Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Ce qu’il dit. Jésus commence à prêcher ainsi : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche » (Mc 1, 15). Dieu est proche, voici le premier message. Son règne est descendu sur terre. Dieu ne demeure pas, comme nous sommes souvent tentés de penser, là-haut dans les cieux, lointain, séparé de la condition humaine, mais il est avec nous. Le temps de la distance est fini lorsque Jésus s’est fait homme. Depuis ce moment, Dieu est très proche ; il ne se détachera jamais de notre humanité et ne se lassera jamais d’elle. Cette proximité est le commencement de l’Evangile, c’est ce que –souligne le texte – Jésus « disait » (v. 15) : il ne l’a pas dit une seule fois, et c’est tout, il le disait, c’est-à-dire qu’il le répétait tout le temps. “Dieu est proche” était le leitmotiv de son annonce, le cœur de son message. Si c’est le commencement et le refrain de la prédication de Jésus, cela ne peut qu’être la constante de la vie et de l’annonce chrétienne. Avant toute autre chose il sera cru et annoncé que Dieu s’est approché de nous, que nous avons été graciés, “bénéficiaires de la miséricorde”. Avant chacune de nos paroles sur Dieu il y a sa Parole pour nous, qui continue à nous dire : “Ne crains pas, je suis avec toi. Je suis proche de toi et je resterai proche de toi”.

La Parole de Dieu nous permet de toucher du doigt cette proximité, parce que – dit le Deutéronome – elle n’est pas loin de nous, mais elle est proche de notre cœur (cf. 30, 14). C’est l’antidote à la peur de rester seuls devant la vie. Le Seigneur, en effet, par sa Parole con-sola [en italien], c’est-à-dire est avec celui qui est seul. En nous parlant, il nous rappelle que nous sommes dans son cœur, précieux à ses yeux, gardés dans les paumes de ses mains. La Parole de Dieu donne cette paix, mais elle ne laisse pas en paix. C’est une Parole de consolation, mais aussi de conversion. « Convertissez-vous », dit en effet Jésus aussitôt après avoir proclamé la proximité de Dieu. Parce qu’avec sa proximité est fini le temps où l’on prend ses distances avec Dieu et avec les autres, est fini le temps où chacun pense à soi et va de l’avant pour son propre compte. Cela n’est pas chrétien, parce que celui qui fait l’expérience de la proximité de Dieu ne peut pas mettre à distance le prochain, ne peut pas l’éloigner dans l’indifférence. En ce sens, celui qui fréquente la Parole de Dieu reçoit des retournements existentiels salutaires : il découvre que la vie n’est pas le temps pour se méfier des autres et se protéger soi-même, mais l’occasion pour aller à la rencontre des autres au nom du Dieu proche. Ainsi la Parole, semée dans le terrain de notre cœur, nous amène à semer l’espérance à travers la proximité. Tout comme Dieu fait avec nous.

Voyons maintenant à qui parle Jésus. Il s’adresse avant tout à des pécheurs de Galilée. C’étaient des personnes simples, qui vivaient du fruit de leurs mains, travaillant durement nuit et jour. Ils n’étaient pas experts dans les Ecritures et ne se distinguaient certes pas par la science et la culture. Ils habitaient une région composite, avec différents peuples, ethnies et cultes : c’était l’endroit le plus éloigné de la pureté religieuse de Jérusalem, le plus éloigné du cœur du pays. Mais Jésus commence par-là, non pas par le centre mais par la périphérie, et il le fait pour nous dire aussi que personne n’est en marge du cœur de Dieu. Tous peuvent recevoir sa Parole et le rencontrer en personne. Il y a un joli détail dans l’Evangile à ce sujet, lorsqu’on fait remarquer que l’annonce de Jésus arrive « après » celle de Jean (Mc 1, 14). C’est un après décisif, qui marque une différence : Jean accueillait les gens dans le désert, où se rendaient seulement ceux qui pouvaient laisser les lieux où ils vivaient. Jésus, au contraire, parle de Dieu au cœur de la société, à tous, là où ils sont. Et il ne parle pas à des horaires et des temps établis : il parle « en passant le long de la mer » à des pêcheurs « en train de jeter les filets » (v.17). Il s’adresse à des personnes dans les endroits et dans les moments les plus ordinaires. Voilà la force universelle de la Parole de Dieu, qui rejoint tout le monde et tous les domaines de la vie.

Mais la Parole a aussi une force particulière, elle affecte chacun de manière directe, personnelle. Les disciples n’oublieront jamais les paroles écoutées ce jour-là sur les rives du lac, proches de leur barque, aux membres de la famille et aux collègues, paroles qui marqueront pour toujours leur vie. Jésus leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » (v. 17). Il ne les attire pas avec des discours élevés et inaccessibles, mais il parle à leurs vies : à des pêcheurs de poissons il dit qu’ils seront pêcheurs d’hommes. S’il leur avait dit : “Venez à ma suite, je vous ferai Apôtres : vous serez envoyés dans le monde et vous annoncerez l’Evangile avec la force de l’Esprit, vous serez tués mais vous deviendrez saints”, nous pouvons imaginer que Pierre et André lui auraient répondu : “Merci, mais nous préférons nos filets et nos barques”. Jésus les appelle au contraire à partir de leur vie : “Vous êtes pêcheurs, vous deviendrez pêcheurs d’hommes”. Transpercés par cette phrase, ils découvriront pas à pas que vivre en pêchant des poissons était peu de chose, mais que prendre le large sur la Parole de Jésus est le secret de la joie. Le Seigneur fait ainsi avec nous : il nous cherche là où nous sommes, il nous aime comme nous sommes et avec patience il accompagne nos pas. Comme ces pêcheurs, il nous attend, nous aussi, sur les rives de la vie. Avec sa Parole il veut nous faire changer de cap, afin que nous arrêtions de vivoter et que nous prenions le large à sa suite.

C’est pourquoi, chers frères et sœurs, nous ne devons pas renoncer à la Parole de Dieu. C’est la lettre d’amour écrite pour nous par Celui qui nous connaît comme personne d’autre : en la lisant, nous entendons à nouveau sa voix, nous contemplons son visage, nous recevons son Esprit. La Parole nous fait proches de Dieu : ne la tenons pas loin. Portons-la toujours avec nous, en poche, dans le téléphone ; donnons-lui une place digne dans nos maisons. Mettons l’Evangile dans un endroit où nous nous rappelons de l’ouvrir quotidiennement, peut-être au début et à la fin de la journée, pour que, parmi tant de paroles qui arrivent à nos oreilles, quelque verset de la Parole de Dieu arrive à notre cœur. Pour faire cela, demandons au Seigneur la force d’éteindre la télévision et d’ouvrir la Bible ; de fermer le téléphone portable et d’ouvrir l’Evangile. En cette année liturgique nous lisons celui de Marc, le plus simple et le plus bref. Pourquoi ne pas le lire aussi tout seuls, un petit passage chaque jour ? Cela nous fera sentir le Seigneur proche et nous donnera le courage sur le chemin de la vie.

Dimanche de la Parole 2021

Le message des Écritures aujourd’hui est marqué du signe de l’urgence. Urgence pour Jonas d’aller à Ninive. Urgence pour les gens de Ninive de se convertir. « Encore 40 jours et Ninive sera détruite! »

Urgence de mettre ordre et priorités dans nos vies. « Le temps est limité, affirme s. Paul. Le monde tel que nous le voyons est en train de passer. »

Urgence de croire en la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu proclamée par Jésus : « Les temps sont accomplis. Le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Urgence de suivre Jésus jusque dans sa mission, jusqu’à changer pour lui l’orientation même de nos vies. « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes », leur disait-il.

Urgence qui appelle une promptitude à répondre. Non pas dans la spontanéité, la fébrilité, l’énervement. Comme quelqu’un qui est en retard et qui se dépêcherait pour échapper à un jugement, à une punition. Mais plutôt promptitude de celui ou celle qui ne veut pas manquer le rendez-vous offert, passer à côté de la chance inespérée qui lui est donnée. Parce que c’est le moment créé par Dieu lui-même pour nous, pour son peuple.

Quand passe le train, il faut être là pour embarquer, pour ne pas le manquer. Quand c’est l’heure fixée pour un cours, pour un programme, on est là ou bien on manque l’événement.

La promptitude dont il s’agit n’est pas celle d’un coup de tête ou d’une fantaisie, mais celle d’un coup de cœur : comme une réponse d’amour au grand amour dont nous sommes aimés. C’est la rencontre de quelqu’un. La découverte de quelqu’un. Ce quelqu’un, c’est le Christ, qui nous dit l’amour du Père, et qui nous appelle à le suivre jusqu’auprès du Père.

Cet appel du Seigneur sur nous, nous est relayé de bien des façons, en des circonstances toujours particulières. Il fait bon nous les redire à nous-mêmes et les dire aux autres. L’appel du Seigneur, c’est toujours concret, personnel, fait sur mesure. Il sait nous rejoindre dans ce qui fait déjà notre vie. Il fait appel à notre liberté, à nos ressources. Ce n’est pas pour nous rendre solitaires, nous renfermer dans une bulle, nous fermer aux autres, bien au contraire, son appel est pour la communauté, pour les autres. « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »

Nous qui avons répondu à son appel, nous sommes l’assemblée de ceux et celles qui ont dit OUI. Non pas passivement, du bout des lèvres, sans but, sans enthousiasme, sans attente, sans idée, sans génie. Nous sommes là, avec le meilleur et, bien-sûr avec parfois le pire de nous-mêmes; nous sommes-là pour aimer, pour l’aimer lui et nous aimer les uns les autres, pour vivre passionnément notre vie, pour changer le cours des choses dans le monde, pour avoir part à l’œuvre du salut – cette grande partie de pêche dont parle Jésus – et entrer toujours plus dans le mystère de l’amour de Dieu pour le monde.

Puisse l’Eucharistie nous donner de goûter à la joie de Dieu, nous renforcer par le don de la présence en nous de l’Esprit Saint, faire de nous tous des pêcheurs d’hommes et de femmes à la manière des apôtres, à la manière du Christ Sauveur lui-même.

Par Jacques Marcotte, o.p.
http://www.spiritualite2000.com

Les premiers chrétiens se croyaient à la veille de la fin du monde. Dans notre évangile, Jean Baptiste dit que les temps sont accomplis et que le règne de Dieu est tout proche. Or, même si Jésus tient parfois le même langage, ses « discours eschatologiques » disent que « ce ne sera pas de sitôt la fin » (Luc 21,9 ; voir aussi Matthieu 24,6 et Marc 13,7). En fait, le royaume des cieux est déjà là parce que tout ce qui finit, tout ce qui s’achève, tout ce qui disparaît pour faire place à du nouveau est anticipation de ce que nous appelons la fin des temps. Avec la venue du Christ, nous apprenons que, d’une certaine façon, cet « autre monde » n’est ni pour demain ni pour après-demain, mais qu’il nous surplombe à chaque instant. Il est en quelque sorte l’envers du décor, la vérité de nos apparences, ce qui dépasse tout ce qui passe, ce transitoire que Paul énumère dans la seconde lecture. Au-dessus de ce qui nous échappe se tient en permanence la vérité qui demeure. Cette vérité s’est dévoilée ; elle prend figure en Jésus le Christ. Et, notons-le au passage, en tout être humain, que le Christ assume et accomplit, mène à son terme. Le langage de Paul dans la seconde lecture peut nous surprendre et même nous sembler intolérable. En réalité, il nous dit que tout ce que nous avons à vivre en ce monde est figure d’une réalité qui le porte à sa signification ultime. Nous menons nos existences dans une allusion au divin, auquel nous participons dans et par la foi.

L’appel des disciples

C’est dans ce contexte que nous devons lire le récit de l’appel des premiers disciples. Ne nous laissons pas déconcerter par la différence qui semble opposer l’évangile de dimanche dernier et celui-ci. Jean voulait mettre en évidence l’insatisfaction des futurs disciples, qui sont venus trouver le Baptiste et suivent celui qu’il leur désigne, parce qu’ils « cherchent » quelque chose que leur vie actuelle ne leur donne pas. À la fin de ce récit nous voyons Simon, changeant de nom, changer par conséquent de destin, passer ailleurs. C’est ce qui se produit aussi, à travers d’autres « figures », dans le récit de Marc, bien que celui-ci ne fasse pas état d’une recherche de la part des disciples. L’évangéliste nous les montre simplement occupés à leurs travaux habituels. Ainsi, nous apprenons que Dieu ne vient pas trouver seulement les hommes de désir. Il nous aime avant que nous ne l’aimions ; il vient nous rencontrer même si nous ne le cherchons pas. En Luc 7,11, par exemple, il n’est question ni de la foi ni de l’espérance de la veuve de Naïn en chemin pour aller enterrer son fils : c’est Jésus qui va à son secours, un secours qu’elle ne demande pas. Selon saint Jean, les futurs disciples avaient abandonné leur travail pour aller trouver le Baptiste. Ici, c’est Jésus qui se déplace et va les trouver dans leur existence coutumière. Apprenons que le Christ est toujours là, à nos portes. Il est là même quand nous nous trouvons occupés à des activités discutables. Ainsi Matthieu est-il appelé alors qu’il est en train d’exercer un métier justement suspect de vénalité (Matthieu 9,9-13).

Laissant leurs filets, ils le suivirent

Au verset 20, ils quittent aussi leur père, leur passé, leurs racines. Depuis Genèse 2,24, on quitte son père et sa mère pour une nouvelle vie avec la personne épousée. Cet aspect nuptial n’est pas absent de notre relation au Christ. Disons que l’union de l’homme et de la femme est figure humaine de notre union à Dieu ; et c’est bien pour cela que nous considérons le mariage comme un sacrement. Simon et ses compagnons quittent donc tout ce qui faisait jusque-là leur existence pour suivre Jésus. Surmontons notre répugnance devant le projet de prendre des hommes au filet, et comprenons que désormais le souci et le travail porteront non plus sur des objets, des animaux, le gain produit par quelque « pêche » que ce soit, mais sur des êtres humains. Simon et ses compagnons ont donc tout quitté pour suivre le Christ. Comprenons que nous devons tous en passer par là, même si certains (prêtres, religieux) sont appelés à devenir parmi nous la figure concrète de ce déplacement. D’une part, nous devrons au fil des jours tout quitter, parents, amis, maisons… Rien ne nous appartient réellement et dans ce monde, nous sommes des hôtes temporaires. D’autre part, nous avons toujours à dépasser notre penchant pour la possession. Possession d’objets, de richesses, de statut social. Possession également des autres, parents, conjoints, enfants, collaborateurs, etc. C’est seulement à ce prix que nous accéderons à la reconnaissance en eux de l’humain. Être pêcheur d’hommes, c’est aussi cela.

https://www.la-croix.com

Jésus invite Simon et André, Jean et Jacques à une nouvelle vision de la vie. Les années qui leur restent seront consacrées aux autres : «Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes».

Une des dimensions essentielles de la vie chrétienne est de porter du fruit, de bien utiliser les années qui nous sont données. Notre vie est un «pèlerinage et nous sommes de passage. Nous vivons au temps de la «paroikia», c’est à dire du pèlerinage. Les mots «paroisse» et «paroissiens» sont des dérivés de cette expression grecque.«Pour que le monde change, il faut que les individus changent… Convertissez-vous».

Nous sommes ici de façon transitoire et le provisoire fait partie de notre vie. Du moment de la conception jusqu’à la mort, nous devons continuellement nous désinstaller pour aller de l’avant : après neuf mois dans le sein de notre mère, il y a la naissance, suivie de la petite enfance, de l’adolescence, de l’âge adulte, du temps de la retraite, de la période de vieillesse… Nous devons continuellement nous repositionner et nous réadapter à une réalité nouvelle. Dans l’évangile, le Seigneur désinstalle ses quatre disciples et les recentre sur les gens autour d’eux. Ils deviennent des «pêcheurs d’hommes».

Les trois lectures nous parlent du temps qui passe : «Encore 40 jours et Ninive sera détruite», annonce Jonas. «Le temps se fait court et il nous faut carguer (replier) les voiles pour entrer au port» dit S. Paul, et Jésus ajoute : «Les temps sont accomplis et le Règne de Dieu est tout proche».

Dans la Bible, le temps est un élément bon et positif. C’est un don qui nous est offert, c’est un cadeau de Dieu. Il nous permet de porter du fruit, de «nous convertir», de participer à la création d’un monde plus humain. Selon Jésus et selon saint Paul le temps est une porte ouverte sur un avenir meilleur. Il ne s’agit pas de pleurer sur le temps qui passe, mais d’accueillir avec gratitude les «temps nouveaux» qui s’ouvrent à nous. «Les temps sont accomplis» ! C’est là une invitation à considérer la vie sous une optique d’éternité. Nous sommes au seuil du monde nouveau, évoqué par Isaïe : «Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle» (Is 65, 17).

Les textes d’aujourd’hui rappellent que pour les habitants de Ninive, pour les disciples du Christ, et pour nous, le temps est une période de grâce qui nous invite à la conversion.

Jésus a vécu dans un siècle de guerre et d’injustice. Les tyrans gouvernaient, et les légions romaines opprimaient les peuples sans se préoccuper des conséquences néfastes pour ceux et celles qui leur étaient soumis. Il suffit de lire certains volumes d’histoire pour nous rendre compte de la violence de l’Empire. Dans ce monde d’esclavage et d’abus de pouvoir, Dieu a envoyé son Fils pour offrir une vision nouvelle, une vision différente, plus humaine et plus juste, afin de redonner l’espérance et encourager ses disciples à créer un monde meilleur, un monde plus fraternel. Si nous le voulons, «le Règne de Dieu», c’est à dire la façon que Dieu a d’envisager le monde, est tout proche de nous, il est à notre portée.

Face au mal qui est omniprésent, nous espérons toujours que les gens «se convertissent» et qu’ils changent leur attitude. Le Christ nous suggère plutôt de commencer le changement par nous-mêmes : «Pour que le monde change, il faut que les individus changent… Convertissez-vous».

Pour vivre dans un monde meilleur il nous faut changer notre perception des choses et «croire à la Bonne Nouvelle», comme l’ont fait Simon et André, Jean et Jacques : «Les temps sont accomplis et le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’évangile.»… «Devenez pêcheurs d’hommes».

Par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d.
http://www.cursillos.ca

Nous célébrons aujourd’hui la Conversion de St. Paul, dans le contexte de l’année de son Jubilée, à la conclusion de la semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens. L’occasion nous offre des opportunités particulières de réflexion sur la Parole de Dieu, en vue d’un changement de mentalité (une conversion, justement) qui nous ouvre davantage sur l’Evangile. En effet, après le Baptême dans le Jourdain et l’expérience dans le désert, Jésus entame sa vie publique par l’annonce, la plus essentielle. Marc – l’Evangéliste proposé à notre lecture tout au long de cette année liturgique – nous présente cette annonce en quatre points (v.15): les temps sont mûrs pour notre salut, et le Royaume de Dieu est à nos portes. Il est donc temps maintenant de nous convertir, pour croire à la bonne nouvelle.

L’Evangile de Marc, plus bref et concis que les autres, porte quand même un message global et complet. “Le catéchumène (donc le chrétien d’aujourd’hui, chacun de nous), y est invité à comprendre que Dieu veut prendre possession de notre vie. Il vient vers nous dans une initiative mystérieuse que nous sommes invités à accueillir” (Carlo M.Martini). Du début à la fin des 16 chapitres, une question demeure toujours sous jacente: Qui est Jésus?”. Il y a les nombreux miracles de guérisons d’une part, ainsi qu’une nouvelle doctrine d’autre part, qu’enseigne, avec tant d’autorité déjà à ses débuts, ce maître si surprenant (1,27). Les deux aspects (miracles et doctrine) amènent tous à deux points culminants. On les trouve, l’un à mi-parcours, et l’autre à la fin de l’Evangile de Marc. Il s’agit de la double profession de foi de deux témoins oculaires: le disciple Pierre, qui affirme ‘Tu es le Christ’ (8,29) et le centurion païen, qui déclare au pied de la croix: Cet homme était vraiment le Fils de Dieu’(15,39). Cette affirmation va être immédiatement confirmée par l’événement de la Résurrection (16,6).

La pointe fine du message de Jésus est que l’initiative de Dieu pour sauver le monde est déjà à l’œuvre. En effet, par l’incarnation de son Fils Dieu a planté définitivement sa tente au milieu des hommes. En Jésus Christ le Royaume a atteint déjà sa plénitude, puisque le salut de tous se réalise nécessairement dans la Personne de Dieu qui a pris chair. L’événement justifie pleinement l’appel de Jésus: “convertissez-vous et croyez à l’Evangile” (v. 15), ainsi que la décision radicale de le suivre ‘tout de suite’, laissant de côté liens familiaux et intérêts personnels (v. 18.20). La conversion amène à un changement total de mentalité en ce qui concerne notre façon de voir Dieu, l’homme, la création. De la part de Dieu rien ne nous sera proposé d’autre que l’Evangile. Celui-ci est déjà présent en Jésus dans sa complétude et sa perfection. Il n’y aura pas un autre évangile. En effet Evangile-Bonne Nouvelle n’est pas un livre de doctrine ou de théories spirituelles, mais une Personne, c’est Jésus-même. Les quatre premiers disciples (v. 16-20), ainsi que les autres après, ne suivent pas une doctrine, serait-elle admirable, mais une Personne. Ils sentent qu’on peut entièrement se fier à lui, ils lui ouvrent le plus intime de leur cœur, ils jouent sur lui leur avenir. Ils le suivront en effet, malgré leurs fragilités, au point de donner pour lui leur vie.

Le Maître appelle les disciples, il les forme et les transforme, pour les envoyer. Leur fidélité à sa suite les ouvre à la mission: Jésus fait d’eux des pêcheurs d’hommes (v. 17), porteurs de la Bonne Nouvelle par excellence, qui est aussi un nouveau projet de vie. C’est de cela que l’humanité a le plus grand besoin, de cet Evangile qui lui permettra de vivre en plénitude. C’est aussi l’enseignement qui nous vient de St. Paul (II lecture): vivre l’Evangile même dans les situations humaines les plus précaires, sans jamais succomber aux séductions des idoles du jour! “Car ce monde, tel que nous le voyons, est en train de passer” (v. 31).

Dieu aime tous les hommes et veut qu’ils soient heureux: l’événement ‘Jésus Christ’ en est la preuve! Maintenant cette bonne nouvelle est confiée à tous ceux qui le suivent. Ils la porteront jusqu’aux limites du monde, eux qui sont appelés à être des disciples et des missionnaires au cœur grand, à l’image du cœur même de Dieu. Non pas des personnes bornées, têtues et jalouses comme Jonas (I lecture). Ce prophète dans un premier moment s’enfuit pour ne pas accomplir le mandat missionnaire de Dieu qui l’envoie auprès des peuples païens de Ninive. Ce n’est que plus tard, et encore partiellement, qu’il mènera à terme son mandat, ‘par un jour de marche’ (v. 4). Finalement, il s’assoira par terre et protestera contre Dieu qui a le tort d’être toujours “bon et miséricordieux”, toujours disposé au pardon, même envers les peuples qui se sont éloignés de lui (Jonas 4). L’expérience et la conscience de l’universalité est une valeur fondamentale pour assurer les contenus du message (l’Evangile) et pour les destinataires de cette annonce (tous les peuples, tous ceux qui croient au Christ). Ce qui est vrai aussi pour tous les missionnaires, hommes et femmes, que le Seigneur appelle, aujourd’hui encore, à porter le message du salut. C’est bien pour cela que Jésus a appelé les premiers disciples (Evangile), et Paul également, lui qui n’a pas hésité à mettre en évidence la force de l’Evangile pour l’universalité du salut offert à tous les peuples. (*) Tout un message de vie que l’année de St. Paul nous invite à redécouvrir et relancer.