Synode pour la famille :
le pape invoque les « dons de l’écoute et de la confrontation »

L’Assemblée synodale sur la famille s’est ouverte dimanche 5 octobre par une messe célébrée dans la basilique Saint-Pierre. La veille, le pape a invoqué les dons « de l’écoute,  de la confrontation et d’un regard fixé vers le Christ » sur les pères synodaux réunis pour deux semaines. Il leur a demandé de faire preuve de liberté et de créativité, sans chercher « à voir qui est le plus intelligent ».

Synode sur le mariage

Il règne comme un petit air frais de Pentecôte au Vatican à l’ouverture du Synode sur la famille. C’est du moins le climat que le pape a cherché à installer à la messe dimanche 5 octobre et à la veillée samedi 4 pour dégager l’Assemblée synodale, dont les travaux commencent lundi matin, des récentes pesanteurs internes.

« Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité », a demandé le pape François dans sa brève homélie, prononcée devant 230 pères synodaux et prélats, dont 116 évêques et archevêques. « Nous pouvons décevoir le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint », a-t-il encore mis en garde, refusant que les assemblées synodales servent « à discuter d’idées belles et originales, ou à voir qui est le plus intelligent ». Comme une critique implicite à la dispute publique entre cardinaux, qui a sévi, via livres, articles et interviews, à l’approche du Synode.

253 participants

La famille, thème qui mobilise les 253 participants à cette assemblée extraordinaire, le pape s’est gardé dimanche de trop en parler en tant que telle. Moins encore de l’interdiction d’accès aux sacrements aux divorcés remariés, sujet qui a tendu l’ambiance entre cardinaux.

Le propos dimanche de celui qui, en avril dernier, avait canonisé Jean XXIII en le faisant « le pape de la docilité à l’Esprit Saint » et Jean-Paul II le « pape de la famille », a d’abord voulu mettre les pères synodaux devant leur responsabilité. Il a rappelé « la tâche des chefs du peuple : cultiver la vigne avec liberté, créativité et ardeur », en référence à l’évangile du jour sur la vigne du Seigneur. « Les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt », a aussi fait valoir le pape, tirant un autre passage de l’Écriture en dehors des lectures dominicales.

Un profond écart entre l’Église et les fidèles

La préparation du Synode, en particulier à travers les réponses au questionnaire diffusé l’hiver dernier, a donné la mesure du profond écart entre l’enseignement de l’Église sur le mariage et sa mise en pratique chez les catholiques aujourd’hui.

Cette réalité transparaissait déjà samedi à la veillée d’entrée en Synode organisée par l’épiscopat italien sur une place Saint-Pierre comble. Parmi les trois couples italiens venus témoigner, Nicola et Antonella, entourés de leurs deux enfants, ont courageusement narré, devant les cardinaux et évêques présents, la première défaite de leur union suivie d’années de séparation, en raison d’une relation extraconjugale nouée par Nicola.

Ils ont ensuite décrit leur parcours de réconciliation et la remise sur pied de leur vie de couple et de famille, manifeste à Noël dernier, avec l’aide d’une association d’Église aidant les ménages en difficulté.

« Nous devons percevoir l’“l’odeur” des hommes d’aujourd’hui » 

« Pour rechercher ce que le Seigneur demande aujourd’hui à son Église, nous devons percevoir “l’odeur” des hommes d’aujourd’hui, jusqu’à être imprégnés de leurs joies et de leurs espérances, de leurs tristesses et de leurs angoisses : ainsi, nous saurons proposer avec crédibilité la bonne nouvelle sur la famille », a conclu le pape François, venu à la fin de la veillée tandis que la place Saint-Pierre se couvrait de bougies allumées dans la nuit tombante.

Ces milliers de petites flammes vaillantes au crépuscule offraient le cadre propice à l’invocation des trois dons de l’Esprit Saint – de « l’écoute », de « la confrontation » et du « regard fixé sur Jésus » – qu’a prononcée le pape pour les pères synodaux. « Nous invoquons la disponibilité à un débat sincère, ouvert et fraternel, à prendre en charge avec responsabilité pastorale des interrogations que ce changement d’époque porte avec lui », a résumé le pape.

Le synode, premier moment d’un long parcours

À l’Angélus dimanche, il a fait de nouveau allusion à ces dons, évoquant « deux semaines intenses d’écoute et de confrontation ». Deux semaines, voire une année entière. Comme l’a expliqué le secrétaire général du Synode des évêques, le cardinal Lorenzo Baldisseri, à la presse vendredi, cette première assemblée donnera lieu à un vote sur un document final, qui sera transmis aux conférences épiscopales à travers le monde, accompagné d’un bref questionnaire, en vue du Synode d’octobre 2015.

Cette nouvelle large consultation servira à cette seconde Assemblée synodale. « Ce Synode est le premier moment d’un parcours », a prévenu le cardinal Baldisseri : « Les gens ont beaucoup d’attentes mais devront attendre. »

Sébastien Maillard
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Le Synode, mode d’emploi

Pendant deux semaines, 181 « pères synodaux » travailleront ensemble selon des principes définis par le règlement du Synode des évêques.

Huis clos. L’expression risque d’être souvent répétée au cours des deux semaines à venir, aussi bien par les participants au Synode des évêques que par les observateurs. C’est en effet l’une des règles essentielles qui régiront les discussions, principalement pour garantir leur sérénité. Qui cette ligne de conduite concerne-t-elle ?

Trois cardinaux pour présider le Synode

Les membres de l’Assemblée synodale, tout d’abord. Étant réunie sous sa forme « extraordinaire », c’est-à-dire réduite principalement aux présidents de conférences épiscopales, cette assemblée comprend 181 « pères synodaux », presque tous évêques, qui travailleront dans la salle du Concile. Cette formation extraordinaire concerne des « questions à traiter, bien que concernant le bien de l’Église universelle, (qui) requièrent une solution rapide », précise le règlement qui fixe le fonctionnement de cette assemblée.

Le pape a délégué trois cardinaux, dont l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, pour présider tour à tour les travaux de ses pairs. Mais ils ne sont pas seuls à assumer la charge de la coordination des travaux.

Un « rapport introductif au débat »

Le secrétariat du Synode, dirigé par un secrétaire général, joue en effet un rôle essentiel, en assurant la préparation et le suivi des sessions. À leurs côtés, un rapporteur général et un secrétaire spécial complètent ce dispositif, en rédigeant le « rapport introductif au débat », document destiné à lancer les discussions, ainsi que les conclusions des travaux.

Sur le principe, l’organisation des échanges entre les « pères » est assez simple. Après une introduction, chacun d’entre eux peut prendre brièvement la parole pour faire valoir son point de vue.

Une fois ces premiers avis exprimés, ils ont ensuite la possibilité de se répondre les uns aux autres, si le président les y autorise. Quant à l’utilisation du vote au sein de l’Assemblée, elle existe, mais elle est rare : le Synode peut s’exprimer ainsi « si le Souverain Pontife le décide ».

Treize couples parmi les auditeurs

Aux membres à part entière de cette assemblée spéciale du Synode, il faut ajouter trois autres catégories de participants, également présents dans l’aula synodale. Seize experts, nommés par le pape, doivent travailler à la rédaction des conclusions des débats. Les 38 auditeurs (dont 13 couples) ne peuvent collaborer activement à l’élaboration des documents, mais ont le droit d’écouter l’intégralité des échanges.

Un privilège également accordé à huit délégués fraternels, représentant les autres Églises chrétiennes. Parmi eux, une Française, Valérie Duval-Poujol, représentera l’Alliance mondiale baptiste.

Loup Besmond de Senneville
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Le parler vrai du pape François,
pour l’Église et… au-delà…

« Il faut dire de ce que l’on sent avec « parrhesia » ». Parrhesia ? Lundi matin, ouvrant le synode, le pape François n’a pas employé au hasard cette notion grecque peu connue, que l’on traduit par « liberté de parole ».

Chez Socrate, l’éthique de la liberté

La parrhesia, c’est le « franc-parler » évangélique. Le terme revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, dans les Actes des apôtres notamment, et chez Jean. Les évangélistes reprennent le terme grec, qui, c’est à noter, n’a pas d’équivalent en hébreu : c’est le droit de tout dire, reconnu au citoyen dans une démocratie. C’est aussi, chez Socrate, une forme d’éthique de la liberté.

Dans les Évangiles, la parrhesia désigne ainsi la capacité des premiers apôtres à prendre publiquement la parole. Dans un contexte où cette prise de parole était minoritaire, et n’allait pas de soi, c’est un acte de courage. Et aussi un acte de foi.

Rien de tel, évidemment pour le synode. Les évêques ne risquent rien à « parler vrai » en public et s’expliquer. Sauf que, justement, on a souvent reproché à l’Église et ses responsables de ne plus être audibles à force de cacher toute critique ou aspérité dans leurs discours. En privilégiant le consensus sur la vérité, ou encore par peur des retombées d’une position critique prise contre l’autorité romaine, l’Église s’est habituée à un langage feutré, et un mode de communication souvent inodore.

La «langue de buis» de l’Église catholique

Telle phrase épiscopale requiert ainsi une exégèse pointilleuse pour discerner ce qui en constitue la pointe. Et il faut souvent s’y reprendre à plusieurs fois avant de cerner la portée d’un communiqué diocésain comme d’une communication romaine, tant le fond se trouve noyé sous les circonvolutions et une apologétique excessive. Par peur de mettre à jour les divergences internes, de nuire à une volonté de « communion » comprise comme uniformité, l’Église est passée maître dans la langue de bois, ou « langue de buis ». Et est devenue incompréhensible à qui n’a pas les clés pour décoder.

C’est là l’une des grandes critiques que l’on peut faire à la communication ecclésiale. Et prolonger d’ailleurs à de nombreuses institutions, qu’elles soient politiques, sociales, syndicales. Au fond, la demande du pape François de « parler vrai », déborde largement les murs de la salle du synode…

Isabelle de Gaulmyn
http://www.la-croix.com


Synode sur la famille

Comment l’Eglise doit-elle se situer face aux évolutions qui affectent la famille dans les sociétés contemporaines ? Tel est l’enjeu du premier Synode des évêques convoqué par le pape François, consacré aux « défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ». Du 5 au 19 octobre 2014, à Rome, des cardinaux et des évêques du monde entier, mais aussi des représentants des autres religions et des auditeurs laïcs, en discuteront en présence du pape.
L’événement a fait l’objet d’une préparation exceptionnelle, avec l’envoi d’un questionnaire à toutes les paroisses pour recueillir les témoignages des fidèles catholiques du monde entier, tous concernés par ces nouvelles questions autour de la famille, qui font déjà débat au sommet de l’Eglise…

Synode : Qu’est-ce qu’un synode?

Dans la tradition de l’Eglise, des assemblées d’évêques (dites synodes) ont toujours existé. Le synode des évêques – synode général – est un organe consultatif établi par Paul VI, en 1965.

Le mot synode vient du grec. Il est formé de odos (chemin) et sun (ensemble). Il signifie “faire route ensemble” mais également “franchir un même seuil”, “habiter ensemble”, donc se réunir. Le synode (ou le concile) désigne dans l’Église une assemblée réunie pour délibérer et prendre des décisions en matière de doctrine ou de discipline.

En établissant le synode, Paul VI répondait au désir des Pères du Concile Vatican II de maintenir vivant l’esprit de collégialité engendré par le concile. Ces assemblées réunissent des représentants de l’épiscopat désignés par des conférences épiscopales ainsi que des cardinaux, des évêques, des religieux, des recteurs et des dirigeants de mouvements et d’associations nommés par le pape en qualité de pères synodaux et d’experts. On y réfléchit sur la situation et divers problèmes de l’Église. Une a deux fois par jour, une synthèse des interventions est publiée sur le site du Vatican.

Le pape, avec ses collaborateurs et les dicastères de la Curie, s’inspire du contenu des propositions, les évalue, les approfondit. Après quoi il rédige une exhortation post-synodale qui définit une orientation sur une question de pastorale donnée et stimule le zèle des croyants. Depuis les années 1960, ces synodes ont porté sur des questions très variées telles que le droit canon, le sacerdoce et la justice dans le monde, l’évangélisation, la catéchèse, l’Europe ou l’Afrique, etc.

Il ne faut pas confondre le synode avec le concile qui a un caractère œcuménique et au cours duquel tous les évêques du monde sont appelés à participer. Lors d’un concile, les évêques abordent les questions qu’ils souhaitent et leur vote a autorité sur les décisions du pape.

Le synode selon le pape François

En ouverture du synode sur la famille, le lundi 6 octobre 2014, le pape François a rappelé la façon dont il envisageait les discussions. Pour lui, il faut “parler clairement, […] Parler avec parrhésia et écouter avec humilité”.

Pour appuyer son propos, il a rapporté l’anecdote suivante : après le consistoire convoqué en février dernier pour préparer le Synode, un cardinal lui avait écrit que certains parmi eux n’avaient pas eu le courage de prendre la parole “par respect au pape, croyant peut-être que le pape pense quelque chose de différent”. “Cela ne va pas, a répondu le pape, ceci n’est pas la synodalité parce qu’il faut dire tout ce que dans le Seigneur on se sent de devoir dire, sans peur de froisser, sans timidité.”

François-Xavier Mathieu, Gilles Donada
Croire