3èmè Dimanche de l’Avent – Année C
Luc 3, 10-18

Références bibliques :
- Livre de Sophonie : 3,14-18 : “Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour.”
- Chant biblique – Isaïe 12 : “Dieu est au milieu de vous”.
- Lettre de saint Paul aux Philippiens :”La paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer.”
- Evangile selon saint Luc : 3,7-18 : “Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu.”
En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »
Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
La joie, fille de la foi
Marcel Domergue
La joie de la foi
Plus encore que dimanche dernier, nos textes nous parlent de la joie. Nous avons besoin d’entendre cela, car beaucoup de gens voient la foi chrétienne comme une doctrine austère, pleine de devoirs, d’obligations, d’interdits. Il est vrai que nos prédications et explications ont trop souvent insisté unilatéralement sur la morale, la “bonne conduite”. Or, pour nous, la morale n’est pas première : elle est une conséquence en quelque sorte toute naturelle de la foi, c’est-à-dire de l’adhésion amoureuse à Dieu par la personne du Christ. Devant mes yeux, le Christ, non ce que je fais ou ne fais pas. Paul passe beaucoup de temps à expliquer que nous ne sommes pas “sauvés” par notre observation de la loi, mais par la foi. En d’autres termes, c’est une question de relation.
À partir de là, “ne soyez inquiets de rien”, dit la seconde lecture. Pourquoi ? La première lecture nous répète, à trois reprises, que le Seigneur est en nous, nous habite, et qu’il trouve en nous sa joie. Certes, nous avons besoin d’être “renouvelés”, et c’est là l’aspect moral de notre adhésion, mais c’est son amour qui nous renouvelle, pas nos efforts. Laissons-nous envahir par celui qui vient sans cesse frapper à notre porte. Cessons de nous concentrer sur ce qu’il faut vendre, donc abandonner, pour acheter le champ où se trouve enfoui le trésor : c’est le trésor qui compte, ne pensons qu’à lui. Avec lui, la vie recommence, autrement. Le monde ancien a disparu, un monde nouveau est là.
La joie malgré tout
On l’a compris, la joie est la fille de la foi. Une foi qui ne se fonde pas sur la vue, mais sur la parole entendue. C’est pourquoi nos textes nous répètent que la vérité est du côté de la joie : l’Écriture n’insisterait pas autant si cela était évident. La joie qui nous est annoncée est une joie malgré tout, et même à partir de tout, y compris ce qui lui serait normalement contraire. L’avant-dernier mot peut être à la douleur, mais le dernier mot est à la joie. Le Christ vient habiter tout ce que la vie nous donne à subir. Dieu n’est impliqué dans aucune des causes de nos malheurs, mais il vient prendre sur lui, avec nous, tout ce qui nous affecte. C’est ce que signifie la crucifixion, et elle débouche sur une vie nouvelle à l’abri du pouvoir de la mort. C’est pourquoi notre 3e lecture se termine par les mots “bonne nouvelle”.
La joie qu’elle procure n’est pas forcément exubérante ; elle a quelque chose à voir avec la paix intérieure, au-delà de nos perturbations de surface. Après son dernier repas, selon le quatrième évangile, Jésus le répète à ses disciples, juste avant sa Passion. Rassurons-nous à propos des éclipses de notre foi et de notre joie : les disciples eux-mêmes, après avoir entendu Jésus, traverseront le désert du doute, la disparition de la foi, la perte de la joie. N’espérons pas faire mieux : quand cela nous arrive, attendons les lendemains. “Il vient celui qui est plus puissant que moi”, dit Jean Baptiste. Souvenons- nous : la vie est toujours devant soi.
“Que devons-nous faire ?”
Les gens qui viennent se faire baptiser par Jean désirent une vie nouvelle, un changement d’existence, et ils croient que le prophète peut le leur apporter : l’évangile du jour nous dit que “le peuple était en attente”. Au point qu’ils se demandent s’il n’est pas le Messie. Cette foi ne peut se vivre qu’à travers des comportements nouveaux. Comme on l’a dit, la foi est première, mais elle engendre une “morale” : c’est pourquoi ces gens demandent à Jean ce qu’ils doivent faire désormais. Surprise ! Dans les consignes qu’il leur donne, Jean ne leur dit pas un mot sur Dieu ni sur le Christ. Rien de proprement “religieux”. Une seule prescription positive, celle du partage. La suite se contente d’appliquer le décalogue à des situations particulières, celle des collecteurs d’impôts qui avaient tendance à majorer les contributions à leur profit et celle des militaires, qui ajoutaient facilement le pillage à leur solde.
On le voit, Jean en reste à la loi de la première Alliance, qui se récapitule et se condense en lui. Il s’agit de dégager le terrain, de faire place nette pour “celui qui vient”. Le Christ baptisera dans le feu qui ne s’éteint pas et qui brûle en nous tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes en vérité. Jean ne s’attache pas ceux qui ont répondu à sa voix “qui crie dans le désert”. Il est lieu de passage, chemin vers un autre. Au-delà du Christ il n’y aura plus rien à attendre, sauf son “retour”. Toute autre entreprise de révélation ne serait que régression en deçà de Jean-Baptiste.
Marcel Domergue, jésuite
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Le temps de la Joie!
Jacques Marcotte
Ce dimanche nous parle avec force et insistance de la joie, à nous qui abordons si souvent la messe avec gravité et sérieux, pour ne pas dire avec tristesse. Aujourd’hui, l’heure est à la joie, une joie non pas légère et superficielle, mais profonde : la joie de notre foi, celle qui vient de Dieu. Nous avons lu dans le prophète Sophonie que Dieu tire de la joie de son peuple, qu’il danse pour lui avec des cris de joie. Il y a là de quoi nous réjouir et nous surprendre.
La joie, on aime ça. On la recherche. Quand elle est là, c’est bon signe : signe d’une réussite, de l’accomplissement d’un rêve. Joie des retrouvailles. Joie de l’amitié. Joie d’un pardon. La joie est au cœur de nos expériences humaines simples et ordinaires, aussi bien que celles des grandes occasions. Quand survient la tristesse, c’est qu’il y a un malheur dans notre vie, une peine, un deuil, une souffrance, une épreuve qui nous parait insurmontable.
Et pourtant s. Paul écrit : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. » Nous avons pour nous la joie de l’évangile, soulignait l’an dernier le pape François. Nous vivons de la résurrection du Christ; nous puisons en lui à la source d’une joie invincible, celle de Pâques, la joie du Royaume promis en train d’advenir, de se réaliser.
Ces dernières années, nous avons vécu des joies collectives. Mais cela ne suffit pas à nous enlever les grandes tristesses de nous savoir en guerre en bien des pays, solidaires de bien des injustices et cruautés, associés malgré nous à tant de gestes irresponsables envers la nature et les plus pauvres. Nous voyons bien qu’il nous faut la grâce d’une conversion pour retrouver la joie profonde, celle de notre foi, de notre espérance. La joie sera alors possible malgré tout ce qui a l’air de la contredire, de la nier, dans un monde souvent trop centré sur lui-même, profondément triste et désabusé.
Dans l’évangile, Jean-Baptiste annonce les temps nouveaux que Dieu va bientôt faire advenir. Les gens sont émus, ils sont inquiets. Que doivent-ils faire qui soit accordé à leur conversion, à leur désir d’une vie meilleure? Le prophète leur demande des choses toutes simples. Partager ce qu’ils ont en surplus, avec ceux qui manquent de tout. Être justes et honnêtes. S’abstenir de violence. Des choses qui sont à leur portée, qui vont dans le sens de la justice, de l’équité. Rien de si extraordinaire!
Remarquons qu’il s’agit chaque fois de gestes ou d’attitudes qui concernent les autres. Jean invite à sortir de soi, à contrer notre égoïsme viscéral. Il renvoie à l’autre pour y rencontrer celui dont il annonce la venue. C’est comme s’il disait que la façon d’aller vers Dieu ou de laisser Dieu venir vers soi, c’est de se tourner avec tendresse vers ce prochain que l’on côtoie au quotidien. Si nous vivons bien nos rapports humains, nous sommes déjà en train d’accueillir Dieu. Voilà le bon grain que nous faisons mûrir et que Dieu va reconnaître quand il viendra.
L’eucharistie fait mémoire de celui qui est venu nous révéler la tendresse et l’amour du Père. Jésus nous apprend le chemin du don et du pardon, le chemin des béatitudes, de pauvreté du cœur, de douceur, de compassion, de paix : chemin de bonheur et de joie. Voici qu’il se donne lui-même pour notre joie plus forte que toute tristesse.
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Pour une fête de Noël qui soit solidaire et missionnaire
Romeo Ballan, mccj
Notre première impression serait de nous trouver aujourd’hui devant deux messages contradictoires: l’invitation insistante à la joie (I et II lecture) d’une part, et d’autre part l’appel exigeant pour un changement de vie et la conversion du cœur (Évangile). En fait il n’en est rien, au delà des apparences: les textes mêmes nous l’expliquent. Disons plutôt que la joie et la conversion marchent ensemble, parce que c’est le Seigneur même qui est à l’origine des deux. La conversion au Seigneur engendre en nous joie et partage fraternel.
Le langage de Jean le Baptiste (Évangile) nous paraît dur, suranné, et en tout cas incompréhensible aujourd’hui: il se permet de reprendre verbalement et sévèrement à peu près tout le monde, à commencer par les forces de l’ordre, les percepteurs des impôts… Il ne se gêne pas de rappeler tout le monde à un changement radical de vie, toutes catégories sociales confondues. Jean s’était manifesté dans le désert, sur les rives du fleuve Jourdain, “invitant à un baptême de conversion pour le pardon des péchés” (Lc 3,3). L’évangéliste Luc nous rapporte, sans aucun ménagement, le langage âpre et rigoureux du Précurseur, qui n’hésite pas à secouer l’assistance en les appelant tous “race de vipères”. Il les invite par conséquent à accomplir “des oeuvres dignes de conversion” ou encore à donner de bons fruits, pour ne pas être destinés au feu (Lc 3,7-9). Mais de quelle conversion s’agit-il ? Par quelles oeuvres et pour quels fruits?
Dimanche dernier il était question d’un appel à la conversion qui se voulait un retour à Dieu (disons une dimension verticale de la conversion), le cœur ouvert à l’accueil du salut. Aujourd’hui Jean nous donne des dispositions précises et concrètes visant la conversion intérieure dans les relations avec les autres (une dimension donc horizontale). Luc nous parle de trois groupes de personnes qui, marqués par la furie prophétique du Précurseur, lui demandent: “Que faut-il faire ?” (v. 10.12.14). Une question qui est chère à Luc, puisqu’il s’en sert pour d’autres rencontres missionnaires: la foule à la Pentecôte, le gardien de prison de Philippe, et Paul en personne, sur le chemin de Damas (Actes 2,37; 16,30; 22,10). La demande posée indique une disponibilité intérieure au changement de vie, et donc une ouverture de fond à la conversion. Ce qui est en même temps appel à quelqu’un d’autre qui soit en mesure de répondre au nom de Dieu. C’est la personne que l’on appelle habituellement le missionnaire, qu’il soit prêtre, laïc, religieuse, maître, catéchiste, etc.
Les trois groupes de personnes qui se rendent auprès du Baptiste sont exactement: la foule (des gens pas mieux définis), les publicains (les percepteurs des impôts, les odieux ‘collabos’ à la solde du dominateur étranger), les soldats (des habitués à la brutalité). Des catégories de personnes normalement considérées irrécupérables… Le Baptiste ne les craint pas, plutôt il les accueille et leur donne des réponses pertinentes et réalistes, tournant toutes autour de la relation avec les autres, donc avec le prochain: partager les vêtements ou la nourriture (v. 11), la justice dans les relations interpersonnelles (v. 13), attitude indulgente et respectueuse à l’égard de tout le monde (v. 14). Que des suggestions concernant le cinquième et le septième commandement!
Jean élargit son regard au delà de sa propre prédication et de sa personne, et parle de l’Esprit Saint (v. 16), de son efficacité d’ordre supérieur, quand il sera donné à la Pentecôte, en Baptême de feu (Actes 2). A cette occasion-là l’Esprit fera toute chose nouvelle, surtout il renouvellera le cœur des personnes et unira des peuples différents dans le seul langage de l’amour solidaire. En ce moment-là il nous sera plus facile de comprendre que se convertir au Christ veut dire vivre un partage solidaire avec tous ceux qui sont dans le besoin, donc obéir à une exigence de justice et de compassion à l’égard de tous. C’est ainsi que Jean (image du missionnaire de tous les temps) “annonçait au peuple la bonne nouvelle” (v. 18). Aujourd’hui encore le missionnaire, fidèle au Christ, est appelé à annoncer l’espérance et la solidarité. (*)
L’adhésion personnelle au Christ, l’annonce de son Évangile, sont toujours sources de joie. Les encouragements de Sophonie et de Paul (I et II lecture) n’en sont qu’un témoignage de plus, parmi d’autres textes liturgiques. Premièrement parce que Dieu exulte de joie pour nous, il nous renouvelle grâce à son amour, il est heureux avec nous et pour nous, et manifeste sa joie. Ainsi le Prophète crie: “ne crains pas, ne laisse pas tomber tes bras”, parce que le Seigneur parmi nous est un sauveur puissant (v. 16-18). Tandis que Paul revient avec insistance sur les raisons qui sont à l’origine de la joie du croyant: parce que le Seigneur est proche, il est présent (v. 5-7). Aucune raison de s’inquiéter: le recours à lui nous est toujours possible dans la prière, source toujours nouvelle de notre joie (v. 5-7).
La joie de Noël n’est authentique que dans la mesure où elle est partagée dans des gestes concrets en faveur de celui qui est dans la peine. Un exemple récent, un parmi d’autres: dans un village, une famille de “marocains” (donc musulmans), a connu un double deuil (la mort de la mère et d’un enfant). Le curé de la paroisse a invité les fidèles à souscrire une aide économique en faveur de la famille (le père et plusieurs orphelins). Une initiative concrètement possible, immédiate et efficace, pour célébrer Noël d’une manière solidaire et missionnaire. C’est là le seul vrai Noël chrétien! Jésus renaît réellement dans le cœur des paroissiens qui se rendent disponibles à cette initiative. La seule possibilité, pour la foi, de se renforcer et de se répandre! On célèbre dignement Noël si on découvre que le verbe “donner” est le seul nécessaire pour fonder une humanité nouvelle. Il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie… Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir… Des paroles venant de l’enfant qui naît à Bethlehem, don du Père, qui a tant aimé le monde au point de donner son propre Fils… Afin que le monde ait la vie en abondance!
LE BAPTEME DANS LA BIBLE
Jacques Fournier
Les rites de purification avec l’eau sont universels. Pourtant les rites de l’Ancien Testament ne leur donne pas la première place. Celle-ci revient aux rites sacrificiels.
Ils existent pourtant dans certains cas. Ainsi le lépreux guéri doit se laver et laver ses vêtements dans l’eau (Lévitique 14. 8)
Les récits des évangiles montrent qu’à l’époque de Jésus, ces rites de purification par l’eau s’étaient beaucoup développés : telle l’ablution pour se purifier au retour de la place publique car on pouvait y avoir côtoyé des païens et des pécheurs (Marc 7,4).
De même chez les contemporains de Jésus, quand un non-juif se convertissait (“prosélyte”), il était marqué de la circoncision, signe commun aux enfants d’Abraham. Mais, pour indiquer sa rupture avec le monde païen, il prenait aussi un bain, appelé couramment “baptême des prosélytes”.
LE BAPTEME DE JEAN.
Or Jean le Baptiste utilise ce rite du “bain de rupture”. Ceux qui reçoivent son baptême confessent, tout juifs qu’ils soient, qu’ils ne peuvent pas plus s’abriter derrière la seule paternité d’Abraham que leurs ancêtres, lors de la prise de Jérusalem, ne pouvaient se contenter de crier :”Le temple du Seigneur ! le temple du Seigneur !” (Jérémie 7)
Nous sommes au temps de la venue du Messie et ils sont dignes de la colère qui vient. Ils méritent d’être retranchés du peuple. “Qui vous a suggéré de vous soustraire à la colère prochaine ?… N’allez pas dire : nous avons pour père Abraham.” (Luc. 3,7 et 8)
A ceux-là, Jean propose de se reconnaître semblables à des païens et de recevoir un baptême analogue à celui des prosélytes. Alors ils feront à nouveau partie intégrante du Peuple qui attend son Messie. “Il vient celui qui est plus puissant que moi !” Ils doivent se convertir, non pour devenir disciples de Jean, mais pour être prêts à accueillir le Messie. (Luc 3. 7 à 9)
Jean précise que le baptême qui sera alors donné par celui qui vient, dépasse, non seulement le sien, mais aussi les sacrifices anciens consumés par le feu.. “Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu.” L’offrande, ce n’est ni les fruits de la terre ou des animaux; c’est chacun de nous. Le rite d’autrefois était par le feu. Aujourd’hui, avec le Messie, il est autre.
Il en est de même aujourd’hui. Ce que Dieu attend de nous, ce ne sont pas des gestes extérieurs, c’est notre offrande personnelle, c’est nous-mêmes avec notre vie quotidienne, nos actions comme nos activités, le don de notre cœur et de notre amour à nos frères, qui sont chemin qui nous conduisent au Christ : « J’avais faim, vous m’avez donné … »
IL VOUS BAPTISERA DANS L’ESPRIT SAINT.
“Il vous baptisera…” En quelques mots, saint Luc définit la mission de Jésus comparativement à celle de Jean. Cette présentation est d’autant plus remarquable que les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) ne nous montrent jamais Jésus baptisant. Le quatrième évangile nous dit même positivement que Jésus ne baptisait pas lui-même (Jean 4. 2)
Par cette affirmation “ dans l’Esprit-Saint”, les évangélistes, et particulièrement saint Luc, auteur des “Actes des Apôtres”, manifestent leur foi en l’action effective de Jésus ressuscité dans les sacrements de l’Eglise.
Au jour de Pentecôte.
La parole du Baptiste n’introduit pas seulement au ministère terrestre de Jésus ; elle annonce les temps nouveaux qui ne se refermeront plus. C’est cela la Bonne Nouvelle :”Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu … un feu qui ne s’éteint pas.” (Luc 3. 18)
D’ailleurs, à plusieurs reprises dans les Actes des Apôtres, saint Luc dira que le baptême nouveau est bien distinct du baptême de Jean; il est donné au nom du Seigneur Jésus ou au nom de Jésus-Christ. Seul “le Seigneur” (terme divin) ou “le Christ” (celui qui a déjà en lui-même la plénitude de l’Esprit-Saint) peut donner le baptême dans l’Esprit.
S’il ne l’a pas conféré durant sa vie terrestre, pas même au cercle étroit de ses apôtres, il le confère lui-même, après son départ de la terre et, cela, nous le célébrons au jour de la Pentecôte. Au moment de les quitter lors de l’Ascension, il prescrivit à ses disciples :” de ne pas s’éloigner de Jérusalem mais d’y attendre la Promesse du Père, le don que je vous ai annoncé. Car Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés, saints, dans l’Esprit.” (Actes 1. 4 et 5)
L’entrée dans le Royaume.
Cette parole de Jésus avait tellement impressionné saint Pierre qu’il s’en souvint quand il dut constater que l’Esprit-Saint venait aussi sur ce païen de Corneille (Actes 10. 47) ! Le baptême dans l’Esprit est donc la porte d’entrée du Royaume. C’est pourquoi Jésus a pu dire que le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean le Baptiste.
Nous pouvons être surpris au premier abord par le lien établi entre baptême et Esprit-Saint. Il nous faut entendre par ce terme de “baptême” la plénitude de ce sacrement. “Nul s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit”. (Jean 3. 5) La tradition chrétienne les a liés au moment des sacrements de l’initiation. La liturgie orientale l’a maintenue. La liturgie latine du baptême des enfants les a dissociés dans le temps en ce que nous appelons “baptême” et “confirmation”.
Le baptême de Jésus.
Nous lions le baptême à la mort et à la résurrection de Jésus. Jésus lui-même, quand il parle de son baptême, désigne sa Passion (Luc 12.50). Il nous faut donc ne négliger aucun des aspects de sa mort et de sa résurrection.
Et ceci vaut pour chacun d’entre nous puisque nous avons été baptisé dans l’eau et dans l’Esprit, nous sommes créatures nouvelles, ressuscités avec le Christ, selon l’expression de saint Paul.
Le baptême qu’il a reçu dans le Jourdain le consacrait à cette mission d’Agneau de Dieu “qui porte et qui enlève le péché du monde.”(Jean 1,33-36). A cette heure même, le Père le désigne comme son Fils bien-aimé et l’Esprit se manifeste; c’est l’Esprit dès lors qui le mènera au désert pour y être tenté et le dirigera tout au long de sa vie. Dans tout son ministère, Jésus révèle le Christ-Messie, habité par l’Esprit.
Dans le baptême du Jourdain, il reçoit l’Esprit pour accomplir sa mission. Dans le baptême de sa Passion, il reçoit l’Esprit pour le transmettre.
L’EAU, LE FEU ET L’ESPRIT.
Nous n’avons pas à être déconcertés par cette énumération. Le signe sacramentel du baptême est l’eau et non pas le feu. “Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit”, déclare Jésus à Nicodème (Jean 3,5). Et même si saint Luc prend en compte la parole de Jean le Baptiste :” Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu.”
Ces affirmations ont un point commun : l’affirmation de la nécessaire action de l’Esprit-Saint de Dieu. D’autant qu’existe l’ambiguïté de l’un et de l’autre des signes et des symboles (eau et feu).
L’eau est associée à la vie. Elle est aussi porteuse de mort. Les Hébreux sont sauvés par l’eau au passage de la Mer et les Egyptiens y sont engloutis. Le feu est symbole de destruction, mais il est aussi signe de vie. Dieu n’hésite pas à se manifester sous cette apparence au buisson ardent et au Sinaï (Exode 19. 18). Durant sa marche dans le désert, le Peuple est guidé par une colonne de feu pendant la nuit. Le feu, comme l’eau, sont significatifs d’un jugement, d’une décision mise en oeuvre : l’eau du déluge noie le péché et porte l’arche. Le feu pénètre la matière et la purifie.
Le baptême détermine lui aussi une rupture pour un renouvellement et une décision pour une adhésion. Saint Luc, rapportant le premier baptême, au jour de la Pentecôte, montre cette rupture inévitable entre l’ancien et le nouveau : “ Pierre les adjurait et les exhortait : Sauvez-vous de cette génération dévoyée. Eux donc, accueillant sa parole, se firent baptiser.” (Actes. 2,40-41).
A la lumière de cette réflexion, nous pouvons relire Sophonie. “ Le Seigneur ton Dieu est en toi. C’est lui le héros qui apporte le salut. Il te renouvellera par son amour.”
Nous pouvons méditer saint Paul s’adressant aux Philippiens :”La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre coeur et votre intelligence dans le Christ Jésus.”
Le temps de l’Avent est celui de l’annonce joyeuse de cette venue qui nous libère : “Il dansera pour toi avec des cris de joie” (Sophonie 2,18). “Soyez toujours dans la joie du Seigneur. Laissez moi vous le redire : soyez dans la joie !” (Philippiens 4,4)
Nous pouvons entrer dans la prière d’action de grâce de ce dimanche puisque, par notre baptême et notre confirmation, nous participons au mystère même du Christ : “Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils. Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un coeur vraiment nouveau.” (oraison du début de la messe).