4ème dimanche
Temps ordinaire (A)
Matthieu 5, 1-12
Références bibliques :
- Lecture du livre de Sophonie : 2, 3 et 3, 12 et 13 : « Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui faîtes sa volonté. »
- Psaume 145 : « Le Seigneur est ton Dieu pour toujours. »
- Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1, 26 à 31 : « Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelques chose. »
- Evangile selon saint Matthieu : 5, 1 à 12 : « Ils verront Dieu ! »
Commentaires de Marcel Domergue
La montagne, lieu des Béatitudes
Chez Luc, c’est en redescendant de la montagne que Jésus proclame les Béatitudes.
Chez les deux évangélistes, cette mention de la montagne est significative : Moïse avait reçu la première Loi sur la montagne du Sinaï et, redescendu, l’avait transmise à Israël. Matthieu et Luc veulent nous dire que Jésus nous donne maintenant une Loi nouvelle, reçue de Dieu. Alors que le décalogue ne donnait que des prescriptions négatives, à part le respect des parents, la Loi nouvelle nous oriente vers des attitudes positives. La Loi ancienne nous signalait les limites à ne pas franchir pour rester dans le domaine de l’amour, la Loi nouvelle nous ouvre des horizons nouveaux.
Remarquons que les Béatitudes nous annoncent un bonheur présent (« Heureux ceux qui ») causé par l’accomplissement d’une promesse qui ne sera tenue que dans l’avenir (« Ils obtiendront, ils seront consolés, rassasiés »). C’est donc l’espérance qui est à la source d’un bonheur actuel. Une fois de plus, il nous est dit que nous sommes en route vers un accomplissement. Il va falloir descendre du Sinaï et marcher vers la terre promise.
Luc insiste sur le «maintenant», car ce maintenant est le lieu de la faim, des larmes, de l’injustice. Si Jésus insiste tant pour nous dire que ce maintenant est aussi temps du bonheur, c’est bien parce que cela ne saute pas aux yeux. En attendant le dénouement, nous avons à mettre au monde, déjà, la miséricorde, la paix, la justice L’avenir dans le présent. Voilà qui déplaît à beaucoup. D’où la persécution ou le mépris. Tout cela « à cause de moi », à cause du Christ. Pour être son disciple, pour être chrétien, il ne suffit pas d’aller à la messe, il faut le suivre là où il est allé.
Descendons de nos montagnes.
Le grand désaccord
Ne soyons pas surpris si la foi chrétienne connaît à l’heure actuelle une importante désertion. Nous sommes en contradiction avec le culte de la richesse, de l’exploitation des plus démunis, du sexe sans amour. Le mensonge, les pots de vin, le bourrage de crâne pour mieux dominer, la recherche de la notoriété… Le message chrétien arrive comme un cheveu dans cette soupe. À vrai dire, ceux qui ont à le diffuser ne sont pas toujours exempts de volonté de puissance. Certains disent et ne font pas. Avouons que nous en sommes tous là, plus ou moins. D’où l’insistance de Jésus. Heureux ceux qu’il arrive à convaincre ! Certes, il y a beaucoup de gens qui aident les autres et travaillent pour la justice, même des non-chrétiens. Ceux-là, un jour, entendront le Christ leur dire : « Vous ne le saviez pas, mais c’est à moi que vous l’avez fait. » Remarquons qu’il n’est question dans les Béatitudes ni de culte, ni de prières etc. Rien de typiquement « religieux ».
Au fond, tout est ramené à l’humain, au vraiment humain. L’humain en la plénitude de sa vérité réside dans le Christ, « l’homme achevé, l’homme terminal », comme le nomme Paul en 1 Corinthiens 15.
L’homme qui n’existe que pour les autres. C’est pourquoi il se livre entre nos mains, dans cette condition de pauvre qui appelle notre bienveillance. Celui qui nous appelle n’est pas un prophète victorieux par les armes, mais un crucifié. C’est vers lui, que nous transperçons tous les jours, que nous avons à tourner les yeux. Constatons que nous adhérons à un message, à une bonne nouvelle qui est en complète contradiction avec la mentalité qui règne dans notre monde, ce monde dont nous ne sommes pas mais dans lequel nous vivons (Jean 17,6-19).
La bonne nouvelle du bonheur
Selon Matthieu, dès qu’il a acquis une certaine notoriété (4,23-24), Jésus fait en quelque sorte son discours programme. Le célèbre Sermon sur la montagne rassemble et récapitule l’essentiel de l’Évangile. Les Béatitudes en sont le prologue. Pour beaucoup de gens, la foi chrétienne est austère, pleine de tabous, contraignante… Or le message du Christ commence par l’annonce du bonheur et c’est à juste titre qu’on l’appelle « Bonne Nouvelle ». Mais, dira-t-on, il y a la croix, et notre lecture d’aujourd’hui se termine par l’annonce de persécutions. Justement l’essentiel est là. En effet les croix, les persécutions, les prises d’otages, les génocides, les guerres saintes sont en radicale contradiction avec l’Évangile, affligent l’humanité et matérialisent le non-humain qu’il y a encore en l’homme. Le Christ vient nous révéler que, même si nous sommes les victimes de cette violence, nous pouvons trouver en toute chose, et même en cela, le bonheur. À une condition : que nous ne pactisions pas avec cette cruauté. Le message des Béatitudes nous invite à éviter tout comportement agressif. L’anti-violence serait en contradiction avec elle-même si elle avait recours à la violence. Nous voici donc appelés à être à la fois heureux et démunis, dans la certitude que par là nous sommes pris en charge par Dieu, parce que nous sommes alors à son image et ressemblance.
Bienheureux les cœurs purs
Rien, ni la persécution, ni la trahison, ni la maladie, ni la solitude, ne peut nous ravir le bonheur d’être avec Dieu, puisqu’il est venu partout où nous pouvons aller, même à la pire souffrance, même à la mort. Oui, mais pour cela il faut que Dieu nous suffise, que nous soyons habités par un seul désir, au point de le préférer à notre vie même. Il ne suffit pas de croire que Dieu existe, il faut encore que nous acceptions d’être habités par lui. La pauvreté en esprit, c’est cela, et toutes les autres béatitudes ne font que commenter cette préférence, ce vide, cette virginité où il peut faire sa demeure en imprimant en nous sa ressemblance. Notre problème est que, la plupart du temps, nous n’avons pas le cœur pur, c’est-à-dire animé par un seul désir. Nous désirons alors plusieurs choses contradictoires. Servir Dieu, d’accord, mais aussi accumuler des biens, acquérir un statut social, être vu, admiré, écouté. « Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur » (Matthieu 6,21). Où sont nos trésors ? Ne rêvons pas : il faut souvent toute une vie pour parvenir à cette pureté de cœur, jusqu’au jour où nous devons renoncer à notre corps lui-même. C’est à ce moment-là seulement que nous pourrons goûter totalement au bonheur promis. En attendant, nous n’en avons que les arrhes. Notre bonheur actuel se fonde uniquement sur notre foi et notre espérance.
Et l’amour ?
Plusieurs seront surpris de ne pas trouver la mention de l’amour dans la liste des Béatitudes. Nous aurions apprécié de trouver une sentence du genre : bienheureux ceux qui aiment, ils seront traversés par l’amour de Dieu. Pour comprendre cette omission dans notre évangile, nous devons reconnaître qu‘on peut très bien parler d’amour sans prononcer le mot. Heureusement, car ce mot est plein d’ambiguïtés. Par exemple, au lieu du don de soi, il peut signifier le désir de posséder. En fait, les Béatitudes concrétisent les divers aspects et les conditions de l’amour.
Prenons-les une à une, et nous pourrons constater que le contraire de chacune d’elles cache le recours à la violence et le mépris de l’autre. Dès lors, on comprend que le message du Christ soit mal reçu et suscite des réactions hostiles. Inviter à renoncer à la volonté de puissance et à nos satisfactions personnelles pour faire exister les autres ne peut que susciter des réflexes de défense difficiles à dépasser. Confondre la «seigneurie», c’est-à-dire l’exercice d’un pouvoir, avec le statut de serviteur ne peut que déconcerter. Et pourtant, si nos dirigeants n’en viennent pas là, nous sommes voués à une forme subtile d’esclavage. Les Béatitudes valent en toutes situations et à tous les niveaux.
Heureux les pauvres
Les huit béatitudes sont des «parallélismes synonymiques» : pauvres, doux, ceux qui pleurent, etc. sont des expressions équivalentes ; idem pour obtenir le royaume, posséder la terre promise, être consolé, etc. En d’autres termes, si vous voulez savoir ce que signifie « être pauvre de cœur », méditez les huit formulations. Vous apprendrez aussi ce qu’est le « Royaume des cieux », expression qui encadre les béatitudes et se détaille en « terre promise, être consolé, être rassasié, obtenir miséricorde, voir Dieu ». Jésus nous met ainsi en face de deux sagesses, deux manières de concevoir et d’aborder la vie. Chaque béatitude renvoie en effet à son contraire : riches de cœur, violents, satisfaits, etc. Ce texte, qui ressemble au Magnificat, ne nous parle pas de la pauvreté matérielle, qui n’est pas une « vertu » mais un mal qu’il faut supporter quelquefois, combattre toujours.
«Que cherchez-vous ?»
C’est la première question que Jésus pose à ses disciples, en Jean 1, 38. Question fondamentale. Où va réellement notre désir ? Sous son apparence «morale», cette question recouvre en réalité un enjeu de foi : celui qui ne croit pas vraiment que Dieu est amour ne peut se sentir en sécurité que s’il accumule autour de lui des assurances. Plus il possède, plus il se fortifie dans l’illusion de sa propre valeur. Plus il domine les autres, s’il le faut par la violence avouée ou cachée, moins il a besoin de Dieu, qu’il se rend incapable de «voir». La richesse peut prendre diverses formes : on peut mettre au-dessus de tout sa compétence professionnelle, sa beauté, sa force physique… et même ses vertus morales, sa «vie spirituelle», en laquelle on peut prétendre trouver sa sécurité. Tout ce que nous croyons posséder devient aussitôt idole et remplace pour nous le « Royaume de Dieu ». Le pauvre n’est pas celui qui a peu mais celui qui sait qu’il n’est propriétaire de rien.
Le Christ pauvre
C’est le 4e évangile qui nous fait le mieux découvrir la pauvreté du Christ. Celui-ci dispose de beaucoup de choses qui sont des richesses étonnantes : son autorité en paroles et en actes, son pouvoir sur tout ce qui est hostile à l’homme, une sagesse indépassable, etc. Mais il ne possède rien de tout cela. Ses œuvres ? Ce sont celles du Père. Ses paroles ? Elles ne sont pas de lui mais de celui qui l’a envoyé. Il n’a rien à lui. Il est comme traversé par Dieu et c’est bien pour cela qu’il est transparent et qu’en lui nous pouvons découvrir la présence et l’action du Père. Cela vaut pour nous. Paul dira : « Possédant comme ne possédant pas » (1 Corinthiens 7,30-31). Là se trouve le secret de la vraie pauvreté évangélique : nous ne possédons pas parce que notre trésor est ailleurs, dans la miséricorde qui nous fait partager, dans la douceur qui surmonte notre violence, dans la faim et la soif de la justice.
Les Béatitudes: cœur de la Mission
Romeo Ballan, mccj
Dans la série des épiphanies, c’est à dire la suite d’évènements qui manifestent l’identité de Jésus (voir les dimanches qui ont précédé), les Béatitudes (Évangile) présentent le programme de sa mission. Elles sont une sorte de magna charta du peuple de la Nouvelle Alliance, on dirait une Constitution du Royaume de Dieu. Ceci étant la valeur absolue à rechercher avant et par dessus tout (Mt 6,33). Avant d’être un message d’ordre éthique destiné à guider le comportement moral, les Béatitudes sont une affirmation théologique de la primauté de Dieu. Elles affirment les critères qui conduisent Dieu dans ses choix et dans sa conduite, si souvent en contraste avec les voies et les pensées des hommes. Disons que, concrètement, les Béatitudes sont une réaffirmation du premier commandement: “Je suis le Seigneur ton Dieu: tu n’adoreras d’autre Dieu que moi”. Toute avidité de richesses, de pouvoir, toute forme d’oppression par la force et la supercherie… tout cela est contraire au programme que Jésus a choisi. Il a décidé de faire grandir le Royaume par l’intermédiaire de tous ceux qui font l’option de la pauvreté, de la pureté de cœur, de la douceur envers les autres. Il s’agit donc de choisir la paix, la miséricorde, la réconciliation, en acceptant même ce qui est mal ou injuste… Les Béatitudes ouvrent largement sur l’eschatologie: l’annonce du Dieu vivant prioritaire sur tout, l’essentiel étant la confiance en Dieu, en tout. “Dieu seul nous suffit”(Ste. Thérèse de Avila).
Jésus a réellement vécu les Béatitudes. Ce n’est qu’après qu’il a voulu les proposer. Elles sont son autoportrait, dessinant son profil intérieur de Fils de Dieu sous un visage d’homme. Avant d’être un programme que Jésus a prêché sur la montagne (v. 1), les Béatitudes sont sa propre autobiographie, et révèlent son identité intime et personnelle, qui est à l’origine de tous ses choix faits dans son quotidien. En voyant la vie de Jésus pauvre et doux, pur et miséricordieux, assoiffé d’amour et de justice, opérateur de paix bien que persécuté et souffrant… on pourrait reprendre tout le Discours de la Montagne, en commençant justement par les Béatitudes.
L’auteur de la lettre aux Hébreux, dans sa réflexion de grande valeur biblique et théologique, nous donne tout le sens de ces choix de Jésus: “Lui qui, au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix dont il méprisa l’infamie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu” (Héb 12,2). D’où l’invitation qui est adressée au disciple: courir avec persévérance, sans jamais se fatiguer ou perdre courage, “en tenant les regards fixés sur Jésus, lui qui nous fait naître à la foi et qui la mène à son accomplissement” (Héb 12,2). Jésus cherchait aussi son bonheur, comme tout être vivant. Il l’a trouvé en faisant le choix des Béatitudes. Le chemin qui a été celui du Seigneur sera aussi le nôtre. Si Jésus, en parlant des Béatitudes, parle d’abord de lui-même, il parle aussi de nous, et dessine le style de notre vie de disciples. Il parle donc d’un changement radical. Parce qu’effectivement les Béatitudes marquent un tournant essentiel dans toutes nos options humaines! Un chemin déconcertant!. Les assumer sérieusement et en vivre, à l’exemple de Jésus, nous conduit à un changement total dans tout notre style de présence dans le monde: une vraie révolution dans la perspective de l’amour!
L’e prophète Sophonie (I lecture) exhorte les “pauvres de la terre” à la recherche du Seigneur, dans la justice et l’humilité (v. 3). Parce que le Seigneur porte une attention plus particulière aux pauvres et aux faibles (psaume). St. Paul l’affirme aussi dans sa lettre aux Corinthiens (II lecture): Dieu a choisi ce qui dans le monde était fou, faible, modeste, méprisé, rien…, pour que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu (v. 27-29). La communauté de Corinthe en est un exemple, elle qui n’était certainement pas constituée de gens savants, puissants ou nobles selon les critères du monde (v. 26). C’est également ce que l’on constate pratiquement partout dans les jeunes Églises missionnaires, plus particulièrement dans les pays du sud, où l’annonce de l’Évangile et la croissance des communautés chrétiennes se font à l’aide de moyens modestes et fragiles, le plus souvent parmi des gens d’ humble condition, presque toujours en situation de minorité, dans l’incompréhension, voire dans l’hostilité. Justement dans ces conditions de précarité, dont nous sommes si souvent témoins dans le monde missionnaire, se révèle la force de l’Évangile ainsi que la gratuité efficace des Béatitudes. (*) Un vrai trésor donc à garder précieusement et à préférer à tout autre choix qui serait déroutant, lié à l’esprit du monde.
Tout le monde connaît Gandhi (dont nous allons célébrer ces jours-ci l’anniversaire de la mort: l’assassinat advenu à Delhi le 30.01.1948): son admiration pour les Béatitudes de Jésus n’est un secret pour personne. D’autres leaders spirituels non-chrétiens ont partagé aussi ses opinions. Le programme des Béatitudes exige d’abord la conversion intérieure des évangélisateurs eux-mêmes. Sans cela la mission ad gentes n’est pas possible, l’activité pastorale non plus, et surtout pas le dialogue œcuménique. Les Béatitudes de Jésus ne se réduisent pas à une question de style ou de méthode pastorale, mais elles font partie du message essentiel. Elles sont le cœur même de l’annonce missionnaire.
Les Béatitudes selon Saint Matthieu
Essayons de retrouver ensemble la fraîcheur des commencements de l’Évangile, en relisant les deux premières Béatitudes.
« Heureux les pauvres de cœur, les pauvres en esprit. »
Jésus n’a pas dit :« Heureux ceux qui vivent dans la misère, heureuses les mères dont les enfants meurent de faim il a dit : »Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre.« Car, à l’époque où Jésus a prêché, ce mot de »pauvre” avait déjà, dans son peuple, une longue histoire. Dans les textes les plus anciens, le pauvre c’était l’homme courbé, abaissé, opprimé, incapable de résister et de tenir tête, celui qui devait toujours céder aux puissants. L’accent était mis non sur l’indigence, mais sur l’humiliation du pauvre. Et c’est pourquoi le mot a pris très vite une coloration religieuse : alors que les oppresseurs (Ps) apparaissent comme des orgueilleux et des impies, le pauvre fait figure d’homme paisible, soumis, qui met sa confiance en Dieu et attend de lui son secours.
Ainsi la première béatitude de Jésus ne s’adresse pas précisément aux mendiants, aux indigents, mais à tous ceux qui ont un cœur assez pauvre pour se retrouver petits devant Dieu, les mains ouvertes pour recevoir de lui seul la force et l’espérance. Jésus ne dit pas : « Vous qui manquez de tout, restez dans la misère » ; il ne prêche pas un fatalisme plus ou moins résigné. Il n’est pas question pour lui de freiner la promotion humaine et le progrès social, mais il s’adresse à tous les hommes, ceux qui ont de quoi vivre et ceux qui n’ont même pas le minimum, et il leur dit : « Gardez un cœur de pauvre », devant vos frères et devant Dieu. Dieu ignore les classes sociales, parce que, en tout homme il voit un fils, qui a besoin d’être aimé, d’être pardonné, d’être sauvé.
Les humains jugent sur des signes extérieurs, sur des signes parfois trompeurs de richesse ou de pauvreté, Dieu, lui regarde le cœur, car on peut être riche avec un cœur de pauvre, et pauvre avec un cœur de riche. Il est exact que la pauvreté matérielle (pas la misère) prédispose à la pauvreté du cœur . Il est vrai également de dire que Dieu a une tendresse spéciale pour ceux qui manquent de tout, tout comme une mère garde des trésors de patience et de compréhension pour celui de ses enfants qui est le plus fragile et le plus démuni ; mais il n’y a pas de cloisons dans le cœur de Dieu.
Dieu aime tout homme comme il est, et il aime tellement chaque homme qu’il ne peut pas faire de catégories ! C’est nous qui divisons, qui refusons, qui excluons. Dans un monde où les relations sociales sont souvent durcies, la tentation peut nous venir de fermer plus ou moins la porte du Royaume à des hommes différents de nous ; et volontiers nous dresserions des barrières, là où le Christ est passé pour les détruire. Il arrive même que la haine parasite dans le cœur du chrétien son désir évangélique de justice et de liberté. Et c’est pourquoi une deuxième béatitude vient préciser celles des pauvres de cœur
« Heureux les doux ; ils hériteront la terre promise. »
Jésus n’a pas dit : “Heureux les bonasses, les incapables, les désengagés, heureux ceux qui ont peur de vivre et qui reculent devant les vraies responsabilités, mais heureux les doux, ceux qui refusent la volonté de puissance, ceux qui acceptent de combattre sans haïr, ceux qui savent ne pas abuser de leurs forces, ceux qui laissent toujours aux autres un espace où être libres et les moyens de se dépasser.
C’est la douceur même du Christ qui pouvait dire : « Chargez-vous de mon joug, et mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur » Nous parlions de la fraîcheur de l’Evangile, et voilà qu’elle nous apparaît terriblement exigeante. Elle ne nous ramène pas à une poésie facile et infantile, mais à une sorte de réalisme chrétien, le réalisme du baptisé, adulte confirmé par l’Esprit, réalisme qui est à base de vérité intérieure d’accueil filial de ce que Dieu fait, et de miséricorde inlassable envers le monde.
Cette fraîcheur, nous ne pouvons la vivre sous le signe de l’innocence, mais nous pouvons toujours l’accueillir comme une grâce de conversion.
Fr.Jean-Christian Lévêque, o.c.d.
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