5ème Dimanche
Temps Ordinaire (A)
Matthieu 5,13-16
Références bibliques
- Lecture du prophète Isaïe : 58, 7 -10 : « Si tu combles les désirs des malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres. »
- Psaume 111 : « Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres ».
- Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 2,1-5 : « C’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient. »
- Evangile selon saint Matthieu.: 5, 13 –6 : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.
Sel ou lumière ?
Marcel Domergue
Le sel se perd dans les aliments qui lui empruntent sa saveur. Comme le levain dans la pâte, il se fait invisible. On peut voir dans cette image les disciples du Christ enfouis dans le monde. La plupart ne sont pas en situation de faire entendre leur parole ni de faire état de leur identité de chrétiens, mais ce qui donne du goût à la terre, au monde, c’est la charité. Une charité qui, même si elle ne dit pas d’où elle vient, peut contribuer à donner visage humain à nos relations, à nos institutions, à nos sociétés. Si le sel, tout le sel du monde, perdait son pouvoir de saler, il n’y aurait pas de remède puisque rien d’autre ne sale. Grandeur et responsabilité des disciples de Jésus : il n’y a pas de « produit de remplacement ». L’amour, tel que Jésus l’a manifesté à la Pâque, est la dernière chance de la terre. Nous ne sommes pas disciples du Christ pour nous-mêmes seulement, pour notre « salut » : nous sommes disciples pour les autres, pour la terre. La terre nous rejette à bon droit si nous lui refusons la saveur due. Situation inconfortable : nous pouvons être rejetés et foulés aux pieds soit parce que nous « salons », soit parce que nous ne « salons » pas.
La lumière du monde
Alors que le sel se mêle, invisible, aux aliments, la lumière ne se cache pas ; elle se montre. La lumière du monde, c’est le Christ (Jean 9, 5). Cela signifie qu’en nous référant à ses paroles et à sa manière d’être, nous trouvons les bons chemins au lieu d’errer au hasard. Il est aussi lumière parce qu’il vient confirmer la dignité de l’homme et lui donner la joie. D’un seul tenant avec le Christ parce que, croyants, nous sommes le corps que l’Esprit lui donne, nous avons mission de diffuser la lumière. Non pas seulement par la parole éclairante, mais pour les yeux : il faut que « les hommes voient nos œuvres bonnes ». Pour être bonnes, ces œuvres doivent être faites pour elles-mêmes, parce qu’elles sont bonnes, c’est-à-dire servent à d’autres, et non pour être vues ; car alors elles cesseraient d’être bonnes. Le message évangélique doit aller jusqu’aux extrémités de la terre. Il ne s’agit pas de prosélytisme, ni de recherche d’influence, mais de «faire voir». Et pas n’importe comment : la 2e lecture nous dit que la manière d’annoncer l’Évangile doit se calquer sur le contenu de l’annonce.
Sel ou lumière ?
Les images du sel qui se perd dans la masse et de la lampe que l’on place sur le lampadaire peuvent sembler contradictoires. D’autant qu’un peu plus loin dans le discours sur la montagne, Jésus va prescrire de ne pas agir pour être vu des hommes (Matthieu 6, 1-18). Tout doit rester « dans le secret ». La première réponse qui vient à l’esprit est que tout disciple doit se faire tour à tour, selon les circonstances, sel ou lumière. Allons plus loin : ce sont les mêmes «œuvres bonnes» qui doivent être en même temps sel et lumière. Elles sont «sel» en ce que nous ne les faisons pas pour nous faire voir, nous. Elles sont lumière parce qu’elles doivent conduire les hommes à « rendre gloire », non pas à nous mais à «notre Père qui est dans les cieux». Rien n’est gagné tant que les hommes ne remontent pas à l’origine de nos œuvres bonnes. Autre détail, les petites paraboles du sel et de la lumière sont au pluriel : « Vous êtes le sel (…) Vous êtes la lumière.» Jésus, semble-t-il, s’adresse aux disciples en tant qu’ils forment corps, communauté. Au chapitre 6, nous lisons « Quand tu fais l’aumône» (verset 2), « Pour toi, quand tu veux prier» (verset 6), « Pour toi, si tu jeûnes » (verset 17). La communauté des disciples doit briller aux yeux des hommes mais chacun doit se diluer dans le corps comme le sel.
Sel et lumière
Ainsi nous sommes le sel et la lumière. C’est Jésus lui-même qui le proclame ! Ce n’est donc pas seulement un idéal, mais une réalité : déjà nous sommes sel et lumière.
Nous sommes sel, parce que nous sommes porteurs de l’Évangile de Jésus, et que seule cette bonne nouvelle peut donner à l’existence des hommes son vrai goût, le goût de la tendresse de Dieu et le goût de la gloire. Déjà l’Évangile a pénétré notre vie, et, comme disait Jésus, nous avons « du sel en nous-mêmes », dans la mesure même où nous laissons travailler en nous-mêmes l’Esprit du Seigneur.
Tout notre soin doit être de rester du sel authentique, sans cesse réactivé par l’amitié de Jésus, et des témoins crédibles de sa parole, des croyants qui tablent non pas sur « le prestige du langage humain », ou sur l’efficacité d’une « sagesse tout humaine », mais sur la puissance de Dieu et sur l’Esprit saint qui rend vivant aujourd’hui le message de Jésus.
Nous sommes lumière, déjà lumière. Par notre baptême et le sceau de l’Esprit, et par l’engagement de notre vie, nous sommes des chrétiens repérables, des chrétiens visibles ; nous sommes disciples de Jésus à la vue de tous. Nous ne pouvons pas plus nous cacher qu’une ville située sur le haut d’une montagne, la première éclairée au soleil levant, la dernière illuminée quand partout le soir tombe. Elle n’est pas la lumière, elle reçoit la lumière, mais tout au long du jour elle rend témoignage à cette lumière qui lui vient d’ailleurs. Et tous ceux qui marchent dans la vallée font route vers elle et se repèrent sur elle.
Nous ne pouvons pas plus renoncer à être lumière qu’une lampe que l’on vient d’allumer et que l’on a placée sur le chandelier pour quelle éclaire, justement, tous ceux qui sont dans la maison.
Au fond, nous sommes une lumière qui ne s’appartient pas. Nous n’avons pas pu nous allumer tout seuls : c’est Dieu qui nous a allumés à la flamme de son Fils, lumière du monde, lumière éternelle venue dans le monde. Et c’est sa lumière que, de proche en proche, nous répandons par le témoignage de notre foi, mais aussi par notre amour fraternel toujours en éveil et en invention.
« Partage ton pain, disait le prophète Isaïe, ne te dérobe pas à ton semblable, alors ta lumière jaillira comme l’aurore. » « Si tu donnes de bon cœur, si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi ».
La lumière empruntée au Christ, cette lumière que nous diffusons, accomplit ainsi deux merveilles à la fois : elle fait reculer les ténèbres du monde et transforme nos propres ténèbres en lumière du midi.
L’un des points d’appui de notre confiance est cette force transformante de la lumière dont nous sommes porteurs : « Autrefois nous étions ténèbres ; maintenant nous sommes lumière dans le Seigneur » (cf. Ep 5,8). Pourquoi ? parce que la lumière de Jésus, que Dieu nous a confiée, a triomphé d’abord de la nuit de notre cœur. Elle est même toujours en train de triompher, et en train de nous illuminer, alors même qu’en nous nous ne voyons que misère et incertitude.
En effet, comme l’affirme sans Paul : « Le Dieu qui a dit : ’Que du sein de la ténèbre brille la lumière’ est celui qui a brillé dans nos cœurs pour y faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu qui sur la face du Christ. »
Nous sommes déjà lumière, car la lumière d’emprunt est devenue la nôtre, sans cesser de briller sur la face du Christ. Jésus est, à lui seul, la lumière du monde, mais c’est aussi de proche en proche que Dieu veut illuminer les confins de la terre : « Dans la nuit de ce monde l’ami de Dieu brillera ».
Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.
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La lumière des bonnes oeuvres
José Antonio Pagola
Nous, les êtres humains, nous avons tendance à paraître devant les autres plus intelligents, meilleurs et plus nobles que nous ne le sommes réellement. Nous passons notre vie à essayer de montrer devant les autres et devant nous-mêmes une perfection que nous ne possédons pas. Les psychologues disent que cette tendance est due, avant tout, au désir de s’affirmer devant soi-même et devant les autres, pour se défendre de leur supériorité éventuelle.
Il nous manque la vérité des «bonnes œuvres», et nous remplissons nos vies de verbiage et de toute sorte de discussions. Nous sommes incapables de donner à nos enfants l’exemple d’une vie digne, et nous passons nos journées à leur demander ce que nous ne vivons pas.
Nous ne sommes pas cohérents avec notre foi chrétienne et nous tentons de nous justifier en critiquant ceux qui ont abandonné la pratique religieuse. Nous ne sommes pas témoins de l’évangile alors que nous prétendons le prêcher aux autres. Peut-être devrions-nous commencer par reconnaître patiemment nos incohérences, afin de ne présenter aux autres que la vérité de notre vie. Si nous avons le courage d’accepter notre médiocrité, nous nous ouvrirons plus facilement à l’action de ce Dieu qui peut encore transformer nos vies.
Jésus parle du danger que «le sel devienne fade». Saint Jean de la Croix le dit différemment: «Que Dieu vous délivre de ce que le sel commence à s’enorgueillir car bien qu’il puisse sembler faire quelque chose à l’extérieur, en substance il ne sera rien, car il est certain que les bonnes actions ne peuvent être faites que par la grâce de Dieu». Pour être «sel de la terre«, l’important n’est pas l’activisme, l’agitation, le protagonisme superficiel, mais les «bonnes œuvres» qui naissent de l’amour et de l’action de l’Esprit en nous.
Combien nous devrions écouter avec attention, aujourd’hui dans l’Église, ces paroles du même Jean de la Croix: «Remarquez donc ceci: ceux qui sont très actifs et qui pensent embraser le monde entier par leurs prédications et leurs oeuvres extérieures, ils seraient beaucoup plus profitables à l’Eglise et beaucoup plus agréables à Dieu s’ils consacraient ne serait-ce que la moitié de leur temps à rester avec Dieu en prière».
Autrement, selon le docteur mystique, «tout se réduit à marteler et à faire un peu plus que rien, et parfois rien, et même parfois du mal». Au milieu de tant d’activité et d’agitation, où sont nos «bonnes œuvres»? Jésus disait à ses disciples: «Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et rendent gloire au Père».
Par José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna
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Donner le goût de Dieu et de sa clarté
Jacques Marcotte, op
Et voilà que, tout de suite après les béatitudes … Jésus reconnaît d’emblée un statut pour le disciple, qui engage sa responsabilité, qui le charge d’une mission. Cette consécration nous rejoint par delà les siècles dans nos existences de croyant, de croyante.
Les affirmations sont fortes : Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. Comme si c’était là notre identité, l’essentiel de notre raison d’être, notre vocation. Etre le sel de la terre. Pas seulement être du sel. Mais être le sel de la terre. Comme si, sans nous, la terre n’avait pas de sel, comme si autrement rien n’y serait salé. Etre la lumière du monde. Pas seulement être lumière. Mais être la lumière du monde. Comme si, sans nous, le monde irait dans les ténèbres, dans l’obscurité tout au moins.
Saler et illuminer. Deux missions qui nous sont assignées en propre. Comme si elles étaient dans notre nature de disciple du Christ. Comme si personne ne pouvait remplir ces fonctions à notre place. Elles sont de notre responsabilité. Est-ce que le Seigneur n’est pas en train de nous en demander trop ? Pour qui nous prend-il ? À moins que cette capacité ne découle tout normalement de notre condition de disciple du Christ, de fidèles engagés à sa suite dans la pratique des béatitudes, dans la mise en valeur de l’évangile sous la poussée de l’Esprit.
Comment pouvons-nous être du sel pour la terre ? Quelle est donc la propriété du sel – sans quoi il n’est plus bon à rien ? Le sel, il sert à donner du goût, il sert à conserver les aliments. Sans lui tout est fade, sans lui les aliments se gâtent. Etre le sel de la terre, ne serait-ce pas conserver au cœur du monde l’Évangile du Christ? Veiller sur sa parole et sur les sacrements de sa présence? Pour que rien ne soit perdu de son témoignage et de sa victoire sur le mal et sur la mort. Être sel de la terre, n’est-ce pas garder vive la conscience de la présence du Christ-Sauveur au milieu de l’humanité ? Cette fonction de saler nous la jouerons nécessairement au cœur du monde, si nous-mêmes sommes pénétrés de la saveur du Christ. Ce sera alors plus fort que nous. Nous n’aurons pas envie de nous esquiver, de fuir, de nous réfugier dans quelque chapelle ou quelque bulle. Nous voudrons donner à la terre le goût du Christ, nous voudrons nous perdre en elle pour lui donner ce goût. Et nous saurons inspirer de partout une montée d’espoirs et de prières. Nous donnerons saveur à l’histoire humaine devant Dieu par notre louange et notre intercession.
Comment allons-nous être lumière du monde ? Sinon en étant nous-mêmes inspirés par les valeurs d’évangile, marchant à la suite du Christ. Vivant à la manière du Christ. Sa lumière remplissant notre vie. Car c’est lui la lumière du monde. C’est en lui que nous rendons gloire à Dieu. Du sel, il en faut peu pour que son effet paraisse. De la lumière, il en faut peu pour illuminer la nuit. Frères et sœurs, que la lumière et le sel soient en nous feu de l’Esprit, énergie de Pâques, sagesse du Royaume, et nous goûterons la saveur de l’amour de Dieu, sa gloire illuminera le monde.
Par Jacques Marcotte, o.p.
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Sel et lumière… au pluriel
Jacques Fournier
SEL OU LUMIERE
Les images du sel qui se perd dans la masse et de la lampe que l’on place sur un lampadaire, peuvent sembler contradictoires. La première réponse qui vient à l’esprit est que tout disciple du Christ doit se faire tour à tour, selon les circonstances, sel ou lumière.
En fait, ce sont les mêmes « oeuvres bonnes » qui doivent être en même temps sel et lumière. En d’autres termes, elles sont « sel » en ce que nous ne les faisons pas pour nous mettre en évidence, comme le sel n’est pas pour lui-même mais pour le « faire valoir » de ce qu’il assaisonne. Elles sont « lumière » parce que la lumière n’est pas faite pour attirer le regard, mais pour le tourner vers l’objet ou la personne qui, sans elle, serait dans l’ombre où les ténèbres.
Nous mettons en évidence le chemin qui conduit au Père, c’est-à-dire le Christ lui-même, qui se dit « Lumière du monde ». Nous ne pouvons pas être autre que lui qui est « le chemin, la vérité, la vie ».
Isaïe nous suggère les moyens qui reflètent le mieux ce que doit être notre témoignage : »Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable… alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »(Isaïe 58. 10) Dans ce Royaume où Dieu a pris le pouvoir, tous les aspects de la société sont réglés sur la fraternité qui jaillit de l’amour. Il est riche d’enseignement de faire le lien avec l’évangile de saint Matthieu 25. Quand est-ce que nous avons découvert la lumière de la présence du Christ ? quand nous avons vu les pauvres, les affamés, tous ceux qui sont dans la nuit de la misère.
Il n’y a pas de produit de remplacement. L’amour que Jésus a manifesté, l’amour du Père pour tout homme, est la dernière chance des hommes. Car c’est le coeur qui nous donne l’intelligence que nous avons des êtres et qui les rapproche ainsi les uns des autres jusqu’à les unir.
Il ne s’agit pas d’une justice distributive, mais de cette charité qui est en Dieu et dont il importe, en priorité, que toute personne en ait sa part pour avoir aussi sa part de bonheur. « En ce monde où nous espérons le bonheur que tu nous promets, répète l’Eglise à chaque messe après avoir redit le « Notre Père ». « Délivre-nous de tout mal, de la haine et de la guerre, du péché et des épreuves, en attendant l’avènement de Jésus Christ notre Sauveur. »
AU PLURIEL
Il est un détail qui est essentiel à remarquer dans ces paroles de Jésus. Les petites paraboles du sel et de la lumière sont au pluriel : »Vous êtes … » Il s’adresse aux disciples en tant que communauté. Ce n’est pas seulement chacun qui doit briller dans les ténèbres ou s’enfouir comme le sel pour donner saveur. C’est aussi l’Eglise que nous sommes parce que elle est le Corps Mystique du Christ que l’Esprit donne au monde.
Alors qu’au chapitre 6 de saint Matthieu, nous lisons : »Quand tu fais l’aumône… » (verset 2) « Pour toi, quand tu veux prier … »(verset 6) « Pour toi, si tu jeûnes… » (verset 17), ici nous entendons que la communauté des disciples doit briller aux yeux des homme, doit se diluer dans le monde comme le sel. Nous n’avons pas à vivre un individualisme spirituel. Nous sommes membres du Corps du Christ : « Accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ… que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire. » selon la prière eucharistique. De l’effort concerté et de la communion de chaque disciple dépendent la totalité du projet de Dieu.
Nous sommes chargés, malgré nos faibles moyens, de réaliser, dans et par le quotidien qui nous entoure, le Royaume. « Nous te rendons grâce car tu nous a choisis pour servir en ta présence. » » (Prière eucharistique II)
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Il fera de nous le sel de la terre et la lumière du monde si nous voulons seulement nous laisser transformer en Celui qui est la lumière du monde. C’est tout simple à dire, c’est exigeant à vivre au quotidien. « Accorde-nous de vivre tellement unis dans le Christ que nous portions du fruit pour le salut du monde. » (Prière de la communion de ce dimanche)
Par Jacques Fournier
https://eglise.catholique.fr
Les “bonnes œuvres” de la Mission
Romeo Ballan, mccj
Un principe acquis dans la pédagogie universelle: “les paroles sont aléatoires, mais les exemples suscitent l’imitation”. Ou encore : “le fait témoigne plus que mille paroles”. Jésus nous le confirme dans son programme, annoncé dans les Béatitudes (Dimanche dernier) et en tout son discours de la montagne. Jésus est un éducateur concret, efficace dans sa prédication: il a recours ainsi à des exemples du quotidien tirés des images du sel et de la lumière (Évangile). Le sel donne du goût à la nourriture, il désinfecte les blessures, il préserve les aliments de la corruption. Mais s’il perd sa force et sa saveur (c’est-à-dire, sa propre valeur de sel), il ne sert plus à rien et on le jette. Du sel incapable de saler, c’est du non sens (v. 13). Il en va de même pour la lumière, qui est faite justement pour illuminer: les personnes, la maison, le chemin, les choses matérielles… La lampe, le candélabre, la ville sur la montagne (v. 14-15): des images qui éclairent toujours le message de Jésus. La lumière est donc faite pour briller: une lumière couverte ou cachée ne rend service à personne. Le sel et la lumière, par leur propre nature, doivent se répandre et rayonner de leur présence. Les deux éléments portent en eux une ouverture à l’universel.
Des images que Jésus tire du quotidien pour les appliquer aux “bonnes œuvres” (la langue grecque préfère dire les œuvres belles) des disciples: leur immersion dans le monde les appelle à donner et garder autour d’eux la saveur de l’Évangile dans la réalité du quotidien. Ils seront également une référence pour ceux qui marchent dans les ténèbres, perdus, en quête du chemin. Naturellement, nous dit Jésus, c’est bien la gloire du Père (v. 16) qui doit être toujours à l’origine de ces œuvres, pas la vanité personnelle, et surtout pas le petit orgueil du disciple imbu de lui-même. La lumière, c’est le Christ même, “lumière révélée à tous les peuples” (Lc 2,32; LG 1). Mais la lumière du Christ ne brille pas dans le monde si les disciples ne sont pas à leur tour lumière. C’est seulement à la suite du Christ que le disciple porte en lui la lumière, et est lui-même lumière. (Jn 8,12: chant à l’Évangile). Jésus garde une sincère considération pour ses disciples, il leur fait confiance et leur confie la mission d’être sel et lumière: sans eux le monde n’a pas de goût, ni de saveur, il est également dans les ténèbres. Ainsi la vie humaine serait insipide, obscure, privée de tout sens. Jésus demande à ses disciples de partager ce qu’ils ont de plus précieux : l’espérance. C’est à dire tout ce qui peut donner sens et saveur à la vie, et un peu de lumière pour tous ceux qui vivent dans la nuit de l’épreuve.
Dans son commentaire sur l’image du lampadaire, St. Jean Chrysostome disait: “Je n’exige pas que tu abandonnes la ville, ni que tu supprimes tes relations sociales. Demeure plutôt dans la cité: c’est bien là qu’il t’est demandé de mettre en valeur tes compétences… Avec un bénéfice considérable pour tout le monde”. Voilà un message de grande valeur missionnaire, valable en toute situation d’évangélisation: la valeur qu’on reconnaît à tout témoignage authentique. Le Concile (AG 11-12) en fait la première forme d’évangélisation (RMi 42), et Jean Paul II nous dit la même chose quand il nous présente les voies de la mission.
Nous connaissons plusieurs situations où le témoignage de vie reste la seule manière d’être missionnaire, notamment les situations qui voient les chrétiens largement minoritaires, ou alors persécutés! Parfois on ne peut que se limiter à être graine de blé tombée à terre pour mourir dans le sillage de la charrue. Le fruit viendra, bien plus tard (Jn 12,24). Dans les années ‘60, particulièrement difficiles pour l’Église du Soudan (qui y a connu des expulsions, toutes sortes de restrictions, la prison…), les missionnaires se demandaient ce qu’il fallait faire. La Congrégation de la Propagation de la Foi leur envoya, au nom du Pape, cette réponse en ‘trois P’: présence, patience, prière. Il ne manque plus que la pauvreté pour avoir la panoplie complète du témoignage missionnaire. Si en plus ceci atteint le martyre, la lumière de l’amour et du pardon n’en sera que plus brillante, parce qu’enrichie par la force de l’intercession.
La Ière lecture nous indique deux fois quelles sont les “bonnes œuvres” qui seront chères au cœur de Dieu: rassasier celui qui a faim, habiller celui qui est nu, accueillir chez soi ceux qui sont privés de domicile, éliminer toute forme d’oppression… (v. 7.9). Les œuvres de miséricorde ont un langage qui leur est propre, elles font briller la lumière dans les ténèbres (v. 8.10), elles seront notre test au jour de notre jugement final (Mt 25). Des œuvres qui, ajoutées à la promotion de la paix, de la justice, des droits de l’homme, accompagnent toujours la mission de l’Église à l’aide de leur éloquence propre. A une condition pourtant: l’amour est et demeure toujours la raison interne et profonde de la mission, ce qui veut dire gratuité totale, sans aucun intérêt personnel ni aucune visée de prosélytisme (RMi 42.60). Et même la prière, ainsi que toute forme d’oraison ou de culte de louange, ne seront agréées par Dieu que si elles sont unies au témoignage de la charité et de l’apostolat. (SC 15). Les conversions et les baptêmes ne viendront qu’après, dons de l’Esprit pour le jour qu’il aura lui-même choisi.
L’activité missionnaire, nous apprend encore St. Paul (II lecture), témoignage rendu au Mystère de Dieu et annonce du Christ Crucifié (v. 1.2), se réalise à l’aide de personnes faibles et de moyens fragiles: “dans la faiblesse, craintif et tout tremblant” (v. 3), et confiant “dans la manifestation de l’Esprit” (v. 4), afin que la foi des nouveaux croyants ne soit pas “fondée sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu ” (v. 5). Vraiment, une page très dense de réflexion missionnaire!