21).
Nous trouvons les réponses à la demande initiale dans plusieurs textes de cette Semaine spéciale. Une première réponse vient de Jésus lui-même, provoquée par la demande de ces Grecs: Il est ce grain de blé, qui tombe en terre et meurt pour produire beaucoup de fruits (Jn 12,24); Il est le maître qui invite tout homme à Le suivrepour partager son sort (Jn 12,26); Il est le Seigneur qui peut affirmer: “Moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes” (Jn 12,32). La destinée universelle de sa mort sur la croix, élevée de terre, est clairement indiquée aussi dans les variantes des anciens codes: j’attirerai ‘tout’, ‘tous les hommes’, ‘chaque homme’… Son salut est offert comme un don à tous ceux qui, avec un cœur sincère, “lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ” (Jn 19,37), c’est-à-dire pour ceux qui, avec foi, compassion et amour, regardent le crucifié élevé sur la croix (Nb 21,8; Zac 12,10). C’est aussi la situation surprenante du centurion romain et des autres soldats païens qui, voyant ce qui se passait, disaient: “Vraiment cet homme était le Fils de Dieu!” (Mt 27,54). “Jésus est vraiment le Fils de Dieu, justement parce qu’il est resté sur la croix, au lieu d’en descendre (Mt 27,40.42); et tandis que les Juifs le refusent, les païens le reconnaissent. Les païens voient ce que le Juifs ne voient pas” (Bruno Maggioni).
C’est Jean l’évangéliste qui nous offre la clef pour comprendre qui est ce Fils de Dieu, qui se fait grain de blé, qui meurt sur la croix pour attirer tous les hommes à lui; il nous montre Jésus au cours du dernier repas avec ses disciples: “Il les aima jusqu’à la fin” (Jn 13,1). C’est la déclaration d’un amour extrême, universel dans l’espace et dans le temps. Ces Paroles nous invitent à vivre la Semaine Sainte dans une dimension universelle, en contemplant et en annonçant ce Dieu sur la croix pour tous. S. Daniel Comboni avait compris combien il était nécessaire pour ses missionnaires de se former à cette contemplation, et il le recommandait dans sa Règle: “Ils acquerront cette disposition plus qu’essentielle (l’esprit de sacrifice) en tenant toujours les yeux fixés sur Jésus Christ, en l’aimant tendrement, et en s’efforçant de comprendre toujours mieux ce que signifie un Dieu mort en croix pour le salut des âmes”. (Écrits, n. 2721).
Le long récit (Évangile) de la condamnation et de l’exécution d’un innocent va bien au-delà des événements habituels de la chronique noire: il contient la ‘Bonne Nouvelle du Christ Sauveur, mort et ressuscité’, que les missionnaires de l’Église portent partout dans le monde entier. De ce noyau central de l’Évangile jaillissent des choix et des attitudes fondamentales pour les disciples. J’en remarque une parmi d’autres: le refus de la violence et de l’utilisation des armes, comme le dit Jésus à Pierre: «Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée» (v. 52). Une parole emblématique pour les chrétiens, que déjà l’apologiste Tertullien (IIIème siècle) commentait de cette manière: “En désarmant Pierre, Jésus a enlevé les armes des mains de chaque soldat”.
Le cantique du Serviteur (I lecture), qui écoute et ne se dérobe pas (v.4.5) et surtout l’hymne christologique des Philippiens (II lecture) chantent le cycle complet de ce Dieu-homme sur la croix: sa préexistence divine, sa “kénose” volontaire, l’abaissement jusqu’à la croix, sa glorification avec le nom de Seigneur, devant qui tous sont invités à l’adoration, “à la gloire de Dieu le Père” (v. 11). La gloire du Père est le but qui justifie toute l’action missionnaire de l’Église. Outre l’obéissance filiale, l’hymne des Philippiens “nous montre aussi l’aspect de la solidarité avec les frères: le Christ est devenu semblable aux hommes, il a assumé notre humble condition. Mais ce n’est pas tout, parce qu’il est devenu solidaire même des personnes les plus criminelles : les condamnés à la mort de la croix ” (A. Vanhoye).
Le message de la Passion, qui pourtant demeure toujours un chemin ardu, a le pouvoir de réaliser la transformation du cœur et de la vie des personnes. En effet, devant la Passion de Jésus, personne ne se réduit au rôle de spectateur, puisque chacun, aujourd’hui, est un acteur et joue un rôle dans la Passion que Jésus continue de vivre dans son corps mystique, dans la famille humaine. Une fois éliminés les rôles des personnages négatifs (Judas, Pilate, les chefs des prêtres, le sanhédrin, la foule qui se laisse manipuler…), nous pouvons choisir le rôle de Simon de Cyrène (v. 32), de la femme de Pilate (v. 19), du centurion (v. 54), des femmes de Jérusalem, de Madeleine, de Marie, ou encore de Jean, de Joseph d’Arimathee, Nicodème. Le rôle le plus approprié pour le chrétien, et en particulier pour le missionnaire, est celui de Simon de Cyrène, solidaire avec les crucifiés de l’histoire, porteur du salut réalisé par le Christ Jésus.