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A l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception, nous pourrions nous demander quelle place donner à Marie en ce temps de l’Avent. La fête veut célébrer le caractère immaculé de Marie, le dogme disant qu’elle a été préservée du péché originel. Il est peut-être inutile de ratiociner sur ce que peut être ce « péché originel » et son rapport à Marie.

L’important n’est pas la tache du péché, ni le fait qu’en naissant on ne soit pas déjà l’être ressuscité que nos sommes appelés à devenir. Nous sommes un être en marche qui avance cahin- caha peut-être, mais qui doit avancer. Saint Paul le dit aux Corinthiens, qui étaient parfois plus caha que cahin ! « vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le Nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Cor 6,11). C’est Dieu qui nous sanctifie, par l’Esprit et son Fils, c’est lui qui nous rend immaculés. Marie a été sanctifiée par le Nom de son Fils, son caractère immaculé réside dans son « fiat » qui dirige toute sa vie, et dans sa fidélité à cette réponse à l’appel de Dieu qui l’a justifiée.


En ce temps de l’Avent, nous pourrions cheminer avec Marie pour préparer la venue du Christ, cheminer avec elle pour déboucher sur le « fiat » que nous sommes appelés nous aussi à prononcer. Ce cheminement peut suivre le sien qui commence avec ce chant de joie de la Visitation, célébrant le Salut reçu de Dieu, le Magnificat. On retrouve Marie au temple pour présenter son fils et douze ans plus tard quand il est introduit parmi les Docteurs (Lc 2). Puis dans cette place qu’elle a tenu auprès de son Fils au cours de sa mission : dans les débuts elle dirige les autres vers Jésus, à Cana (Jn 2),

puis « à la maison » comme le dit Marc (Mc 3) quand elle se veut proche de lui alors qu’il enseignait la foule. Elle est encore là lors de l’acte final qui reprend toute cette vie de Jésus, au pied de la Croix. Enfin on la retrouve au Cénacle pour l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte et elle restera auprès de Jean, accompagnant l’Église naissante. Ce chemin a été difficile, voire douloureux, Jésus ne l’a pas épargnée, depuis sa réponse quand elle l’a retrouvé au milieu des Docteurs jusqu’à la fin sur la Croix. Mais, justifiée et sanctifiée par l’Esprit donné par son Fils, elle a avancé dans la fidélité à son « fiat » initial.


Si nous la prions, ce n’est pas pour la déifier, elle ne peut être un objet de culte, car c’est vers son Fils qu’elle nous dirige. Si nous la prions, donc, c’est pour lui demander de nous accompagner dans notre cheminement, celui de toute notre vie, et spécialement celui que nous reprenons en ce temps de préparation à la venue de Dieu parmi nous. Qu’elle nous aide à «nous purifier du vieux levain pour être une pâte nouvelle » (1Cor 5,7). La sainteté de Marie est dans son « fiat » qui reste la clé de voûte de toute sa vie, « fiat » que nous sommes appelés à prononcer nous aussi.

Nous la reconnaissons pleine de la grâce de Dieu, dans la compagnie du Seigneur, bénie entre toutes les femmes parce que son fils est le Béni. Alors nous lui demandons de nous accompagner et de nous mener à son Fils, maintenant et jusqu’à la fin.

Marc Durand 2020


Immaculée Conception, Assomption : deux dogmes mariaux définis à un siècle d’intervalle qui se répondent l’un à l’autre. La question n’est pas celle de la réalité objective, au premier degré, de ce qui est affirmé. Que peut signifier « conçue sans péché » ou « montée aux cieux » ? Il faudrait d’abord revoir ce que signifie le « péché originel » inventé pour mettre en cohérence les croyances du pessimiste St Augustin sur la perdition de l’humanité, et comprendre ce que peut signifier la résurrection des corps…

Cependant ces dogmes sont là, ils expriment une réalité de foi (on n’est plus dans le premier degré) : Marie a une place spéciale, privilégiée, dans l’économie du salut. Qualifiée de « theotokos », « mère de Dieu » dès le concile de Nicée (325), il a fallu le confirmer au concile d’Éphèse (431) afin d’affirmer que Jésus était bien Fils de Dieu1. A partir de là comment ne pas en conclure qu’elle ne pouvait pas être atteinte par le péché (Immaculée Conception) ni par la corruption (Assomption) ? Ces dogmes sont des images qui nous disent la place de Marie dans le lien de Jésus avec le Père. Marie, première des croyants, sa place précède donc notre place, nous sommes alors concernés.

Il semble que pour nous, au-delà des querelles qui ont procédé à ces définitions, l’essentiel est de constater que ce qu’a été Marie a été obtenu par grâce. C’est par grâce qu’elle a été choisie, elle n’y est pour rien (dès la conception!) : « Salut, pleine de grâce […] tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 28, 30). Et si cette grâce est restée sur elle toute sa vie, c’est qu’elle l’a acceptée : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Alors elle est sans péché. Le péché, écrit le pape dans l’encyclique Laudato si, est la rupture des trois relations fondamentales, avec Dieu, avec le prochain, avec la terre. L’acceptation totale de Marie la fait « immaculée ». Ce don de soi, qu’elle a pu faire par la grâce de Dieu, la mène à exulter dans le Magnificat qui reprend entre autres le psaume 98 : « Chantez à Yahvé un chant nouveau, car il a fait de merveilles […] se rappelant son amour et sa fidélité pour la maison d’Israël». La grâce reçue par Marie et son acceptation apportent le salut au peuple de Dieu, salut inscrit dans son histoire. Le Seigneur a fait pour elle « des merveilles », mais la conséquence n’est pas individuelle, elle concerne tout le peuple. Cette grâce qui illumine Marie est la même qui repose sur nous tous : « Ne nous avait-il pas élus en Lui dès avant la fondation du monde […] prédestinés à être ses fils d’adoption par Jésus-Christ ? » (Eph 1, 4-5).

Marie a engendré le Christ, elle est la mère du Corps du Christ, mère de Dieu. Nous sommes le Corps du Christ, c’est à ce titre qu’on peut parler de Marie comme mère de l’Église et, allons plus loin, de l’humanité qui est le peuple de Dieu. Mère de l’Église, elle était présente à la Pentecôte qui en est la fondation, elle est présente encore maintenant dans les bouleversements qui la secouent si fortement. Ainsi elle est la nouvelle Eve, qui a répondu totalement à la grâce reçue et donc indemne du péché introduit par la première Eve. Nous sommes associés à Marie pour engendrer Dieu dans le monde, par son « fiat » elle réintroduit l’humanité dans la grâce. Tout est grâce.

Le culte marial ne doit pas être de la mariolâtrie, elle n’est pas Dieu, « il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints » dit-on. Ce culte est possible s’il est d’abord la reconnaissance de ce que représente Marie et de sa place dans la relation des hommes avec Dieu, par Jésus. Finalement peut-être que la seule prière qu’on puisse lui adresser est le « Je vous salue Marie » qui, dans sa première partie, reconnaît qu’elle est le fruit de la grâce, que par grâce le Seigneur est proche et peut bénir. Cette reconnaissance faite, il reste à lui demander d’être auprès de nous qui devons continuer son œuvre : engendrer Dieu dans le monde.

Marc Durand
Immaculée Conception 2019
http://www.garriguesetsentiers.org

1 – C’était aussi une façon détournée de définir la divinité du Christ, notion qui est loin d’être évidente ni claire.