3ème dimanche de l’Avent (B)
Jean 1,6-8.19-28
File PDF: Méditation du Dimanche (III Avent)
Références bibliques :
Lecture du Livre d’Isaïe. 61. 1 à 11 : « Mon âme exulte en mon Dieu. »
Cantique de Marie : Luc 1. 46 à 54 : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. »
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. 1 Thes. 5. 16 à 24 : « Rendez grâces en toutes circonstances. »
Evangile selon saint Jean. 1. 6 à 28 : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. »Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »
Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Un hymne à la joie
La liturgie de ce dimanche est un hymne à la joie de la présence de Dieu en nos vies. Les lectures forment un tout qui ne peut être dissocié. C’est leur unité qui les éclaire les unes par les autres et nous conduit à une compréhension plus profonde du message évangélique que nous avons à vivre.
La prière d’ouverture de la messe en trace d’ailleurs les grandes lignes :
« Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils. Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. »
DIRIGE NOTRE JOIE VERS LA JOIE.
La joie n’est ni exubérance, ni satisfaction émotionnelle ou égocentrique. Elle est libératrice parce qu’elle exprime une réalité intérieure faite de paix et de sérénité parce qu’elle jaillit de la réciprocité d’une rencontre de vérité et d’amour.
Vérité de la connaissance que nous venons de vivre avec un être cher, amour partagé au niveau même du cœur de chacun.
C’est alors un mystère de plénitude qui passe par delà toute souffrance. L’être que nous sommes se sent comme « accompli » dans sa propre nature, par cet échange avec la nature dans sa beauté comme avec ses frères dans l’amour, un échange qui devient une communion.
Ce temps nous conduit à entrer dans le mystère de Dieu. Notre joie ne peut avoir d’autre source que la joie même de Dieu en sa Trinité d’échange et de communion, Père, Fils et Esprit.
Créé en vue de sa divinisation, l’homme n’est cependant pas divin par nature. La dignité de l’être humain vient de ce qu’il est apte à être divinisé. L’âme n’est ni de la nature de la divinité ni de la nature des ténèbres. L’homme est une créature magnifique, merveilleuse, image et ressemblance de Dieu (Gen. 1. 26) et quand « nous adhérons étroitement au Seigneur, nous sommes un seul Esprit avec Lui. » » (1 Cor. 6. 17)
L’ESPRIT DU SEIGNEUR EST SUR MOI
L’Incarnation ne provoque pas de rupture au sein de la Trinité. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans le Christ. Jésus redira ce texte d’Isaïe (Isaïe 61. 1) dans la synagogue de Nazareth (Luc 4. 21) « Aujourd’hui s’est accomplie cette parole de l’Ecriture. » Nous ne pouvons ni dissocier cette parole de celle du baptême dans le Jourdain « Il vit les cieux se déchirant et l’Esprit descendant comme une colombe vers lui » (Marc 1. 10) ni la dissocier de celle qui est dite au moment du départ au désert : « Et aussitôt l’Esprit le jette au désert. » (Marc 10. 12)
L’Esprit du Seigneur est sur Marie, la vierge de Nazareth. « Il s’est penché sur son humble servante. » (Luc 1. 48) La découverte de cette merveille sera la cause de ce jaillissement de joie qu’est le « Magnificat ». Par l’Esprit, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu s’est incarnée afin que tout homme puisse recevoir le souffle vivant qui fait entendre cette Parole en même temps que le silence divin d’où elle sort.
L’Esprit de Dieu est à l’œuvre en chacun d’entre nous. A nous de le découvrir et de vivre cette réalité. « Il est au milieu de nous quelqu’un que nous ne connaissons pas, » du moins dans l’infini de son amour et de la grâce. Dans la libre communion de l’Esprit-Saint, nous sommes « accomplis » dans la vie du Dieu Trinité. « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers », dit saint Paul aux Thessaloniciens.
DISCERNEZ LA VALEUR DE TOUTE CHOSE.
La valeur essentielle.
Il est à noter que saint Paul n’oppose pas l’âme et le corps, comme certains pourraient le dire. Le Christ a assumé toute la réalité humaine, à commencer par cette réalité physique, psychique et spirituelle qui est aussi la nôtre et que nous devons, nous aussi assumer, en partant à la suite de Jésus.
L’incarnation du Christ ne sera complète que lorsque chaque réalité humaine, chaque parcelle, chaque code génétique de cette réalité auront été purifiés et pénétrés de la présence de Jésus. C’est dans ce sens que saint Paul dit aux Colossiens : « Je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps. » (Col. 1.24)
« Qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps. » (1 Thes. 5. 24)
La Bonne Nouvelle du Christ contredit l’échelle des valeurs humaines. Ce n’est ni la réussite ni le pouvoir. Ces valeurs s’appellent les pauvres, les prisonniers, les affamés de pain et de justice. Le Christ explicitera Isaïe 61. 1-2 dans les Béatitudes et ce sont elles que nous devons discerner.
Nous ne connaissons Dieu et les voies de Dieu qu’en suivant humblement celui qui est le chemin, la vérité, la vie. C’est en Lui qu’ont été vécues les richesses qui nous font « réaliser la merveille de notre salut. » (oraison sur les offrandes.)
AVEC UN CŒUR VRAIMENT NOUVEAU
C’est tout le message de Jean la Baptiste. Il ne multiplie pas exhortations moralisantes. Il nous exhorte à éliminer de nos vies tout ce qui pourrait être un obstacle à la venue de Dieu dans nos vies. Et c’est alors qu’il nous sera donné de voir Jésus marchant sur nos chemins aplanis et d’entendre « Voici l’Agneau de Dieu. » (Jean 1. 36)
Le chemin que nous avons aplani, c’est notre humanité assumée. C’est de nous dépouiller, de nous vider de tout ce qui nous retient au delà et en deçà de notre condition, c’est de nous mettre en marche, non pour redire nos pensées, mais ouvrir nos yeux et nos cœurs à la nouveauté sans cesse renouvelée de la personne du Christ quand il nous donne de le contempler.
Pour que nous ayons « un cœur nouveau », selon la prière d’ouverture de cette eucharistie, « un cœur de chair vive » selon un théologien contemporain, il nous faut cesser d’être tortueux, renoncer à utiliser la raison raisonnante qui est experte en l’art d’étouffer en soi, d’occulter et de camoufler l’évidence de la Lumière véritable. (P. Borrely)
Jean était venu « rendre témoignage à la Lumière, il n’était pas la Lumière. » (Jean 1. 7)
Le cantique de Marie, au milieu de ces textes liturgique est bien une prière d’action de grâces, joyeuse et spontanée et non une méditation. Elle n’a pas besoin de chercher ce qu’elle va dire, les paroles de l’Ecriture, si souvent méditées par elle et surtout depuis l’Annonciation, lui viennent tout naturellement au moment de la Sainte Rencontre avec sa cousine Elisabeth.
Elle s’était préparée à la venue de ce Fils dont elle ne mesure pas encore tout le mystère qu’elle porte en elle. Mais elle éclate de joie…
Jacques Fournier
http://www.eglise.catholique.fr
Dimanche Gaudete
Les premiers mots de la seconde lecture, dans leur traduction latine ont donné son nom à ce troisième dimanche, qu’on appelle traditionnellement le dimanche “Gaudete”, ou dimanche de la joie. En effet la joie est le thème commun des deux premières lectures. Mais qu’en est-il de l’Évangile ?
À première vue il y a un contraste entre le thème de la joie et la figure un peu hirsute de Jean-Baptiste. Lorsqu’on parle de joie on pense facilement à des festivités, des banquets, etc. Or le menu de Jean (des sauterelles, du miel sauvage et de l’eau) était plutôt sobre. On identifie joie et célébration avec des vêtements de fête, ce que n’était sans doute pas le vêtement fait de poils de chameaux que portait Jean. Enfin, dans une fête on s’attend à se faire dire des choses agréables et encourageantes. Or Jean invite à la conversion et qualifie certains de ses interlocuteurs d’hypocrites et de race de vipères.
Et pourtant Jean était un homme profondément heureux parce qu’il était un homme tout à fait libre. Il n’était attaché à rien ici-bas et était dépouillé de toute ambition personnelle et de toute préoccupation concernant sa personne. Il avait une mission et n’existait que pour cette mission.
Je crois que la plupart d’entre nous avons parfois de la difficulté à réconcilier notre mission ou les divers rôles que nous avons à jouer – dans la société, dans l’église, dans notre communauté, dans notre famille – avec nos intérêt et nos goûts personnels, et peut-être même nos ambitions. Rien de cela chez Jean-Baptiste. Sa mission a envahi tout son être; ou plutôt son être entier s’est épanoui dans sa mission. Il n’a pas d’autre intérêt, donc pas de conflit. Des personnes sont devenues ses disciples; mais il ne les “possède” pas. Lorsqu’apparaît Jésus, il les lui envoie en disant : “voici l’Agneau de Dieu”. Dans sa solitude, il est un homme libre, un pauvre, un coeur pur.
“Bienheureux les coeurs purs, il verront Dieu” dira Jésus. Parce qu’il était pauvre, privé de tout intérêt personnel, Jean-Baptiste a pu voir Dieu lorsqu’Il est venu à lui.
La préparation de Jean – à la fois la sienne et celle qu’il donne dans son enseignement – n’est pas préoccupée de “réalisation personnelle”, mais plutôt d’un effacement graduel et toujours plus profond devant la présence envahissante de Dieu qui est la source de sa joie. Lorsque Dieu est visiblement présent en Jésus de Nazareth, lui Jean peut disparaître.
Les prêtres et les lévites ainsi que leurs envoyés sont soucieux de savoir qui est Jean. Ils le harcèlent de question concernant son identité. Or lui n’a aucun souci de qui il est. À la question : “Qui es-tu?”, il répond simplement “Je ne suis pas le Messie”. Aux autres questions “Es-tu le prophète Élie?”, “Es-tu le Grand Prophète (qui doit venir)?” il répond “Non”. Et finalement, lorsqu’ils se font de plus en plus insistants, il dit simplement: “Je suis la voix qui crie dans le désert : aplanissez le chemin du Seigneur”.
Si Jésus dit que les cœurs purs verront Dieu, la Bible établit aussi un lien étroit entre solitude et vision de Dieu. Abraham était seul devant sa tente lorsqu’il reçut la visite des Trois Messagers. Moïse s’était avancé plus loin que d’habitude dans la solitude du désert, lorsqu’il eut la vision du buisson ardent. Elie se trouvait seul sur le Mont Horeb, après une longue montée solitaire, lorsque Dieu lui apparut dans la brise légère. Jésus s’était retiré seul sur la montagne lorsqu’il fut transfiguré. Siméon et Anne menaient une vie de solitude au Temple, aussi purent-ils avant tout autre reconnaître le Messie dans l’enfant de Bethléhem. De même Jean vivait dans la solitude près du Jourdain lorsqu’il reconnut le Messie dans la foule qui venait à lui de Jérusalem.
Dieu naîtra en nous (à Noël et durant toute l’année) dans la mesure où nous deviendrons libres et pauvres comme Jean, et dans la mesure où nous pénétrerons dans une véritable solitude – non pas une solitude consistant dans le fait de nous isoler artificiellement des autres personnes, mais une solitude qui consiste à nous dépouiller de nos fausses identités, de nos attaches, de nos ambitions, de nos désirs de nous “réaliser” personnellement. Paradoxalement c’est alors que nous découvrirons, dans la liberté et la joie, notre véritable identité.
Armand Veilleux
http://www.scourmont.be
Qui es-tu donc?
Jean le Baptiste doit s’expliquer. Ses agissements et ses discours en étonnent plusieurs. On lui demande avec insistance : Qui es-tu? Que dis-tu de toi-même? Comme si c’était une chose toute simple de répondre à la question : Qui suis-je? Que puis-je dire de moi-même?
Jean, dans sa réponse, proclame finalement le caractère unique et inédit de sa personne et de toute autre personne humaine. Il est, quant à lui, le témoin de quelqu’un que nous ne connaissons pas et qui pourtant est déjà là. De qui sommes-nous les témoins? Qui est celui ou celle qui nous a à ce point marqués que nous puissions nous dire porteur d’une part de son identité?
Par ses réponses, Jean nous introduit dans l’inconfort de notre non-connaissance du Christ et de nous-mêmes. Il nous fait bien voir que toute connaissance de soi dépend de celle d’un autre; elle est relative à celui ou celle qui s’est révélé à moi. L’autre me servant de miroir en quelque sorte et me renvoyant une part de ma propre image.
Le mystère de Dieu et le mystère de son Christ sont toujours insaisissables pour nous à moins qu’ils ne se révèlent dans l’intime expérience spirituelle qu’ils nous donnent de vivre. Énigmatique et surprenant sera alors le témoignage de celui ou celle que Dieu a ainsi touché de sa lumière, de sa sainte présence!
La connaissance de l’objet de notre foi dépasse-t-elle absolument notre entendement? On nous a toujours dit que Dieu est insaisissable, inconnaissable. Ou bien Dieu nous aurait-il envahis jusqu’à nous remplir de son évidence, de sa vérité? Comment dès lors réagir autrement qu’en protestant, comme Jean le Baptiste, de notre indignité et de notre extrême pauvreté : « Je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Ce qui ne l’empêche pas d’être témoin de la lumière, comme le souligne le 4ième Évangile.
Voilà bien la merveille de l’Avent : que notre désir de Dieu nous établisse en tension vers lui à partir de notre propre mystère. Nous sommes plus grands que nous ne le pensons, à cause de Celui qui vient, qui est déjà venu, qui est là et qui viendra… et pourtant si petits devant lui! Déjà il habite notre monde. Il se tient au milieu de nous. Bien que nous ne le connaissions pas, il nous revêt déjà de sa lumière. Il nous établit dans la paix. Dans une meilleure connaissance de nous-mêmes. Il anime notre joie. Il est toute paix, toute joie
Par Jacques Marcotte, o.p.
http://www.spiritualite2000.com
Le défi missionnaire de découvrir et annoncer l’Inconnu
Romeo Ballan mccj
“L’eau, la plus pure, revient de droit à celui qui atteint la source en premier”. Ce proverbe de la Tanzanie a le goût de l’eau fraîche qui descend de la montagne et réveille en nous le sens de la joie typique de l’Avent: à condition qu’il soit vécu dans l’attente et la vigilance. En ce dimanche “gaudete”, l’invitation de la liturgie à la joie se pose avec insistance: on le voit clairement soit dans l’antienne d’entrée que dans la collecte, la I lecture, psaume, II lecture… St. Paul (II lecture) donne la raison de la joie chrétienne: «le Seigneur est proche» (Phil.4,4-5). La joie se nourrit de la prière et de la fidélité à l’Esprit de Dieu (v.17-19). A propos des aspects caractéristiques de la spiritualité du missionnaire, le Pape Jean Paul II évoque ‘la joie intérieure qui vient de la foi’(RMi 91)
Le Prophète (I lecture) invite à la joie tout le peuple qui vient de connaître la fin de l’esclavage: c’est la ‘joyeuse nouvelle’ pour les pauvres et pour tous les blessés de la vie. La libération est promise aux prisonniers, un an de grâce va s’ouvrir pour tous (v.1-2)… Le peuple a le droit de se réjouir pleinement dans le Seigneur (v. 10), parce que c’est Lui qui renouvelle le monde entier en suscitant de nouveaux bourgeons (v. 11). A ces cris de joie la Vierge Marie répond la première: elle élève son cantique de louange pour les ‘grandes choses’ que le Tout-Puissant accomplit dans ses serviteurs (psaume). L’Eglise universelle aussi est exprimée dans le cantique de Marie: elle vit son pèlerinage sur terre, sur un chemin fait de joies et de tribulations. C’est donc la voix de nous tous! C’est surtout la voix de Jésus, qui énonce le programme du Prophète dans la synagogue de Nazareth, et l’assume comme sien propre, Lui qui a été consacré et envoyé pour l’accomplissement de cette œuvre (Lc 4,18-21).
Jean le Baptiste (Evangile) a pleine conscience d’être ‘celui que Dieu-même a envoyé’ (v. 6) pour préparer la voie au Seigneur (v. 23). Il reconnaît n’être que la voix d’un Autre, plus grand que lui. En effet Dieu est la Parole, Jean n’en est que la résonance, parce qu’il n’a pas de message qui lui soit propre. Il sait bien que le pouvoir réside dans la Parole, non pas en celui qui en est le porteur. De même que la force est dans la semence, et non pas dans le semeur qui la répand sur le sol. Ainsi Jean n’est que le témoin de ce dynamisme de la mission, qui lui est supérieur. Il s’en réjouit, tout heureux de se faire tout petit, sachant de n’être que ‘l’ami de l’époux’, celui-ci lui étant bien supérieur. Il est donc tout à fait normal que ce soit lui, l’époux, à grandir (Jn 3,29-30). Là est aussi le témoignage fort qu’il a rendu devant la sourcilleuse commission d’enquête venue exprès de la capitale. Jean le Baptiste, dans cette circonstance comme dans d’autres, se confirme un vrai modèle pour tout missionnaire, jusqu’au témoignage du martyre. (Ce que nous explique si bien le théologien A. Rétif dans son livre: Jean le Baptiste, missionnaire du Christ, Seuil 1960).
Dans la réalité de la mission, Dieu-même est à l’œuvre comme force qui transforme. La Parole qui sauve ne vient que de Lui. Le missionnaire est appelé à être seulement la voix qui l’annonce, le semeur qui en répand la semence dans les sillons du monde. De tout cela l’apôtre est appelé uniquement à rendre témoignage, mais il n’est ni la Parole, ni la semence, ni le champ. Le missionnaire n’est qu’une voix, un envoyé pour annoncer. Comme déjà le Baptiste, le missionnaire «n’est qu’une voix qui annonce, un témoin qui attire l’attention sur Quelqu’un qui est plus important que lui. Le vrai témoin met en lumière le Seigneur pour revenir dans l’ombre juste après. Il redoute surtout de soustraire pour lui-même le rôle qui revient de droit au Seigneur… Jean est le témoin d’un Dieu qui est déjà ici, parmi nous. Mais sa présence est à dévoiler, personne n’étant en mesure de le voir si un prophète n’est pas là pour en indiquer la présence» (Bruno Maggioni).
Le défi missionnaire qui se propose au chrétien, et à la communauté chrétienne, veut dire dévoiler le Christ qui est parmi nous, au milieu de nous, inconnu la plupart du temps (Jn 1,26), pour annoncer sa présence dans le monde. Il ne limite pas sa présence à sa seule Parole et aux Sacrements, mais il est présent aussi dans les pauvres, dans les migrants, dans ceux qui souffrent, dans les opprimés, dans les derniers. Lui-même s’est associé à eux: «c’est à moi que vous l’avez fait!» (Mt 25,40). Il est présent également dans celui qui n’est pas chrétien, dans le cœur de celui qui s’avoue totalement agnostique, dans la vie de tout travailleur de la paix… Le missionnaire est consacré et «envoyé porter la bonne nouvelle» (Is 61,1), par sa propre vie et par sa parole. ‘Malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile’, nous dit bien St. Paul (1Cor. 9,16). Le héraut n’a aucun pouvoir sur le cœur de ceux qui sont censés accueillir son message. Egalement peut-on dire de tout chrétien, comme déjà du Baptiste: il est missionnaire, parce qu’il accomplit, petit à petit, une démarche d’identification: il découvre la Parole, il s’en nourrit spirituellement, pour en devenir témoin et messager. Partout! Il est appelé à dépasser toute barrière d’ordre culturel ou géographique.
