6e dimanche de Pâques – Année B
Jean 15,9-17

Lectures bibliques :
- Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
- Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
- Lettre de saint Jean. 1 Jean 4 7 à 10 : « Dieu est amour … il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
- Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »
Fatigue et joie pour celui qui s’ouvre à l’Amour et à la Mission
Romeo Ballan mccj
Deux questions toujours actuelles: quel est l’amour le plus grand? où trouver la joie parfaite? La réponse de Jésus est claire et définitive (Evangile): demeurer fidèles à Dieu et donner la vie pour les autres (v. 11.13). C’est le témoignage de Jésus même, dans sa grande Pâque qui, d’après l’Evangile de Jean, s’ouvre par le «lavement des pieds», un geste qui a valeur de sacrement et d’eucharistie. Nous sommes là au début du soi-disant ‘livre des adieux’, qui s’étend sur les chapitres 13-17. L’évangéliste concentre dans ce ‘livre’ des thèmes qui sont très chers à sa vision théologique: il parle avec insistance du service et du commandement de l’amour, il y explique le sens pascal et eschatologique de l’exode de Jésus. C’est encore là que Jean révèle les rapports qui situent Jésus dans la communion de la vie trinitaire, où il montre le visage du Père et de l’Esprit consolateur, et y accueille finalement l’intense prière que Jésus éleva au Père… Quant à Jésus, il est présenté là dans des moments intenses de confidences et de partage avec ses amis (v. 15): c’est dans ces moments-là qu’il se révèle à eux comme «chemin-vérité-vie», il leur offre la paix, il les invite à la confiance. Parce que «j’ai vaincu le monde!» (Jn 16,33).
Evidemment l’enseignement de Jésus sur l’amour, pris dans toutes ses dimensions, assume un sens particulier dans ce contexte des adieux, si riche de signification et d’émotions.
-Jésus parle en premier lieu de la source primaire de l’amour, l’amour dans sa source d’origine (Ad Gentes 2), qui est le sein de la Trinité: «comme le Père m’a aimé…».
-Venant du Père, l’amour se porte sur le Fils dans la surabondance de l’Esprit Saint.
-Venant du Fils, l’amour se répand sur les disciples: «comme moi aussi, je vous ai aimés, demeurez dans mon amour» (v. 9).
-Ensuite, à partir des disciples l’amour rejaillit sur tous: «pour que vous vous aimiez les uns les autres» (v. 12.17).
Jésus-même se donne comme mesure et modèle de référence, mais aussi comme inspiration pour l’amour le plus grand: il lave les pieds de ses disciples et donne sa vie pour ses amis (v. 13). (*)
L’amour dont nous parle Jésus possède des dimensions missionnaires évidentes. On le voit aussi dans ces deux phrases, qui sont à lire en parallèle:
– «comme le Père m’a aimé ainsi moi-aussi je vous ai aimés: demeurez dans mon amour» (v. 9); -«comme le Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie… recevez l’Esprit Saint» (Jn 20,21-22).
Amour et mission marchent ensemble, en lien étroit: la mission naît de l’amour, l’amour porte à la mission. Tout cela dans le signe et par la force de l’Esprit d’amour. Jean (II lecture) renforce le même enseignement en partant de l’origine divine de l’amour: «aimons-nous les uns les autres… parce que l’amour vient de Dieu… puisque Dieu est amour… c’est Lui qui nous a aimés» (v. 7.8.10).
Aimer jusqu’à donner sa vie pour les autres! Voilà l’amour le plus grand, l’amour des martyrs. L’amour qui est aussi le témoignage de tant de chrétiens, missionnaires et autres. L’un des sept moines trappistes tués à Tibhirine (Algérie, mai 1996), victimes d’un noyau de fondamentalistes islamiques, nous a laissé ce témoignage écrit: «Si un jour venait, peut-être même aujourd’hui, où je serai victime de ce terrorisme qui semble vouloir avaler tous les étrangers vivant en Algérie, je voudrais rappeler à ma communauté, à ma famille, à mon Eglise, que moi, j’ai fait don de ma vie à Dieu et à ce pays» (Christian de Chergé).
L’amour de Dieu est pour tous, ainsi la Mission se doit d’être ouverte aussi à tous les peuples. Ce destin universel de l’action missionnaire de l’Eglise, se manifeste déjà dans la conversion du centurion romain Cornelius (I lecture). Augusto Barbi, théologien bibliste de Vérone, nous explique que déjà par un long chemin difficile l’Eglise s’est ouverte à accueillir les païens. Dans le livre des Actes l’épisode de Cornélius marque justement un tournant décisif dans ce chemin d’ouverture. Rien que l’espace donné à la relation de l’épisode (66 versets!), avec plusieurs répétitions, marque déjà l’importance de l’évènement. Mais il dit aussi le chemin difficile qui amène les païens à la pleine intégration dans l’Eglise. Pierre développe d’importantes réflexions typiques de la théologie missionnaire sur le thème du salut accordé à tous les hommes: “Dieu ne fait de préférence pour personne, mais tous ceux qui le craignent et pratiquent la justice, quelle que soit leur ethnie d’ appartenance, lui sont chers” (v. 34-35). En tout cas, au delà des meilleures méditations de Pierre ou de ses compagnons, celui qui est la solution du problème, c’est l’Esprit Saint, qui descend sur tous ceux qui sont présents: les fidèles et les païens (v. 44-45), ouvrant ainsi la porte du Baptême à ces derniers au même droit que les autres.(v. 47-48).
Les résistances de la première communauté chrétienne, les hésitations de Pierre même, sont liées à la différence culturelle et religieuse des interlocuteurs, ainsi qu’à la cristallisation des préjugés liés à la diversité d’origine et à toutes formes de peur. Il nous est aisé d’entrevoir dans les personnages et dans les parcours de l’histoire de Cornelius, un paradigme et une indication significative pour l’aujourd’hui de l’Eglise, qui se trouve souvent face à la diversité culturelle et religieuse des différents peuples, et doit toujours s’ouvrir à l’universalité de la mission, par l’effort d’accueillir, intégrer, évangéliser de nouveaux groupes humains. Migrants ou pas. Ou acceptés, ou bien refusés et rejetés!
Être disciple du Christ, c’est aimer
Marcel Domergue sj
Au moment où Jésus va se séparer de ses disciples, il leur laisse en quelque sorte son testament, un résumé de tout ce qu’il leur a transmis en paroles et en actes. Or, et cela peut nous surprendre, le dernier mot de son héritage, de son « testament », est une consigne, un « commandement ». Il en résulte que l’aboutissement de notre adhésion au Christ, et la figure que la foi chrétienne doit présenter au monde, est une éthique, c’est-à-dire, si l’on veut, une manière de se comporter.
Notre texte dit « commandement », d’abord au pluriel, puis au singulier. Ce commandement, qui récapitule toutes les consignes données par Jésus, est de nous aimer les uns les autres. Question : l’amour peut-il se commander ? Pourquoi Jésus utilise-t-il ce mot ? Sans doute pour nous faire comprendre que toute la Loi est désormais dépassée par ce qui était secrètement son âme. Du coup les commandements négatifs du Décalogue traversent une sorte de mue pour prendre la forme du commandement positif, et unique, d’aimer. Comme le dit Jésus en Jean 13,34, ce commandement est « nouveau » et le mot lui-même prend un nouveau sens. De toute façon, l’amour dont il s’agit n’est pas un sentiment que l’on éprouve ou non, mais une attitude que l’on choisit, un acte de liberté. C’est dans un second temps que le sentiment peut s’y ajouter. Concluons que les chrétiens se reconnaissent à l’amour dont ils font preuve. Nous sommes souvent loin du compte.
La source de notre amour
Les conduites selon l’amour sont en quelque sorte un résultat, la part extérieure et visible d’une réalité qui nous habite, cette sève dont il était question dimanche dernier : l’Esprit, qui est en nous présence du Père et du Fils, donc de la relation de don et d’accueil qui fonde tout ce qui vit. Et si, par l’amour, Dieu demeure en nous, nous demeurons en lui dans la mesure où nous entérinons cet amour qui nous habite. Rien de cela ne se passe sans notre liberté, par laquelle nous sommes images de Dieu. Le verbe « demeurer » revient trois fois dans ce passage d’évangile : il s’agit de faire notre demeure dans l’amour dont nous sommes aimés. Il s’agit de ne pas sortir de cet amour, car en dehors de lui il n’y a que le néant. Ce qui le fait naître en nous et y demeurer, c’est la foi. Quelle foi ? La foi en cet amour qui nous fait être. Notre amour en effet est toujours second : il est réponse, car Dieu aime le premier. Ainsi, les disciples du Christ sont reconnaissables à l’amour qu’ils portent aux autres. Pas aux “exercices de piété”, ni à la finesse éventuelle de leur vie spirituelle, ni même à la pratique de subtiles vertus, bien que tout cela puisse servir à l’entretien de la foi initiale en l’amour initial. Le commerce d’amour avec les autres se fonde sur un commerce avec Dieu, ce qui signifie que nous avons à maintenir le contact avec celui qui veut que nous soyons. Nous avons à entendre sans cesse ce « Je veux que tu sois, que tu sois toi » qui est une expression majeure de l’Amour et qui justifie notre existence et notre joie de vivre.
“Comme je vous ai aimés” ?
Le mot amour est plus qu’ambigu. C’est bien pourquoi le Christ nous demande de nous aimer non pas n’importe comment, mais comme lui-même nous a aimés. Et, pour que nous ne confondions pas cet amour avec quelque sentiment chaleureux, il précise : cet amour consiste à donner sa vie pour ceux que l’on aime. Bien sûr, nous ne serons pas tous crucifiés, ni abattus comme les moines de Tibhirine. Nous ne serons pas tous appelés à donner notre vie à Dieu, pour les autres, dans quelque ordre religieux. Mais il y a d’autres manières, beaucoup plus courantes, de donner notre vie en renonçant à nos idées, à certains projets, à nos exigences. Des exemples ? Voici un couple : grand est le danger, pour l’un ou l’autre, de vouloir à tout prix que son conjoint se conforme à l’idée qu’il s’est faite de sa manière de vivre, de penser, de s’occuper. Renoncer à cette image pour que l’autre reste ou devienne lui-même, c’est accepter de se « perdre » soi-même. Vis-à-vis des enfants, même exigence. N’oublions pas que le « Je veux que tu sois » se prolonge par un « Je veux que tu sois toi ». Aimer quelqu’un comme le Christ nous aime consiste souvent à l’aider à se libérer de nous. Mort à soi-même, et parfois souffrance à traverser, mais dans la foi, une foi qui engendre la joie. Alors, peut-être, quelqu’un nous demandera raison de l’espérance qui est en nous. Avec douceur et respect, nous pourrons alors lui parler de l’amour dont nous sommes aimés (1 Pierre 3,15-16).
Aimer avec l’Amour dont il nous aime!
Jacques Marcotte o.p.
Dans ce passage d’Évangile, Jésus nous annonce le chemin du plus grand amour, celui qu’il a parcouru pour nous rejoindre. Du coup, il trace les contours de notre vocation à aimer, à aimer comme lui. Lui, le premier, il nous a aimés, d’un amour qui donne tout, d’un amour divin.
Avec la figure du vrai Berger, évoquée précédemment, Jésus se révèle comme celui qui rassemble ses brebis; il les connaît; il les appelle; il leur donne l’abondance; il donne sa vie pour ses brebis. L’allégorie de la Vigne nous a fait voir ensuite la communion dans laquelle nous sommes établies avec le Ressuscité, jusqu’à faire corps avec lui, vivre de sa vie, Maintenant Jésus nous parle de l’amour dont il nous aime et dont il veut que nous l’aimions, dont il veut que nous nous aimions entre nous. L’image forte qu’il choisit pour nous le dire est celle de l’Amitié. « Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ».
Il est étonnant de voir le Seigneur s’ouvrir ainsi à nous, nous faire ainsi confidence de lui-même. Nos amitiés, nous en parlons peu. Nous sommes pudiques. Nous avons peur de dire nos sentiments profonds, de révéler nos états d’âme et de cœur. En fait nous ne sommes pas bien certains d’aimer. Peut-être avons-nous peur d’aimer et de nous laisser aimer? Surtout si nous avons connu des déceptions dans ce domaine. Ou si nous avons le sentiment d’être en déficit d’amitié, portant le sentiment d’avoir trahi celui ou celle qui avait mis en nous sa confiance. Et alors ça nous surprend d’entendre le Seigneur nous parler d’amitié, d’apprendre qu’il veuille s’engager jusque-là avec nous.
En fait Jésus révèle à ses disciples le plus intime de lui-même, le mystère de sa relation intense avec le Père. Nous comprenons que leur amour, celui du Père et du Fils, est immense, à l’infini de l’amour. La lettre de Jean nous le disait : « Dieu est Amour ». Or Jésus introduit ses disciples dans cet amour-là. Pour qu’ils puissent s’y installer, y demeurer, en vivre, vivre cet amour.
Et nous apprenons ainsi qu’à notre tour nous sommes appelés à entrer dans cette profondeur
d’intimité avec le Seigneur. Il ouvre son cœur sur le nôtre. Il se met en quête de notre amour. Voici qu’il nous a aimés le premier, jusqu’à donner sa vie pour nous. C’est notre tour de répondre à cet amour par notre consentement à nous aimer les uns les autres, et à le faire en mémoire de lui. Ainsi son sacrifice n’aura pas été vain.
Remarquons que cet amour de charité qu’il éveille en nous, Jésus ne le demande pas pour lui-même. Il veut le voir animer nos rapports les uns avec les autres. Il nous en fait même un commandement, sachant que notre nature ne va pas facilement dans ce sens. Nous avons tendance à nous isoler les uns des autres, à nous enfermer prudemment dans nos quartiers. Pour nous protéger peut-être? Nous avons peur d’aimer. Peur des obligations de l’amour.
Si le Seigneur nous demande de nous investir dans l’amour les uns pour les autres, de nous aimer comme lui nous a aimés, c’est pour compléter le cercle de l’amour. L’amour du Père et du Fils s’accomplissant dans notre amour des uns pour les autres. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour… Mon commandement le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.» Il s’en suit donc une sorte de continuité. N’est-ce pas, dès lors, l’amour du Père et du Fils qui passe en nous et nous rend chacun, chacune porteur d’un tel amour pour les autres? Quelle grande puissance d’aimer devient nôtre!
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Homélie de Jacques Fournier
Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.
LE SIGNE DE DIEU
Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.
Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.
Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis… qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)
Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.
L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.
Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter Corneille et, au delà de lui, tout païen. Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.
Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).
Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.
Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8). C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)
L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE
Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile. Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile inattendu par ses orientation et ses décisions.
A Césarée, c’est donc Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »
Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »
LA PENTECOTE DES PAIENS
Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).
A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).
Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain mais l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.
A Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.
Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.
Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »
L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.
L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.
Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.
Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.
L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.