Jésus à la Samaritaine :
« Si tu savais le don de Dieu ! » (Jn 4, 10)

Publié le 18 février 2026
par Garrigues et Sentiers
Traditionnellement le carême était vécu comme un temps de tristesse et de pénitence. Entre l’imposition des cendres du premier jour et la mort de Jésus en Croix pour finir, il invitait les chrétiens à s’accuser de leurs péchés et à faire pénitence pour se faire pardonner. Ce temps de tristesse est souligné par la liturgie : vêtements violets du célébrant, et même absence du Gloria : on n’ose plus louer le Seigneur !
Pourrions-nous essayer une autre démarche ? En méditant cette phrase de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ».
Le carême est d’abord un temps de cheminement qui doit déboucher sur la Résurrection. C’est alors un temps positif, un temps d’espérance, un temps de joie pour nous qui savons que nous sommes attendus pour être sauvés. Même les aspects pénitentiels peuvent signifier une avancée dans la joie et être portés par l’espérance.
Cette montée de Jésus vers Jérusalem est marquée par un combat contre tout ce qui s’oppose au Royaume. Le chemin n’est pas garni de roses, il n’en est pas triste pour autant. Jésus est en butte à ses ennemis qu’il ne cesse d’appeler à la conversion. Il est rempli de sa mission, mission d’espérance, qu’il se fait confirmer régulièrement au cours de ses nuits passées au désert avec « son Père ». Jésus évoque fort peu le besoin de pénitence, mais la nécessité de nous libérer de ce qui nous entrave, de retrouver notre liberté mise à mal par le péché. Il invite à renaître (jeune homme riche, Zachée), parfois, rarement, en battant sa coulpe (enfant prodigue, mais là encore c’est la joie qui domine et efface tout).
Son chemin s’est terminé par une épreuve de déréliction, de souffrance, de sentiment d’abandon de la part du Père :
« Dieu l’a pour nous identifié au péché; Celui qui n’a pas connu le péché, Il [le Père] l’a fait devenir péché pour nous afin que nous devenions justice de Dieu » (2Cor 5, 21).
Le disciple n’étant pas plus grand que son maître, nous rencontrerons donc aussi des souffrances pour rester fidèles, mais ne soyons pas tristes pour autant. Elles sont inévitables tout comme les souffrances d’un alpiniste qui veut atteindre un sommet ; cela ne l’attriste pas. Le détachement de nous-mêmes peut être douloureux parfois, voire souvent, et parfois l’épreuve peut être vraiment difficile à surmonter. Mais c’est avec le Christ que nous cheminons, ne nous laissons pas abattre.
Le carême nous offre ainsi l’occasion de penser à ce que nous faisons sur terre. Notre vie terrestre n’est pas le dernier mot, comme la mort de Jésus ne l’a pas été. Cette mort est à la base de notre foi en Lui. Notre vie sur terre prend tout son sens en Dieu, elle est un passage qui a toute sa valeur et qu’il nous faudra dépasser. Elle est réponse à celui qui nous l’a offerte, ne la bloquons pas dans la facilité de tout ce qui nous attire et nous séduit. Les biens de la terre sont pour nous, le bonheur terrestre nous est offert, ne le méprisons pas, profitons-en ! Mais ne le laissons pas dominer notre vie, n’en soyons pas esclaves, libérons-nous ! Le texte des tentations nous enseigne par l’exemple cette nécessité de nous situer en face de Dieu, de savoir qui nous voulons suivre. Il nous faut se détacher de nous-mêmes pour être capables de traverser les moments de souffrance, de sentiment d’abandon, sans nous décourager, sans nous amener à renoncer.
Cette vie sur terre ne doit pas être méprisée (Saint Paul une fois s’est laissé emporter sur ce sujet, il était entier!), nous sommes cocréateurs avec Jésus, habités par l’Esprit :
« Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels » (Rom 8, 11).
Notre vie sur terre est un passage obligé qui a tout son poids, elle est le temps de la création du Royaume. Dieu ne nous fait pas sauter cette étape, c’est ici et maintenant que nous construisons. Habités par l’Esprit, nous avons l’espérance que nous sommes sur le bon chemin en participant à cette création du Royaume dès maintenant.
Ainsi, construisant le Royaume dès ici-bas, n’oublions pas nos frères, tous nos frères. Sachons nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, et soutenir ceux qui souffrent, qui sont exclus. En cette période de guerres, n’oublions pas toutes ces souffrances, notre carême est un moment privilégié pour devenir des acteurs de paix (au moins autour de nous, plus si possible).
Le carême est une période propice pour passer d’une vision d’un Dieu extérieur, tout puissant, auquel nous devons respect et honneur, celui que nous a révélé l’Ancien Testament, à un Dieu intérieur à chacun de nous, révélé par Jésus-Christ. L’enseignement de Jésus nous a préparés à cette révélation nouvelle de qui est Dieu, puis sa Passion et sa mort en ont témoigné : un Dieu sans pouvoir, qui vit au plus profond de chacun de nous et appelle notre réponse. C’est le même Dieu que celui de l’Ancien Testament qui l’a révélé petit à petit. La pédagogie de Dieu, à travers l’histoire d’Israël, nous fait passer d’un Dieu terrible et guerrier à un Dieu, toujours extérieur à l’homme, fait de bonté et de sollicitude pour son peuple. Puis avec le témoignage de Jésus nous découvrons enfin son vrai visage qu’il nous est permis de rencontrer : un Dieu qui n’est plus extérieur, mais tout intérieur, un Dieu qui ne se soucie plus de guerroyer, de punir, d’exiger, mais qui sollicite – humblement – notre réponse.
Le Carême est un cheminement avec Jésus, illuminé par sa présence.
«Autrefois, vous étiez ténèbres; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière; conduisez-vous comme des enfants de lumière » (Eph 5, 8).
Nous avançons vers la lumière qui dissipe toutes les ténèbres :
« Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les Ténèbres, mais il aura la lumière de la Vie » (Jn 8, 12).
« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur » (Ez 37, 14).
« Si tu savais le don de Dieu ! »
Marc Durand