NATIVITÉ DU SEIGNEUR


Noël Van Gogh

Messe de la Nuit

  • 1ère lecture : Isaïe 9,1-6
  • 2e lecture : Tite 2,11-14
  • Évangile : Luc 2,1-14

Mystère du marcher et du voir
Pape François

1.« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9,1).

Cette prophétie d’Isaïe ne finit jamais de nous émouvoir, spécialement quand nous l’écoutons dans la Liturgie de la Nuit de Noël. Et ce n’est pas seulement un fait émotif, sentimental ; elle nous émeut parce qu’elle dit la réalité profonde de ce que nous sommes : nous sommes un peuple en chemin, et autour de nous – et aussi en nous – il y a ténèbres et lumière. Et en cette nuit, tandis que l’esprit des ténèbres enveloppe le monde, se renouvelle l’évènement qui nous émerveille toujours et nous surprend : le peuple en marche voit une grande lumière. Une lumière qui nous fait réfléchir sur ce mystère : mystère du marcher et du voir.

Marcher. Ce verbe nous fait penser au cours de l’histoire, à ce long chemin qu’est l’histoire du salut, à commencer par Abraham, notre père dans la foi, que le Seigneur appela un jour à partir, à sortir de son pays pour aller vers la terre qu’il lui indiquerait. Depuis lors, notre identité de croyants est celle de personnes en marche vers la terre promise. Cette histoire est toujours accompagnée par le Seigneur ! Il est toujours fidèle à son alliance et à ses promesses. Parce qu’il est fidèle, « Dieu est lumière, en lui point de ténèbres » (1 Jn 1, 5). De la part du peuple, au contraire, alternent des moments de lumière et de ténèbres, de fidélité et d’infidélité, d’obéissance et de rébellion ; moments de peuple pèlerin et moments de peuple errant.

Dans notre histoire personnelle aussi, alternent des moments lumineux et obscurs, lumières et ombres. Si nous aimons Dieu et nos frères, nous marchons dans la lumière, mais si notre cœur se ferme, si l’orgueil, le mensonge, la recherche de notre intérêt propre dominent en nous, alors les ténèbres descendent en nous et autour de nous. « Celui qui a de la haine contre son frère – écrit l’apôtre Jean – est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres, sans savoir où il va, parce que les ténèbres l’ont rendu aveugle » (1 Jn 2, 11). Peuple en marche, mais peuple pèlerin qui ne veut pas être peuple errant.

2.En cette nuit, comme un faisceau de lumière d’une grande clarté, résonne l’annonce de l’Apôtre : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11).

La grâce qui est apparue dans le monde c’est Jésus, né de la Vierge Marie, vrai homme et vrai Dieu. Il est venu dans notre histoire, il a partagé notre chemin. Il est venu pour nous libérer des ténèbres et nous donner la lumière. En Lui est apparue la grâce, la miséricorde, la tendresse du Père : Jésus est l’Amour qui s’est fait chair. Il n’est pas seulement un maître de sagesse, il n’est pas un idéal vers lequel nous tendons et dont nous savons que nous sommes inexorablement éloignés, il est le sens de la vie et de l’histoire, qui a établi sa tente au milieu de nous.

3.Les bergers ont été les premiers à voir cette “tente”, à recevoir l’annonce de la naissance de Jésus. Ils ont été les premiers parce qu’ils étaient parmi les derniers, les marginalisés. Et ils ont été les premiers parce qu’ils veillaient dans la nuit, gardant leurs troupeaux. C’est une loi du pèlerin de veiller, et eux veillaient. Avec eux, arrêtons-nous devant l’Enfant, arrêtons-nous en silence. Avec eux remercions le Seigneur de nous avoir donné Jésus, et avec eux laissons monter du plus profond de notre cœur la louange de sa fidélité : Nous te bénissons, Seigneur Dieu Très-Haut, qui t’es abaissé pour nous. Tu es immense, et tu t’es fait petit ; tu es riche, et tu t’es fait pauvre ; tu es le tout-puissant, et tu t’es fait faible.

En cette Nuit, partageons la joie de l’Évangile : Dieu nous aime, il nous aime tant qu’il a donné son Fils comme notre frère, comme lumière dans nos ténèbres. Le Seigneur nous répète : « Ne craignez-pas » (Lc 2, 10). Comme les anges ont dit aux bergers : « Ne craignez pas ». Et moi aussi je répète à vous tous : Ne craignez pas ! Notre Père est patient, il nous aime, il nous donne Jésus pour nous guider sur le chemin vers la terre promise. Il est la lumière qui resplendit dans les ténèbres. Il est la miséricorde : notre Père nous pardonne toujours. Il est notre paix. Amen.


Nuit de Noël :
Un enfant nous est né,
par Marcel Domergue

Nous voici au point d’aboutissement du récit biblique de la Première Alliance. Un enfant, un recommencement. Voici que s’ouvre un nouvel avenir. Nouvelle alliance, Homme nouveau, nouvelle création. Tout cela commence discrètement, noyé dans le remue-ménage d’un recensement symbolique. Jésus n’occupera qu’une seule ligne de la liste qui se veut celle de l’humanité entière, cette humanité que pourtant cet enfant fonde, récapitule, renouvelle. Cette refondation, ou recréation, lui demandera toute sa vie et n’aboutira que le jour de sa résurrection. Alors commencera pour les hommes une histoire nouvelle dont il sera le terme. Disons que l’histoire du Christ, de Dieu en humanité, n’est pas terminée. Sa naissance, sa vie, sa mort, sa résurrection sont prophétiques de ce retour en gloire qu’il a annoncé comme la fin des temps. La fin : à la fois le terme et le but. À y regarder de près, ce nouveau corps du Christ qui est l’Église, la communion des disciples du Christ, en est encore à son enfance. À Bethléem, le voici donc de trop pour avoir place à l’hôtellerie, lieu de résidence et de rencontre des hommes. Déjà exclu : plus tard il sera crucifié hors de la ville. Pour le moment on nous le montre couché dans une mangeoire, là où les animaux trouvent leur nourriture. Voilà comment l’Écriture nous présente la venue du Fils de Dieu dans notre monde. Nous aurions plutôt imaginé une irruption fracassante dans le tonnerre et les éclairs. Au lieu de cela, voici une entrée discrète, secrète, comme furtive. Il en est toujours ainsi de la venue de Dieu dans nos vies. Ainsi Dieu se propose sans nous forcer la main par un étalage de puissance. Il nous revient de le reconnaître et de choisir de le suivre.

À notre merci…

Un enfant est certes un avenir, un prolongement de ses parents mais c’est aussi impuissance, faiblesse, besoin. «Enfant», étymologiquement, signifie «sans parole». Voici que Dieu se remet entre nos mains. Nous en ferons ce que nous voudrons. Il est la Vie, notre vie : que faisons-nous de notre vie? Que faisons-nous de la vie des autres, qui est vie de Dieu parce qu’en elle il se dit, s’exprime, se donne ? Allons plus loin : vivre en vérité, c’est donner la vie, donner sa vie pour faire vivre. Par là, nous devenons vivants : on ne reçoit que ce que l’on donne. Cela est déjà signifié par la paternité et la maternité et c’est bien pour cela que nous appelons Dieu «Père». On le sait, plusieurs se mettent actuellement à le nommer aussi «Mère», ce qui n’est pas en contradiction avec certains passages de la Bible. Déjà, le récit de la naissance du Christ nous fait pressentir les événements de la Pâque : le voici à la merci de nos décisions, exclu de l’hôtellerie, couché dans une mangeoire : «Prenez et mangez, ceci est mon corps…». Pour l’instant, il ne peut survivre que par des soins constants. En Philippiens 2,6-8, Paul nous dit qu’il s’est «anéanti» ou «dépouillé de lui-même» en faisant sienne la condition humaine, et il continue en nous parlant de la conclusion, du dernier pas de cet abaissement : la mort ; et pas n’importe quelle mort : «la mort par la Croix». Mais pour l’instant, livrons-nous à la joie. Les anges chantent la gloire de Dieu, de ce Dieu qui ne se réfugie pas dans sa puissance mais vient ne faire qu’un avec nous, dans notre vie et dans notre mort, pour qu’en tout ce que nous avons à traverser nous ne soyons qu’un avec lui. Pour cela Jésus va maintenant devoir apprendre à être un homme et, par là, grandir dans sa qualité de Fils de Dieu. C’est la Résurrection qui en dira le dernier mot.

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“La manifestation de la grâce de Dieu”

Le problème des “sans papiers” n’est pas nouveau. Il existait déjà au temps de la naissance de Jésus. Les Juifs, sous l’occupation romaine, étaient des personnes déplacées, dans leur propre pays. Aussi pour répondre aux caprices de l’Occupant, Joseph et Marie, comme tant d’autres, durent se mettre en route pour aller faire régulariser leurs papiers.

C’est par une brève mention de cet événement que l’Évangéliste Luc ouvre le grandiose chapitre 2 de son Évangile, dans lequel il annonce tous les grands thèmes de cet Évangile. Il ne s’agit pas ici d’un simple “récit” de la naissance de Jésus. Luc ne fait d’ailleurs parler aucune des personnes présentes, sinon les anges. Il s’agit d’une prise de position doctrinale. Luc est un excellent écrivain, qui choisit toujours soigneusement ses mots. Il faut donc porter une grande attention à chaque mot du récit.

D’abord Luc fait venir Joseph et Marie de Nazareth à Bethlehem, la ville de David. La naissance de Jésus n’a pas lieu durant le voyage, mais à Bethlehem. “Tandis qu’ils étaient là”. La traduction que nous avons lue dit: “arrivèrent les jours où elle devait enfanter”. Il serait sans doute préférable de traduire plus littéralement l’original grec: “les jours furent accomplis pour qu’elle enfante”. Les temps sont “accomplis”. Nous sommes arrivés à la fin des temps. “Elle mit au monde son fils premier-né”. C’est sans doute là aussi une traduction trop facile. Il serait préférable de traduire le grec littéralement et de dire “Elle mit au monde son fils, (virgule!) le Premier Né”, c’est à dire le Premier Né par excellence, le Premier Né du Père éternel, le Premier-Né d’une multitude de frères. C’est là l’affirmation théologique fondamentale de Luc : ce fils de Marie est le Fils Premier Né et Unique du Père éternel.

Et que fera Marie? Tout de suite elle nous le donnera. Dans les quelques mots qui suivent Luc annonce déjà le mystère de l’Eucharistie et de la passion. Elle dépose son fils dans une mangeoire, nous l’offrant en nourriture, non sans l’avoir enveloppé de bandelettes, comme au moment de sa sépulture, car, il n’y avait pas encore de place pour eux dans la chambre haute. (En effet le mot grec utilisé ici, et qu’on traduit souvent par “hôtel” ou “salle commune” ne se retrouve qu’une autre fois dans le Nouveau Testament, et c’est pour désigner la “chambre haute” où aura lieu la dernière Cène).

Sans faire une exégèse plus détaillée de cet Évangile de Luc, nous voyons déjà qu’il ne s’agit pas simplement d’un charmant récit un peu romantique d’une naissance dans une grotte au milieu de la nuit. Il s’agit d’une réflexion profonde sur le sens de cette naissance. On comprend donc que Luc fasse alors intervenir les Anges pour dire aux bergers qui gardent leurs troupeaux: “Je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie. Un Sauveur vous est né.” Et quel est le signe que le salut est arrivé? – “vous trouverez un nouveau-né couché dans une mangeoire”. Et le récit se termine par le choeur céleste: “Gloire à Dieu et paix sur terre aux homme qu’Il aime”.

“Paix aux hommes qu’il aime”. La paix, c’est précisément ce qu’avait annoncé le prophète Isaïe au peuple qui marchait dans les ténèbres, dans une langage d’une grande beauté poétique et d’une grande force évocatrice: “Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous les manteaux couverts de sang… le feu les a dévorés.” Car “un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Toute naissance est signe de bénédiction et de salut.

Enfin, le penseur profond qu’est Paul nous parle de “la manifestation de la grâce de Dieu” et des effets que doit avoir en nous cette manifestation. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de se préparer à la vie future. La grâce s’est manifestée (en Jésus), dit-it, pour nous apprendre à vivre dans le monde présent – pas dans un monde futur, mais bien dans le “monde présent” – en hommes raisonnables, justes et religieux. Ces trois mots, et aussi l’ordre dans lequel ils sont énoncés, sont très importants. Ce qui est demandé d’un chrétien, d’une chrétienne, c’est tout d’abord d’être une personne “raisonnable”, qui se sert sans cesse de la raison que Dieu lui a donnée. À une personne qui n’est pas raisonnable, on ne peut rien demander d’autre. À la personne raisonnable Paul demande d’être “juste”. Inutile d’essayer d’être un grand spirituel et même de pratiquer la charité, si l’on ne vit pas selon les exigences de la justice. Ceux qui sont raisonnables et justes, Paul les invite aussi à être religieux, c’est-à-dire à vivre dans une relation filiale à l’égard de Dieu. Il serait illusoire penser pouvoir être “religieux”, si l’on n’est pas d’abord juste et avant tout, “raisonnable”.

Ces trois lectures nous donnent tout un programme de vie. À l’époque où la mondialisation d’un système économique libéral à outrance crée tant de disparités entre les fortunés et les infortunés du système, l’appel à la justice est aussi bienvenu. Enfin au moment où la guerre ensanglante tant de pays, il est bon d’être invités à la véritable “religion” qui consiste à nourrir celui qui a faim et vêtir celui qui est nu.

“Je vous annonce une grande joie pour tout le peuple, disaient les anges aux bergers. Prions pour que la joie que nous recevons de la célébration de cette nuit s’étende à tous ceux qui nous entourent et qu’elle atteigne aussi tout ceux qui en sont privés.

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La messe du jour


  • 1ère lecture : Is 52, 7-10
  • 2ème  lecture : He 1,1-6
  • Evangile : Jn 1,1-18

Si ton cœur pouvait devenir une crèche…

L’humanité accueille Celui qui est son origine, son commencement, son Créateur, son Dieu qui s’est abaissé pour venir habiter en elle ! C’est un immense mystère ! En cette nuit et en ce jour de Noël, approchons-nous humblement de la crèche, fléchissons le genou et adorons en silence le Créateur du monde dans le nouveau-né fragile et vulnérable, déposé dans une mangeoire d’animaux ! Arrêtons-nous devant les crèches de nos églises et faisons dans nos maisons une petite place pour la crèche. C’est le temps de l’adoration et du silence devant un mystère qui nous dépasse : « Il est né, le divin enfant… »

Ce divin enfant vient pour redonner l’espérance à tous ceux qui l’ont perdue, à tous ceux qui se sentent isolés, abandonnés, en détresse, à tous ceux dont la vie est brisée, blessée, désorientée, salie, humiliée. Tous, nous avons besoin de la lumière de cet enfant ! La merveilleuse annonce du prophète Isaïe, dans la première lecture de la messe du jour de Noël, a été faite au peuple de Dieu quand il était en exil à Babylone ! Nous sommes tous en exil ! Nous sommes loin de Dieu, loin de son amour, loin les uns des autres ! Nous vivons dans des villes à côté de tant de gens que nous ne connaissons pas et que nous ignorons parfois. Chaque jour, nous passons à côté d’eux, comme les lévites de la parabole du bon Samaritain (Lc 10,31-32). Nous sommes probablement trop centrés sur nous-mêmes. L’Enfant de Bethléem naît pour les autres… Il est pauvre ! Le Père du ciel le donne pour que l’humanité soit la demeure de « Dieu avec nous », Emmanuel !

« Jésus – Dieu sauve », « Emmanuel – Dieu avec nous », vient naître pour rencontrer chacun de nous ! Vas-tu te déplacer dans tes habitudes comme les bergers et les mages ? Vas-tu l’accueillir dans la crèche de ton cœur ? Vas-tu laisser l’Emmanuel illuminer ton être ? Vas-tu laisser sa Lumière s’infiltrer dans ta nuit ? Le prologue de l’évangile de saint Jean est un passage difficile à comprendre… Nous y apprenons le secret de Noël : l’Enfant qui naît, c’est le Fils unique de Dieu, la lumière des hommes, la Parole divine qui est venue installer sa demeure chez les hommes : oui, « le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ! »

Cet enfant est à la fois le Fils et la Parole vivante du Père ; il est inséparable du Père comme notre parole est inséparable de nous. Depuis toujours et pour toujours, ce Fils fait la volonté de son Père. Le nouveau-né dans la mangeoire, c’est la Parole créatrice de Dieu… Comme le dit saint Jean, personne ne peut éteindre cette lumière qui vient briller dans les ténèbres humaines parce que c’est la lumière divine ! Le Verbe est notre vraie lumière qui vient chez nous… Allons-nous l’accueillir ? Le Verbe s’est fait homme pour habiter avec nous… Allons-nous le recevoir ?

Quelle que soit notre situation aujourd’hui, venons humblement nous pencher devant la crèche ! Jésus nous révèle le visage de Dieu. Si tu es pécheur, demande le pardon et la grâce à cet enfant. Si tu doutes, regarde cet enfant et tu retrouveras la foi dans le vrai Dieu, non pas un dieu pensé et imaginé, mais Dieu qui se laisse contempler sur le visage de Jésus nouveau-né ! En effet, comme le dit l’impressionnant passage de l’épître aux Hébreux de la messe de ce jour, sur ce visage d’enfant resplendit la gloire de Dieu. Allons à lui et accueillons-le dans nos pauvres vies !

Par François-Dominique Charles
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Noël : Dieu, le peuple, le monde,
par Marcel Domergue

La liturgie propose douze textes pour l’ensemble des célébrations de Noël. Un commentaire de Marcel Domergue, sj. pour les textes de la fête de Noël.

Toutes les premières lectures sont d’Isaïe. Elles focalisent l’attention sur le destinataire de l’intervention de Dieu: Jérusalem, le peuple. Plongé dans les ténèbres de l’exil baby­lonien, le peuple va voir surgir la lumière de la libération. Après l’épreuve du silence et de l’absence de Dieu, Jérusalem va prendre le statut « d’épousée », de « préférée ».
Mais ce qui arrive là à Israël con­cerne l’univers entier : « Les nations verront ta justice, tous les rois verront ta gloire ». « D’un bout de la terre à l’autre, les nations ver­ront le salut de notre Dieu ». Par Israël, quelque chose arrive donc au monde entier.
Mais la logique de l’Écriture comme celle de la foi chré­tienne nous invitent à voir, dans l’événement du retour de l’exil et de la réconciliation nuptiale de Dieu avec son peuple, une « figure ». Une figure « ouverte », en ce sens que ces événements signifient plus qu’eux-mêmes: le retour de l’exil est bien libération mais ne réalise pas tout ce qu’il.y a dans « libération »; il n’est pas libération absolue. La reprise de l’alliance nuptiale entre Dieu et Israël ne donne pas non plus tout ce qu’il y a dans « alliance » et « mariage ».
C’est la venue du Christ en la chair qui remplit ces réalités de tout leur sens. L’enfant qui nous est donné au chapitre 7 d’Isaïe est un commencement, comme tout enfant qui naît; Jésus est l’accomplissement. Jésus « tout entier ». Ce Jésus que nous contemplons dans la crèche se dépasse de toutes parts. C’est par ce dépassement qu’il accomplit toute l’Écriture et toute l’histoire humaine. Dépassement en amont : « Est apparue la bonté de Dieu, notre sauveur et son amour pour les hommes » (2e lecture du matin). Est apparu ce qui était déjà là, et travaillait l’histoire au temps d’Isaïe et depuis le commencement. C’était là, mais non encore mani­festé. « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la vie s’est manifes­tée ( … ) de cela nous rendons témoignage» (1 Jean 1,1-2).

La messe du jour

Il faut relire ici l’Évangile de la messe du jour. Mais il y a aussi dépassement en aval. D’abord, cette démonstration de la pauvreté de Dieu, de sa fai­blesse, est préfiguration de la plongée du Christ au plus profond de la détresse humaine. On le sait, les textes de la naissance et de l’enfance de Jésus sont pleins d’allusions pascales.
La seconde lecture de la messe du jour (Hébreux 1,1-6) nous décrit toute la courbe. « Dieu nous a parlé par un Fils » : cette façon de naître est déjà parole, annonce. Mais e dépassement va plus loin, dans la mesure même où la Pâque dépasse les événements qui la composent: toute l’histoire qui précède Jésus était bien pascale, mais celle qui suit Jésus est à la fois pascale et révélée comme telle. Tout est Pâque, tout est passage. C’est donc Jésus «tout entier», avec le corps qu’il se donne en l’humanité et qui durera jusqu’à la fin, qui accomplit toute chose.

Enfance du Christ, enfance de l’homme.

Ce qui apparaît d’abord du salut, de la grâce, de l’accomplissement est un enfant, cet enfant dans la crèche. Par là, nous apprenons que nous sommes toujours au seuil d’une croissance. Jésus est en route vers sa taille d’homme mais cette taille adulte du Jésus individuel ne lui suffit pas: elle s’avère fina­lement être taille de l’humanité entière parvenue à sa plénitude. Ainsi la croissance du Christ épouse la croissance de l’humanité et se con­fond avec elle. Nous vivons et travaillons « en vue de la construction du corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Éphésiens 4,13). Cet enfant qui commence est promesse de cet accomplisse­ment. Or nous vivons toujours, tant que tout n’est pas réalisé, sous le régime de cette enfance, en gestation et en croissance. C’est pour cela qu’il nous est demandé de « redevenir comme des enfants ».

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