15ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B
Marc 6,7-13

Références bibliques:
- Première lecture « Va, tu seras prophète pour mon peuple » Am 7, 12-15
- Psaume Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Ps 84 (85)
- Deuxième lecture « Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » Ep 1,3-14
- Évangile « Il commença à les envoyer » Mc 6,7-13
L’autorité sur les esprits mauvais
Marcel Domergue s.j.
Jésus donne aux apôtres autorité sur les esprits mauvais. Avouons que nous avons envie de passer vite sur cette expression. Ou nous pensons que les « esprits mauvais » sont une personnification symbolique du mal qu’il y a en l’homme, et alors « chasser les démons » devient une métaphore ; ou nous pensons que les esprits mauvais sont des êtres personnels, et on se demande pourquoi ils sont toujours là puisque le Christ « a mis sous ses pieds toute puissance et domination ». Dans les deux cas, s’il est admis que nous sommes les successeurs des Douze et des Soixante-Douze (Luc 10,1-12), nous devons bien reconnaître que les « esprits mauvais » nous résistent et que l’humanité, nous compris, est toujours en proie à ses démons. Question capitale : à quoi sert le christianisme s’il ne change rien dans le monde ? Ou encore : si le Christ nous a libérés, pourquoi sommes-nous toujours en proie au mal ?
La victoire pascale
C’est là notre scandale, l’épreuve de notre foi : le Christ ne surmonte pas le mal en le supprimant mais, si l’on veut, en l’utilisant. C’est parce que la Passion est l’heure de Satan, qu’elle est aussi l’heure du Christ, et c’est parce que le péché abonde que la grâce surabonde. Le mal, à la Croix, est en quelque sorte mobilisé contre lui-même puisqu’il produit son contraire : la libération du mal par le paroxysme de l’amour (il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime). Donc, parce que nous avons sans cesse à revivre pour notre compte la geste pascale du Christ (j’accomplis en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son corps qui est l’Église), les « démons » sont toujours là : la haine, le mépris, l’exploitation de l’autre, son utilisation qui en fait un objet, etc. On le sait, la victoire sur le mal est déjà accomplie et pourtant nous l’attendons encore. Le Christ nous a libérés et pourtant il nous dit de demander sans cesse « délivre-nous du mal ». Nous sommes déjà libérés cependant, parce que nous avons le pouvoir de répondre par l’amour à ce qui nous blesse, même quand il s’agit de notre propre péché. Voilà où réside notre « autorité sur les esprits mauvais ».
Les mains nues
Le disciple a donc bien autorité sur les esprits mauvais, au sens qui vient d’être dit, mais il n’a pas autorité sur les hommes. Si on l’accueille, il entre dans la maison ; si on le refuse, il s’en va. C’est pour laisser aux hommes cette liberté que le disciple se présente les mains nues : « N’emportez rien pour la route ». Paul dira qu’il ne se présente ni avec le prestige de la sagesse ni avec le prestige de l’éloquence, mais seulement avec la faiblesse du Christ crucifié (1 Corinthiens 1,17…). Cependant, cette pauvreté du messager de l’Évangile fonctionne comme un appel : celui à qui il s’adresse est mis en situation de lui offrir le gîte et le couvert, ne serait-ce qu’un verre d’eau. Du coup, la communauté de la charité se constitue déjà. Par la simple manière dont l’apôtre se présente, le destinataire du message est amené à vivre l’Évangile de la charité. Un jour il s’entendra dire : « C’est à moi que vous l’avez fait ». Comment vivre cela aujourd’hui ? Du côté du messager en renonçant à toute prétention, à tout ce qui peut conditionner les hommes, bref en vivant d’abord le respect. Du côté du destinataire du message, en acceptant, au lieu de la critiquer, la pauvreté du messager : ses lacunes intellectuelles, culturelles, humaines, et même morales.
Se convertir
Dans la version de Marc, le message est réduit à sa plus simple expression : se convertir. Mais on peut se demander si cette conversion ne consiste pas à imiter les apôtres. Que font-ils ? Ils chassent les démons et guérissent. Ces deux termes peuvent prendre une ampleur considérable. Pour les démons, on l’a vu. Par la guérison, il faut entendre le secours apporté aux hommes dans toutes leurs détresses, y compris les détresses physiques. Le cadre grandiose de la conversion, c’est celui de notre seconde lecture : la mise en accord de tout l’univers dans la communion de la charité du Christ.
La mission a un centre; la mission a un visage
Pape François
L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mc 6, 7-13) raconte le moment où Jésus envoie les Douze en mission. Après les avoir appelés par leur nom un par un, «pour qu’ils soient avec lui» (Mc 3, 14) en écoutant ses paroles et en observant ses gestes de guérison, il les convoque à présent à nouveau pour «les envoyer en mission deux à deux» (6, 7) dans les villages où il allait se rendre. C’est une sorte de «stage» annonçant ce qu’ils seront appelés à faire après la Résurrection du Seigneur avec la puissance de l’Esprit Saint.
Le passage évangélique s’arrête sur le style du missionnaire, que nous pouvons résumer en deux points: la mission a un centre; la mission a un visage.
Le disciple missionnaire a avant tout un centre de référence, qui est la personne de Jésus. Le récit l’indique en utilisant une série de verbes qui ont Jésus pour sujet — «il appelle», «il se mit à les envoyer en mission», «en leur donnant pouvoir», «il leur prescrivit», «il leur disait» (vv. 7.8.10) —, de sorte que le départ et l’action des Douze apparaît comme le rayonnement d’un centre, la reproposition de la présence et de l’œuvre de Jésus dans leur action missionnaire. Cela révèle combien les apôtres n’ont rien de personnel à annoncer, ni de capacités personnelles à démontrer, mais qu’ils parlent et agissent en tant qu’«envoyés», messagers de Jésus.
Cet épisode évangélique nous concerne également, et pas seulement les prêtres, mais tous les baptisés, appelés à témoigner de l’Evangile du Christ dans les divers domaines de la vie. Et pour nous aussi, cette mission n’est authentique qu’à partir de son centre immuable qui est Jésus. Ce n’est pas une initiative de fidèles individuels ni de groupes, pas plus que de grands rassemblements, mais c’est la mission de l’Eglise indissolublement unie à son Seigneur. Aucun chrétien n’annonce l’Evangile «à son compte», mais seulement envoyé par l’Eglise qui a reçu le mandat du Christ lui-même. C’est précisément le baptême qui nous rend missionnaires. Un baptisé qui ne sent pas le besoin d’annoncer l’Evangile, d’annoncer Jésus, n’est pas un bon chrétien.
La deuxième caractéristique du style du missionnaire est, pour ainsi dire, un visage, qui consiste dans la pauvreté des moyens. Son équipement répond à un critère de sobriété. Les Douze, en effet, ont l’ordre «de ne rien prendre pour la route qu’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture» (v. 8). Le Maître les veut libres et légers, sans appuis et sans faveurs, uniquement sûrs de l’amour de Celui qui les envoie, uniquement forts de sa parole qu’ils vont annoncer. Le bâton et les sandales sont l’équipement des pèlerins, car tels sont les messagers du royaume de Dieu, pas des managers tout-puissants, pas des fonctionnaires inamovibles, pas des vedettes en tournée. (…) Et à ce «visage» appartient aussi la façon dont le message est accueilli: il peut en effet arriver de ne pas être accueillis ou écoutés (cf. v. 11). Cela aussi est la pauvreté: l’expérience de l’échec. L’histoire de Jésus, qui fut rejeté et crucifié, préfigure le destin de son messager. Et ce n’est que si nous sommes unis à Lui, mort et ressuscité, que nous réussissons à trouver le courage de l’évangélisation.
Que la Vierge Marie, première disciple et missionnaire de la Parole de Dieu, nous aide à apporter le message de l’Evangile au monde, avec une joie humble et radieuse, au-delà de tout refus, incompréhension ou adversité.
Angelus 15/07/2018
Des Missionnaires avec peu de bagage
Romeo Ballan mccj
Pauvres, pour être libres et crédibles!Voilà, en quelques mots, le message de Jésus. Il appelle, et envoie ses disciples dans le monde, deux par deux (Évangile), porteurs d’un message de vie: inviter à la conversion et libérer les gens des esprits impurs et de toutes les maladies (v. 7.12-13). Son langage ne manque pas de se faire dur et exigeant, fleurant même le paradoxe, au sujet de tout ce qui concerne formes et instruments au service de l’annonce missionnaire. Mais le but à atteindre en est d’autant plus clair: l’efficacité de la mission (celle de Jésus au même titre que celle des disciples) ne dépend pas d’un déploiement de moyens humains, ni de la faveur des puissants qui s’associeraient éventuellement pour la promouvoir ou la protéger. En effet, tout investissement de puissance humaine ne fait que vider de l’intérieur le message évangélique, le priver de toute sa force spirituelle et en même temps conditionner à la fois le missionnaire, ainsi que le destinataire de l’annonce.
Abondance de moyens, organisation, la faveur des puissants ne doivent pas polluer le message dans sa transparence et sa crédibilité. Le prophète/missionnaire est appelé à l’annoncer en toute liberté. L’expérience du prophète Amos en témoigne (I lecture). Amasias, prêtre du temple de Bétel, dans le royaume de Samarie, jouit de la protection de Jéroboam II (VIII s. av. J.C.). Haut fonctionnaire reconnu dans la cour royale, il a perdu toute liberté. Il en arrive même à repousser Amos, prophète de Dieu, originaire du sud, que Dieu a envoyé au nord: va-t-en, visionnaire, regagne ton pays d’origine (v. 12). Amasias, complice de l’administration royale, ne tolère plus qu’un homme du peuple, Amos justement, gardien de bétail et paysan (v. 14), ose s’attaquer si énergiquement aux abus des dirigeants, y compris le roi!, mais aussi des propriétaires de terres, des commerçants… tous exploitant les pauvres sans vergogne (chap. 5-6-8). En plus de cela, Amos dénonce sans hésiter la pratique religieuse réduite désormais à un ramassis de rites extérieurs et incohérents. A Amasias qui lui déclare son hostilité, Amos répond ouvertement: c’est le Seigneur même qui l’a sorti des étables et des champs, pour l’envoyer là comme prophète. Il est donc hors de question qu’il quitte les lieux.
Jésus ne fait que suivre la trace des prophètes les plus radicaux. Il insiste fortement sur la pauvreté (Évangile), condition essentielle pour la mission: ni pain, ni sac, ni argent. “Une pauvreté qui est de l’ordre de la foi, en même temps que liberté et légèreté. Ces deux dernières conditions seront donc les premières pour lui! Un disciple qui croule sous le poids des bagages devient vite sédentaire et conservateur, incapable de saisir et annoncer la nouveauté de Dieu! Il sera par contre très habile à repérer les raisons justifiant l’intérêt de ses choix: il lui sera impossible de renoncer à la maison où il est commodément installé. Comment en sortir, en effet, compte tenu de la quantité de valises à garder, ou des sécurités acquises et devenues indispensables? Mais la pauvreté est aussi foi: elle dit d’un disciple qui ne croit pas en ses propres forces, sa confiance ne s’appuyant que sur le Seigneur. Le refus est prévu également (v. 11): la Parole de Dieu est efficace, mais à sa manière. Le disciple se doit de proclamer le message tout en acceptant d’y jouer sa crédibilité: efficacité et résultat sont entièrement dans les mains de Dieu. Une tâche confiée ne correspond pas à un succès garanti” (Bruno Maggioni). Le succès n’est oeuvre que de l’Esprit, qui est l’âme de l’Eglise, et qui est le seul à le connaître.
A ce sujet la réflexion de dimanche dernier tombe juste: elle partait du témoignage de Paul: “La vraie mission se réalise dans la faiblesse humaine“. Tous les disciples –chacun de nous au fait!- sont appelés et envoyés à porter l’Évangile de Jésus, non pas comme une initiative personnelle, mais dans la prise de conscience d’être tous membres de la communauté nouvelle que Jésus a instituée (il les envoya “deux par deux…”; “là où deux ou trois disciples seront réunis en mon nom…”). Voilà pourquoi tout disciple a reçu de Dieu, gratuitement, le privilège merveilleux de connaître Jésus Christ. Paul (II lecture) nous le confirme, dans son langage théologiquement si élevé: en Jésus Christ le Père nous a choisis et bénis pour être saints et immaculés, fils adoptifs, heureux, sauvés, pardonnés (v. 3-7), sous le sceau de l’Esprit: “Dans le Christ, vous aussi, vous avez écouté la parole de vérité, la bonne nouvelle de votre salut; en lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l’esprit Saint” (v. 13). De cette manière il nous a rendus aptes au service de la mission, et donc du plan de Dieu (v. 14) pour la vie de la famille humaine.
Dieu a besoin de chacun de nous
Jacques Fournier
« Je n’étais pas prophète, je n’étais qu’un bouvier. C’est lui qui m’a dit ….» Cette déclaration du prophète Amos nous pouvons nous la faire souvent quand Dieu nous met devant une situation à laquelle nous ne sommes pas préparés.
Saint Paul dit la même chose de la vocation des chrétiens dans la lettre aux Ephésiens. Et, dans l’Evangile, le Christ précise les modalités de cette mission lorsqu’il envoie les Douze, les détachant de leur condition sociale d’origine pour qu’ils puissent accomplir une première mission.
La grâce que Dieu nous donne est un choix de Dieu et non l’aboutissement de nos propres décisions.
C’EST LUI QUI M’A DIT…
A Béthél, les salariés du sanctuaire royal était en nombre suffisant et menaient leur affaire selon les habitudes rituelles. Il ne pouvait donc être question de permettre à Amos d’y gagner sa vie. « Fais ton métier de prophète ailleurs. » lui signifie Amazias (Amos 7. 12 à 15)
De nos jours comme à toute époque, peut exister cette tentation de laisser les habitudes prendre le pas sur l’enthousiasme qui est source de créativité et de renouvellement de cette créativité. « Quand j’étais …j’ai l’habitude tels cas, il y a dix ans …. » Mais les jeunes eux-mêmes n’en sont pas exempts « J’ai étudié cette question …je suis diplômé … » Il n’y a jamais deux situations humaines semblables. Chacun et chacun ont comme nous une histoire différente et vécue différemment.
Le service des autels et du Temple était assuré par les lévites, membres d’une même tribu, par succession familiale. Amos ne critique pas cette institution qui vient de Moïse. Il situe et précise seulement le comment de sa vocation : « Je n’étais ni prophète, ni fils de prophète. » Il était bouvier et soignait les figuiers ou plus exactement « pinçait les sycomores ». Il vient d’ailleurs, parce que c’est le Seigneur qui l’a saisi et lui a donné sa mission.
Au début de l’Eglise, la communauté chrétienne connaît les mêmes difficultés avec l’arrivée de saint Paul, le « converti en une minute ». L’enthousiasme et la nouvelle manière de vivre qui sont les leurs parfois déroutent et dérangent.
Amazias demande à Amos de quitter le royaume des tribus du Nord et de rejoindre le pays de Juda, qui était par excellence le royaume de l’Alliance. Amos lui réplique en évoquant l’universalité de sa mission : « C’est lui qui m’a dit d’aller pour mon peuple Israël », c’est-à-dire, l’ensemble des douze tribus et non pas une seule tribu.
LE SEIGNEUR LES A SAISIS
Ils existent de nos jours ces hommes et ces femmes de Dieu que le Seigneur a saisis, empoignés, retournés alors qu’ils suivaient le troupeau de leurs soucis quotidiens. Ils sont dans les paroisses, dans les séminaires, dans les couvents, ou encore missionnaires sur les routes du monde. Leur modèle, c’est le Christ, qui lui le premier a accepté le chemin tracé par son Père et qui s’y engagé de la mort à la Résurrection.
Il ne s’agit pas de nous en remettre uniquement à ce qui est prévisible et d’écarter tout le reste, en ne nous laissant guider que par les habitudes, par les résultats concrets ou par la recherche de la réussite. Il faut nous en remettre à l’imprévisible de Dieu.
Et l’imprévisible de Dieu n’est jamais arbitraire.
Parce qu’il est créature de Dieu, l’homme est lui-même et tout entier un don reçu de Lui. Nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons de notre vie : elle ne peut être laissée à notre seul arbitraire. Car tout don appelle une réponse dans le prolongement même de ce don. « Me voici, Seigneur. » Nous avons le devoir d’accomplir ce que Dieu nous demande et de l’assumer au travers de nos tâtonnements, de nos errements. Mais jamais nous ne devons lui opposer un refus qui deviendrait alors un rejet de l’appel de Dieu. « C’est le Seigneur qui m’a saisi. »
Dieu choisit qui il lui plaît, là où il lui plaît, comme il lui plaît.
RECAPITULER TOUT DANS LE CHRIST.
La deuxième lecture développe aussi notre élection par Dieu. « Il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. D’avance, il nous a destinés à devenir des fils par Jésus-Christ. » (Ephésiens 1. 4) C’est là le vrai mystère de notre vie, le projet de son amour.
Saint Paul, au début de cette lettre aux Ephésiens, prononce par trois fois cette formule : « A la louange de sa Gloire. » (Ephésiens 3. 6, puis 12 et enfin 14), une lecture qui exige une lente maturation par la méditation silencieuse « de cette grandeur qui dépasse toute grandeur, par sa puissance envers nous, par l’énergie de son pouvoir mis en œuvre dans le Christ. » (Ephésiens. 4. 19)
« Tout honneur et toute gloire » disons-nous au terme de chaque prière eucharistique.
L’homme que nous sommes est, à la fois, l’espérance de l’homme et son propre enfer. C’est la foi seule, en définitive, qui ose considérer véritablement l’homme comme une espérance. Pour elle, en effet, l’homme n’est pas un être indéfinissable qui se recherche constamment. Pour la foi, l’homme s’appelle d’abord Jésus-Christ. « Dieu nous a remplis de sagesse et d’intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu’il prévoyait dans le Christ … en récapitulant tout dans le Christ. » (Ephésiens 1. 10)
Fondamentalement, c’est en Lui, le Christ, que l’homme est espérance de lui-même. Il lui est donné de dépasser toute souffrance, de dépasser tout ce qui, à nos yeux, est le domaine propre de l’homme. « En Lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l’Esprit-Saint. C’est la première avance qu’il nous a faite sur l’héritage dont nous prendrons possession. » (Ephésiens 1. 14)
LA GRATUITE DE CETTE ELECTION
A la gratuité de cette élection doit répondre la gratuité de la réponse, la disponibilité qui fut celle d’Amos, la disponibilité qui fut celle de saint Paul, la disponibilité qui fut celle du Christ, la disponibilité du pauvre que nous sommes : « Bienheureux les pauvres, le Royaume des cieux est à eux. » (Matthieu 5. 3)
La surcharge des soucis nous empêche souvent de rejoindre l’essentiel. C’est tout aussi vrai de pièces de monnaie que de la qualité de l’hospitalité offerte : »Tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. » (Amos 7. 12)
La conversion est aussi nécessaire pour celui qui proclame la Parole de Dieu que pour celui qui l’entend. Tu étais bouvier, tu es autre désormais. « Va, tu seras prophète pour mon peuple. » Et pour les apôtres, dans l’Evangile de ce jour : « Ils partirent et proclamèrent qu’il fallait se convertir. »
Pour l’homme que nous sommes, la possession des réalités n’est à poursuivre ni dans les seuls biens matériels, ni dans l’estime que nous suscitons à notre égard. Elle est à poursuivre dans l’accomplissement du don particulier que Dieu nous a fait. L’un était bouvier comme Amos, l’autre pécheur comme l’était Pierre. L’un est comptable comme Matthieu, l’autre tisseur de tentes comme Paul. Tous, ils ont vécu la parole même de l’Apôtre : « Qu’il ouvre votre cœur à sa lumière …pour que vous sachiez quelle est la richesse de l’héritage qu’il vous fait partager avec les saints, son énergie, sa force toute-puissante qu’il a mises en œuvre dans le Christ. » (Ephésiens 1. 19 et 20)
L’histoire des saints, c’est d’abord l’histoire de leur découverte de Dieu qui est en eux et du bouleversement qu’elle provoque, de sa présence agissant dans leur vie, où s’exprime alors une véritable symphonie des dons qu’ils ont reçus et qu’ils font chanter devant Dieu et devant les hommes. Ces dons sont si différents que nul saint n’épuise la plénitude du Christ, ni saint François d’Assise, ni saint Augustin, ni saint Benoît, ni aucun autre.
ET NOUS-MEMES
D’une certaine manière, je ne suis qu’un bouvier ou un pinceur de sycomores. Et pourtant Dieu avait besoin d’un saint. Non pas d’un homme parfait comme le monde en est rempli et qui vous décompte tous les sacrifices et toutes les bienveillances qu’il fait. Non pas d’un homme qui se corrige d’un défaut par semaine au point qu’il ne doit plus en avoir à la fin de l’année.
Il a besoin de chacun de nous : « Dieu a besoin des hommes. » Laissons-le faire en nous, car il est si imprévisible, si perspicace sur nous-mêmes.
Je ne sais quel saint, ou quelle sainte, a dit qu’il n’était qu’un vase vide, une cruche comme aux noces de Cana. La vie la remplit d’eau et la grâce de la Parole de Dieu peut la faire déborder en un vin chaleureux. Et notre saint ajoutait : « Rappelez-vous, Seigneur, que vous avez quelque part sur terre une petite cruche à votre disposition, une petite cruche qui ne rêve rien d’autre que d’être à vous. »
« Le Seigneur donnera ses bienfaits et notre terre donnera son fruit. » (Psaume 84 pour ce dimanche)
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