19ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C
Luc 12,32-48


19C

Références bibliques :

  • Lecture du livre de la Sagesse : « Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru.. »
  • Psaume 32 : « Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour. »
  • Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux : » La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »
  • Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 32 à 48 : »Là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur. »

Le provisoire qui dure,
par Marcel Domergue

Dimanche dernier, nous étions invités à nous libérer de la volonté illusoire de fonder notre vie sur les « biens » que nous accumulons. Aujourd’hui, nos lectures nous présentent deux thèmes qui, finalement, se rencontrent : celui de notre condition de nomades, avec la seconde lecture, et celui de l’attente vigilante, avec l’évangile.

C’est que les images que nous utilisons pour approcher le mystère de notre existence sont toutes insuffisantes et demandent à être prises dans leur ensemble. Dans les évangiles, Jésus n’a pas où reposer sa tête. Il est toujours en route et ses haltes durent peu. En cela, il revit et porte à son terme ce qu’ont vécu ses ancêtres. Nulle part Abraham, Isaac et Jacob ne sont chez eux, et quand les Hébreux s’installeront en Terre promise, ce ne sera pas pour longtemps : suivront la division des tribus en deux royaumes, la déportation à Babylone, la domination des Perses, des Grecs puis des Romains. Le peuple élu révèle ainsi ce qui caractérise notre condition humaine : nous sommes tous de passage. C’est pourquoi nous ne devons pas considérer nos demeures comme définitives, ni nous encombrer de trop de bagages. Le Christ itinérant nous dit le dernier mot de ce que nous avons à traverser par sa Pâque, l’ultime « passage » vers le paradis perdu, et maintenant retrouvé. Notre foi engendre ainsi l’espérance, l’attente de ce qui vient et vers quoi nous allons.

L’attente

A première vue, notre évangile ne va pas dans ce sens-là : voici en effet des serviteurs – disons des employés – qui restent à la maison alors que leur employeur est parti pour des noces. Assimilés à ces « gens de maison », nous sommes maintenant sédentaires. Ici, ce qui est mis en valeur, c’est la qualité de l’attente. Nous voici habitant un univers où Dieu n’est pas perceptible à nos sens. Les serviteurs de la parabole savent qu’il reviendra. Mais quand ? Nous voici seuls, en apparence. Le Christ a disparu « dans les cieux » et n’est plus là qu’à travers le peuple des croyants, son « corps ». En fait, Dieu nous visite dès maintenant par son Esprit, mais nous ne pouvons l’accueillir que par la foi, par notre ouverture, notre attente qui signale que nous ne sommes pas comblés par ce que la vie nous donne maintenant. Nous voici désinstallés de notre présent et tournés vers ce qui vient, ce qui nous fait retrouver notre condition de « nomades ». Nous ne pouvons nous installer dans la clôture de l’absence pour « manger, boire, s’enivrer », bref, végéter Notre évangile insiste sur l’imprévisibilité du retour de Dieu. C’est pourquoi nous devons nous ouvrir à lui dès maintenant. « Maintenant et à l’heure de notre mort ». Maintenant, en effet, nous pouvons passer à Dieu et vivre par avance notre ultime rencontre.

Dieu serviteur

Comment attendre Dieu ? En faisant notre travail, en distribuant aux autres « leur part de blé ». La gestion de ce monde, depuis Genèse 1, nous est confiée. Il s’agit de construire un monde selon l’amour et la justice, à l’image de Dieu. Nous sommes tous des intendants fidèles ou infidèles. Dans la parabole, à son retour, le maître met le gérant malhonnête « parmi les infidèles ». En fait, cet homme s’y est déjà mis lui-même : le jugement n’est qu’une constatation. Nous savons par ailleurs que même lui sera « racheté ». C’est Dieu, dans et par le Christ, qui prendra place parmi les infidèles, crucifié entre deux malfaiteurs.

Notre parabole nous donne une image invraisemblable, sur laquelle nous aurions tort de passer trop vite : celle du maître prenant la tenue de service pour servir à table ses serviteurs. On pense au lavement des pieds de Jean 13. Finalement, la nourriture que Dieu nous sert, c’est lui-même. Dieu à notre service ! Voilà qui change totalement l’image que nous nous faisons de Dieu. Nous voici engagés dans une sorte de compétition en matière de service : nous ne pouvons exister qu’en étant images et ressemblance de Dieu, donc en prenant à notre tour la fonction de serviteurs. Quand nous nous souvenons jusqu’où le Christ est allé, nous risquons de trouver cela redoutable et de nous décourager. C’est là que doit se réveiller la foi : Dieu se mettra à notre service pour nous inspirer ce que nous aurons à faire, le courage qu’il faudra pour l’accomplir, la joie et la reconnaissance nées de l’accès à notre vérité.

https://croire.la-croix.com

Invitation à la prière

(Sg 18, 6-9 ; Ps 32 (33) ; He 11, 1-2.8-19) ; Lc 12, 32-48)

Les textes de ce jour tournent autour d’une idée simple mais essentielle pour étayer notre foi : une confiante assurance dans les promesses de Dieu.

Que le Seigneur nous donne la patiente espérance que son Royaume de paix et de fraternité se réalisera un jour et, si possible, dès cette terre. Que nos actions sociales ou politiques y contribuent fortement. Ne nous lassons pas de rappeler aux décideurs de nos sociétés leurs devoirs impératifs de mener le monde en cette direction. Que notre Église sache enfin parler à ce monde douloureux pour redonner sens à ses désirs et ouvrir à l’humanité un avenir digne du «Fils de l’homme».

« Heureux sommes-nous si nous mettons notre confiance dans le Seigneur », dit le psalmiste. Apprenons à transmettre à nos frères et sœurs cet accueil ouvert de l’événement, dont Emmanuel Mounier disait qu’il doit être notre maître, en étant animés non pas par la « crainte de Dieu », chère aux anciens prédicateurs, terme devenu aujourd’hui ambigu et trop passif, mais par une acceptation active, dans une joyeuse louange.

Au vrai, qu’en est-il de notre foi, dont parle Paul ? En qui ou en quoi croyons-nous ? Dieu est-il pour nous un être vivant, aimant, attentif au sort de l’homme ou une entité lointaine ? Lui donnons-nous une place réelle dans nos vies ? Exemplaire, la foi d’Abraham ou de Sarah embrasait leur vie au point de leur faire accomplir des choses humainement impensables : l’inadmissible sacrifice d’un fils unique ; l’improbable maternité d’une vieille femme stérile… Oserions nous engager nos vies sur des promesses semblables, et réaliser ainsi ce qu’on attend de nous ?

L’homme seul ne le peut. Il doit redire dans la prière, comme le père d’un enfant mort ressuscité par Jésus : “ Seigneur, je crois, mais secours mon manque defoi… ” (Mc 9, 24), ou mieux encore : « Fiat ».

Marcel Bernos
http://www.garriguesetsentiers.org

Commentaire

L’auteur de la lettre aux Hébreux affirme que « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » Cette affirmation est forte, car il est question ici de posséder et de connaître l’objet même de notre foi.

Cette possession, c’est goûter à la présence de Dieu en nos vies, même si on ne le voit pas. Les comparaisons sont toujours boiteuses, mais l’on pourrait évoquer ici la communion avec l’être aimé, parti pour un long voyage, mais dont le souvenir et l’affection nous habitent toujours, malgré l’absence. Mystérieusement, la foi en Dieu nous donne de posséder ce que l’on espère, une espérance qui trouvera sa pleine réalisation dans la vie éternelle, mais qui déjà nous fait vivre.

L’auteur de la lettre aux Hébreux affirme aussi que cette communion d’amour avec Dieu nous le fait connaître. Mais comment pouvons-nous prétendre connaître Dieu ? C’est que la foi en Dieu nous donne de saisir, comme par instinct, comment il nous faut nous comporter dans le monde, ce que Dieu attend de nous. Il s’agit d’une connaissance intérieure qui nous donne de comprendre ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas.

L’acte de foi nous entraîne dans une connaissance de Dieu qui dépasse la simple réflexion naturelle. Il s’agit d’une rencontre intérieure où Dieu se révèle à nous, lui qui déjà s’est fait connaître à travers les écrits des auteurs sacrés de la Bible et qui, ultimement, s’est fait l’un de nous en son Fils Jésus Christ. Déjà, le prophète Jérémie annonçait ce qui suit : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. » (Jér. 31, 33) C’est ce que Jésus accomplit quand il promet à ses disciples de leur donner son Esprit, qui les instruira de toutes choses au sujet de Dieu.

Bien sûr, la démarche de foi implique un saut dans l’inconnu, et chacun de nos cheminements est unique et irremplaçable. Si certaines personnes semblent être tombées dans « l’eau bénite » dès leur tendre enfance, la foi ne leur ayant jamais fait défaut, d’autres doivent chercher laborieusement et parfois sans résultat apparent.

Non pas que Dieu se refuse à nous, mais parfois notre histoire personnelle nous amène ailleurs, sur des sentiers parfois marqués par l’épreuve ou les déceptions, ou encore parce que cet horizon de la foi ne semble pas du tout évident. La foi en Dieu est une démarche éminemment personnelle, et chacun avance à son rythme, un rythme où Dieu ne s’impose jamais, mais où toujours il marche avec nous, comme avec les pèlerins d’Emmaüs qui ne l’ont pas encore reconnu.

Le don de la foi est la plus belle demande qu’une personne puisse faire, car la foi illumine toute notre existence et lui donne une direction assurée. La foi c’est accepter de se laisser aimer par Dieu, c’est remettre entre ses mains chacune des journées de nos vies, c’est lui confier nos espoirs, nos peines et nos joies. Il y a dans la foi en Dieu une dimension de confiance absolue. Et si quelqu’un veut vraiment croire en Dieu, il doit lui faire confiance, le prier, et lui demander cette foi. La quémander ! Et une fois qu’il l’a trouvée, redire sans cesse cette prière à Dieu : « Et fais Seigneur que jamais je ne sois jamais séparé de toi ! »

Moi-même je suis revenu à la foi à l’âge de 27 ans, à l’occasion d’une veillée de prière, où j’ai fait l’expérience d’une présence aimante au cœur de ma vie. À partir de ce moment-là, tout a basculé pour moi, et c’est cette expérience du Christ ressuscité qui a orienté tout le reste de ma vie. Je l’ignorais jusque là, mais la foi en Dieu c’est avant tout la rencontre d’un amour, et l’amour se suffit à lui-même, l’amour ne cherche pas ailleurs sa récompense, comme le disait saint Bernard de Clairvaux.

Je crois ! Je crois avec l’Église que Dieu nous a appelés à la vie, une vie plus grande que nous, et qu’il nous appelle à poursuivre ce périple d’une naissance à ce monde, vers un ailleurs qu’on appelle la vie éternelle. Et pourtant, je n’ai pas la foi parce que je tiens à tout prix à vivre éternellement. Parfois une vie éternelle ça peut paraître bien long ! Mais il s’agit d’une promesse du Christ lui-même, où nos vies sont appelées à se déployer avec lui après la mort. Et c’est ainsi que Jésus fait cette promesse extraordinaire à ses disciples qui l’auront servi fidèlement. Il leur promet de les faire assoir à sa table et de les servir lui-même quand il reviendra.

Frères et sœurs, cette promesse trouve déjà son accomplissement quand le Christ nous rassemble autour de son eucharistie, qui est un avant-goût des biens qu’il nous donnera dans le monde à venir. Préparons donc nos cœurs à vivre un aussi grand mystère.

Yves Bériault, o.p.
https://moineruminant.com