L’évangile de Matthieu
Silvano Fausti

Tout l’évangile de Matthieu est traversé par une question: que faire ? C’est la question typique que l’homme se pose, lui qui n’est pas conduit par l’instinct. En effet, l’animal sait toujours ce qu’il doit faire, grâce à l’instinct. L’homme en revanche est libre et s’il se laissait déterminer par l’instinct il serait une bête… L’homme c’est quelqu’un dont l’être n’existe pas encore, car il est en devenir, il devient à partir de sa propre liberté. L’homme, créé le sixième jour, est celui qui, créé dans la liberté, conduit toute la création à Dieu, s’il la vit en tant que fils de Dieu ou alors il peut même détruire toute cette création ! Savoir donc ce que nous devons faire ce n’est pas une question accessoire. Si nous agissons selon l’instinct nous allons détruire la création, si nous vivons selon ce pour quoi nous avons été faits, à savoir en tant que fils de Dieu et en tant que frères, alors la création acquiert son sens plénier. Mais nous devons faire attention au fait que la question « quoi faire » peut devenir dangereuse dans la mesure où elle peut nous faire glisser vers le légalisme. Comme si le monde était quelque chose fait par nous . Ce « quoi faire » de Matthieu pourrait être un glissement vers l’Ancien Testament, où la loi avait été donnée et en suivant laquelle nous étions sauvés. Or, le salut ne consiste pas dans le respect de la loi. Et Matthieu se situe au carrefour délicat entre la loi et l’évangile.

Certes, dans l’évangile il faut « faire », mais cela n’est pas une obligation, c’est comme un poirier qui fait des poires non parce que obligé mais parce que cela est dans sa nature. « Faire » en Matthieu c’est l’agir du fils : il nous a été donné d’être fils et par conséquent nous agissons en tant que fils. C’est « faire » avec un cœur nouveau. C’est le don de l’esprit nouveau qui nous donne un cœur nouveau. La loi alors est intériorisée et nous vivons en enfants de Dieu. C’est pourquoi quand nous nous référons à l’évangile nous devons éviter de le présenter comme une obligation ; car c’est un don ! Dès lors, il faut savoir le présenter comme un don et donc avec toute la joie que peut comporter la réponse à un don, si on l’accepte. Alors donc ce « faire » de Matthieu est à interpréter tout autrement que comme une obligation ou dans son aspect moralisant avec le risque de faire devenir de l’eau même le meilleur des vins ! C’est dire que nous réduisons à loi même l’évangile ! C’est un instinct clérical mais aussi humain ; ça s’appelle péché originel. L’évangile de Matthieu est didactique par rapport à celui de Marc qui est le premier évangile et qui est fait pour conduire à la foi. Lucest préoccupé du rapport Eglise-Monde dans l’histoire du salut, le sien est alors l’évangile du témoignage dans le monde. Matthieu se situe, lui, à mi-chemin, entre les deux : entre l’individu et le monde il y a la communauté. La communauté qui vit déjà le monde nouveau. Certes, il y a d’abord mon adhésion personnelle au Christ qui m’introduit dans l’Eglise, et puis j’existe en tant que communauté qui est sel de la terre et lumière du monde. Cette communauté a son statut, sa structure, sa manière de vivre , laquelle n’est pas donnée par la loi mais par l’Esprit et cependant c’est une manière concrète de vivre.

Matthieu organise tout son évangile autour de cinq discours.

Le premier, cc 5-7, c’est le discours de la montagne, des béatitudes. Il indique la vie nouvelle du fils et c’est le don que Dieu nous fait : le don d’être fils. C’est donc la loi nouvelle, la loi intérieure. Puis il y a une série de miracles. D’ailleurs après chaque discours l’évangile montre comment Jésus réalise ce qu’il a dit. Au chapitre 10 il y a le deuxième discours : celui de la mission. La vie filiale que tu es en train de vivre, tu vas l’annoncer au monde entier. Au chapitre 13 il y a les paraboles du discernement : comment, dans l’histoire du monde, se réalise la vie du fils : dans l’ambiguïté, les difficultés. Le règne du fils mélangé au règne du monde. Au chapitre 18 il y a le discours ecclésial : comment l’action du fils juge l’Eglise. Puis au cc 24-25 le discours eschatologique : comment l’action du fils est le critère pour juger tout l’univers. A chaque discours fait suite sa réalisation . Ainsi après le discours sur le jugement fera suite la croix qui est le jugement de Dieu.

Discours de la montagne
Mt. 5-7

Il est si long qu’il mériterait un cours d’exercices à lui seul, car il réunit toutes les instructions sur la vie filiale ; c’est le discours du baptême. Ce n’est pas un ensemble de lois, mais plutôt le portrait de Jésus lui-même… Et le visage de Jésus nous fait voir aussi notre vrai visage : nous sommes des fils comme lui. D’où la nécessité d’être ce que nous sommes. Dès lors le discours de la montagne devient normatif non pas parce c’est une loi mais parce que c’est le don que Dieu nous fait, à travers le baptême, d’être ses fils. Ce discours alors nous montre la beauté d’être fils . Matthieu est aussi attentif aux rapports avec l’ancien testament car il s’adresse à des chrétiens venant du judaïsme : la loi nouvelle comme accomplissement de l’ancienne, comme cœur nouveau, comme esprit nouveau selon les promesses des prophètes. Fondamentalement son discours ressemble à celui de Luc qui est d’ailleurs la forme la plus ancienne. En le lisant il faut savoir le proposer aux gens et à nous-mêmes.

A qui est destiné ce discours ? Il y a une interprétation qui dit que ce discours avait été fait parce que l’on attendait sous peu l’avènement du règne de Dieu. Puis il n’est pas venu, alors on a cherché des adaptations….Voilà une hypothèse intelligente, mais qui ne tient pas.

Ce n’est pas non plus un discours réservé aux disciple : il est pour toute l’humanité. Car elle toute est composée de fils de Dieu. Les disciples sont les premiers destinataires parce que ce sont les premiers qui ont pris conscience de ce don. Et, pour cela encore, ils deviennent sel de la terre et lumière du monde. Mais c’est pour tous les hommes. Evidemment il s’agit d’un chemin, d’une proposition faite par Dieu à tous les hommes. Ce n’est donc pas un ensemble de normes, mais c’est la beauté d’être fils.

Nous prendrons les béatitudes dans l’évangile de Luc qui est plus bref.

La clé de lecture est que cette parole concerne Jésus Christ en qui nous avons été baptisés. Nous avons été immergés dans cette Parole. Le premier sens de ce discours est un sens Christologique :il nous décrit la vérité de Jésus et la vérité de chaque homme : nous sommes des fils.

Deuxième clé de lecture est théologique : le fils nous révèle un visage nouveau de dieu, celui du Père tout à fait le contraire de ce que les autres religions proposent.

Ensuite, une clé sotériologique : dans ces paroles nous est montré le salut de l’homme à travers le don de l’Esprit. Avec cela nous pouvons faire une lecture anthropologique : les béatitudes nous présentent l’homme dans sa beauté de fils. Alors l’Eglise composée de fils est le lieu de la fraternité qui vit ces valeurs au niveau communautaire. Il y encore une sixième lecture, eschatologique : tout le sens du monde est donné par les béatitudes : dans la filiation et dans la fraternité se réalise le sens de la création autrement on détruit tout. D’où vivre les béatitudes ce n’est pas une option mais c’est une condition indispensable. On peut aussi faire une lecture morale : si nous sommes ainsi, alors nous devons faire comme ça… Nous avons la proposition de la vie filiale qui nous est offerte par les béatitudes ; c’est ça la morale chrétienne : vivre en tant que fils et frères. Et vivre en fils comporte comme conséquence normale le fait de ne pas tuer, ne pas dire le mensonge, ne pas tricher… Cela inclut la loi, mais ça la dépasse aussi. C’ est la loi nouvelle de l’amour qui crée le monde nouveau. Les commandements disent ce que l’on ne doit pas faire, c’est une morale négative. Le discours de la montagne nous dit comment nous devons vivre. Souvent nous proposons seulement la première partie, ce qui ne permet pas de mettre en belle lumière le christianisme qui peut, à la rigueur ennuyer les gens ! Car on le confond avec une loi. Cela est le noyau du christianisme  que nous pouvons d’ailleurs facilement mal interpréter pour le proposer comme loi. Proposer en revanche la vie filiale va bien au-delà de la vie naturelle et de sa loi, laquelle sera englobée comme par ricochet. Il est évident que si tu es fils et frère tu ne tueras pas, pas tant parce que cela serait interdit mais parce que tu « aimes », tu ne commettras pas d’adultère, non pas parce que c’est interdit, mais parce que tu aimes ta femme. Le passage d’une religion de l’interdit à une religion du don positif. Cela est à récupérer dans notre catéchèse, car si nous mettons l’accent sur l’interdit les gens refuseront car la transgression c’est l’unique chose propre à l’homme ! L’animal ne peut transgresser ; si par contre il y a une proposition nouvelle, alors la personne réagira positivement. Là-dessus nous jouons notre évangélisation : sur notre capacité de savoir proposer le fils.

Luc 6,12 Les béatitudes dans leur contexte. Nous partons du v. 12 car de ce verset il y a la création de l’Eglise et Luc sans solution de continuité parle de la constitution des apôtres et puis il fait le discours des béatitudes. L’Eglise en effet est faite par cette parole et pour écouter cette parole et en tant qu’apostolique elle est faite pour la transmettre. Dès lors elle est comme la forme des douze, à savoir de l’Eglise en tant qu’apostolique. C’est leur âme : eux le vivent en premiers et puis ils la transmettent aux autres. Donc des douze au discours de la montagne dans une belle continuité.

Lecture du texte

Le premier bloc (v.12-16) nous présente la formation de l’Eglise, du 17 au 20 c’est le contexte du discours, et puis du v.20, il y a le discours même qui est proclamation du règne de Dieu.

Le choix des douze, à l’intérieur de l’évangile de Luc, c’est la septième action accomplie par Jésus, le septième miracle : après six gestes de puissance, le septième est celui de former l’Eglise des fils, parce que la signification de tous les miracles c’est de rendre l’homme fils de Dieu, lui restituer son vrai visage. Elle est le repos de Dieu, c’est là où Dieu est présent. Où est-ce que l’Eglise naît ? « Jésus se rendit sur la montagne pour prier et passa la nuit en prière ». L’origine de l’Eglise c’est la communion du Fils avec le Père. La nuit évoque la mort. Jésus est le premier apôtre. Il fonde son Eglise à partir de sa communion avec le Père. Il en va de même pour chaque apôtre : l’Eglise naît de la communion avec le Père. Et il passa la nuit  dans la prière « de dieu » (cela n’est pas dans la traduction). Mais il faut le mettre en relief parce que nous dans notre prière, souvent nous ne prions pas ; et quand nous prions , c’est avec beaucoup de distractions ! Quand elle n’est pas trop distraite, elle est remplie de « nous-mêmes » : nous parlons de nous-mêmes. La prière de Dieu c’est écouter Dieu, le laisser parler

De cette prière de Dieu naît l’Eglise : de la communion avec le Père, nous devenons fils, nous apprenons la vie filiale et puis nous allons la communiquer aux frères.

« Le jour venu… (De la nuit de la prière, vient le jour de l’Eglise), il appela les disciples et en choisit douze », comme les douze colonnes. Remarquons autour des douze quelque chose : qui refuse l’Eglise refuse le Christ . Qui refuse les frères, refuse le Père et l’Eglise. La première hérésie c’est de réduire le Christ à une doctrine, le séparer de ses frères, de « sa chair » : les frères sont sa chair.

L’Eglise n’est pas parfaite, autrement très peu de personnes seraient dedans. Mais Dieu aime ce monde de pécheurs et cette Eglise. Et signe de la présence de l’Esprit c’est le fait d’aimer cette Eglise et ce monde, non pas une Eglise ou un monde meilleur. Cela non pour justifier le mal de l’Eglise mais parce qu’on l’aime et si on veut la réformer le mieux c’est de me réformer moi-même.

Parmi le groupe il n’y a aucun théologien, de ceux qui ont étudié, en Allemagne…. à Rome…. Ce sont des gens quelconques. Ce sont des gens impossibles à vivre ensemble ! Simon avec Matthieu qui est collecteur d’impôt ; et celui-ci à côté de Simon le zélote… Regardons même nos communautés : nous ne pouvons pas rester ensemble. Mais nous sommes ensemble justement non parce que nous sommes meilleurs ….mais parce que nous sommes des frères et que nous avons l’esprit du fils. L’Eglise tolère toutes les diversités comme d’ailleurs Jésus a voulu. Il aurait pu choisir comme des photocopies de lui-même. Mais non, Jésus choisit n’importe comment (sans doute nous n’aurions pas agi ainsi !). Et est inclus aussi le prix du reniement. Cela aussi fait partie de l’Eglise. Nous le faisons, d’où la nécessité de le savoir pour nous convertir. Ne pas croire que puisque nous sommes dans l’Eglise, nous sommes en place. Les malfaiteurs sont mauvais tous les deux : il n’y en a pas un bon et un mauvais. Alors nous disons « bon larron » ! C’est qu’il est convaincu d’être mauvais ! Alors que celui qui est mauvais croit avoir raison. Nous les chrétiens, nous savons d’être, dans l’Eglise, des pécheurs ; d’où la conversion. Remarquez aussi que tous les noms des douze sont unis par un « et ». Ils sont un corps unique où chacun est différent, mais il y a l’union. Cela c’est le premier tableau sur lequel méditer : l’Eglise que Jésus choisit après une nuit de prière en communion avec le Père.

Deuxième aspect : cette Eglise descend avec lui depuis la montagne dans un lieu aplani. Jésus descend, non d’en haut ; c’est la condescendance de la Parole. Or cette Parole et cette Eglise sont pour tout le monde: « il y avait multitude de gens et de disciples » qui viennent des quatre coins du monde. Autour de Jésus les disciples, et autour d’eux le monde entier qui est fait dans le Fils, en qui il a le salut. Alors la responsabilité de celui qui se sait fils c’est d’aller vers les frères.

Au v.18 nous lisons : ils venaient pour écouter et pour être guéris. Les malades guérissent à travers l’écoute. Et cela parce que l’homme est malade dans sa tête : il est malade de mensonge, des fausses idoles, des fausses valeurs. Le discours de la montagne nous guérit de toutes les fausses valeurs qui sont à l’origine aussi de tout mal. C’est une vraie guérison. Ceux qui possédaient des esprits impurs étaient guéris : la Parole est la thérapie contre l’esprit du mal qui est en nous et qui est notre soif de posséder, d’apparaître. La parole nous guérit de cela. Et tous cherchaient à le toucher : toucher la foi. Car de lui sortait une force qui sauvait tout le monde. Aujourd’hui encore à travers la parole apostolique nous touchons la puissance de Dieu qui est à l’œuvre.

Ensuite il y a le discours de Jésus : il est en bas et il lève les yeux.

Heureux les pauvres… Je me réjouis avec vous… Ces béatitudes ne semblent guère actuelles, pas pour notre temps. Comment dire à un pauvre : heureux es-tu… Et néanmoins Jésus dit : heureux les pauvres , car la malédiction est pour les riches. Le mal de l’homme c ‘est sa soif de posséder, de pouvoir et de paraître. Et à cause de cela il a fait faillite : il croyait que le bien c’était d’avoir des choses. Alors que celui qui cumule est non-homme ! Alors les pauvres veulent à leur tour devenir riches. Mais Matthieu dit heureux les pauvres en esprit, ceux qui ont l’esprit du pauvre. La pauvreté est la chose plus belle de Dieu qui n’a rien car il donne tout, il se donne lui-même. C’est la pauvreté que nous annonçons. Mon être même n’est pas à moi, mais à Lui. L’homme est rapport, non possession. Posséder, voilà le principe de tout mal. Mais tous veulent posséder parce que l’homme n’a pas la vie mais il la reçoit. Seulement qu’au lieu de la recevoir comme don, il veut s’assurer en la possédant, à travers les choses qui assurent la survie  et à travers aussi la religion qui veut dire possession de Dieu, et ça c’est le pire des péchés. Alors que nous devons vivre comme don soit les choses soit les personnes, soit Dieu. Ce sont les trois tentations subies par Jésus : les choses : les pierres qui deviennent pain. Posséder tous les royaumes de la terre ; prétendre que Dieu intervienne, en se jetant du temple. Si nous réussissons à comprendre le monde nouveau, celui du fils où tout est don, cela c’est la délivrance du mal radical. Cette possession est bien évidente dans le monde des riches , mais nous tous avons le même esprit que le riche. La solution n’est pas tant que les pauvres deviennent riches : cela ne changerait rien à la situation. Cela doit être dit aux uns et aux autres, sans croire que c’est une justification de l’injustice ou de la pauvreté. Cela est la rupture radicale du critère d’injustice. Et celui qui veut vivre cela il risque beaucoup, comme Jésus qui est fini sur une croix…. Jésus ne trompe pas, ne promet pas richesse aux pauvres. Car les pauvres, devenus riches, seraient pires que les autres ! L’annonce du monde nouveau si ce n’est pas nous qui le faisons, personne d’autre ne le fera. Il faudrait que là-dessus nous ayons une grande lucidité. Dans ses exercices spirituels Ignace présente la parabole des deux drapeaux. Satan rassemble tous les petits démons à Babylone et leur dit : vous allez partout dans le monde, chez toute personne, enseignez-leur le désir des choses. Une fois qu’ils auront eu le désir des choses, ils auront celui du pouvoir, de l’orgueil ; alors le monde sera dans vos mains…

Jésus dit au contraire : enseignez aux gens à aimer la pauvreté, au lieu du pouvoir, le service, au lieu de l’orgueil, l’humilité. Ça suffit. Alors ce qui distingue l’action de Dieu de celle de Satan c’est la pauvreté ou richesse, pouvoir ou service, orgueil ou humilité. Ce qui est dans la richesse, l’orgueil ou le pouvoir est contre Dieu, même si nous nous en servons pour faire du bien…. Pour faire les pauvres des riches, car nous leur enlèverions leur dignité. C’est dans les critères qu’il faut opérer un changement. Le mal vient de la tête… Alors les disciples sont les premiers à qui cette parole qui guérit est adressée. « Le royaume est à eux ». Mais entre temps ils pleurent, ils ont faim… Il faut faire attention à ne pas tomber dans des formes millénaristes : maintenant nous allons réaliser le royaume de Dieu ! Il y a toujours un mystère de la croix ,une heure qui passe à travers le mal, que tu portes sur toi et que tu vaincs sans le faire  ; si tu élimines la croix, tu élimines le salut, car le mal est toujours là et c’est la croix seulement le lieu où tu peux le vaincre. La grande hérésie ce serait de vouloir enlever cette heure de lutte et de contradiction, de mal et de souffrance.

Enlever la vie éternelle ce serait enlever le motif pour la lutte actuelle. La vie éternelle n’enlève pas la lutte pour le présent. Le règne est déjà présent , est déjà en moi, et cela fait que je lutte dans la sérénité. Le fait que je sois en pleurs et qu’un jour je serai dans la joie, fait en sorte que je supporte cette situation difficile , comme être banni, méprisé, non accueilli, car je sais que les choses sont comme ça et je ne me plie pas. Et je sais que Dieu me donne raison et qu’il y a la vie éternelle qui me donne raison. Donc la vie éternelle devient l’âme de la lutte pour le règne de Dieu au présent. Si on enlève l’avenir aucune chose n’aura plus de sens au présent. Pour moi le règne est la joie, le bonheur, mais il faut que je passe à travers la lutte contre le mal qui a une racine en moi-aussi.

Ce matin nous nous arrêtons sur cette partie de l’évangile de Luc 6,12-22 en examinant les trois moments : la naissance de l’Eglise, d’où elle vient et comment elle est composée. Deuxième aspect :v.17-19 nous voyons Jésus au milieu, autour de lui les douze et puis le monde entier autour d’eux pour écouter Jésus et sa parole, car l’écoute de cette parole guérit du mal et du démon. Cette parole nous guérit du mal de l’histoire , car nous aussi sommes liés au pouvoir, à l’avoir …Troisième aspect : les béatitudes qui sont l’esprit du Fils, le don de la liberté grande que Dieu nous fait de lui appartenir et du fait de trouver notre identité non pas dans les choses que nous avons mais dans le fait d’être à Lui et donc dans une vie de don total de nous, comme le Père fait. Non pas dans le pouvoir que nous avons mais dans le service, non pas dans l’orgueil, mais dans l’humilité. Laissons nous imprégner par cette parole qui nous sauve. Jésus a vécu en première personne ces béatitudes, nous révélant un nouveau visage du Père et de l’homme sauvé. L’histoire de l’Eglise consistera dans le fait de réaliser en elle même les traits du fils.

Luc 6, 27-38

Nous allons voir maintenant comment cet esprit du Fils se situe par rapport aux autres, les autres entendus comme les non-chrétiens, puis à l’intérieur de la communauté . Ensuite nous verrons l’essence de cet Esprit.

Nous allons considérer Luc 6,27-38.

Jusqu’au v. 35 on parle de notre relation avec les autres, les étrangers, les vv. 37-38 évoquent notre relation avec ceux de notre communauté, et au v. 36 est donnée la définition de Dieu laquelle donne sens à tout l’évangile de Luc.

Lecture du texte

Nous nous arrêtons sur ces versets qui représentent une catéchèse baptismale.

Ce matin nous avons considéré le monde des valeurs nouvelles. Or, ces valeurs nouvelles comportent aussi un nouveau type de rapports entre les hommes et à l’intérieur de la communauté. Notre rapport avec les autres comprend quatre impératifs ((v.27-28) ; puis il y a des ampliations sur la manière de vaincre le mal par le bien (v.29-30) ; et puis il y a quatre motifs pour agir ainsi : c’est que vous avez la grâce pour faire tout cela. Ensuite il y a ce verset central de tout l’évangile le v.36. Puis on continue sur les rapports au-dedans de la communauté avec quatre autres impératifs. Nous nous arrêterons sur tout cela.

Je vous dis : aimez vos ennemis. Notre rapport avec les autres c’est lequel ? L’amour envers l’ennemi. L’autre c’est l’étranger qui est toujours un concurrent, un ennemi potentiel donc, celui qui me dérange, qui ne partage pas avec moi. Le christianisme a comme propre l’amour envers l’ennemi, parce que Dieu n’a pas d’ennemi, il a seulement des fils. Si je hais l’ennemi, je ne suis pas fils . C’est l’essence du christianisme et celui qui n’aime pas l’ennemi, n’a pas l’Esprit Saint et il ne connaît pas Dieu qui est Père à tous. La force de notre apostolat c’est l’amour envers l’autre. Pourquoi aimer l’ennemi ? Parce que mon expérience me dit que Dieu est mon ami et qu’il a donné sa vie pour moi qui suis pécheur. Et le premier ennemi de Dieu c’est moi-même ! Aimez-vous comme je vous ai aimés, cela veut dire qu’il nous aime en tant qu’ennemis. Il est intéressant de remarquer comment on ne suppose pas un monde meilleur sans haine, inimitié où tout un chacun parlerait bien , où on s’entendrait …. C’est en revanche un monde d’inimitié, de haine, de calomnie, de vol, on suppose donc le mal. Au milieu de ce mal nous vivons le bien à savoir l’amour qui vainc le mal. Si nous n’aimons pas l’ennemi, nous n’avons pas la connaissance Dieu. Nous savons que le Christ est mort pour les pécheurs dont je suis le premier. Ça c’est aussi notre force apostolique : l’amour pour l’autre pour lequel aussi le Christ est mort et qui est aimé infiniment par Dieu tout perverti qu’il soit. Et moi je l’aime du même amour, autrement je n’aime pas Dieu et je n’ai pas son esprit.

Nous sommes habitués à détester le pécheur car il nous dérange et cela parce que nous aimons le péché. Si quelqu’un mange tout le gâteau, je le déteste parce que j’aime plutôt le gâteau… Si j’aime le frère, je dirai : le pauvre, tu as trop mangé ! Notre haine vis-à-vis de l’ennemi indique notre connivence avec le mal. Lorsque je ne haïrai plus l’ennemi et l’aimerai d’un amour proportionné à son mal, alors j’aurai l’esprit de Dieu . Cet amour du cœur devient action : faites du bien à ceux qui vous haïssent. Un amour qui devient inventif, créatif : faites du bien. Il devient bouche : « bénissez ». Nous bénissons les ennemis car ils nous permettent de devenir comme Dieu , car Dieu est amour sans limite.

Priez pour ceux qui vous calomnient. Ce sont là les quatre impératifs qui dirigent notre action envers l’autre : avec le cœur, avec les mains, avec la bouche et même dans la prière devant Dieu.

Les vv. 29-30 s’amplifient en quatre démonstrations de la manière dont on est vainqueur du mal.

* A celui qui te frappe la joue, offre-lui aussi l’autre.

Le mal tous nous le faisons et celui qui le reçoit, il l’augmente au double s’il riposte. Le mal s’arrête là où quelqu’un a la force de le porter par amour., sans rendre la pareille…

* A celui qui réclame ton manteau donne-lui aussi ta tunique. Disposé à subir un tort encore plus grand pour ne pas riposter, car le mal ce n’est pas le fait de subir un tort, ou mourir de faim, mais faire mourir de faim. Le mal ce n’est pas dans le fait d’être tué mais de tuer. Nous tuons parce que nous croyons que le mal c’est dans le fait d’être tué. Nous affamons quelqu’un parce que nous croyons que le mal soit dans le fait de mourir de faim. Alors que le mal c’est de ne pas aimer le frère, de ne pas savoir donner sa vie pour lui. Donc on est vainqueur du mal seulement à travers un amour plus grand et non en redoublant de mal.

* A celui qui te demande, donne. Et à celui qui t’emprunte, ne lui demande pas.

Ça c’est la catéchèse baptismale. Mais comment peut-on vivre cela ? C’est impossible, car cela est ce que Dieu fait avec moi. Mais voilà comment Dieu agit. Alors ces paroles me permettent de connaître Dieu et de me connaître moi-même comme étant aimé d’une manière infinie par Dieu. Après réflexion, je pourrai comprendre que, étant ainsi aimé, je dois aimer de la même manière. Alors je comprends aussi pourquoi le mal dans le monde Dieu le laisse ; non pas parce qu’il le veut ou parce qu’il est incapable de l’enlever (autrement il ne serait plus Dieu), mais afin de respecter notre liberté. Toutefois dans le mal Dieu n’est jamais perdant . Dans le mal il se manifeste plutôt pour le Dieu qu’il est, à savoir comme le bien absolu. Alors si Dieu dans le bien est vainqueur, dans le mal, il est double vainqueur, par l’amour, la miséricorde et le pardon.

V.31 contient la règle générale du comportement envers autrui : ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous, faites de même….Ce verset renverse mes droits en devoirs ! Normalement chacun voudrait que l’autre fasse car chacun vante ses propres droits. Dit Jésus : toi au lieu de commencer à faire valoir tes droits, commence à vivre tes devoirs envers ton prochain. Considère comme tes devoirs ce que tu crois être tes droits et tes désirs.

Puis Jésus donne quatre motivations à un tel comportement.

Si tu aimes ceux qui t’aiment quelle est ta grâce ? C’est-à-dire, quelle est l’expérience de don que tu aurais faite ? Si tu aimes seulement ceux qui t’aiment tu n’as fat pas l’expérience du baptême. Car le baptême me dit que moi pécheur je suis aimé par Dieu. Ça c’est la grâce. Il faut alors que je fasse l’expérience de cet amour gratuit envers autrui. Si je n’aime pas l’ennemi, je ne suis pas baptisé ! Je ne connais pas Dieu ! Et je ne me connais pas comme fils ni l’autre comme frère. Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment ; c’est un amour de péché : je l’aime parce qu’il m’aime et tant qu’il m’aime. Quand il ne m’aime plus je ne l’aime plus. Cela c’est un amour égoïste, car il est intéressé. Devant l’ennemi l’amour doit se manifester dans sa pureté et dans son désintérêt.

Si vous faites du bien à ceux qui vous font autant quelle est votre grâce ? …. Souvent nous rendons des services car on nous les rendra. C’est un esclavage réciproque. Nous nous rendons esclaves les uns des autres avec de bonnes actions, mais sans grâce, sans gratuité. Si vous donnez à ceux qui vous rendront… Ça c’est un investissement. Les pécheurs aussi donnent de la même manière.

Vous au contraire donnez…. et vous aurez une récompense : celle d’être comme Dieu qui est comme ça. Agissant de la sorte nous devenons comme Dieu qui aime tous gratuitement. Il y a donc une fin à notre action : devenir comme Dieu, devenir des fils qui ressemblent au Père. Il est intéressant de savoir que l’ennemi dont nous disons que s’il n’existait pas je serais bon et tout marcherait très bien pour moi, est celui qui m’aide à devenir comme Dieu. Un jour nous nous apercevrons que ce que nous considérions comme obstacle sur notre chemin de vie, en fait aura été l’aide la plus grande . Ainsi nous deviendrons fils du Très Haut. Autrement nous ne serons pas fils du très Haut. Car le Très haut est pour les autres, il se laisse prendre par les autres, alors que l’égoïsme c’est exploiter l’autre. L’amour est au service des autres. Même s’ils ne sont pas reconnaissants, même s’ils sont mauvais. L’amour est gratuité ou il n’est rien. Dans ces versets apparaît la même relation existant entre le Père et le monde, entre le Christ et le monde. Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils. Ce monde de péché, corrompu. Le rapport entre Dieu et le monde et entre le Fils et le monde, est le même que le nôtre.

Au v. 36 nous avons le centre de l’évangile de Luc qui est aussi le cœur de toute la révélation chrétienne . Le livre du Lévitique, qui contient la législation sur la sainteté s’ouvre en disant : « soyez saints car moi je suis saint ». Le fondement de chaque loi c’est de devenir comme Dieu, qui est saint, à savoir, différent. Le mot saint veut dire : être différent et c’est propre à Dieu car Dieu n’a pas de semblable.

En Matthieu nous lisons : soyez parfaits. Qu’est-ce que la sainteté de Dieu ? Jésus est venu nous la révéler : Dieu est saint = Dieu est miséricorde (non miséricordieux). Le mot miséricorde correspond au mot hébreu rahamin qui évoque le ventre maternel. La qualité fondamentale de Dieu père c’est d’être mère. Un amour sans condition qui accueille toujours, pardonne toujours. Dieu ne peut pas ne pas pardonner. Autrement il ne serait pas dieu. Le mal permet à Dieu de se montrer dans son essence : il est amour sans condition. Ça c’est la miséricorde. Et toute la révélation concerne la révélation progressive de la sainteté de Dieu, de sa diversité par rapport à nous, car il donne sa vie pour les pécheurs. Parce qu’il pardonne. Là où il y a la haine là il aime davantage ; là où il y a le péché là il y a sa grâce . Qui aime l’autre selon son besoin, plus celui-ci est dans le besoin plus l’autre l’aimera. Jésus est venu révéler ce visage de Dieu qui est différent de ce que nous pensons de lui. Car nous pensons qu’un dieu saint veut dire par exemple un Dieu juste, qui avec cette justice condamne notre injustice. Dieu est saint parce qu’il est vie alors que nous sommes morts. La sainteté de Dieu c’est sa sainteté et sa sainteté c’est le contraire de ce que nous pourrions nous imaginer. Dans toutes les religions il y a une loi à observer. Celui qui l’observe est saint, les autres sont pécheurs et donc ils restent hors de la communauté. La communauté chrétienne n’est pas faite ainsi ; elle est faite de pécheurs graciés qui font l’expérience de la miséricorde et le chrétien ne se sépare pas des autres pécheurs, mais se sachant pécheur lui-même, il aime les autres, tous. C’est pourquoi il n’y a pas des sectes de justes dans le christianisme ; celui qui se considère juste est incapable de conversion. C’est le frère aîné, celui qui commet le vrai péché, qui se croyant juste, pense pouvoir gagner l’amour du père. Acheter l’amour cela s’appelle prostitution. Se considérer juste pour avoir l’amour de dieu ça va contre l’essence de dieu qui est gratuité. Dans toutes les religions il y a cet aspect., duquel l’évangile veut nous délivrer en nous présentant un Dieu qui meurt sur la croix pour les pécheurs. Ainsi finalement l’homme se sent aimé d’un amour infini et alors il respire la liberté, car il peut aimer à son tour.

Chaque action de Jésus est explication du visage du Père. Il faut devenir comme ça. Devenez comme le Père, c’est la vraie traduction et non « soyez ». La miséricorde est la plus haute sainteté possible parce qu’elle envahit toute réalité même celle qui est la plus éloignée de Dieu, même le péché. La révélation de la miséricorde nous l’avons d’une manière absolue sur la croix qui nous dit l’essence de Dieu : Dieu donne sa vie pour celui qui le tue. Là il se révèle Dieu : comme amour absolu. Nous ne devons jamais oublier cela dans le christianisme, autrement celui-ci deviendrait une religion pire que les autres, car elle imposerait même d’aimer ses ennemis ! Le christianisme c’est l’expérience d’une miséricorde, d’une acceptation que Dieu a pour moi et qui me fait vivre. C’est cela la vie divine : sa miséricorde.

Dans les vv.37-38 on tire les aspects propres à la vie communautaire : si Dieu est miséricorde, le premier critère c’est lequel ? Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. L’homme vit et meurt du jugement des autres. Dans une « vie-ensemble » la première chose c’est de se mesurer, de se juger : ça va, ça va pas….Ne jugez pas. Si je juge l’autre, en fait je suis jugé. Cela veut dire quoi ? Si je juge quelqu’un qui a tué, mon jugement est plus grave que son action parce que je juge le Père qui le pardonne et je tue en lui l’image du fils. L’autre a pu faire le mal sans le savoir. Mais même en admettant qu’il le savait, mon jugement est plus grave que son péché . Je peux juger le mal mais jamais la personne. La personne est mon frère, celui pour qui le Christ est mort. Si je le juge, je condamne Dieu qui l’aime. Alors il est possible être ensemble parce que personne juge l’autre : de même que Dieu accepte chacun de nous, moi-aussi j’accepte l’autre tel qu’il est. D’ailleurs seulement si quelqu’un est accepté, il peut vivre et changer. L’autre est celui qui reçoit de moi la même acceptation que Dieu a envers moi. Et je reçois de l’autre la même acceptation dont il bénéficie de la part de Dieu. Luc le dit parce que la tentation est forte pour Théophile de devenir un pharisien. Il n’y a rien de pire dans une communauté, qu’un juste. On peut vivre ensemble si on porte sur l’autre le même jugement que Dieu a, à savoir, une estime infinie. Et Paul écrit aux Philipiens : que chacun considère l’autre supérieur à lui-même. Phil 2,3. Rm 12,10 : vous voulez rivaliser ? Eh bien, rivalisez dans l’estime réciproque. L’estime fait vivre. Si je ne l’ai pas, alors je suis jugé, je ne suis pas fils , je ne connais pas le Père.

Deuxième règle : ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Ce qui en fait s’avère normalement c’est juste le contraire, car nous avons tendance à condamner. C’est que nous sommes pécheurs et donc c’est nous qui avons besoin de ne pas être condamnés et non l’autre ! Chaque fois que je juge, c’est moi qui suis fautif. Puisque Dieu aime les ennemis, il m’aimera moi aussi comme ennemi et en faisant l’expérience de cette miséricorde, doucement j’arrive, peut-être, à être miséricordieux envers les autres.

Tous nous avons le pouvoir de condamner et cela de maintes façons. Par exemple une façon de condamnation c’est de lui démontrer le peu qu’il vaut. Te sentant bon, tu condamnes l’autre qui ne l’est pas. Tu veux lui apprendre comme il faut faire et alors nous risquons d’être bons pour condamner l’autre ! Si Dieu pendant une seule seconde faisait comme nous, de nous juger avec justice ! Pauvres de nous, mais surtout pauvre de Dieu : il ne serait plus Dieu, car il ne serait pas amour. Heureusement Dieu n’est pas comme ça. Et nos communautés religieuses sont le reflet de cette sainteté de Dieu qu’est la miséricorde. Alors la communauté bonne n’est pas celle qui serait parfaite mais celle où on s’accepte et on se pardonne. Nos limites sont le lieu de notre croissance dans la vie humaine et chrétienne. Nos perfections présumées c’est ce qui nous éloigne le plus de Dieu et nos défauts c’est peut-être ce qui nous rapproche le plus de lui et à vivre avec miséricorde.

Déliez et vous serez déliés. C’est le vrai sens du mot. Nous avons en effet cette capacité triste de lier quelqu’un, le « clouer » presque, à son erreur, en le lui rappelant toujours, ne le lui pardonnant jamais. Absoudre veut dire « solvere » = « délier de ». Nous devons délier le frère de son péché. J’ai le pouvoir de perdre ou de sauver mon frère avec mon absolution !

Donnez , on ne dit pas quoi, mais Dieu est don, le Christ est don. Donnez, car en donnant nous recevons en retour notre identité de fils. Le fils est celui qui est don du Père. Comme vous le voyez, ces impératifs en fin de compte, ne sont que des indicatifs qui nous disent ce que Jésus est. Faites alors une lecture de ce texte en l’appliquant à lui-même mais à la lumière de ce qu’il a fait envers «chacun ». De chaque affirmation voir comment Jésus l’a vécue par rapport à moi. Dans la mesure où j’aurai compris que c’est comme ça qu’il m’aime, je lui demanderai de me baptiser dans cet amour, de me plonger dans cet amour pour que j’en vive. L’écart entre ce qui est dit et ce que je fais concrètement c’est le lieu de mon péché. Mon péché c’est le lieu où j’ai besoin de la miséricorde de dieu, le lieu de l’expérience de Dieu. Il n’y a pas d’autre connaissance possible de Dieu en dehors de mon péché. Parce que c’est là que je connais Dieu dans son essence à savoir sa miséricorde. Dès lors, le croyant sait qu’il connaît Dieu, non parce qu’il est bon et beau mais parce qu’il est pécheur. Tous connaîtront Dieu parce que tous auront été pardonnés (Jér 31,34). C’est dans le pardon que nous connaissons Dieu et non dans notre justice. Mon être pécheur devient le lieu de ma connaissance profonde de Dieu. Et aussi le lieu de ma communion avec mes frères, tous pécheurs comme moi. Solidarité avec tout le monde.

A la fin, il y a quatre paraboles, celle de l’aveugle, celle de la poutre, celle de l’arbre bon et celle de la maison sur le rocher. Celui qui considère qu’il y a quelque chose de plus haut que la miséricorde celui-là est un aveugle, il ne connaît pas la lumière de Dieu. Qui veut être parfait autrement que par la miséricorde il est aveugle. Celui qui fait beaucoup de remarques au frère, qu’il sache que dans son œil il y a une poutre et non une paille…. Des perfections que l’on estime telles, en fait sont mortes . Un arbre bon donne de bons fruits. Or le fruit bon c’est la miséricorde ; si je ne la fais pas, je suis un arbre mauvais. Oui, mais le Christ alors est mort pour moi qui suis mauvais. Cela me permet de comprendre le discours du baptême : le Christ est mort pour moi. De cette manière je construirai sur le rocher. Souvent il arrive que l’on pense qu’il faut construire notre vie spirituelle sur la perfection telle que nous l’entendons. Alors que la perfection telle que Dieu la pense, c’est sa miséricorde. Cette miséricorde ne justifie pas le mal , mais elle me purifie du mal, parce que je cesse de faire le mal quand je sens d’être aimé. Le mal en effet on le fait seulement par tristesse, à cause du fait de ne pas se sentir aimé. Cette miséricorde coûte beaucoup à Dieu mais c’est l’unique force qui peut nous éloigner et protéger du mal.

Comme composition de lieu gardons le v.20 : Jésus regarde vers le disciple, c’est-à-dire, vers moi et me dit ces paroles.