SOLENNITÉ ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR


20

Références bibliques :

  • Lecture du prophète Isaïe. 60. 1 à 6 : « Elle est venue ta lumière et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. »
  • Psaume 71 : « Il délivrera le pauvre qui appelle. »
  • Lettre de saint Paul aux Ephésiens : 3. 2 à 6 : « Par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ. »
  • Evangile selon saint Matthieu : 2. 1 à 12 : « Nous avons vu son étoile se lever. »

Rêvons, cherchons, adorons
Pape François

Les Mages sont en route vers Bethléem. Leur pèlerinage parle à nous aussi qui sommes appelés à marcher vers Jésus, parce que c’est lui l’étoile polaire qui illumine les cieux de la vie et qui oriente les pas vers la vraie joie. Mais d’où est parti le pèlerinage des Mages à la rencontre de Jésus ? Qu’est-ce qui a poussé ces hommes d’Orient à se mettre en route ?

Ils avaient de très bons alibis pour ne pas partir. Ils étaient savants et astrologues, ils avaient renommée et richesse. Ayant atteint une telle sécurité culturelle, sociale et économique, ils pouvaient se contenter de ce qu’ils savaient et de ce qu’ils avaient, rester tranquilles. Au contraire, ils se laissent inquiéter par une question et par un signe : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile… » (Mt 2, 2). Leur cœur ne se laisse pas engourdir dans l’antre de l’apathie, mais il est assoiffé de lumière ; il ne se traîne pas avec lassitude dans la paresse, mais est embrasé par la nostalgie de nouveaux horizons. Leurs yeux ne sont pas tournés vers la terre, mais ils sont des fenêtres ouvertes sur le ciel. Comme l’a affirmé Benoît XVI, ils étaient « des hommes au cœur inquiet. […] Des hommes en attente qui ne se contentaient pas de leur revenu assuré et de leur position sociale. […] Ils étaient des chercheurs de Dieu » (Homélie, 6 janvier 2013).

Cette saine inquiétude qui les a portés à partir en pèlerinage, d’où est-elle née ? Elle est née du désir. Voilà leur secret intérieur : savoir désirer. Méditons là-dessus. Désirer c’est garder vivant le feu qui brûle en nous et qui nous pousse à chercher au-delà de l’immédiat, au-delà du visible. Désirer c’est accueillir la vie comme un mystère qui nous dépasse, comme une fissure toujours ouverte qui invite à regarder au-delà, parce que la vie n’est pas “toute ici”, elle est aussi “ailleurs”. Elle est comme une toile blanche qui a besoin de recevoir des couleurs. Un grand peintre, Van Gogh, écrivait que le besoin de Dieu le poussait à sortir de nuit pour peindre les étoiles (cf. Lettre à Theo, 9 mai 1889). Oui, parce que Dieu nous a faits ainsi : pétris de désir ; tournés, comme les Mages, vers les étoiles. Nous pouvons dire sans exagérer que nous sommes ce que nous désirons. Parce que ce sont les désirs qui élargissent notre regard et poussent notre vie au-delà : au-delà des barrières de l’habitude, au-delà d’une vie focalisée sur la consommation, au-delà d’une foi répétitive et fatiguée, au-delà de la peur de nous impliquer et de nous engager pour les autres et pour le bien. « Notre vie – disait saint Augustin – est une gymnastique du désir » (Traités sur la première Lettre de Jean, IV, 6).

Frères et sœurs, il en est pour nous comme pour les Mages : le voyage de la vie et le chemin de la foi ont besoin de désir, d’élan intérieur. Parfois nous vivons dans un esprit de “garage”, nous vivons garés, sans cet élan du désir qui nous fait avancer. Il est bon de nous demander : où en sommes-nous dans le voyage de la foi ? Ne sommes-nous pas depuis trop longtemps bloqués, parqués dans une religion conventionnelle, extérieure, formelle, qui ne réchauffe plus le cœur et ne change pas la vie ? Nos paroles et nos rites déclenchent-ils dans le cœur des personnes le désir d’aller vers Dieu, ou bien sont-ils une “langue morte” qui ne parle que de soi et à soi-même ? Il est triste qu’une communauté de croyants ne désire plus et, fatiguée, se contente de la gestion des choses au lieu de se laisser surprendre par Jésus, par la joie envahissante et inconfortable de l’Évangile. Il est triste qu’un prêtre ferme la porte du désir, il est triste de tomber dans le fonctionnalisme clérical ; c’est très triste.

La crise de la foi, dans notre vie et dans nos sociétés, est aussi liée à la disparition du désir de Dieu. Elle est liée au sommeil de l’Esprit, à l’habitude de se contenter de vivre au quotidien, sans s’interroger sur ce que Dieu veut de nous. Nous nous sommes trop repliés sur les cartes de la terre et nous avons oublié de lever le regard vers le Ciel ; nous sommes rassasiés de beaucoup de choses, mais dépourvus de la nostalgie de ce qui nous manque. La nostalgie de Dieu. Nous nous sommes fixés sur nos besoins, sur ce que nous mangerons et de quoi nous nous vêtirons (cf. Mt 6, 25), laissant s’évaporer le désir de ce qui va au-delà. Et nous nous trouvons dans la boulimie de communautés qui ont tout et, souvent, ne sentent plus rien dans le cœur. Des personnes fermées, des communautés fermées, des évêques fermés, des prêtres fermés, des personnes consacrées fermées. Parce que le manque de désir conduit à la tristesse et à l’indifférence. Des communautés tristes, des prêtres tristes, des évêques tristes.

Mais surtout, regardons-nous nous-mêmes et demandons-nous : où en est le voyage de ma foi ? C’est une question que nous pouvons aujourd’hui nous poser, chacun de nous. Où en est le voyage de ma foi. Est-elle au garage ou en chemin ?  La foi, pour partir et repartir, a besoin d’être déclenchée par le désir, d’être impliquée dans l’aventure d’une relation vivante et dynamique avec Dieu. Mais mon cœur est-il encore animé du désir de Dieu ? Ou bien est-ce que je laisse l’habitude et les déceptions l’éteindre ? C’est aujourd’hui, frères et sœurs, le jour pour nous poser ces questions. C’est aujourd’hui le jour pour recommencer à nourrir le désir. Et comment faire ? Allons à “l’école du désir”, allons voir les Mages. Ils nous enseigneront dans leur école du désir. Regardons les pas qu’ils accomplissent et tirons quelques enseignements.

D’abord, ils partent au lever de l’étoile : ils nous enseignent qu’il faut toujours repartir chaque jour, dans la vie comme dans la foi, parce que la foi n’est pas une armure qui immobilise, mais un voyage fascinant, un mouvement continu et agité, toujours en recherche de Dieu, toujours en discernement sur le chemin.

Ensuite, les Mages, à Jérusalem, demandent. Ils demandent où se trouve l’Enfant. Ils nous enseignent que nous avons besoin d’interrogations, d’écouter avec attention les questions du cœur, de la conscience ; parce que c’est ainsi que, souvent, Dieu parle, qu’il s’adresse à nous plus avec des questions qu’avec des réponses. Et cela, nous devons bien le comprendre : Dieu s’adresse à nous plus par des questions que par des réponses. Mais laissons-nous inquiéter aussi par les interrogations des enfants, par les doutes, les espérances et par les désirs des personnes de notre temps. La voie c’est se laisser interroger.

Par ailleurs, les Mages défient Hérode. Ils nous enseignent que nous avons besoin d’une foi courageuse qui n’ait pas peur de défier les logiques obscures du pouvoir et qui devienne semence de justice et de fraternité dans une société où, encore aujourd’hui, beaucoup d’Hérode sèment la mort et massacrent des pauvres et des innocents, dans l’indifférence de beaucoup.

Les Mages, enfin, retournent « par un autre chemin » (Mt 2, 12) : ils nous provoquent à parcourir de nouvelles routes. C’est la créativité de l’Esprit qui fait toute chose nouvelle. C’est aussi, en ce moment, l’un des devoirs du Synode que nous sommes en train de faire : marcher ensemble dans l’écoute, pour que l’Esprit nous suggère des voies nouvelles, des chemins pour apporter l’Évangile au cœur de celui qui est indifférent, loin, de celui qui a perdu l’espérance mais qui cherche ce que les Mages ont trouvé, « une très grande joie » (Mt 2, 10). Sortir au-delà, aller de l’avant.

Mais au point culminant du voyage des Mages il y a un moment crucial : lorsqu’ils arrivent à destination “ils se prosternent et adorent l’Enfant” (cf. v. 11). Ils adorent. Rappelons-nous ceci : le voyage de la foi trouve élan et accomplissement seulement en présence de Dieu. C’est seulement si nous retrouvons le goût de l’adoration que le désir se renouvelle. Le désir te porte à l’adoration et l’adoration te renouvelle le désir. Parce que le désir de Dieu grandit seulement devant Dieu. Parce que seul Jésus guérit les désirs. De quoi ? Il les guérit de la dictature des besoins. Le cœur, en effet, tombe malade lorsque les désirs coïncident seulement avec les besoins. Dieu, au contraire, élève les désirs ; les purifie, les soigne, en les guérissant de l’égoïsme et en nous ouvrant à l’amour pour lui et pour les frères. Par conséquent, n’oublions pas l’Adoration, la prière d’adoration, qui n’est pas si répandue parmi nous : adorer, en silence. Par conséquent, n’oublions pas l’adoration, s’il vous plait.

Et ainsi, chaque jour, nous aurons la certitude, comme les Mages, que même dans les nuits les plus obscures brille une étoile. C’est l’étoile du Seigneur qui vient prendre soin de notre fragile humanité. Mettons-nous en route vers lui. Ne donnons pas à l’apathie et à la résignation le pouvoir de nous clouer dans la tristesse d’une vie plate. Prenons l’inquiétude de l’Esprit !… des cœurs inquiets ! Le monde attend des croyants un élan renouvelé ver le Ciel. Comme les Mages, levons la tête, écoutons le désir du cœur, suivons l’étoile que Dieu fait resplendir au-dessus de nous. Comme des chercheurs inquiets, restons ouverts aux surprises de Dieu. Frères et sœurs, rêvons, cherchons, adorons.

6 Janvier 2022


Épiphanie : Le mystère caché
Marcel Domergue

Notre seconde lecture nous redit ce que je ne cesse de répéter dans ces commentaires : en Jésus nous avons la manifesta­tion d’une réalité qui est là depuis le commencement. Cette alliance est «éternelle». Elle travaille non seulement l’histoire universelle, non seulement chaque homme en son devenir, mais la nature elle-même. Rien n’échappe au Verbe en qui est tout ce qui est ; rien n’échappe au Christ (Verbe-homme) car il n’y aurait pas d’homme s’il n’y avait quelque chose d’humain en Dieu (nous sommes images). C’est parce qu’il y a une humanité de Dieu que l’homme apparaît dans le cosmos. Mais cette humanité telle que nous la voyons, ne manifeste pas qu’elle est de Dieu. Par un certain côté, Dieu est l’Autre pour elle ; elle a tendance à se constituer en dehors de Dieu, sans référence à lui (voir la parabole de Babel où nous voyons l’homme sans référence à Dieu entrer dans la division). Dans le Christ apparaît l’humanité de Dieu et la source divine de l’homme.

Quel est ce mystère?

On est déconcerté quand on lit dans Paul que le «mystère caché» se réduit à l’entrée des païens en l’héritage d’Israël. Cela nous semble tellement normal. Et comment faire le lien entre l’«humanité de Dieu», dont je viens de parler, et cette entrée des païens ? On peut dire que la réconciliation des Juifs et des païens est la face historique, au niveau des événements, du mystère de «l’humanité de Dieu». A travers la convergence juif-païen, ce sont toutes les divisions entre les hommes qui sont dépassées et déclarées telles. Or, ce sont ces divisions qui font que l’humanité n’est pas image du Dieu Un : ce qu’il y a de divin en l’homme est masqué, et même renié, par la défiance mutuelle, l’hostilité, la violence. Les païens «associés au même corps» (2e lecture), c’est la fin de nos divisions, l’humanité récapitulée dans le «corps du Christ», l’achèvement de notre création à l’image et ressemblance. L’épisode symbolique de Babel, l’histoire des mages, le récit de la Pentecôte sont à lire en surimpression.

Les mages à la crèche

Cette histoire est évidemment symbolique. Sur quel événement concret a-t-elle été construite ? Nous ne le sau­rons jamais car ce qui importe pour l’évangéliste, et pour nous, ce que le texte nous dit, est ailleurs. Le texte nous montre que la venue du Christ accomplit le chapitre 60 d’Isaïe, entre autres ; que Jérusa­lem, qui tenait le devant de la scène en Isaïe 60, est hors du coup : tout se passe à Bethléem et non à Jérusalem, et le peuple juif, cepen­dant concerné au premier chef par la venue de son messie, prend peur et ne bouge pas ; ce sera tout le drame de Jésus et de l’Église primitive. Mais il y a dans ce récit quelque chose de plus subtil : l’étoile. Elle a des références scripturaires mais, ici, elle fait penser aux horoscopes et à l’astrologie. Quand Matthieu écrit, il y a pourtant assez long­temps que Paul a expliqué que, dans le Christ nous sommes libérés des «éléments du monde», de la soumission aux «puissances et domi­nations», parmi lesquelles les astrales. Matthieu, par le biais de l’étoile, nous montre ces puissances et dominations asservies : elles n’ont plus qu’un «pouvoir», celui de nous conduire au Christ. Ainsi de tous les déterminismes, cosmiques, sociaux, économiques, etc. Dans le Christ, nous sommes libérés de toute servitude.

Un résumé de la catéchèse

En s’en tenant aux grandes lignes de la Révélation on peut dire que tout se résume en ceci : Jésus Christ en sa Pâque nous a révélé que Dieu est bien amour, révélation amor­cée dans l’Ancien Testament. Il n’y a pas là seulement une «informa­tion», il y a communication d’une force pour qu’à l’image de Dieu Amour nous entreprenions, dans l’histoire, la réalisation de l’huma­nité une, réconciliée à partir de ses différences qu’elle conserve et con­jugue. Cette force est l’Esprit ; l’image de cette unité est l’Église. Le chemin vers l’unité recopie le chemin pascal et tout cela se passe «dans le Christ», lui-même unité de tous les hommes et unité de l’homme avec Dieu.

https://croire.la-croix.com


Suivons le chemin des Mages,
par le Pape Benoît XVI

Chers frères et sœurs,
En la solennité de l’Epiphanie, l’Eglise continue à contempler et à célébrer le mystère de la naissance de Jésus sauveur. La fête d’aujourd’hui souligne en particulier la destination et la signification universelles de cette naissance. Se faisant homme dans le sein de Marie, le Fils de Dieu est venu non seulement pour le peuple d’Israël, représenté par les pasteurs de Bethléem, mais également pour l’humanité tout entière, représentée par les Mages. Et c’est précisément sur les Mages et sur leur chemin à la recherche du Messie (cf. Mt 2, 1-12) que l’Eglise nous invite aujourd’hui à méditer et à prier. Dans l’Evangile, nous avons entendu que ces derniers, arrivés de l’Orient à Jérusalem, demandent: «Où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui» (v. 2). Quel genre de personnes étaient-ils et de quelle sorte d’étoile s’agissait-il? C’était probablement des sages qui scrutaient le ciel, mais non pour chercher à «lire» l’avenir dans les astres, ou éventuellement pour en tirer un profit; c’était plutôt des hommes «à la recherche» de quelque chose de plus, à la recherche de la véritable lumière, qui soit en mesure d’indiquer la voie à parcourir dans la vie. C’était des personnes assurées que dans la création, il existe ce que nous pourrions définir la «signature» de Dieu, une signature que l’homme peut et doit tenter de découvrir et déchiffrer. La manière de mieux connaître ces Mages et de comprendre leur désir de se laisser guider par les signes de Dieu est peut-être de s’arrêter pour analyser ce qu’ils trouvent, sur leur chemin, dans la grande ville de Jérusalem.

Ils rencontrèrent tout d’abord le roi Hérode. Il était certainement intéressé par l’enfant dont parlaient les Mages; mais pas dans le but de l’adorer, comme il veut le laisser croire en mentant, mais pour le supprimer. Hérode était un homme de pouvoir, qui ne voyait dans l’autre qu’un rival à combattre. Au fond, si nous réfléchissons bien, Dieu aussi lui apparaît comme un rival, et même un rival particulièrement dangereux, qui voudrait priver les hommes de leur espace vital, de leur autonomie, de leur pouvoir; un rival qui indique la route à parcourir dans la vie et qui empêche ainsi de faire tout ce que l’on veut. Hérode entend de ses experts en Ecritures Saintes les paroles du prophète Michée (5, 1), mais son unique pensée est le trône. Alors, Dieu lui-même doit être voilé et les personnes doivent se réduire à être de simples pions à déplacer sur le grand échiquier du pouvoir. Hérode est un personnage qui ne nous est pas sympathique et que nous jugeons instinctivement de façon négative en raison de sa brutalité. Mais nous devrions nous demander: peut-être existe-t-il quelque chose d’Hérode en nous? Peut-être nous aussi, parfois, voyons-nous Dieu comme une sorte de rival? Peut-être nous aussi sommes-nous aveugles devant ses signes, sourds à ses paroles, parce que nous pensons qu’il pose des limites à notre vie et ne nous permet pas de disposer de notre existence à notre gré? Chers frères et soeurs, quand nous voyons Dieu de cette manière, nous finissons par être insatisfaits et mécontents, car nous ne nous laissons pas guider par Celui qui est à la base de toutes les choses. Nous devons ôter de notre esprit et de notre coeur l’idée de la rivalité, l’idée que laisser place à Dieu constitue une limite pour nous-mêmes; nous devons nous ouvrir à la certitude que Dieu est l’amour tout-puissant qui n’ôte rien, qui ne menace pas, et qui est au contraire l’Unique capable de nous offrir la possibilité de vivre en plénitude, d’éprouver la vraie joie.

Les Mages rencontrent ensuite les savants, les théologiens, les experts qui savent tout sur les Saintes Ecritures, qui en connaissent les interprétations possibles, qui sont capables d’en citer par cœur chaque passage et qui sont donc une aide précieuse pour ceux qui veulent parcourir la voie de Dieu. Toutefois, affirme saint Augustin, ils aiment être des guides pour les autres, ils indiquent la voie, mais ils ne marchent pas, ils restent immobiles. Pour eux, les Saintes Ecritures deviennent une sorte d’atlas à lire avec curiosité, un ensemble de paroles et de concepts à examiner et sur lesquels discuter doctement. Mais nous pouvons à nouveau nous demander: n’existe-t-il pas aussi en nous la tentation de considérer les Saintes Ecriture, ce trésor très riche et vital pour la foi de l’Eglise, davantage comme un objet d’étude et de discussion des spécialistes, que comme le Livre qui indique la juste voie pour parvenir à la vie? Je pense que, comme je l’ai exposé dans l’exhortation apostolique Verbum Domini, devrait toujours à nouveau naître en nous la profonde disposition à voir la parole de la Bible, lue dans la Tradition vivante de l’Eglise (n. 18), comme la vérité qui nous dit ce qu’est l’homme et comment il peut se réaliser pleinement, la vérité qui est la voie à parcourir quotidiennement, avec les autres, si nous voulons construire notre existence sur le roc et non sur le sable.

Et nous en venons ainsi à l’étoile. Quel type d’étoile était celle que les Mages ont vue et suivie? Au cours des siècles, cette question a été l’objet de discussion entre les astronomes. Kepler, par exemple, considérait qu’ils s’agissait d’une «nova» ou d’une «supernova», c’est-à-dire de l’une de ces étoiles qui normalement diffusent une faible lumière, mais qui peuvent à l’improviste connaître une violente explosion interne qui produit une lumière exceptionnelle. Ce sont assurément des choses intéressantes, mais qui ne nous conduisent pas à ce qui est essentiel pour comprendre cette étoile. Nous devons revenir au fait que ces hommes cherchaient les traces de Dieu; ils cherchaient à lire sa «signature» dans la création; ils savaient que «les cieux proclament la gloire de Dieu» (Ps 19, 2); c’est-à-dire qu’ils étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création. Mais, en hommes sages, ils savaient également que ce n’est pas avec un télescope quelconque, mais avec l’acuité des yeux de la raison à la recherche du sens ultime de la réalité et avec le désir de Dieu animé par la foi, qu’il est possible de le rencontrer, ou mieux qu’il devient possible que Dieu s’approche de nous. L’univers n’est pas le résultat du hasard, comme certains veulent nous le faire croire. En le contemplant, nous sommes invités à y lire quelque chose de profond: la sagesse du Créateur, l’inépuisable imagination de Dieu, son amour infini pour nous. Nous ne devrions pas permettre que notre esprit soit limité par des théories qui n’arrivent toujours qu’à un certain point et qui — à tout bien considérer — ne sont pas du tout en opposition avec la foi, mais ne réussissent pas à expliquer le sens ultime de la réalité. Dans la beauté du monde, dans son mystère, dans sa grandeur et dans sa rationalité, nous ne pouvons que lire la rationalité extérieure, et nous ne pouvons manquer de nous laisser guider par celle-ci jusqu’à l’unique Dieu, créateur du ciel et de la terre. Si nous avons ce regard, nous verrons que Celui qui a créé le monde et celui qui est né dans une grotte à Bethléem et qui continue à habiter parmi nous dans l’Eucharistie, sont le même Dieu vivant, qui nous interpelle, qui nous aime, qui veut nous conduire à la vie éternelle.

Hérode, les experts en Ecritures, l’étoile. Mais suivons le chemin des Mages qui parviennent à Jérusalem. Au dessus de la grande ville, l’étoile disparaît, on ne la voit plus. Qu’est-ce que cela signifie? Dans ce cas aussi, nous devons lire le signe en profondeur. Pour ces hommes, il était logique de chercher le nouveau roi dans le palais royal, où se trouvaient les sages conseillers de la cour. Mais, probablement à leur grand étonnement, ils durent constater que ce nouveau-né ne se trouvait pas dans les lieux du pouvoir et de la culture, même si dans ces lieux leur étaient offertes de précieuses informations sur lui. Ils se rendirent compte en revanche que, parfois, le pouvoir, même celui de la connaissance, barre la route à la rencontre avec cet Enfant. L’étoile les guida alors à Bethléem, une petite ville; elle les guida parmi les pauvres, parmi les humbles, pour trouver le Roi du monde. Les critères de Dieu sont différents de ceux des hommes; Dieu ne se manifeste pas dans la puissance de ce monde, mais dans l’humilité de son amour, cet amour qui demande à notre liberté d’être accueilli pour nous transformer et nous permettre d’arriver à Celui qui est l’Amour. Mais pour nous aussi les choses ne sont pas si différentes que ce qu’elles étaient pour les Mages. Si on nous demandait notre avis sur la façon dont Dieu aurait dû sauver le monde, peut-être répondrions-nous qu’il aurait dû manifester tout son pouvoir pour donner au monde un système économique plus juste, dans lequel chacun puisse avoir tout ce qu’il veut. En réalité, cela serait une sorte de violence sur l’homme, car cela le priverait d’éléments fondamentaux qui le caractérisent. En effet, il ne serait fait appel ni à notre liberté, ni à notre amour. La puissance de Dieu se manifeste de manière complètement différente: à Bethléem, où nous rencontrons l’apparente impuissance de son amour. Et c’est là que nous devons aller, et c’est là que nous retrouvons l’étoile de Dieu.

Ainsi nous apparaît très clairement un dernier élément important de l’épisode des Mages: le langage de la création nous permet de parcourir un bon bout de chemin vers Dieu, mais il ne nous donne pas la lumière définitive. A la fin, pour les Mages, il a été indispensable d’écouter la voix des Saintes Ecritures: seules celles-ci pouvaient leur indiquer la voie. La Parole de Dieu est la véritable étoile qui, dans l’incertitude des discours humains, nous offre l’immense splendeur de la vérité divine. Chers frères et sœurs, laissons-nous guider par l’étoile, qui est la Parole de Dieu, suivons-la dans notre vie, en marchant avec l’Eglise, où la Parole a planté sa tente. Notre route sera toujours illuminée par une lumière qu’aucun autre signe ne peut nous donner. Et nous pourrons nous aussi devenir des étoiles pour les autres, reflet de cette lumière que le Christ a fait resplendir sur nous. Amen.

6.1.2011


L’Épiphanie: fête des signes
Maurice Zundel

Lausanne, homélie de Maurice Zundel en l’Épiphanie de 1967 (Évangile Mt 2:1-12).
Édité dans Ta parole comme une source (*). Les titres sont ajoutés.

La Fête de l’Épiphanie est la fête des signes, des signes que Dieu nous fait et qui sont évoqués dans l’antienne des Laudes sous cette forme lyrique : » Aujourd’hui à l’époux fidèle, l’Église était jointe, parce que dans le Jourdain, le Christ a lavé ses crimes, les Mages accourent aux noces royales, et de l’eau changée en vin, les convives se réjouissent. »

Trois signes :

– celui qui est fait aux Mages,
– celui du Baptême de Jésus, où retentit la Gloire du Père,
– celui des Noces de cana où le vin ou plutôt l’eau est changée en vin.

À travers ces signes, bien sûr, ce qui importe, c’est la manifestation de la Présence de Dieu qui se révèle à travers des éléments sensibles, en nourrissant précisément la vocation de l’univers humain.

Notre univers a cette propriété admirable de pouvoir symboliser, de pouvoir signifier, à travers le visible, l’invisible. Et c’est justement ce pouvoir de symbole et de signification qui fait toute la grandeur et toute la beauté du monde, et aussi toute la splendeur et toute la dignité de la vie humaine.

À l’image des signes que nous émettons

Nous sommes, certes, comme tous les vivants, assujettis à des besoins imprescriptibles : boire, manger, dormir, et le reste. Mais, au-delà de ces besoins, il y a chez nous un besoin encore bien plus impérieux, un besoin de liberté, un besoin de n’être pas enfermé dans les nécessités matérielles, un besoin à travers le réseau même des besoins matériels, de symboliser un espace illimité de lumière et d’amour. Et cela, vous le savez bien, vous le faites spontanément pour, lorsque vous organisez un repas pour vos amis à seule fin d’apaiser leur faim, de les rassembler autour d’une table pour communier à leur amitié. Vous ornez cette table, justement pour effacer l’empreinte des besoins matériels, pour que les yeux se réjouissent de votre générosité pour que chaque élément du festin soit le symbole du don de vous-même.

Et, lorsque vous ornez votre maison, lorsque vous en disposez l’ameublement, vous ne visez pas seulement à l’utile, à ce qui est indispensable pour la sécurité matérielle du corps, vous cherchez à introduire dans votre ménage une harmonie, une certaine musique qui fasse de tout le mobilier une puissance d’accueil. Votre maison, vous voulez qu’elle soit habitable, vous voulez que quiconque y entre se sent accueilli par une présence amicale, et c’est ainsi que nous apprenons la majesté du monde, la splendeur de la vie, tout spontanément à travers cette symbolisation comme instinctive qui nous fait recourir au visible, au sensible comme à la manifestation de l’invisible, du spirituel, de la présence, de la tendresse, de la bonté, de l’amour…

Notre réalité est l’instrument de la présence divine

Et justement, ce régime des signes est par excellence le régime de la Révélation : Dieu nous parle par signes. Il nous parle par nous-même, il nous parle par l’histoire que nous sommes, par tout le créé. Il n’y a pas une seule réalité qui ne puisse devenir le véhicule, l’instrument de la Présence divine comme une parole silencieuse qui retentit au plus intime de nous-même.

Les Mages ont vu l’étoile et l’étoile a lui, a lui dans leur cœur et ils sont allés vers ce cœur divin qui les attendait.

Jésus a entendu la voix à son Baptême, cette voix qui était le signe que sa vie publique, maintenant, devenait une réalité, que l’assomption qu’il avait accompli, que l’humanité ne peut attendre davantage. Et puis en effet, aussitôt après son Baptême, il s’offre à sa mission en choisissant, à travers les tentations qu’il refoule, la voie dure qui va aboutir à la Croix.

Notre réalité est tournée vers le mystère de la présence divine

Mais la Croix n’est pas le dernier mot : la Croix est le prélude de la Résurrection, la Croix est le prélude d’une transfiguration de tous les éléments du monde qui est symbolisée, aux noces de Cana, par le changement de l’eau en vin.

Et toujours nous voyons la réalité tournée vers le mystère, toujours la réalité capable d’être en communication avec l’Esprit. Toujours nous voyons Dieu cheminant par les chemins de l’univers. Rien n’est meilleur pour nous, rien n’est plus utile, que de méditer sur cette réconciliation du visible et de l’invisible ; rien n’est plus merveilleux que de songer que nous n’avons pas à refuser le monde et à le mépriser, mais à l’aimer d’un amour infini, à l’aimer en le déchiffrant, à l’aimer en scrutant le secret dont il déborde, à l’aimer pour en faire une offrande en laquelle nous échangerons avec Dieu.

Mais il y a un aspect complémentaire de celui-là : c’est que si notre vie s’accomplit à travers le visible, en tant qu’il est le véhicule, cela veut dire si notre vie trouve sa noblesse dans ce déchiffrement, dans ce déchiffrement, déchiffrement divin d’une réalité qui est le don de Dieu. Il y a un autre aspect qui n’est pas moins essentiel et qui m’émeut davantage : c’est que, à travers le visible, à travers notre vie, à travers tous les gestes de notre existence quotidienne, nous pouvons devenir l’incarnation de Dieu. Non seulement la vie se transfigure lorsque nous la déchiffrons divinement en l’accueillant comme le don de Dieu, mais, à travers cet univers qui se transfigure, Dieu lui-même devient plus proche, Dieu devient plus réel et il entre dans l’Histoire comme une Présence irréfutable. Et c’est là justement que le régime de l’Incarnation atteint toute sa splendeur et devient pour nous une mission infinie et universelle.

C’est déjà magnifique d’ordonner notre vie dans la beauté, c’est merveilleux de pouvoir, de pouvoir faire de notre maison le signe d’un accueil amical. Mais c’est encore plus beau de pouvoir faire de toute notre vie le rayonnement de la Présence divine.

Dieu entre dans notre existence par l’Incarnation

Dieu on imagine en est bien ainsi, Dieu lui-même, dans l’Incarnation du Verbe, nous atteint dans la réalité d’une vie pleinement humaine. Dieu se manifeste à nous, non pas comme la révélation d’un système abstrait qu’il faudrait péniblement déchiffrer avec une clef philosophique. Dieu se révèle à nous comme une Présence vivante, Dieu se révèle à nous avec un visage d’homme, Dieu entre dans notre existence en la vivant loyalement, pleinement, authentiquement, jusqu’à la mort de la Croix. Et, ayant vaincu la mort, il revient parmi nous pour que toute notre histoire soit transfigurée, pour que toute la vie humaine soit divinisée, pour que notre existence quotidienne ait une portée infinie.

Maintenant que nous sommes dans le régime de la résurrection, que le visage visible du Seigneur est caché dans le mystère du Verbe, pour rendre le Seigneur visible aux yeux de nos frères humains il n’y a que notre vie, que notre propre visage.

Mais maintenant, justement, que nous avons la révélation, maintenant que nous sommes dans le régime de la résurrection, maintenant que le visage visible du Seigneur est caché dans le mystère du Verbe, il n’y a, pour rendre le Seigneur visible aux yeux de chair, de nos frères humains, il n’y a que notre vie, il n’y a que notre propre visage, il n’y a que la noblesse de notre existence quotidienne.

Et il me semble que, si justement, la fête de l’Épiphanie est la fête des signes, elle nous permet d’atteindre du même coup au secret le plus profond de l’Incarnation où, dans une symbiose, dans une communion de vie, ineffable et pourtant infiniment réelle, l’humain et le divin sont indissolublement associés. Comment Dieu serait-il aujourd’hui une réalité de l’Histoire pour les hommes d’aujourd’hui si, il ne transparaît pas dans notre vie ?

L’Incarnation se continue à travers nous

Il est parfaitement inutile de démontrer l’existence de Dieu, parfaitement inutile d’échafauder des raisonnements pour convaincre une intelligence par un enchaînement de syllogismes abstraits. Le cœur humain a besoin d’une présence réelle et justement, c’est dans la lumière du présent que se lève en lui une étoile qui le conduit au mystère le plus profond de cette vie enracinée en Dieu et terminée par sa Présence.

Si nous voulons aller jusqu’au bout de cette évocation, si nous voulons entrer dans ce mystère des signes, en prétendant de son origine divine, il nous faut vivre nous-même le mystère de l’Incarnation comme le secret le plus profond de notre vie.

Et c’est bien cela le cœur même de l’Évangile, c’est bien ce qui fait toute la dignité de la vocation chrétienne ; c’est que l’Incarnation se continue à travers nous. Le Seigneur, bien sûr, est la respiration du Mystère de l’Église. Le Seigneur, bien sûr, est au cœur du mystère de l’autel et c’est lui que vous allez recevoir vraiment tout à l’heure ; mais le Seigneur, il est inconnu de millions et de millions, de millions d’âmes qui sont nos frères, qui sont appelés comme nous à une vie divinisée aujourd’hui, mais qui n’ont pas de lien sensible, de lien expérimental avec ce Dieu qui habite en eux comme il habite en nous et qui ne cesse de les attendre au plus intime d’eux-mêmes.

Et c’est précisément à nous d’être les médiateurs, à nous d’être les sacrements visibles de cette Présence réelle du Seigneur parmi nous. Le chrétien c’est celui qui poursuit l’Incarnation dans sa vie, c’est celui qui, sans parler de Dieu, sans avoir besoin d’en parler tout au moins, est lui-même une parole de Dieu, parce que vivant de la vie de Dieu. Respirant la Présence de Dieu, il porte en lui le témoignage qui est son existence même. Il ouvre par sa seule présence un espace de lumière et d’amour. Il peut, sans violer le secret des autres, les atteindre dans leur éternelle intimité. Il peut agir dans les profondeurs de leur âme, parce que, il vit lui-même dans les profondeurs de Dieu.

À chacun de nous d’être un grand signe de Dieu sur le monde

C’est cela qui doit être pour nous un stimulant constant d’une vie du monde, d’une vie toujours plus belle, plus rayonnante, plus jeune, plus créatrice, plus enthousiaste, une vie qui porte la paix, qui éveille la fraternité, qui fait surgir la joie. Si tout cela peut en être, l’aliment permanent et le ressort le plus profond, c’est que la vie de Dieu, pratiquement, ne peut s’inscrire dans l’histoire humaine d’aujourd’hui qu’à travers nous. C’est à chacun de nous d’être un grand signe de Dieu sur le monde contemporain.

C’est vrai ! Il ne s’agit pas pour nous de nous sauver, il ne s’agit pas pour nous d’aboutir à un équilibre idéal [?], à une élégance morale dont nous pourrions nous prévaloir, toutes choses qui d’ailleurs sont légitimes ; il s’agit de beaucoup plus : il s’agit d’une urgence infinie s’il est vrai que le Christ est le Sauveur de tous, s’il est vrai que son humanité exprime [?] à jamais la Présence de Dieu dans notre histoire. Et il n’en est pas moins vrai que cette Présence de Dieu, en laquelle subsiste l’humanité de notre Seigneur et qui en est pour nous la source inépuisable, il n’en est pas moins vrai que cette Présence ne deviendra une expérience vécue par tous ceux qui nous entourent que si notre vie est l’Incarnation de Dieu, et que Dieu fasse en nous [notre vie] en respire sa Présence.

L’existence de Dieu ne devient réelle, expérimentale pour les hommes qui nous entourent, que si toute notre vie est la lumière même de sa Présence et le rayonnement de son Amour.

Oh ! Si nous pouvions entendre ce soir cet appel, si nous pouvions comprendre que c’est vrai, que l’existence de Dieu, il est inutile de l’affirmer comme la raison d’un système du monde. Que l’existence de Dieu, elle ne devient réelle, expérimentale pour les hommes qui nous entourent, que si toute notre vie est la lumière même de sa Présence et le rayonnement de son Amour !

Nous voulons donc inscrire ce soir dans notre cœur, par l’intercession de ces mystérieux étrangers qui ont été l’objet à travers tous les siècles d’une profonde dévotion, nous voulons inscrire dans notre cœur que notre vie, notre vie chrétienne ne peut être que l’Incarnation continuée, l’Incarnation suivie, l’Incarnation exprimée dans toutes les circonstances de notre vie, sans aucune espèce de comportement factice, simplement dans la mesure où nous serons vivants, de celui qui est, quand il est impuissant, la vie de notre vie, dans la mesure simplement où nous serons attentifs à ce secret merveilleux qui vit dans notre cœur et qui est le grand miracle, la grande source de toute joie.

Et finalement, qu’est-ce qu’il y a de meilleur que la lumière même de cette Présence infinie comme l’étoile divine dans le ciel de notre cœur.

http://www.mauricezundel.com