3ème Dimanche
Temps Ordinaire (A)
Matthieu 4,12-23

Références bibliques
- Lecture du prophète Isaïe : 8. 23 à 9. 3 : « Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une grande lumière a resplendi. »
- Psaume 26 : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut. »
- Lecture de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor : 1. 10 à 17 : »Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? »
- Evangile selon saint Matthieu : 4. 12 à 23 : »Toi le carrefour des païens. »
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :
‘Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.’
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Les chemins imprévus de la Parole
Marcel Domergue, sj
Il semble bien que, pour les évangélistes, c’est la nouvelle de l’arrestation de Jean Baptiste qui a provoqué la mise en route de la prédication de Jésus. Jusque-là, en effet, on ne trouve chez les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) aucune prise de parole publique de sa part.
Les récits de son baptême et des tentations jouent le rôle de prologues qui définissent sa personne et sa mission. Il fallait, semble-t-il, que la Première Alliance dise son dernier mot pour que l’inouï apporté par le Christ puisse se révéler. Fin du baptême dans l’eau seulement, commencement du baptême dans l’Esprit. Jésus, en quelque sorte, déménage.
Certes, il dira que le Fils de l’homme n’a pas de lieu où reposer sa tête, mais cela n’empêche pas Matthieu d’écrire qu’il va habiter à Capharnaüm, au bord de ce lac où tant de choses vont se passer. L’évangéliste cite Isaïe 8,23-9,1, sur la Galilée des nations, carrefour de peuples étrangers à Israël.
En d’autres termes, la visite de Dieu trouve d’abord son pied-à-terre hors du territoire de l’Alliance, dans un pays d’où, selon toute logique, rien de bon ne peut sortir (voir Jean 7,41 et 52). Nous pouvons tous en faire l’expérience : une parole authentique, vraie parole de Dieu, peut nous parvenir par des chemins imprévus, de la bouche d’incroyants et même de gens très contestables.
Jésus apprend
Ici il apprend l’arrestation de Jean. Un peu plus tard, en 14,12, il apprendra la mort de son précurseur. Dans les évangiles de l’enfance selon Luc, on le voit grandir non seulement en taille mais aussi en savoir.
Lors de son baptême, il apprend qui il est, et il est permis de penser que cette connaissance s’approfondira au fil de sa vie. On le voit surpris par l’incroyance des gens de Nazareth et saisi d’admiration devant la foi du Centurion.
Tout cela va à l’encontre d’une idée, très répandue chez les chrétiens, selon laquelle Jésus aurait tout su à l’avance. Certains sont même allés jusqu’à dire qu’il savait qu’il était Fils de Dieu dès le sein de sa mère ! Tout cela revient à nier l’Incarnation, à refuser la formule de Jean 1 : «le Verbe s’est fait chair» ou «est devenu chair», le mot chair signifiant ici notre nature et notre condition humaines.
Allons plus loin : on peut se demander si Dieu lui-même n’apprend pas de l’homme des choses que sans lui il ignorerait. L’Ancien Testament est plein de récits où l’on voit Dieu découvrir, s’étonner, s’indigner et nous avons certes à dépasser ces anthropomorphismes.
Pourtant nous ne serions pas images de Dieu si nous n’étions pas libres de mettre au monde du nouveau, si nos décisions étaient écrites d’avance. De toute façon, c’est de nous, en passant par la Croix, que Dieu apprend ce que sont le crime, le mal, la souffrance.
L’inattendu est à nos portes
Relisons attentivement nos textes, nous verrons qu’ils insistent tous sur le nouveau qui peut survenir.
Dans l’évangile tout commence par la nouvelle de l’arrestation de Jean. Jésus va alors débuter une nouvelle vie. Il change de lieu de séjour, mais surtout, «à partir de ce moment-là, il se mit à proclamer : convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est proche».
En face du nouveau comportement de Jésus annonçant la nouvelle de la proximité du Royaume, les auditeurs sont invités eux aussi à changer de vie. En effet, on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres.
La suite du texte vient illustrer et confirmer ce qui vient d’être dit. Voici en effet des hommes occupés à leur tâche familière, en continuité avec un passé représenté par le père de Jacques et de Jean.
Pour ces hommes, rien n’est censé devoir changer : demain sera comme aujourd’hui, et comme hier. Or, voici l’irruption de l’inattendu, d’une présence qui va ouvrir un nouvel avenir, ouvrir la vie. Nous nous trouvons ici en face d’un schéma constant dans l’Écriture. Il nous décrit un parcours que nous avons tous à faire.
Nous voici bien souvent prisonniers de nos routines, de manières de vivre qui nous semblent les meilleures, souvent à juste titre. Tout est bien mis au point. Et puis, parfois brusquement, la rencontre inopinée, une lumière nouvelle qui vient changer tout le paysage. Cela peut se produire plusieurs fois dans une existence, car Dieu est inépuisable. Alors, se convertir ? Si l’on veut, mais avant tout s’ouvrir à l’espérance.
EN QUOI DEVONS-NOUS CHANGER?
José Antonio Pagola
Il n’est pas difficile de résumer le message de Jésus: Dieu n’est pas un être indifférent et distant, qui évolue dans son monde, intéressé seulement par son honneur et ses droits. C’est quelqu’un qui cherche le meilleur pour tous. Son pouvoir salvifique est à l’oeuvre au plus profond de la vie. Il ne veut que la collaboration de ses créatures pour conduire le monde à sa plénitude: «Le royaume de Dieu est proche. Changez. Convertissez-vous».
Mais que signifie collaborer au projet de Dieu? En quoi devons-nous changer? L’appel de Jésus ne s’adresse pas seulement aux «pécheurs» pour qu’ils changent leur conduite et deviennent un peu plus semblables à ceux qui observent déjà la loi de Dieu. Ce n’est pas ce qui l’inquiète. Jésus s’adresse à tous, parce que c’est chacun qui doit apprendre à agir d’une façon différente. Son but n’est pas de faire vivre en Israël une religion plus fidèle à Dieu mais plutôt que ses disciples introduisent dans le monde une nouvelle dynamique: celle qui répond au projet de Dieu. J’en soulignerai les points essentiels:
La compassion doit toujours être le principe de toute action
La compassion pour ceux qui souffrent doit être introduite dans le monde: «Soyez compatissants comme votre Père l’est». Les grands discours qui parlent de justice, d’égalité ou de démocratie sont de trop. Sans compassion pour les derniers, tous ces mots ne servent à rien. Sans une aide pratique aux miséreux de la terre, il n’y a pas de progrès humain.
La dignité des derniers doit être le premier objectif
«Les derniers seront les premiers». Il faut donner une nouvelle direction à l’histoire. La culture, l’économie, les démocraties et les Églises doivent tourner leur regard vers ceux qui ne peuvent vivre d’une manière digne.
Nous devons promouvoir un processus de guérison qui libère l’humanité de ce qui la détruit et la dégrade: «Allez et guérissez»
Jésus n’a pas trouvé de meilleur langage. L’essentiel est de guérir, d’alléger la souffrance, de prendre soin de la vie, de construire une coexistence orientée vers une vie plus saine, plus digne et plus heureuse pour tous.
C’est l’héritage de Jésus. Jamais, nulle part la vie ne sera construite comme Dieu le veut, si ce n’est pas en libérant les derniers de leur humiliation et de leur souffrance. Aucune religion ne sera jamais bénie par Dieu si elle ne cherche pas la justice pour eux.
Ce n’est pas fini! Ça commence!
Jacques Marcotte, op
S. Matthieu nous présente ce matin les débuts de l’action évangélique de Jésus. Son coup d’envoi. Depuis le moment où Jean-Baptiste quitte la scène, Jésus s’avance. Plein d’Esprit Saint, de confiance et de force, il prend la route pour l’aventure de l’Évangile. Il se positionne au cœur du monde. « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Jésus paraît et, reprenant à son compte les mots de Jean le Baptiste, il proclame à son tour: « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche ».
Le voici marchant sur le bord du lac. Jésus s’intéresse à 4 pêcheurs. D’un mot il les arrache à leur barque, à leur père, à leur métier. Sans dire un mot, ceux-ci le suivent. Savent-ils bien ce qu’ils font et ce qui les attend? Ne sont-ils pas imprudents ou naïfs pour aller comme cela derrière lui ? Sait-il bien lui-même où il va ?
Qu’est-il advenu de leur mission? À voir comment vont les choses aujourd’hui on peut se demander à quoi cette embauche a servi. Bien sûr, il y a eu tout ce que nous savons : le témoignage extrême de Jésus et l’événement de Pâques. La grande poussée missionnaire des disciples, et tout au long des siècles leur service de la foi. Jusque partout sur la terre. Jusqu’en ces temps où nous sommes. Mais qu’en est-il maintenant? Où en sommes-nous?
Un jour, je donnais quelque part l’homélie de ce dimanche. J’abordais avec enthousiasme et conviction cette entrée en scène de Jésus telle que racontée par S. Matthieu. J’expliquais la signification de ce beau texte pour nous. Je rappelais en conclusion la responsabilité missionnaire qui nous est confiée à chacun et chacune aujourd’hui. Mais voilà qu’un bon monsieur m’interpelle à la fin en me demandant tristement : Qu’est-ce que cela donne? Ne sommes-nous pas en présence d’un échec total? N’est-ce pas aujourd’hui la fin de cette aventure de la foi chrétienne? N’y a-t-il pas autour de nous une baisse importante de la pratique religieuse? N’est-il pas de plus en plus difficile d’intéresser les gens à la foi, de recruter des gens pour les Églises? Que dire de la suspicion et du mépris ambiants pour tout ce qui est religieux, pour les prêtres, pour la messe? Nous-mêmes nous n’osons plus dire notre foi.
Ce monsieur avait-il raison? Ne nous faisons-nous pas l’illusion de penser que tout va bien, que tout va se replacer? Comment allons-nous faire tourner les choses autrement pour la foi et pour l’Évangile? Où puiser les chances d’un avenir? Que pouvons-nous attendre de neuf dans ce chantier? Ne sommes-nous pas condamnés à un constat de décroissance, à une vision pessimiste et négative de la vie de foi aujourd’hui et demain?
Moi je dis qu’il nous faut revenir à la source. Pour revoir et nous redire comment l’Église est née. Voir d’où elle vient et par où elle est passée. Il nous faut comprendre la brûlante actualité du passage d’évangile que nous avons lu. Que oui, Jésus se tient au carrefour des païens. Qu’il nous presse encore et toujours de nous convertir. Que de nouveau il nous interpelle chacun dans nos familles, chacun dans notre barque. Qu’il nous presse de marcher derrière lui. Pour une mission d’évangile qui jamais ne se termine, qui en est toujours à ses débuts, qui est toujours à recommencer. « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. » Frères et sœurs, entrons dans l’espérance du Christ. Sa lumière brille en nous et sur le monde. Jamais elle ne pourra s’éteindre. Elle a traversée la mort. C’est la lumière de Pâques. A jamais victorieuse!
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Le Seigneur passe sur la place
Papa François
L’Évangile de ce dimanche raconte les débuts de la vie publique de Jésus dans les villes et dans les villages de Galilée. Sa mission ne part pas de Jérusalem, c’est-à-dire du centre religieux, centre également social et politique, mais elle part d’une zone périphérique, une zone méprisée par les juifs les plus observants, en raison de la présence dans cette région de différentes populations étrangères : c’est pourquoi le prophète Isaïe la désigne comme « Galilée des nations » (Is 8, 23).
C’est une terre de frontière, une zone de transit où l’on rencontre des personnes de races, de cultures et de religions différentes. La Galilée devient ainsi le lieu symbolique de l’ouverture de l’Évangile à tous les peuples. De ce point de vue, la Galilée ressemble au monde d’aujourd’hui: présence simultanée de différentes cultures, nécessité de confrontation et nécessité de rencontre. Nous aussi nous sommes immergés chaque jour dans une « Galilée des nations », et dans ce type de contexte, nous pouvons nous effrayer et céder à la tentation de construire des enclos pour être plus en sécurité, plus protégés. Mais Jésus nous enseigne que la Bonne nouvelle qu’Il apporte n’est pas réservée à une partie de l’humanité, mais est à communiquer à tous. C’est une annonce joyeuse destinée à ceux qui l’attendent mais aussi à ceux qui, peut-être, n’attendent plus rien et n’ont pas même la force de chercher et de demander.
En partant de la Galilée, Jésus nous enseigne que personne n’est exclu du salut de Dieu, au contraire, que Dieu préfère partir de la périphérie, des laissés-pour-compte, pour rejoindre chacun. Il nous enseigne une méthode, sa méthode, qui exprime le contenu, à savoir la miséricorde du Père. « Tout chrétien et toute communauté chrétienne discernera quel est le chemin que le Seigneur lui demande, mais nous sommes tous appelés à accepter cet appel : sortir de son confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » (Evangelii gaudium, n. 20).
Non seulement Jésus commence sa mission depuis un lieu excentré, mais aussi par des hommes que l’on dirait de « basse extraction », en quelque sorte. Pour choisir ses premiers disciples, et futurs apôtres, il ne s’adresse pas aux écoles des scribes et des docteurs de la Loi, mais aux personnes humbles, aux personnes simples, qui se préparent avec zèle à la venue du Royaume de Dieu. Jésus va les appeler là où ils travaillent, sur la rive du lac : ce sont des pêcheurs. Il les appelle et eux le suivent immédiatement. Ils laissent les filets et ils partent avec lui : leur vie deviendra une aventure extraordinaire et fascinante.
Chers amies et amis, le Seigneur appelle aujourd’hui aussi ! Le Seigneur passe sur les routes de notre vie quotidienne. Aujourd’hui aussi, en ce moment, le Seigneur passe sur la place. Il nous appelle à aller avec Lui, à travailler avec Lui pour le Royaume de Dieu, dans les « Galilées » de notre époque. Que chacun de vous y pense: le Seigneur passe aujourd’hui, le Seigneur me regarde, il est en train de me regarder ! Que me dit le Seigneur ? Et si l’un d’entre vous entend le Seigneur lui dire : « Suis-moi ! », qu’il soit courageux, qu’il aille avec le Seigneur ! Le Seigneur ne déçoit jamais. Écoutez dans votre cœur si le Seigneur vous appelle à le suivre. Laissons-nous rejoindre par son regard, par sa voix, et suivons-le ! « Afin que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux extrémités de la terre et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière » (ibid., n. 288).
Par le Pape François
Angélus 26/01/2014
Appelés à la conversion, à la Mission, à l’Unité
Romeo Ballan, mccj
Déjà dans les toutes premières apparitions de sa vie publique (Évangile), Jésus se présente en missionnaire itinérant: de village en village il enseigne, il prêche la bonne nouvelle du Royaume, il guérit les malades, appelle les disciples… (v. 23). Il n’entame pas sa mission en s’adressant d’abord aux gens des grandes villes, comme Jérusalem. Mais il exerce son activité à partir des régions plus éloignées, au milieu de populations étrangères à la foi juive, moins sensibles religieusement, ou ceux qui sont regardés comme hérétiques, presque revenus au paganisme, ou encore ceux que le contact habituel avec les païens avait rendus impurs. C’est bien ce qu’on pensait des habitants de la Galilée (v. 15). Or Jésus quitte Nazareth pour s’établir à Capharnaüm, ville frontalière disposant d’un bureau des douanes, à cause du trafic de marchandises par “voie maritime” (v. 13.15) C’était la route impériale unissant Égypte, Palestine, Syrie et Mésopotamie. Depuis l’antiquité donc, la Galilée était un carrefour de peuples, un lieu de passage périodique de détachements militaires, soumise également aux autorités contrôlant les trafics commerciaux.. Comme conséquence inévitable s’en suivait une contamination de la pureté religieuse et de la pratique morale. D’où l’appel du prophète Isaïe adressé aux habitants de la région (I lecture): passer de l’humiliation de l’esclavage (v. 23) et du joug de l’oppression (v. 3) à la grande lumière, à la vie dans la liberté (v. 1) et dans la joie (v. 2). Matthieu (Évangile) annonce que la prophétie d’Isaïe se réalise par la présence de Jésus (v. 14-17), dont la mission connaît des débuts chargés d’espérance (v. 23). À une condition pourtant: on doit se plier à un programme exigeant de conversion à Dieu et d’engagement au service du Royaume.
Jésus nous montre donc, dès les premiers pas de son activité pastorale, que les premiers destinataires de son Évangile et du Royaume ne sont pas les justes, ni les rigoureux pratiquants de la Loi, ou ceux qui prétendent l’être. Les destinataires sont plutôt les éloignés, voir les exclus de la foi… C’est là l’humble commencement d’une mission qui se destine aux horizons de l’universel. Comme telle, cette mission poursuivra son chemin ave l’œuvre des disciples et de leurs successeurs. Ceux-là justement que Jésus a appelés à le suivre pour être avec lui, sur toute l’étendue de la terre, “des pêcheurs d’hommes”. (v. 19). Toute vocation missionnaire comporte un exode, un départ, souvent aussi dans le sens géographique, de quitter quelqu’un, quelque chose. Cela comporte toujours un renoncement, et par conséquent un abandon de son propre égoïsme, de son milieu étroit. Ici Jésus quitte Nazareth (v. 13), la vie familiale et sa relation filiale avec sa mère, lui qui avait choisi d’être l’Emmanuel sous un visage d’homme. De même qu’Abraham reçut un jour l’invitation à quitter sa terre et sa famille, ainsi maintenant des frères, suite à un appel précis de Jésus à le suivre, quittent leurs filets, la barque et leur père (v. 20.22). De toute manière, la vocation n’est jamais un départ vers le vide: elle comporte l’éloignement de quelque chose pour se mettre à la suite de Quelqu’un. Un départ donc, en vue d’une rencontre avec Quelqu’un d’autre, l’essentiel étant toujours l’attachement à la personne de Jésus.
Cette vocation-mission s’enracine dans une conversion (“Convertissez-vous…”: v. 17), un changement de mentalité, une orientation nouvelle vers Dieu et son Royaume, qui atteint en Jésus toute sa plénitude. La conversion à Jésus Christ se matérialise dans le chemin à sa suite, et donc dans la Mission. Jésus nous demande d’être bien enracinés en lui, et bien familiers des routes du monde: “Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes” (v. 19). C’est aussi l’aventure qu’a vécue Paul (II lecture), dont nous célébrons ces jours-ci la conversion (25 janvier). Sa conversion a été totale et fidèle, jusqu’au sacrifice de sa vie dans le martyre! Ce n’est pas un simple chrétien qui est né sur la route de Damas, mais le plus grand de tous les missionnaires, envoyé auprès des païens. Il s’agit bien de l’homme qui annonce dans un dévouement total son appartenance au Christ, le crucifié-ressuscité (v. 10). (*) Le message de Paul est très actuel, dans le contexte de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens. Dieu les appelle à vivre entre eux en unité, à éviter toute division et dispute, à vivre en parfaite charité (v. 10-11), parce que le Christ n’est pas divisé (v. 13). La prise de conscience des problèmes du monde dans toutes leurs dimensions et dans leur urgence, nous aidera à quitter nos égoïsmes, nos divisions et nos conflits. Avec sa sensibilité notoire, si proche de notre actualité, Ste. Thérèse d’Avila déclarait: “Le monde est en train de brûler, nous ne pouvons pas nous attarder à traiter avec Dieu de questions de peu d’importance… Quand je vois les grandes nécessités que connaît l’Église, j’en suis affligée à un tel point que la peine vécue pour autre chose me paraît une tromperie”.
L’appel de Jésus comme vocation à la mission (Évangile) forme donc un tout qui s’articule en quatre points différents:
- 1. Un regard sur la situation du monde: des populations éloignées, périphériques au monde chrétien, peu sensibles au fait religieux. (v. 13-16).
- 2. Une invitation à la conversion du cœur vers Dieu et son Royaume (v. 17).
- 3. La rencontre avec le Christ pour prendre sa suite : “Suivez-moi…” (v. 19-21).
- 4. La mission dans le monde : “pêcheurs d’hommes” (v. 19).
L’appel à bouger
Robert Arcas, ocd
« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. (…) Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. » « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Ces trois extraits des lectures du jour ont un point commun : l’appel à bouger, à changer, à vivre une transformation, l’appel à la conversion. L’histoire de Jonas est bien connue, ici nous avons l’essentiel contenant l’envoi en mission de Jonas, l’exécution de sa mission et le résultat, la repentance, la conversion de toute une ville ! Cette histoire nous apprend à considérer la volonté de Dieu, les appels de Dieu, le péché de l’homme et le désir de Dieu de sauver l’homme. Il y a aussi l’urgence d’entendre la parole de Dieu appelant à la conversion, l’urgence d’écouter cette Parole qui touche le cœur et rappelle ce qu’est la vraie vie, la vie dans l’amour et la vérité.
Dans la deuxième lecture le thème semble le plus développé : « … que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien … » Quel sens donner à ces paroles paradoxales ? On peut comprendre que quand nous sommes dans le quotidien de la vie, nous avons à vivre un certain détachement intérieur, pour rejoindre Dieu en profondeur, rejoindre la vie de Dieu, la vie éternelle qui s’offre à nous. Cela n’interdit pas d’être à ce que nous vivons, d’être présent aux autres, mais cela permet de considérer que la vraie vie est pleinement avec Dieu. La vraie vie ? Nous n’avons qu’une seule vie, et c’est aujourd’hui, ici et maintenant que je la vis ! La vie ici et maintenant s’arrête apparemment avec la mort physique, objective. Mais nous, croyants en Jésus Christ ressuscité, nous avons foi en l’autre vie, la vie en plénitude, la vie avec Dieu. La conversion nous fait déjà entrer dans cette autre vie, elle nous fait déjà goûter à cette vie en plénitude, la conversion vient en quelque sorte marquer notre mémoire pour toujours, imprimer la marque de Dieu en nous.
L’évangile de Marc nous dit : « Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Jésus, le Fils de Dieu incarné, annonce la proximité du règne de Dieu. Qui d’autre que Lui peut l’annoncer en vérité ? Jésus est lui-même le règne de Dieu, venu dans la chair, proche, semblable aux hommes, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Que demande-t-il ? La conversion et la foi. Par conversion, il faut comprendre le retour à Dieu, le retour par un chemin (car chacun a le sien) de repentance, de reconnaissance de sa misère, de sa confiance dans le pardon de Dieu, un chemin sur lequel on décide de marcher, d’avancer, de progresser, malgré les obstacles intérieurs et extérieurs. Sur le chemin de conversion, c’est la foi en la vérité de l’Évangile qui permet d’avancer coûte que coûte. Cette parole de Jésus est pour tous les êtres humains, elle a vocation à rejoindre l’humanité entière.
Dans la deuxième partie de l’Évangile, Jésus s’adresse directement à quatre personnes, leur demandant de le suivre, « Venez à ma suite » leur dit-il. Nous avons là l’origine de l’appel au sacerdoce et à la vie religieuse pour que le plus grand nombre donne foi à l’Évangile et entre dans un chemin de conversion. Ce court Évangile nous montre l’origine de l’Église ! 2000 ans après, les hommes, les chrétiens ont toujours à se repentir, à écouter la Parole de Dieu, à se convertir, à croire à l’Évangile, et, j’ajoute, à prier pour l’unité ! Unité dont la source est à l’intérieur de chaque croyant, unité intime avec Dieu, qui permet de devenir artisan d’unité dans le monde. La semaine de prière pour l’unité s’achève aujourd’hui, en tant qu’évènement du calendrier ecclésial. En vérité, cette prière ne doit pas cesser, si nous chrétiens entendons le message de Jonas, de Paul et des premiers apôtres par qui nous entendons la parole de Jésus : “… le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.” Dans les temps troublés, confus, complexes que nous traversons, au-delà du nécessaire dialogue œcuménique avec nos frères séparés, nous savons que le dialogue interreligieux, en particulier avec les musulmans, est tout aussi important. Les lectures de la messe nous donnent à voir un fil rouge, l’urgence de la conversion, qui conduit au salut, à la vie avec Dieu ! A nous de le suivre…
fr. Robert Arcas ocd (Couvent de Paris)
https://www.carmel.asso.fr