Premier dimanche de l’Avent (Année B)
Marc 13,33-37:
Plus proche qu’on pense !

Advent (7)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »


« Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez! »  Vraiment Jésus y tient beaucoup. Il nous faut veiller jusqu’à son retour. Pourquoi insiste-t-il autant? Comment veut-il que nous vivions cette veille et cette attente?  De quoi nous parle-t-il au juste?

Jésus ne veut certainement pas nous rendre plus nerveux, ni jouer avec nous de la menace et nous faire peur, ni nous plonger dans l’angoisse et l’inquiétude. Ce ne serait pas la peine; nous vivons déjà assez de stress et d’épreuves; cela n’est pas utile qu’il nous en remette. Le Seigneur n’est-il pas celui qui dans l’Évangile nous redit souvent : « N’ayez pas peur! »; « Ne soyez pas bouleversés! »

S’il nous demande de veiller, d’être vigilant, c’est sans doute pour définir et décrire l’attitude qu’il propose à ses disciples : une manière de vivre, une manière d’être. Veiller prend alors le sens d’être là, présent à soi et aux autres parce qu’engagés avec Dieu dans un rapport de confiance, de respect et d’amour, un rapport d’espérance.

La parole de ce dimanche nous invite à être des veilleurs en un sens spirituel, bien sûr, mais à deux niveaux ou plutôt pour deux raisons bien particulières.

Rappelons-nous d’abord la finale de la prière citée du livre d’Isaïe : « Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains. » Cette affirmation nous rappelle que nous sommes créés par Dieu, à son image, établis de ce fait en intime relation avec lui. Tout en nous demande à lui ressembler, à  retrouver Dieu, à nous laisser retrouver par lui. Nous tenons de lui notre élan vital, notre beauté, notre capacité d’aimer. Comme l’amoureux et l’amoureuse s’appellent l’un l’autre alors même qu’ils sont éloignés par la distance ou l’impossibilité de se voir, et qu’ils sont anxieusement attentifs à tout ce qui peut évoquer la présence de l’autre, ainsi nous sommes en désir de Dieu.

Notre attention aux autres, l’accueil sincère et inconditionnel que nous devrions leur faire, peut s’inspirer de cette relation profonde que nous avons avec Dieu : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours », proclame le prophète Il me semble qu’elle est là notre grande et première raison d’être vigilants, attentifs, éveillés.  Pour ne rien perdre de Dieu qui se révèle et se donne, de lui qui nous instruit par tout ce que nous sommes, par ceux et celles que nous côtoyons, par la nature qui nous entoure. Tout vient de lui et nous parle de lui. Quelle merveilleuse veille alors que de surveiller les signes de sa présence pour entrer un jour dans son mystère.

L’autre raison de veiller, l’autre lieu sensible de notre vigilance, c’est évidemment notre condition même de disciple du Christ. S. Paul en s’adressant aux chrétiens de Corinthe leur disait : « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu. » Paul les invite ainsi à prendre conscience de ce qui leur est donné dans le Christ. Le plein éveil consiste dès lors à savoir exploiter ce trésor pour en tirer partie, en vivre, et en faire profiter les autres.

À la fin, il est intéressant d’entendre S. Paul parler d’une veille et d’une vigilance produites par Dieu lui-même en nous pour que nous puissions entrer en communion avec son Fils. Dieu veille sur nous et il nous donne de persévérer dans notre vigilance. « C’est lui qui vous fera tenir solidement jusqu’au bout » écrit Paul. « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur ».

L’Eucharistie nous donne justement d’anticiper quelque chose de cette communion. Elle l’exprime et la fait grandir. La messe n’est-elle pas le lieu par excellence où nous veillons pour le Seigneur, avec lui, et où nous annonçons sa venue prochaine dans la gloire.

Par Jacques Marcotte, o.p.
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Le Christ est venu, nous avons cru au message des apôtres, nous mettons au monde, au milieu du monde, un peuple nouveau qui fait corps et manifeste ainsi, aux yeux de tous, que notre vérité est unité dans l’amour. Et pourtant, voici que la liturgie, à la suite de l’Écriture, nous renvoie en quelque sorte au point de départ, puisqu’elle nous prescrit de raviver en nous l’attente, l’ouverture à ce qui vient. Longue attente dans la foi qui remplit toute la Première Alliance. Cela rejoint quelque chose qui nous habite tous, souvent à notre insu : une insatisfaction de ce que nous sommes et avons à vivre. Les publicitaires le savent, eux qui nous annoncent sans cesse du « nouveau » ou « d’autres manières de… » Les lendemains qui chantent ont toujours leur succès. La première lecture n’utilise ses verbes qu’au futur. Le Psaume également, mais dans un contexte de joie qui ne correspond pas toujours au climat de nos attentes. Découvrons que cette insatisfaction confuse, et qui semble souvent sans objet, recouvre en fait l’espérance de notre accès à l’homme nouveau dont parle Paul. L’homme nouveau et terminal : il n’y a rien qui puisse le dépasser. Corrigeons cependant : ce n’est pas nous qui faisons le chemin vers l’ultime Fils de l’homme : en réalité, c’est lui qui vient vers nous. Restons-nous alors totalement passifs ? Non : notre rôle est de l’attendre et de l’accueillir. Ainsi, nous ferons nôtres les attitudes de Marie lors de l’Annonciation.

Le temps de l’attente

« Tenez-vous prêts », dit Jésus. Fort bien, mais en quoi cela consiste-t-il ? Nos textes ne préconisent rien de particulier. La liste de comportements établie par Paul (2e lecture) ne prescrit rien d’autre que la morale ordinaire. Quant à Jésus, il nous montre des gens occupés à leurs travaux habituels. Il n’y a donc rien de spécial à faire. L’un va aux champs, l’autre au moulin : tout comme d’habitude. Pourtant, si les gestes sont les mêmes pour tous ceux qui pratiquent le même métier, l’état d’esprit peut être très différent : que cherchez-vous au juste en allant labourer votre champ ? Bien des motivations sont possibles : tuer le temps, nourrir sa famille, faire de l’argent, afficher sa supériorité, réelle ou illusoire… Certaines motivations sont compatibles avec l’attente du Christ, d’autres non. À nous de nous interroger sur ce que nous voulons vraiment. Si notre désir est sain, s’il va dans le sens de l’humanité vraie, s’il l’emporte en nous sur tout autre désir, notre attente de la venue de Dieu colore tout ce que nous choisissons d’entreprendre. Il nous habite même quand nous n’y pensons pas. Là, nous pouvons accéder à une joie nouvelle ; l’insatisfaction et l’attente se font heureuses, à condition qu’elles se fondent sur la foi en la promesse qui nous est faite. Cette foi peut se vivre au milieu de tous les bouleversements du monde, de tous les déluges. En fin de compte, tout ce que nous avons à souffrir rejoint la croix du Christ et prélude à une résurrection.

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L’Église tient toujours à marquer le début de l’année liturgique par une invitation forte à la vigilance et à l’espérance. Ce sont les attitudes typiques qui désignent l’Avent. Dans ce nouveau cycle l’évangéliste Marc sera notre principal accompagnateur. Il nous amènera, un dimanche après l’autre, à nous imprégner de l’«Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu» (Mc1,1). Dans le petit passage, que constitue la lecture évangélique d’aujourd’hui, une invitation nous est adressée, quatre fois, à veiller et à rester vigilants. Une condition nécessaire pour pouvoir rencontrer le Seigneur le jour de son retour (v. 35). Le rendez-vous du Seigneur sera honoré, notre attente ne sera pas illusoire. Mais elle sera malgré tout une surprise, bien que vécue comme une certitude.

La liturgie nous invite à vivre cette attente du retour du Seigneur en vivant d’abord ce premier retour, celui de Noël, que l’Église rend efficace dans la foi. Nous avons là la vraie force des sacrements de l’Église. Les sacrements rendent présents ici les mystères de la vie du Christ, qui se sont produits dans le passé. L’histoire est pleinement vécue, en devenant l’histoire du salut pour tout chrétien d’aujourd’hui, dans notre quotidien. Il y a tout de même une condition: l’attente doit devenir une attention au Seigneur qui vient. Le chrétien doit donc se préparer, avec un cœur pur et bien disposé pour son accueil. Paul (II lecture) invite ses fidèles de Corinthe à vivre avec vigilance, «en attendant la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ» (v. 7), en toute confiance du «Dieu fidèle» qui nous appelle à la communion avec son Fils (v. 9) et fera de nous des fidèles «solides jusqu’au bout»(v. 8).

Le chrétien a conscience de la fragilité qui marque sa personne ainsi que la communauté croyante. Alors il peut s’ouvrir à Dieu en toute confiance, pour l’implorer et recevoir de Lui le salut comme un don. C’est bien l’attitude que manifeste le prophète (I lecture) dans cet admirable exemple de prière biblique, si passionnée parce que née dans le contexte de la souffrance et de l’humiliation vécues à Babylone au temps de l’exil. Le prophète interprète la conscience commune d’avoir vécu, errant hors du chemin du Seigneur (v. 17): ils ont été rebelles (v. 4), ils sont devenus tous, à cause de leur péché, «des hommes souillés… aux vêtements salis… desséchés comme des feuilles… dispersés au vent… en perdition à cause de notre méchanceté» (v. 5-6). Même dans une pareille déchéance le prophète ose lever vers Dieu, aussi au début qu’à la fin de sa prière, son cri plein d’espérance. Il invoque le Seigneur comme Père et Rédempteur (v. 16). Il invite Dieu à ouvrir les cieux et revenir, pour l’amour de ses serviteurs (v. 17.19). Finalement le prophète priant se remet dans les mains du Père comme de l’argile: le Père est le seul à pouvoir nous donner une forme nouvelle (v. 7), Lui qui veut nous re-créer.

Le prophète nous trace un tableau qui pourrait très bien se référer à l’humanité actuelle. Plongée dans le mal, éloignée des voies du Seigneur, elle est incapable de se sauver par ses propres forces, et nécessite donc d’un Sauveur qui vienne d’en haut. Nous chrétiens, nous attendons le retour du Christ comme Sauveur, puisque nous croyons déjà en Lui. Par contre, ceux qui ne sont pas chrétiens –qui sont toujours très majoritaires (les deux tiers environ)- ils attendent Sa venue, c’est-à-dire la première annonce du Christ Sauveur. Il est donc évident que l’Avent constitue un temps liturgique particulièrement indiqué pour réveiller auprès des chrétiens la conscience de leur responsabilité missionnaire. En effet l’Avent est le temps de l’attente pour toute l’Humanité. Nous le voyons dans l’exhortation du Pape Pie XII qui, en 1957, nous invitait à la prière et à la mission. (*) La fête de St. François Xavier, ardent missionnaire de l’Extrême Orient et Patron des Missions, tombe aussi à propos, juste au début de ce temps de l’Avent.

Espérance, patience, vigilance… les attitudes typiques du chrétien qui vit l’Avent pour préparer sa rencontre –de tous les jours, et de la fin des temps- avec le Seigneur qui vient. Des prières chargées de joie et d’espérance sont propres à la Liturgie de ce temps: ‘Amen, Maranatha! Viens, Seigneur Jésus (Ap 22,20)… Révèle à nous tous, pèlerins sur cette terre, le sens chrétien de la vie… Rallume en chacun de nous, Seigneur, le feu de la Mission, afin que nous soyons ces apôtres joyeux, aptes à proclamer au monde ton amour de Père… Eveille en nous la volonté d’aller à la rencontre du Christ qui vient, portant nos œuvres de bien. Parmi ces œuvres de bien, tout d’abord celles que Jésus-même nous révèle dans la parabole du jugement dernier (voir l’Évangile de dimanche dernier): secourir ceux qui ont faim et soif, ou ont froid… Accueillir aussi les étrangers, rendre visite aux malades, aux prisonniers… La foi nous certifiant que le Christ-même vient vers nous dans ces personnes sollicitant notre aide. C’est bien Lui qui a dit: «chaque fois que…c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25,40)