Fête  de la Sainte Famille
Année A


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Références bibliques

  • Première lecture Celui qui craint le Seigneur honore ses parents Si 3, 2-6.12-14
  • Psaume Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Ps 127 (128)
  • Deuxième lecture Vivre ensemble dans le Seigneur Col 3, 12-21
  • Évangile « Prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte » Mt 2, 13-15.19-23

OUVERTES AU PROJET DE DIEU
José Antonio Pagola

Les récits évangéliques n’offrent aucun doute. Selon Jésus, Dieu a un grand projet : construire une grande famille humaine dans le monde. Attiré par ce projet, Jésus se consacre entièrement à faire en sorte que tous ressentent Dieu comme Père et que tous apprennent à vivre comme frères et soeurs. C’est le chemin qui mène au salut de l’humanité.

Pour certains, la famille actuelle est ruinée parce que l’idéal traditionnel de la «famille chrétienne» est disparu. Pour d’autres, tout ce qui est nouveau constitue un progrès vers une nouvelle société. Mais comment définir une famille ouverte au projet d’humanisation de Dieu ? Quelles en sont les caractéristiques que nous pourrions mettre en relief?

La première chose c’est l’amour entre époux. Le foyer est vivant lorsque les parents savent comment s’aimer, se soutenir mutuellement, partager les peines et les joies, se pardonner, dialoguer et se faire confiance l’un à l’autre. La famille commence à se déshumaniser quand l’égoïsme, les disputes et les malentendus deviennent plus grands.

Relation parents-enfants. L’amour entre mari et femme ne suffit pas. Quand (les) parents et (les) enfants vivent dans la confrontation et communiquent peu, la vie de famille devient impossible, la joie disparaît, tout le monde en souffre. La famille a besoin d’un climat de confiance mutuelle pour assurer le bien de tous.

Relation parents-enfants. L’amour entre mari et femme ne suffit pas. Quand (les) parents et (les) enfants vivent dans la confrontation et communiquent peu, la vie de famille devient impossible, la joie disparaît, tout le monde en souffre. La famille a besoin d’un climat de confiance mutuelle pour assurer le bien de tous.

Attention aux plus fragiles. Chacun doit trouver dans son foyer, accueil, soutien et compréhension. Mais la famille devient plus humaine, surtout quand elle prend soin des petits avec amour et affection, quand elle aime les personnes âgées avec respect et patience, quand elle prend soin des malades ou des handicapés avec sollicitude, quand elle n’abandonne pas ceux qui traversent des moments difficiles.

Ouverture aux nécessiteux. Une famille travaille pour un monde plus humain, quand elle n’est pas enfermée dans ses problèmes et ses intérêts, mais lorsqu’elle est ouverte aux besoins d’autres familles: des foyers brisés qui vivent dans des situations conflictuelles et douloureuses et qui ont besoin de soutien et de compréhension; des familles sans travail ou sans revenu, qui ont besoin d’aide matérielle; des familles immigrantes qui demandent accueil et amitié.

Croissance de la foi. C’est dans la famille que l’on apprend à vivre les choses les plus importantes. C’est pourquoi elle est le meilleur endroit pour apprendre à croire en ce Dieu bon, Père de tous; pour connaître le style de vie de Jésus; pour découvrir sa Bonne Nouvelle; pour prier ensemble autour de la table; pour participer à la vie de la communauté des disciples de Jésus. Ces familles chrétiennes contribuent à construire ce monde plus juste, digne et joyeux, voulu par Dieu. Elles sont une bénédiction pour la société

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L’Église nous propose une méditation sur la famille de Jésus. Elle nous invite à y voir le modèle de toute famille. À nous de l’imiter.Cela peut s’admettre si l’on ne tombe pas dans la mièvrerie d’un « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Mieux vaut essayer de voir ce que l’Évangile nous dit de cette famille-là et de prendre conscience des enjeux de ces récits. Nous n’y trouvons pas des consignes morales dans le style de la 1re lecture.Relisons donc les évangiles de l’Enfance en dépassant la lettre pour découvrir, si possible, ce que Matthieu et Luc veulent nous faire comprendre.

Une famille qui disparaît

La première chose qui frappe, c’est que la famille de Jésus disparaît pratiquement du récit de Matthieu et de Luc, les seuls à parler de l’enfance de Jésus, après les deux premiers chapitres. Une exception en Matthieu 12,46-50, où Jésus déclare que sa vraie famille n’est pas biologique mais se fonde sur l’accueil de la Parole de Dieu.Cet effacement de la famille, cette évasion de l’hérédité fait penser à Genèse 2,24 : «L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à son épouse.» Un fait de nature (l’engendrement) cède le pas à un acte de liberté (l’Alliance.) Quitter son père et sa mère, c’est aussi ce que Jésus demandera à ceux qu’il appellera à le suivre. Il y a là une loi générale : vivre, c’est accueillir du nouveau, ce qui demande une certaine forme de renonciation à l’ancien. Le fruit se sépare de l’arbre pour porter, à son tour, un fruit nouveau. L’épouse à laquelle s’attachera le Christ, c’est nous tous ensemble, c’est-à-dire l’Église.

Qui a écouté la Parole de Dieu pour la mettre en pratique ?

D’abord Marie, bien entendu. À l’Annonciation, à la proposition de Dieu, elle a répondu : «Qu’il me soit fait selon ta parole.» Quant à Joseph, «homme des songes» comme son homologue de Genèse 37 et 39 (voir 37,19), il agit et même change de projet selon la «parole de l’ange», cette voix intérieure qui lui dit ce qu’il doit faire. Cette parole a mis Joseph et Marie au service de l’enfant, c’est-à-dire de l’avenir ; leur propre avenir et celui de toute l’humanité. C’est bien en fonction de Jésus qu’ils vont et viennent. Dans notre évangile, c’est pour le protéger qu’ils partent en Égypte puis en reviennent, revivant en raccourci le périple d’Israël. La formule d’Osée 11,1, citée par Matthieu au verset 15, y renvoie directement. Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses familles, ce ne sont pas les parents qui possèdent l’enfant mais l’enfant qui dispose de la vie des parents. Les théologiens disaient autrefois que c’est dans la famille que l’enfant apprend ce qu’est aimer. Il l’apprend avant tout par l’amour qu’il reçoit, et aussi par ce qu’il perçoit de l’amour mutuel de ses parents.

La dépossession

À l’intérieur de cette famille qui va quitter le récit évangélique et disparaître de la vie de Jésus, que se passe-t-il ? L’effacement de chacun en faveur des autres. Personne n’appartient à personne. Joseph vit son mystère propre : ce qu’il fait pour Marie et pour Jésus vient de sa relation personnelle avec Dieu : l’ange de ses songes, manière de signifier le secret. Même chose pour Marie, avec l’Annonciation et les souvenirs qu’elle conserve dans le secret de son cœur (Luc 2,19 et 51). Quant à Jésus, il leur échappe littéralement. Souvenons-nous de Luc 2,48-49, où le mot «père» est employé successivement pour désigner deux personnes différentes : «Ton père (Joseph) et moi nous te cherchions… Ne savez-vous que je me dois aux affaires de mon Père?» Le respect du secret et de la liberté de l’autre, par amour, est l’une des conditions de toute réussite familiale. Tous les évangiles de l’enfance nous parlent, chacun à sa manière, de cette dépossession. Par là, ils sont prophétiques de la Pâque.Alors le Père se dépossédera de son Fils en notre faveur. Marie, traversée par le glaive de la Parole, devra révéler ce qui a toujours animé son cœur, sa «pensée intime» (Luc 2,35), c’est-à-dire sa foi, une foi à toute épreuve et qui accepte de ne pas encore comprendre, comme en Luc 2,50. Dépossédée de Jésus, elle recevra une nouvelle maternité (Jean 19,26-27). La voici mère des croyants, mère de ce corps nouveau que l’Esprit va donner à Jésus.Quant à Jésus, il se dépossède de sa vie pour se faire nourriture de vie éternelle.

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