V dimanche de Pâques (B)
Jean 15,1-8

Références bibliques
- Lecture des Actes des Apôtres. 9. 26 à 31 : « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. »
- Psaume 21 : « On proclamera sa justice au peuple qui va naître. »
- Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 18 à 24 : « Dieu est plus grand que notre cœur. »
- Evangile selon saint Jean. 15. 1 à 8 : « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire. »
Nous avons besoin du Christ
Marcel Domergue
“Sans moi, vous ne pouvez rien faire”. Que veut dire Jésus ?
Parole surprenante ! Car enfin nous n’avons pas besoin de nous brancher sur le Christ pour construire nos machines, cultiver nos légumes, etc. Bien plus, beaucoup « font du bien », « portent du fruit » sans référence à l’Évangile. Incontestable, en ce sens que l’on peut mener une vie humaine correcte, et même plus, sans connaître ou reconnaître le Christ. Cependant, à la lumière de la foi, nous savons que, même si nous n’en avons aucune conscience, l’énergie qui nous anime, l’intelligence qui nous guide, la bienveillance qui nous relie aux autres (quand elle est là) sont œuvre du Verbe, en lequel vit tout ce qui est vie. Déjà, la Bible voit la « Sagesse divine » à la source de l’habileté manuelle de l’artisan. Le Verbe est là, en toute humanité, chaque fois qu’un homme accepte de faire quelque chose de bon, d’humain. Rien en effet n’échappe à l’action créatrice de Dieu. Depuis toujours le Verbe se fait chair et le Christ est là, caché dans le mystère de Dieu et dans l’histoire tumultueuse des hommes. Avec Jésus, ce qui était caché devient visible et nous voici interpellés par cette parole devenue audible. Soumis à un choix : accueillir ou refuser. C’est pourquoi l’Écriture qualifie souvent le Christ de « juge » : sa présence et son action amènent chacun à dévoiler ses pensées et ses désirs les plus profonds : opération vérité. « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. »
Connaître la vérité pour accéder à la liberté.
On peut se demander en quoi la venue du Christ nous rend service : si tout acte bon d’un incroyant vient en définitive du Verbe, est comme une humanisation de la Parole divine, que nous apporte l’Incarnation ? D’abord une révélation : par le Christ, nous apprenons que nos activités humaines, et aussi nos prises de position, ont une portée divine. Du coup, ce fruit que nous portons « demeure » ; il revêt la solidité de Dieu lui-même. Mais ce fruit, c’est d’abord nous-mêmes, transformés que nous sommes parce que nous choisissons et faisons. Il y a là, déjà, une forme de la promesse de vie éternelle. Portant le fruit de Dieu, ces sarments que nous sommes ne peuvent finir dans le « feu », périr dans la destruction des êtres inutiles. Mais la révélation donnée et reçue dans le Christ nous apporte autre chose encore : elle nous fait accéder à la liberté la plus haute qui soit. Désormais en connaissance de notre vérité ultime, nous sommes en mesure de choisir, de répondre par oui ou par non. Nous pouvons choisir ce que nous avons à être. Nous sortons de la nuit pour nous diriger en pleine lumière. Demeurer dans le Christ ou nous séparer de lui, voilà le choix que nous propose Jésus à travers la parabole de la vigne et des sarments.
“Vous êtes les sarments”: taillés et féconds pour la Mission
Romeo Ballan mccj
Dans l’Evangile d’aujourd’hui Jésus revendique pour lui-même l’allégorie de la vigne: “C’est moi la vraie vigne” (v. 1). Cette affirmation que Jésus donne de lui-même, doit être reliée à d’autres, que nous devons également au témoignage de l’évangéliste Jean: Je suis l’eau vive (Jn 4). “Je suis le pain vivant” (Jn 6). “Je suis la lumière du monde” (Jn 9). “Je suis le bon pasteur” (Jn 10). “Je suis la résurrection et la vie” (Jn 11)… Justement, aujourd’hui il ajoute: “Je suis la vigne, vous êtes les sarments” (v. 5). Toutes des affirmations qui nous rappellent Dieu qui proclame, au sujet de lui-même, dans l’Exode: “Je-Suis m’a envoyé vers vous” (Ex 3,14). Il devient donc évident que ces révélations de Dieu, ou de Jésus, sur soi-même, sont déjà un Evangile en soi, une bonne nouvelle, qui porte en elle même un mandat missionnaire, qui nous est confié, pour qu’il soit annoncé aux autres. A la conclusion de la dernière cène de Jésus avec ses disciples, dans le contexte des adieux, si riche de significations et si chargé en émotions, nous trouvons ce passage d’aujourd’hui. Dans cet Evangile de la “vigne et des sarments” Jésus reprend le thème si riche de la vigne chez les Prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel…) et les psaumes (80). C’est Lui donc la vraie vigne du Nouvel Israël, qui donnera des fruits et ne décevra pas l’attente de Dieu.
Dans ce passage de la vigne et des sarments se révèle la Trinité de Dieu: le Père est le vigneron (v. 1), le Fils est la vraie vigne, l’Esprit est la sève vitale, l’amour qui passe du sein de la Trinité au cœur des disciples, qui sont les sarments. Il s’agit aussi d’une allégorie (la vigne et les sarments) qui permet de réfléchir sur l’Eglise et sur l’Eucharistie: le premier “fruit de la vigne” est bien l’Eucharistie de la nouvelle alliance dans le sang de Jésus (Mt 26,29). Les autres fruits sont demandés à tous ceux qu’il appelle à le suivre: pour que vous “portiez beaucoup de fruit en devenant mes disciples” (v. 8). Ces fruits se trouvent dans le champ qui est le monde, là où “la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux” (Mt 9,37).
Pour porter des fruits, une seule chose est indispensable: l’union des sarments avec le cep. Il faut reconnaître que l’expérience de la culture viticole ne peut que confirmer cette affirmation. D’où l’insistance de Jésus: “Demeurez en moi, et moi en vous” (v. 4). Pas moins de sept fois Jésus s’exprime en ces termes dans le passage évangélique de aujourd’hui: ‘demeurer’. Il ne parle donc pas d’une présence superficielle, comme le passage d’un oiseau sur un arbre, ou d’un papillon sur une fleur. ‘Demeurer’ signifie stabilité, résidence fixe, demeure définitive. Il est question donc d’amitié, partage de vie, identité d’aspirations, prière. (*) Une amitié qui se renforce par la ‘taille’, que l’on vivra comme un passage nécessaire de purification et de fécondité, “pour porter plus de fruits” (v. 2). Job le dit aussi, lui qui était grand connaisseur en ce genre de taille: heureux l’homme que Dieu corrige; les mains de Dieu ne blessent que pour guérir (Jb 5,17-18).
De Jean (II lecture) nous vient aussi l’invitation à faire toujours confiance à Dieu –même dans les jours sombres de l’épreuve- parce que “Dieu est plus grand que notre cœur, Il connaît tout” (v. 20). Il nous a accordé l’Esprit Saint (v. 24), pour nous aider à ne pas aimer en paroles, mais “par des actes et en vérité” (v. 18). L’aventure de Paul (I lecture) intervient ici en témoignage de ce grand amour. Grand persécuteur des chrétiens, c’est en eux qu’il découvre la présence de ce Seigneur qui a changé sa vie. Sur la route de Damas, ce n’est pas un chrétien comme un autre qui trouve sa naissance, mais un apôtre, le plus grand missionnaire. Aussi bien à Damas qu’à Jérusalem il prêchait courageusement et ouvertement le nom du Seigneur Jésus, grâce aussi à la médiation de Barnabé, qui s’était chargé de le présenter aux Apôtres (v. 27-28). Ce rôle de Barnabé mérite d’être mis en évidence: il est l’ami, le confident, le conseiller et le compagnon du missionnaire Paul. Paul ne manquait pourtant pas de susciter la peur et la méfiance, et non seulement pour son passé de persécuteur. Le premier problème venait du fait que “Paul transmettait une force et une ouverture d’esprit qui suscitaient surprise et crainte auprès de certains chrétiens qui étaient déjà des habitués, leur vie étant normale, sans le souffle missionnaire que montrait le néo-converti. Il prêchait avec courage, ne dédaignant pas de s’affronter aux Juifs de langue grecque. Son message et son ardeur ne manquaient pas de lui créer des problèmes. Paul n’hésitait pas à prendre au sérieux ce qui est pour nous si difficile: aimer le prochain dans la réalité de son quotidien” (Gustavo Gutiérrez).
Au lieu de s’évader dans ses projets et suivre un chemin personnel, Paul s’affronte à toutes sortes d’incompréhensions et de divergences. Homme taillé et fécondé dans la souffrance endurée pour l’Evangile, il accepte de se confronter avec les Apôtres, en refusant de s’isoler et en essayant toujours de maintenir la communion ecclésiale au sein de la communauté croyante. Il reste un exemple pour tous ceux qui, aujourd’hui comme toujours, se consacrent totalement à la cause missionnaire de l’Evangile et pourtant sont affrontés à des incompréhensions et à des conflits à l’intérieur de la communauté ecclésiale. Rien de plus facile que la tentation de l’abandon. Tandis que Paul a su résister, être fidèle, et a fini par renouveler l’Eglise dès l’intérieur. Il a cherché toujours la communion. Dans l’amour fraternel!
Sainte Vigne du Père!
Jacques Marcotte op
Voilà la belle image de la Vigne pour dire le mystère du Christ et le nôtre! Mystère de vie, d’amour et de communion!
La plupart d’entre nous, nous ne sommes pas familiers avec les vignobles, la viticulture et la vigne. Pour ma part, il n’y a pas si longtemps, j’ai été surpris de voir des plants de vigne, à l’automne ou en hiver, dénudés, nettoyés jusqu’au tronc, sans feuilles ni fleurs ni fruits, ramenés à leur plus simple expression. Cela évoquait pour moi la désolation, la pauvreté et l’humiliation, autant dire le Christ en sa passion, sa mort et sa mise au tombeau. Alors qu’au printemps, il se produit une véritable résurrection. C’est alors une explosion de vie, un bourgeonnement soudain, avec bientôt les feuilles et les fleurs et des fruits à profusion.
C’est à tout le cycle de vie de la vigne, aux diverses saisons de l’année, que Jésus a sans doute voulu nous référer pour évoquer son parcours et le nôtre avec lui. Saison des préparations, de l’élagage et de l’épreuve, et, en ce qui concerne Jésus, l’heure de son dépouillement extrême, de sa lourde passion. Saison de Pâques enfin et de l’influx d’une vie nouvelle en tout son être jusqu’à nous rejoindre et nous donner de vivre de lui. Mystère de sa vie offerte, de sa vie reçue à nouveau du Père pour qu’elle nous soit donnée.
Il faut voir la vigne au printemps et puis en été, et jusqu’au temps des récoltes : quand c’est la vie pleine, féconde, quand tout l’ensemble prend du volume, de l’espace, de la couleur, de la densité pour la joie et la fierté du vigneron. Tout cela pour dire l’effet de notre vie croyante, la réponse de notre appel à vivre plus, à célébrer dans l’amour en nos existences la gloire et la puissance de notre Dieu dans le Christ.
Il y a, bien sûr, pour chacun, chacune le temps de l’épreuve, qui est élagage et purification : Mon père, nous avoue Jésus, est le vigneron. Il travaille sa vigne pour la pousser au maximum de ce qu’elle peut produire… Sa Parole demande à nous purifier. L’enjeu, c’est que nous soyons rattachés à la Vigne, que nous soyons partie prenante du Christ.
Il nous suffit d’avoir foi en son Nom et de nous aimer les uns les autres, comme il nous l’a demandé. Tout cela s’accomplit en nous avec l’aide de l’Esprit, comme le suggère la lettre de Jean dans la 2e lecture : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit ».
Le livre des Actes en témoignait pareillement en 1ère lecture : « L’Église se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait. »
C’est le sort heureux qui est le nôtre, si nous gardons foi dans le Nom du Christ, si nous nous aimons les uns les autres. Ce sera l’œuvre de l’Esprit en nous que de nous donner de produire les fruits attendus de paix et de pardon, d’amour et de réconciliation, de partage et de justice, de liberté et de communion. Soyons donc ensemble cette Église rêvée de Dieu, la Sainte Vigne du Père! Puisse l’Esprit de Pentecôte répandre en nous l’énergie divine qu’il nous faut pour faire corps avec le Ressuscité et annoncer au monde le Nom du Fils à la gloire du Père!
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Le vigneron, la vigne et les sarments
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments » : pour ce cinquième dimanche de Pâques, l’évangile nous offre une très belle image de l’union avec le Christ, recueillie par l’apôtre bien aimé (Jn 15). Sa méditation se prolonge dans sa Lettre : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui » (1Jn3).
Saint Paul, fraîchement converti, cherche à se greffer sur le collège des apôtres : une histoire mouvementée que nous racontent les Actes (Ac 9)
À l’écoute de la Parole
Alors que la nature, en ce printemps, se renouvelle et bourgeonne de vie, notre vie chrétienne est elle aussi renouvelée par la présence du Ressuscité – dans l’Église, dans nos âmes, dans notre prochain – pendant le temps de Pâques. Trois niveaux de communion qui se nourrissent mutuellement.
La liturgie du temps pascal nous propose, au fil des dimanches, plusieurs discours marquants de Jésus tirés de l’évangile de Jean : le Bon Pasteur (semaine dernière) ; la Vigne et les sarments (ce dimanche) ; le grand Commandement de l’amour (semaine prochaine).
Au cours de la dernière Cène, Jésus développe la grande allégorie de la vigne et des sarments (Jn 15) pour décrire l’union entre lui et ses fidèles. Le croyant est incorporé dans le Christ, il reçoit de lui la vie divine comme le sarment reçoit la lymphe de la vigne. Chacun de nous est introduit mystérieusement dans la vie trinitaire et « se tient avec assurance devant Dieu » (1Jn 3,21). Nous sommes ainsi incorporés dans le Fils, le Verbe éternel, pour participer à son adoration et son intercession auprès du Père sous la motion de l’Esprit. Le catéchisme nous présente ainsi ce mystère :
« Jésus dit : ‘Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire’ (Jn 15, 5). Le fruit évoqué dans cette parole est la sainteté d’une vie fécondée par l’union au Christ. Lorsque nous croyons en Jésus-Christ, communions à ses mystères et gardons ses commandements, le Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et ses frères, notre Père et nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la règle vivante et intérieure de notre agir. ‘Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés’ (Jn 15, 12). » [4]
L’image de la vigne a un arrière-fond biblique très riche, bien synthétisé par Benoît XVI :
« Souvent, dans la Bible, Israël est comparé à la vigne féconde lorsqu’il est fidèle à Dieu, mais, s’il s’éloigne de lui, il devient stérile, incapable de produire ce ‘vin qui réjouit le cœur de l’homme’, que chante le psaume 104 (v. 15). La vraie vigne de Dieu, la vigne véritable, c’est Jésus qui, par son sacrifice d’amour, nous donne le salut, nous ouvre la voie pour faire partie de cette vigne. Et comme le Christ demeure dans l’amour de Dieu le Père, de même les disciples, sagement émondés par la Parole du Maître (cf. Jn 15, 2-4), se sont profondément unis à lui, devenant ainsi des sarments féconds qui produisent une récolte abondante. » [5]
Nous explorerons dans la méditation les fruits que produit l’union avec le Christ. Soulignons pour l’instant que le discours de Jésus, même s’il nous porte aux sommets de la théologie spirituelle pour nous inspirer la confiance, n’est pas dépourvu de perspectives négatives : « on les jette au feu, et ils brûlent » (Jn 15,6). Pourquoi ces accents dramatiques ?
Une grande alternative parcourt tout l’évangile de Jean : elle est traditionnellement résumée et traduite par le mot jugement (κρίσις, krisis) qui, en grec, signifie « distinction-décision » entre le bien et le mal, la vie et la mort, par exemple : « tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3,19). Les personnages de l’évangile sont ainsi mis devant un choix existentiel : ou adhérer à Jésus, croire en lui et le suivre, – demeurer en lui – c’est à dire vivre ; ou bien refuser cet amour, s’enfermer dans un aveuglement égoïste et arrogant comme ceux qui ont condamné Jésus et suivre un chemin qui mène à la séparation d’avec Dieu, c’est-à-dire la mort.
Dans l’évangile de ce dimanche, la perspective est encore plus précise : Jésus évoque le « sarment qui est en moi mais qui ne porte pas de fruit » (v.2) : il parle des membres de la communauté chrétienne qui se détachent du Seigneur, et cessent pour cela de germer parce qu’ils mettent un obstacle à la lymphe vivifiante qu’est la grâce. Comment cela peut-il se produire ? C’est ce que nous appelons traditionnellement le « péché mortel », c’est-à-dire ce qui provoque la mort de l’âme. Voici ce qu’en dit le Catéchisme :
« Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur. […] Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours, sans retour. Cependant si nous pouvons juger qu’un acte est en soi une faute grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu. » [6]
Cette perspective dramatique, la parabole de ce dimanche la présente lucidement : « Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent » (v.6). Effrayante possibilité, qui ne trouve pas son origine en Dieu qui veut le salut de tous, mais en l’homme. Le Christ ne souhaite jamais nous effrayer, mais Il veut à tout prix nous éviter les écueils et nous supplie de rester accrochés à Lui pour obtenir la vie. La période pascale est toute habitée par la confiance, cette chaleur qui jaillit du Cœur du Christ pour affermir nos esprits vacillants. Si la perspective du jugement nous effraie, reprenons cette préface pascale où nous nous en remettons totalement au Christ glorieux :
« Vraiment, il est juste et il est bon de te glorifier, Seigneur, en tout temps, mais plus encore en ces jours où le Christ, notre Pâque, a été immolé, lui qui ne cesse pas de s’offrir pour nous, et qui reste éternellement notre défenseur auprès de toi ; immolé, il a vaincu la mort ; mis à mort, il est toujours vivant. C’est pourquoi le peuple des baptisés, rayonnant de la joie pascale, exulte par toute la terre, tandis que les anges dans le ciel chantent sans fin l’hymne de ta gloire : Saint… » [7]
[1] Paul Claudel, Paul Claudel répond les psaumes, Ides et Calendes 1948, p. 16-17.
[2] Idem.
[3] Balz-Schneider (ed.), Dictionnaire exégétique du Nouveau Testament, Article καρδία (notre traduction)
[4] Catéchisme, nº2074.
[5] Benoît XVI, Regina Caeli, 6 mai 2012.
[6] Catéchisme, nº1855 et 1861.
[7] Missel romain, Préface pascale III.
Méditation : Vivre la communion
Même si les lectures semblent choisies indépendamment les unes des autres, on peut tout de même discerner un fil conducteur qui les relie : le mystère de la communion avec Jésus.
Pour aller plus loin
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) : cette phrase du Christ est d’une très grande portée pour notre vie spirituelle, car nous avons toujours tendance à vouloir accomplir les choses par nous-mêmes, comme des adolescents impatients de pouvoir enfin s’émanciper… Nous pouvons donc relire certains passages de l’encyclique Mystici Corporis, de Pie XII, qui nous offre une contemplation profonde de ce mystère. On y lit par exemple :
« Le Christ est l’auteur et l’artisan de la sainteté. Il ne peut y avoir aucun acte salutaire qui ne découle de lui, comme de sa source surnaturelle. ‘Sans moi, dit-il, vous ne pouvez rien faire’ (Jn 15,5). Si, à cause de nos péchés, nous sommes touchés par le repentir et la pénitence, si nous nous tournons vers Dieu avec une crainte et une espérance filiales, c’est toujours grâce à lui que nous le faisons. La grâce et la gloire proviennent de son inépuisable plénitude… »