Fête de la Sainte Trinité – Année C
Jean 16,12-15
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Ce texte fait partie du deuxième « discours d’adieu » de Jésus à ses disciples et veut répondre à l’incompréhension et à la tristesse provoquée par sa mort prochaine. Il met l’accent sur la venue de « l’Esprit de vérité » qui agit aussi bien dans le monde que dans la communauté des disciples de Jésus.
Trinité : Dieu est fécondité
par Marcel Domergue
Quand nous parlons à Dieu, au Dieu Un, nous parlons à un pluriel. Déconcertant ! Sommes-nous revenus aux vieux polythéismes ? Non, bien sûr. Il est vrai que les hommes de la Bible ont mis un certain temps à parvenir à la foi au Dieu unique. Mais si Dieu est le tout-différent de ce qui existe, s’il est au-delà de tout, se suffisant à lui-même, quelle est cette force, cet influx qui sort de lui pour venir nous créer et nous accompagner ? Et d’abord comment peut-il y avoir un en dehors de lui, alors qu’il n’appartient ni au temps ni à l’espace ? Les Hébreux ont d’abord pensé au souffle : voilà une réalité qui sort du sujet pour aller ailleurs. On a aussi pensé à la parole, pour les mêmes raisons. Passons sur les détails de l’itinéraire. À la fin de l’Ancien Testament, parole et souffle se combinent dans la figure, plus abstraite, de la Sagesse (voir la 2e lecture). Nous voici donc devant une dualité, Dieu et sa Sagesse. Avec le Nouveau Testament, la Sagesse va se dédoubler. Une lecture un peu attentive des textes nous montrera que ce qui était dit de la Sagesse (2e lecture) s’applique maintenant au Christ et à l’Esprit. Nous en venons à la conclusion que ce qui sort de Dieu pour nous créer, et nous habiter pour nous conduire à notre création achevée, n’est pas une créature mais Dieu lui-même. Dieu se donnant un extérieur, un vis-à-vis semblable, jusqu’à ce qu’il réintègre tout en lui en devenant «tout en tous».
Des noms pour Dieu
Paul Beauchamp disait que Dieu est générosité expansive. Il y a expansion en Dieu lui-même, indépendamment de l’extérieur qu’il se donne. Répétons que celui qui est le fond des choses, source de tout être, «celui qui est», est relations. Si l’on veut, le tissu de Dieu est relation. N’imaginons pas un être déjà constitué, complet, se donnant de surcroît des relations. Non : c’est la relation elle-même qui le constitue. Il en découle que tout ce qui existe est aussi relations. Autre manière de dire la même chose : la substance de l’être, de tout être, est l’amour. En dehors de cela, il n’y a que néant et mort ; vide. C’est cela que nous disons quand nous affirmons que Dieu est Père, Fils, Esprit. Relation d’engendrement, relation de référence à l’origine, mouvement spirituel qui va de l’un à l’autre et fait leur unité. Disons tout de suite que les noms Père, Fils, Esprit, même s’ils sont scripturaires, ne peuvent s’appliquer que de loin aux réalités divines. Déjà le Pseudo-Denys (Ve siècle) expliquait qu’après avoir affirmé que Dieu est Père, il fallait dire que Dieu n’est pas père et que ce n’est que dans un troisième temps que l’on pourra redire «Dieu est Père». Alors, le mot « Père » sera devenu lourd de la négation qu’il aura intégrée et il aura pris un sens suréminent, inaccessible, tout au plus porteur d’une sorte d’analogie avec le père humain. Il lui faudra une majuscule et des guillemets. Même chose pour les autres noms divins.
Une pédagogie trinitaire
Il répond à la crise existentielle dans laquelle le départ de Jésus l’a plongée. Désormais, les voilà précipités dans le monde, sans le maître dont ils se réclament. Mais Jésus les avait mis en garde : sa mort ne fait pas disparaître la vérité qu’il incarne, c’est-à-dire la pleine manifestation de la réalité de Dieu au sein du monde. Condamné à mort pour blasphème alors qu’il rendait témoignage à Dieu, sa mort participe à la manifestation de la présence de Dieu dans le monde. En le ressuscitant, Dieu juge ce témoignage et prend parti en sa faveur.
L’action de l’Esprit de vérité assure, dans le monde et dans la communauté de ses disciples, cette présence postpascale de la réalité de Dieu incarnée par Jésus. Dans le monde, il démasque l’esprit de mensonge, de division et d’injustice déjà vaincu dans la résurrection du Christ. Dans la communauté de ses disciples, il les invite à s’approprier la vérité de ce qu’il est dans le jugement de Dieu, autrement dit à s’approprier la réalité divine présente chez celui dont ils ont partagé la vie pendant 3 ans.
Pour aider ses disciples à s’approprier cette vérité, Jésus indique la pédagogie de Dieu, qui est trinitaire : la source est située dans l’amour du Père, qui la communique toute entière à son Fils. Dans la vie et la mort de Jésus de Nazareth, celui-ci la manifeste pour l’humanité toute entière. Mais cette manifestation devient accessible aux disciples qui se laissent conduire par « l’Esprit de vérité », à la lumière du jugement posé par Dieu sur la vie de Jésus de Nazareth.
La vérité du Christ ne pointe pas seulement « ce qui va venir », tel un horizon inatteignable. L’Esprit conduira moins les disciples « vers » la vérité que « dans » la vérité. Le cheminement relève ici d’un mouvement d’appropriation d’une réalité déjà-là, donnée en Jésus de Nazareth et, par participation, à ses disciples, pour l’humanité toute entière, mais dans un mouvement à reprendre à chaque génération.
Pour notre génération confrontée, à son tour, à une crise de crédibilité, ce texte nous rappelle qu’avant les questions institutionnelles qui doivent certes être abordées, la priorité est l’appropriation de la vérité du Christ pour notre temps. À bien des égards, tout montre que depuis plusieurs décennies, cette démarche d’appropriation s’est enrayée… À nouveau, le langage religieux dont nous avons hérité semble avoir fait son temps… Or, à la différence d’un orchestre qui interprète une partition, la tentation est de répéter les mêmes notes, tel un disque rayé. Dans l’écart qui grandit entre les pratiques de piété religieuse et les questions du temps les plus pertinentes, ce texte nous invite à nous mettre à l’écoute de « l’Esprit de vérité », le même qui agit dans le monde et dans la communauté des baptisés, qui nous conduira « dans la vérité toute entière ».
Oui mais voilà : où souffle-t-il cet « Esprit de vérité » : le même qui conduisait Jésus dans l’Évangile ? Pour creuser les questions de ce temps (recherche en bioéthique, phénomène migratoire, impact des modes de vie humaine sur l’écosystème de la planète…), sans les refermer trop vite avec des réponses trop rapides, comment repérer ses appels, sinon en dialogue avec les personnes de bonne volonté ?
Pour nous approprier la vérité du Christ dans ce monde qui se renouvelle, viens Esprit de lumière éclairer les conditions ecclésiales, cordiales et hospitalières, d’un dialogue avec nos contemporains, dans leur légitime diversité, avec la complexité des parcours ! Ensemble, grâce à un accueil évangélique simple et vrai pour le plus grand nombre, nous pourrons reprendre souffle et refaire nos forces.
François Picart, prêtre de l’Oratoire
https://croire.la-croix.com
La Trinité, mystère de pauvreté et de don
Maurice Zundel
A l’occasion de la fête de la Trinité : homélie de Maurice Zundel à Genève, en septembre 1969. Cette homélie sur la Trinité, mystère de pauvreté et de don, constitue un prologue à une conférence sur l’homme dont le titre qui fut donné est « je est un autre » (publiée dans les articles antérieurs à partir de la date du 10/07/2005). Un prologue, parce qu’on ne peut parler authentiquement de l’homme que dans la mesure où l’on a commencé à pénétrer dans le mystère trinitaire, mystère à l’image duquel l’homme a été créé et pour lequel il est sauvé.
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Vous vous rappelez le mot de Nietzsche : « S’il y avait des dieux, comment supporterais-je de n’être pas dieu ? » Il pourrait trouver sa délivrance et sa force dans cet évangile de la Trinité « Allez faites disciples toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». (Mt 28, 19)
En effet, si Dieu était, comme le pense Nietzsche dans cette crise de révolte, si Dieu était une Puissance dont nous dépendons radicalement, qui nous impose sa volonté, sans être engagé d’aucune manière envers nous, si Dieu était cette réalité invulnérable totalement enfermée en elle-même, si Dieu était un être solitaire qui se repaissait éternellement de lui-même, si Dieu n’avait que soi, rapportant tout à soi, on ne comprendrait pas en effet pourquoi, n’ayant pas de différence qualitative avec nous, étant comme nous fixé dans un moi qui se repaît de lui-même, on ne comprendrait pas qu’il fût Dieu plutôt que nous-même !
Ce que Notre Seigneur nous apporte, cette révélation essentielle qui change tout, qui nous délivre essentiellement, c’est précisément cette confiance ineffable et inépuisable où nous apprenons par le témoignage de Jésus-Christ, que Dieu n’est pas un être solitaire, que Dieu dans son unicité peut s’adresser à un Autre, que Dieu est vraiment plus simple et plus immédiatement accessible, que Dieu est une communion d’Amour ! Qu’il est une communion d’Amour, qu’il n’y a rien d’autre en Lui que l’Amour, qu’il se vide éternellement de lui-même : le Père dans le Fils, le Fils dans le Père et l’Esprit Saint dans l’un et l’autre, et que la Vie Divine ne fait que circuler comme un don éternel chaque personne en Dieu n’étant qu’une relation à l’autre dans une désappropriation totale d’elle-même, Dieu réalisant, dans le secret le plus intime de Lui-même, cette Pauvreté qui est la première béatitude, cette Pauvreté que Saint François a tant aimée, qu’il a chantée sur toute les routes de la terre parce que il savait que cette Pauvreté est le grand secret de Dieu.
Et ne fallait-il pas aujourd’hui précisément qu’elle monte vers Dieu à travers ce mystère de la Trinité Sainte, qu’elle monte vers Dieu, parce que Dieu est Trinité parce que Dieu est une communion d’amour, parce que Dieu n’a rien, parce qu’il donne tout, parce que justement Sa Divinité n’est pas autre chose que son dépouillement et sa pauvreté.
Et voilà que tout d’un coup s’ouvrent devant nous ces arguments inépuisables ! Nous ne sommes plus sous un joug, nous ne portons plus une servitude, nous ne sommes plus les sujets d’un souverain qui nous dominerait sans que nous ayons la possibilité d’une libre respiration : nous sommes en face de l’Amour, d’ailleurs intérieur à nous-même, qui ne nous touche que par son amour, que nous ne pouvons atteindre que par notre amour qui est en nous une respiration infinie, qui est en nous le champ illimité où notre liberté se révèle.
Et comme je ne cesse de le dire : jamais nous n’aurions pu ni découvrir ce que c’est que la liberté, ni y atteindre, et nous nous serions perdus sur des chemins qui ne mènent nulle part si nous n’avions pas rencontré ce visage de la Trinité, si nous n’avions pas compris que Dieu lui-même est l’infinie liberté parce que libre de soi, parce que n’ayant aucune attache à soi et que la liberté, c’est évidemment cela : c’est d’être coupé de toute adhérence à soi, de ne plus coller à soi, de ne plus se subir soi-même, mais faire de toute la vie un don dans un pur élan d’amour.
C’est cette rencontre avec la Trinité qui est le commencement d’un monde nouveau !
C’est cette rencontre avec la Trinité qui nous conduit au centre intérieur, à ce sanctuaire que nous sommes dans le plus intime de nous-même et où Dieu ne cesse jamais de nous attendre pour s’engager avec nous dans ce mariage d’amour dont parle Saint Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Je vous ai fiancés à un Epoux unique pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. » (2 Co. 11: 2)
Et c’est cela que nous voulons mettre au cœur de notre cœur de chrétiens : rendre grâce pour avoir eu le privilège immense de rencontrer le Seigneur, pour avoir appris du Seigneur qu’il est l’Amour et rien que l’Amour, pour avoir appris à travers le Seigneur les chemins de la liberté dans le dépouillement, la désappropriation et la pauvreté. Nous sommes entrés par le Christ dans cet immense espace intérieur à nous-même, où le monde se reconstitue et acquiert son vrai visage.
Nous voulons donc écouter au cours de cette liturgie cette confidence essentielle de la Trinité. Nous voulons pénétrer dans cette communion d’amour qui est l’éternité de Dieu en y retrouvant tous ceux qui nous ont précédés, tous ceux qui reposent dans le Christ, tous ceux que nous portons dans notre cœur, comme des vivants dans le Dieu vivant. Nous voulons rassembler tous ces aînés qui sont comblés de leur délivrance, nous voulons rassembler toute l’histoire, toute l’humanité, tout l’univers dans cette offrande qui doit consommer la Création, qui doit lui conférer sa dimension de liberté et d’amour en rassemblant tous les êtres autour de la Table du Seigneur.
Entrons dans cette dimension où le Christ va nous accueillir en portant notre offrande qui est tout l’univers, qui est toute l’histoire, qui est toute l’humanité. En rendant grâce pour toutes les créatures, parce que Dieu est Amour, parce que Dieu est Trinité, parce que Dieu est Pauvreté, parce que Dieu est Liberté, parce que c’est en Lui justement que nous pouvons accéder jusqu’à nous-même, et apprendre ce secret merveilleux que Jésus a inscrit à jamais au lavement des pieds : que la grandeur ne consiste pas à se mettre au-dessus, que la grandeur n’est pas à exiger, que la grandeur ne consiste pas à commander, que la grandeur, pour être, consiste à se donner et que celui-là est le plus grand qui se donne le plus, et que Dieu est infiniment grand, c’est seulement parce que il est dans ce don, agenouillé éternellement devant ses créatures, au lavement des pieds.
La Mission naît de la Trinité-Amour
Romeo Ballan, MCCJ
La fête d’aujourd’hui est une provocation ouverte sur la réalité de Dieu et la connaissance que nous avons de Lui. Une question se pose avec insistance dans le cœur des croyants de toutes religions: Dieu, comment est-il dans sa vérité intime? Comment vit-il? Que fait-il? A quel point est-il intéressé par le destin de l’homme? Pourquoi les hommes prennent-ils intérêt à tout ce qui concerne Dieu?… Et beaucoup d’autres questions du même genre. Les réponses foisonnent, souvent du même ordre, convergentes entre elles, et parfois opposées. C’est le mystère de Dieu! Une réalité objective qui s’impose de par elle-même, puisque le cœur de l’homme ne peut pas l’escamoter, quoi qu’en dise l’athéisme, dans toutes les formes qu’il a pu assumer, hier comme aujourd’hui. Le mystère de Dieu acquiert pour nous une nouvelle lumière, et des richesses surprenantes, quand Jésus, qui est Dieu avec un visage d’homme, vient nous révéler l’identité complète et authentique de notre Dieu, qui est trinitaire.
Les manuels de catéchisme, par une formule un peu facile, annoncent le mystère de Dieu par cette formule de synthèse: “Dieu est un, en trois personnes”. Par là on croit avoir tout dit, tandis que tout reste encore à comprendre et surtout à être accueilli dans l’amour, adoré dans la contemplation. Sujet qui est d’une importance capitale aussi sur le front de la Mission. On dit toujours, là aussi un peu facilement, que tous les peuples, même ceux qui ne sont pas chrétiens, savent très bien que Dieu existe, et donc que les païens croient aussi en Dieu. Cette vérité, qu’on peut partager, au delà de quelques différences et réserves, rend possible le dialogue entre les religions, particulièrement entre les chrétiens et les autres croyants. En reconnaissant tous ensemble un seul Dieu unique, une forme d’entente devient possible entre les peuples. C’est ainsi que l’on peut promouvoir des actions concertées pour la paix, pour la défense des droits de l’homme, ou réaliser des projets de développement. Mais celle-ci n’est qu’une partie de l’action d’évangélisation que se propose l’Eglise, parce qu’elle donne au monde, grâce à l’Évangile, un message aux contenus nouveaux et des objectifs d’une portée bien plus large.
Évoquer et fonder le message sur un Dieu unique ne saurait être suffisant pour un chrétien. Encore moins pour un missionnaire, qui a une conscience plus affirmée de la révélation extraordinaire que nous avons reçue dans le Christ. Par Lui, en effet, nous sommes mis déjà en relation avec tout le mystère de Dieu, dans son unité et en même temps dans sa relation trinitaire. Le Dieu chrétien est bien un Dieu unique, mais pas un Dieu solitaire. L’Évangile, qui renforce et porte à la perfection notre compréhension du monothéisme, ouvre aussi sur l’immense et surprenant mystère de Dieu, qui est communion des trois personnes. La fête de la Sainte Trinité est fête de la communion: la communion de Dieu au dedans de soi-même; la communion entre Dieu et nous; la communion que nous sommes appelés à vivre, annoncer, construire.
Les trois lectures de cette fête nous parlent des trois Personnes de la Trinité: le Père, le Fils et l’Esprit. Le Père y est présenté dans son rôle de créateur de l’univers (I lecture): le cadre d’ensemble nous présente Dieu qui n’est pas solitaire, mais qui partage avec Quelqu’un -une Sagesse mystérieuse- son projet de création. Tout est créé avec amour, tout est beau, tout est bien. Dieu se révèle amoureux, jaloux de sa création (v. 30-31). Heureux l’homme qui sait reconnaître la beauté de l’œuvre de Dieu (psaume). Nous avons ici les fondements théologiques et anthropologiques de l’écologie et de la bioéthique. Le Fils (II lecture) est venu rétablir la paix entre l’homme et Dieu (v. 1), et l’Esprit Saint répand dans nos cœurs l’amour de Dieu (v. 5). Le Dieu chrétien est toujours proche de l’homme, il vit en lui et agit en sa faveur.
Pour le chrétien donc, la Trinité est une présence familiale, présence silencieuse et apaisante. Ste. Thérèse de Lisieux le disait aussi, elle qui était missionnaire cachée à l’intérieur de son monastère: “J’ai trouvé mon ciel dans la Ste. Trinité qui a pris demeure dans mon cœur”. Le mystère de Dieu demeure inépuisable, sa richesse étant toujours supérieure à notre entendement. Même les Apôtres (Évangile) étaient incapables de ‘porter le poids’ de tout le mystère du divin, si bien que Jésus confia à ‘l’Esprit de vérité’ la charge de les conduire ‘à la vérité toute entière’ et de leur annoncer ‘les vérités à venir’ (v. 12-13). De ce mystère de Dieu, la croix est sans aucun doute l’élément le plus lourd à porter. Le problème de la souffrance dans le monde, celle des innocents en particulier; notre mort, mais encore plus la mort du Fils-même de Dieu sur une croix… Pourtant c’est un mystère qui retrouve tout son sens dans la vie des saints, grâce justement à cette synthèse de lumière-amour-force spirituelle qui nous vient de l’Esprit. Paul (II lecture) en arrive au point de se glorifier ‘même dans les tribulations’. François d’Assise vivait la ‘joie parfaite’ dans les vicissitudes négatives de sa vie et louait Dieu pour ‘sa sœur la mort’. Daniel Comboni eu le courage d’écrire, à la fin de sa vie: “Je suis heureux en vivant la Croix, parce que, si elle est portée volontiers pour l’amour de Dieu, elle engendre le triomphe et la vie éternelle”. Il n’y a que l’Esprit qui puisse illuminer “l’absurde folie” de la croix!
C’est toujours Dieu-Amour qui soutient les martyrs et les missionnaires de l’Évangile. L’Église missionnaire puise son origine de l’amour du Père, par le Fils, avec la force de l’Esprit, comme l’affirme le Concile Vatican II: “Par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Ce dessein découle de «l’amour dans sa source», autrement dit de la charité de Dieu le Père” (AG 2). D’où le binôme inséparable amour-mission.