
Publié le 16 mars 2026
par Garrigues et Sentiers
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Lors de sa dernière réunion de décembre, l’une de nos amies a proposé un petit opus de Marion Muller-Collard, théologienne protestante et écrivaine, Croire qu’est-ce que ça change ? (éditions Labor et Fides, 2025, 112 p., 10 €)
La démarche nous est apparue intéressante en cela que cette autrice, au-delà de toute velléité intellectuelle, tente de répondre à l’interrogation d’un de ses enfants.
Souvent nous avons eu à partager que pour la plupart d’entre nous, nos enfants semblaient être restés imperméables à notre démarche de croyant.
Chacun s’est exprimé, l’une de nous a sollicité ses enfants pour échanger sur cette interrogation :
Croire peut être un chemin, une promesse, en retenant que croire c’est encore douter, mais que douter c’est déjà croire.
Croire comme un réconfort.
Croire serait aussi et avant tout être en relation avec la volonté de maintenir le lien quoiqu’il nous en coûte. Croire en l’homme avec comme totem : le vivre ensemble, la solidarité.
Croire avec Jésus par la puissance de son humanité nous aide à être plus en vérité.
Croire c’est appartenir à une communauté enracinée dans plusieurs siècles d’histoire.
Croire comme une philosophie de vie.
Croire c’est avoir confiance, « dis seulement une parole et je serais guéri ».
Croire comme une capacité de transcendance.
Croire, c’est vivre ce que Jésus nous demande, au-delà de toute violence : « Aimez-vous les uns les autres ».
Croire c’est être ouvert, y compris aux croyances de toute autre religion que la nôtre.
Croire ne nous exempte pas de la souffrance, comme l’imagine souvent notre entourage.
Croire c’est l’espérance comme point d’orgue.
Croire c’est pouvoir faire un pas de côté pour accéder à la vérité de l’autre.
Croire accepter une dimension de mystère.
Croire : ce qu’on appelle la laïcité n’est pas un interdit de croire, mais la valorisation de savoir croire par excellence. Cela nous plait bien !
Groupe Nous sommes aussi l’Eglise (NSAE) de Vierzon
P.S. de G & S : Le compte rendu de l’ouvrage paru dans Etudes, n° 4328, juillet 2025.
Avec cet ouvrage, Marion Muller-Collard nous livre un de ces « petits livres solides, appétissants, accessibles et originaux » que vise la jeune collection. Il se présente comme la réponse adressée de l’autrice à son fils sur la fécondité de l’acte de croire. Comme dans les dialogues de la philosophie antique, le fils ne fait que susciter la parole de la mère, mais le style du dialogue permet d’insérer le lecteur dans la réflexion. À l’intime de la rencontre partagée s’ajoute l’ouverture aux nombreux « amis posthumes », vis-à-vis de qui l’autrice reconnaît ses « dettes » : d’Hannah Arendt à Louis-Ferdinand Céline en passant par Leonard Cohen. Au centre, Descartes joue un rôle déterminant avec une foi fondamentale en ce qu’il y a quelque chose plutôt que rien. À l’aune de ce principe sont traversées diverses déclinaisons du croire, comme le besoin de consolation regardé en face, la frontière entre croire et savoir rendue poreuse, l’inscription dans une communauté assumée. En débusquant ainsi certaines fausses impasses de l’acte de croire autant que certaines croyances qui ne s’imaginent pas telles, l’autrice propose en fait un éloge de cette incertitude qui empêche d’être bête. Surtout elle invite à la confiance qui demande de n’être pas dupe mais laisse demain apporter son énergie vitale.
Publié dans Réflexions en chemin