Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »



Comme dimanche dernier, Jean Baptiste et le baptême de Jésus sont au centre de cet Évangile. Des éléments communs sont présents mais le point de vue, l’angle de vision, de l’évangile de Jean est bien différent de celui de Matthieu. En Matthieu, nous avions un récit; et c’est Jésus qui était témoin de la descente de l’Esprit et de la voix des cieux, citant le prophète Isaïe. Ici nous avons plutôt un témoignage par Jean Baptiste. Comme une sorte de réflexion théologique, qui déploie le sens de l’événement, non raconté mais déjà arrivé. C’est la voix de Jean Baptiste qui confirme, par une révélation, que Jésus est bien l’Élu de Dieu, sur qui l’Esprit est descendu et demeure.

L’approche par témoignage est très présente en Jean. Son évangile ressemble à une sorte de grand procès, à première vue de Jésus mais finalement du monde, où chacun vient apporter son témoignage. Le tout culmine avec la passion et ses dialogues remarquables. Ici, à qui Jean Baptiste adresse-t-il ce témoignage? Juste avant, les Pharisiens étaient présents (Jn 1, 24). Juste après, deux de ses disciples seront là (1,35).

Mais dans ce témoignage si fort, aucun public n’est mentionné. On peu le lire comme une parole adressée à tout le peuple (« pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël »); et aussi à nous qui lisons ou entendons, car c’est un texte écrit pour des lecteurs, ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier.

Ce texte est très dense. Il est riche théologiquement et son langage, ses symboles, proviennent des Écritures de la Première Alliance (l’Ancien Testament). Il proclame l’identité profonde de Jésus. L’agneau pascal évoque l’expérience de l’Exode (Ex 12) et du culte au Temple de Jérusalem. Jean fait des liens explicites, à la Passion, entre Jésus et l’agneau de la pâque immolé au Temple (Jn 19, 14.36). C’est une figure de rédemption. Mais ici, elle est combinée avec celle du Serviteur souffrant, qui provient d’Isaïe (Is 53,4-7), celui qui porte le péché du monde et sur qui l’Esprit de Dieu repose, lui qui est l’Élu ou le Fils de Dieu (Is 42,1). Jésus est aussi celui qui était avant moi, dit Jean Baptiste. Cette expression était déjà présente dans le Prologue de l’Évangile (1,15).

Ainsi, on se retrouve avec une sorte d’annonce du mystère de Jésus, qui met ensemble Écritures, titres et symboles, autour d’un événement, le baptême de Jésus par Jean Baptiste. Et on trouve dans ce texte plusieurs thèmes qui reviennent en Jean : connaître, demeurer, voir, témoigner…. Nous sommes dans un évangile bien différent des Synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), même s’il nous parle du même Jésus. Il a ses propres approches, qui ne sont as toujours évidentes pour nous, mais qui font entrer dans un mystère et font réfléchir sur ce mystère.

À quoi une telle annonce peut-elle nous inviter aujourd’hui? Deux pistes, au moins, sont possibles. L’une est de vraiment écouter avec soin le témoin Jean Baptiste, de recevoir son témoignage et de prendre le temps de contempler le visage de Celui qui vient, qui s’approche, le Serviteur, l’Agneau, le Fils, rempli de l’Esprit. Une autre est de prendre le relais de Jean Baptiste pour que son témoignage se poursuive. Nous pouvons nous inspirer de son style en Jean : il est décentré de lui-même et pointe du doigt un Autre qui vient, il fait des liens avec les Écritures, il se promène dans un riche univers symbolique. Nous pouvons devenir à notre tour un témoin qui invite à réfléchir sur le sens profond des événements.

Daniel Cadrin
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“Le lendemain encore, Jean se trouvait là avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu.”
Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.
Jean, qui nous partage cet évènement, ne l’oubliera plus. C’était, dit l’apôtre, vers quatre heures du soir. Il se souvient de cette première rencontre d’amour qui a véritablement touché sa vie. Ces hommes sont des chercheurs de Dieu. Ils ont cherché auprès de Jean-Baptiste quel était le véritable chemin pour rejoindre Dieu. Jean-Baptiste le prophète a indiqué où était le Messie. Ils avaient suivi le prophète Jean-Baptiste, désormais ils cherchent Dieu, à découvrir qui est Jésus. Si le regard de Jean-Baptiste s’est posé sur Jésus, le regard de Jésus se pose sur les deux disciples. Regarder, entendre, suivre, se retourner, chercher, demeurer, venir, accompagner, rester, trouver, amener, appeler, voila qui résume bien ce qui s’est joué à ce commencement de l’histoire dont nous faisons partie par la Foi. L’Église a été marquée par ce mystère. Chaque jour en célébrant l’eucharistie, elle reprend la phrase même de Jean-Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. » Désormais tout ce que nous sommes peut rayonner Dieu. Jésus est descendu dans la chair, cette chair humaine peut porter le mystère de Dieu.

“Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi). André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
La grandeur de Jean-Baptiste était de poser son regard sur Jésus et de le nommer. Le regard du prophète est pénétrant, il plonge véritablement dans le cœur de Jésus et ses deux disciples ne s’y trompent pas. Le voilà l’Agneau de Dieu, celui qui porte le péché du monde. La parole d’une personne qui s’engage, en déclarant le sens de ce qu’elle voit surgir, risque la relation qu’elle a avec ses disciples. En effet, ses proches se mettent en mouvement vers Jésus. Les deux disciples, entendant « Voici l’Agneau de Dieu » suivent Jésus. La question de Jésus : « Qui cherchez-vous ? » ouvre à un dialogue, à une rencontre, à un avenir possible. Elle offre un futur qui s’ouvre en un devenir. C’est la question que s’adressent mutuellement des personnes qui désirent vivre ensemble, proches. C’est la question de celui qui se risque dans la foi. Les disciples s’orientent vers la rencontre d’un autre, ils vont devenir disciples de Jésus.

“André trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ. André amena son frère à Jésus.
“Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Pierre est amené à Jésus par son frère André, le premier appelé. Jésus posa sur lui son regard et dit : « Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Képhas, ce qui veut dire Pierre. » Jésus lui donne un nom nouveau et il lui donnera aussi une nouvelle mission. A partir de ce qui a été reçu, quelque chose se construit. André a proposé un appel à son frère : « Nous avons trouvé le Messie. » Cette parole conforte Simon qui se risque dans la nouveauté. C’est la parole de la proclamation de la foi dans les communautés chrétiennes. C’est la Parole de notre vrai repos. Les deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste ont vu l’amour de Dieu cohabiter avec la recherche humaine. Jésus est venu annoncer le grand mystère de la miséricorde de Dieu pour nous. Nous voulons demeurer avec Dieu, c’est la finalité de notre vie, nous savons que le bonheur est de demeurer en Dieu et lui en nous. Dieu saint s’est fait tout proche de nous, il est le Dieu intérieur qui rayonne au cœur de l’homme. Le Fils unique de Dieu, celui qui demeure dans le sein du Père, s’est fait connaître dira Jean qui aujourd’hui suit Jésus.

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La demeure de Dieu, encore un thème qui hante la Bible. Comme si Dieu cherchait un lieu pour prendre pied parmi les hommes. En fin de compte, c’est à Jérusalem, dans le Temple, que Dieu trouvera son “repos”. Dans le Temple, le “Saint des Saints”, abri de l’Arche d’Alliance où sont cachées les tables de la Loi. […] Plus tard, le peuple sera déporté et le temple détruit. Dès lors on comprendra mieux, ce que l’on savait déjà confusément, que Dieu est partout. Dieu est là où je me trouve si toutefois je l’accueille. Comment l’accueillir ? En accueillant les autres : Là où se trouvent deux ou trois réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux, dit Jésus en Matthieu 18,20. Cette “réunion” fraternelle n’est pas forcément physique : l’amour peut se vivre dans l’absence. Quand Jésus demande aux disciples: “Que cherchez-vous ?”, ils répondent : “Où demeures-tu ?” Ce premier dialogue de la première rencontre (chez Jean), relance symboliquement l’ancienne question. On va passer de l’Ancienne Alliance (les disciples du Baptiste en sont encore là) à la Nouvelle. “Venez voir”, leur dit Jésus. Notons l’abondance du verbe “voir” dans ce récit : on passe de l’audition à la vue, et l’on entre dans la demeure de Dieu. Bientôt, il faudra en sortir et plus tard, aller par le monde pour annoncer un Christ redevenu invisible. Le nouveau temple échappe au regard et ne se localise plus. Il est fondé sur une « Pierre » vivante.

Marcel Domergue


Jésus se retourne et il leur dit: «Que cherchez-vous?»
Voilà la première parole que Jésus prononce dans l’Évangile rédigé par Jean.
La réponse des disciples est une autre question: Rabbi, où demeures-tu?
Le rabbi est un maître qui a la tâche d’apprendre la Tora à ses disciples.
Les rabbis enseignent souvent en marchant et leurs élèves les suivent.
C’est pourquoi l’expression « suivre un maître » signifie devenir disciple.
Mais c’est aussi dans sa maison que le Rabbi a son école.
L’appreneur, assis aux pieds de son maître, reçoit les paroles de l’Enseigneur.
Concrètement, il faut répéter les paroles du maître et les retenir par coeur.
C’est un enseignement de bouche à oreille.
Mais aussi de bouche à bouche car le disciple répète ce que dit le maître:
il lui fait écho. (C’est une catéchèse: dans le mot catéchèse se trouve le mot écho).
Pour faire vraiment siennes les paroles du maître, pour les com-prendre,
il faut prendre les paroles de la bouche du Maître, s’en nourrir,
et les faire descendre dans la mémoire du coeur.
Le coeur -au sens biblique- désigne le lieu intime des décisions, de la volonté.
La demeure de l’Enseigneur devient celle de l’appreneur, du disciple.
Cet enseignement n’est pas seulement une transmission de connaissances
mais une transmission d’esprit, de sagesse de vie.

Georges Convert


L’Evangile de ce Dimanche continue de proposer la série des Epiphanies, c’est-à-dire les manifestations de Jésus. Après l’étoile des Mages et le Baptême dans le fleuve Jourdain, voici encore le Baptiste qui nous rappelle avec insistance la présence de Jésus comme l’Agneau de Dieu(v. 36). Jean a bien grandi dans la connaissance de Jésus: auparavant il ne le connaissait pas, dit-il de lui-même (Jn 1,31.33). Ou il ne le connaissait que comme un membre de sa famille, tandis que maintenant il le proclame l’Agneau, le Serviteur souffrant, le Messie (v. 29) et le signale présent: le voici…, dit-il par deux fois (v. 29.36).

Jean le Baptiste fixe son regard sur Jésus (v. 36), il le regarde dedans (nous précise le verbe grec), il en saisit la vérité intime pour le proclamer ‘Agneau de Dieu’. Il s’agit d’une identité riche de différents sens, parce que cela nous rappelle: l’agneau de Pâques dans la nuit de l’Exode (Ex 12,13), le Serviteur de Yahvé sacrifié comme l’Agneau amené à l’abattoir (Is 53,7.12), l’agneau sacrifié à la place de…, lié au sacrifice d’Abraham (Gn 22). En plus de l’identité de l’agneau, ce passage de l’Evangile nous présente d’autres noms de Jésus: Rabbi (Maître), avec qui les candidats disciples, André et Jean, veulent rester toute la journée: ce n’est pas la maison où il habite à attirer leur attention. Il veulent plutôt le cerner pour bien comprendre qui il est vraiment. Jésus les invite à aller avec Lui: «Venez, vous verrez» (v. 39). Cette rencontre entraîne une série de réactions inattendues: André amène son frère Simon (v. 41-42), à rencontrer personnellement Jésus, tandis que Philippe en parle à son ami Nathanaël (v. 45ss), etc. D’où l’occasion de faire émerger d’autres appellations de Jésus: Messie, Christ (v. 41), celui que les Prophètes avaient annoncé, Fils de Dieu, Roi d’Israël (v. 45.49).

En rencontrant Simon, Jésus fixe son regard sur lui (v. 42), il sonde son cœur et change son nom: ‘Ton nom sera Pierre’. Il lui donne ainsi une nouvelle identité tout en définissant quelle sera sa mission. Les textes de ce Dimanche sont de toute évidence orientés sur le sujet des Vocations. En premier lieu dans la vocation-mission du petit Samuel (I lecture), sans oublier le rappel insistant de Paul aux chrétiens de Corinthe (II lecture) pour qu’ils vivent concrètement à la hauteur de leur dignité de membres du Corps du Christ (v. 15), temples de l’Esprit (v. 19), fidèles achetés à grand prix (v. 20).

En parlant de vocation et de mission reçues de Dieu, les textes d’aujourd’hui nous donnent des orientations fondamentales, en vue du discernement des vocations et de leur formation:

-Dieu continue d’appeler, en tous temps, même dans les conditions les plus difficiles, par exemple celles que vivait Samuel.

-Dieu appelle par le nom, ce qui est le cas encore une fois pour Samuel, pour Pierre, mais aussi pour beaucoup d’autres: Is 49,1; Ex 33,12, ou les Evangiles.

-Le plus important est de rester et demeurer avec le Seigneur, pour connaître sa vérité. En effet Jésus invite: «venez et vous verrez». Ils y allèrent et virent, en restant auprès de lui (v. 39). Ils en sortirent animés d’amour pour le Seigneur.

-Des personnes en mesure d’aider et de découvrir la voix de Dieu sont nécessaires. C’est le cas du grand prêtre Eli à l’égard de Samuel (1Sam 3,8-9), ou Jean le Baptiste avec les deux disciples (Jn 1,35-37), ou Ananias avec Paul (Ac 9,17).

-La vocation n’est pas un prix accordé aux œuvres et à la fidélité d’un homme, mais toujours, et seulement, un choix purement gratuit venant de Dieu-même.

– Toute vocation est en vue d’une mission à accomplir: une mission que nous ne choisissons pas, mais qui nous est confiée.

– La réponse à l’appel, s’il s’accompagne d’une joyeuse fidélité au projet du Seigneur sur nous, amène à la pleine réalisation de soi, qui se réalise dans le service à la Mission reçue.

L’Eglise continue de désigner Jésus par les paroles de Jean le Baptiste. On le voit dans la célébration de l’Eucharistie, avant la Communion: ‘Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés…’, ainsi que dans l’annonce et le service qui sont propres à la Mission. Le message missionnaire de l’Eglise sera d’autant plus efficace et crédible qu’il sera comme pour le Baptiste fruit d’une liberté, d’une rigueur morale et d’un courage prophétique qui soient l’expression d’une Eglise au service du Royaume. De cette seule manière, comme déjà pour le Baptiste, la parole du missionnaire aura l’efficacité d’une contagion, vocationnelle, qui amènera de nouveaux disciples à Jésus (v. 37).