17ème Dimanche du Temps Ordinaire – C
Luc 11,1-13


Apprendre-à-prier

Références bibliques :

  • Lecture du livre de la Genèse. 18. 20 à 32 : Pour dix, je ne détruirai pas Sodome. »
  • Psaume 137 :  » Seigneur, éternel est ton amour. N’arrête pas l’oeuvre de tes mains. »
  • Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 2. 12 à 14 : « Avec Lui, vous avez été ressuscités parce que vous avez cru en la force de Dieu. »
  • Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 11. 1 à13 : »Combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent. »

La première lecture de ce dimanche est choisie, comme souvent, pour préparer à entendre dans l’Evangile la Parole du Seigneur. Aujourd’hui : »Demandez et vous obtiendrez; cherchez et vous trouverez; frappez et la porte vous sera ouverte. »

Abraham nous est présenté, dans cette liturgie, comme un exemple d’intercesseur, même si sa manière d’agir est discutable. Elle l’est parce que sa connaissance de Dieu est imparfaite. Nous ne sommes qu’au seuil de la révélation.

LES PROTAGONISTES.

Il est encore avec ses trois visiteurs que nous connaissons par la première lecture de dimanche dernier (Genèse 18. 1 à 10). Ce sont trois hommes ou trois anges (l’ange biblique étant défini par la mission reçue de Dieu, comme cela nous est dit par leur nom personnel).

Passant à côté du campement d’Abraham, ils ont été invités par lui selon le devoir de l’hospitalité. Ils ont réitérés à Abraham et à Sara la promesse d’une descendance.

Ils sont au nombre de trois, mais il n’empêche que, dans la scène lue dimanche dernier, ils parlent ou Abraham s’adresse à eux comme s’ils n’étaient qu’un seul : comme anges du Seigneur, ils sont à la fois multiples et un.

Nous sommes aujourd’hui dans la continuité de cet événement au moment où deux d’entre eux se décident à partir pour Sodome tandis qu’Abraham reste en présence du troisième. Cette unité et cette « trinité » est une particularité de ce texte dont les exégètes ne peuvent nous donner des explications rationnelles; par exemple, il y aurait là l’imbrication de plusieurs rédactions différentes. Quoi qu’il en soit, celui qui a composé le texte en son état actuel a accepté d’apparentes contradictions au nom de sa conception du « messager » de Dieu.

La discussion entre lui et Abraham concerne les habitants de Sodome, dont Lot son neveu et sa famille. « Or les gens de Sodome étaient de grands scélérats et pécheurs contre le Seigneur. » (Genèse 13. 13) Leur violence « crie » vers Dieu et Dieu regarde le coeur des hommes, à la différence de ceux-ci qui voient surtout l’apparence. C’est, pour chacun d’entre nous, source de confiance, car le Seigneur est tendresse et miséricorde.

DIEU EST-IL EN ACCUSATION ?

Abraham, dans cette discussion, se met, dans la position du juste et Dieu est mis au banc des accusés : « Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? » (Gen. 18. 25). Dieu doit se défendre d’une attitude qu’Abraham juge injuste.

Nous sommes dans un récit « vivant » où Dieu est proche des hommes, même dans sa manière familière d’agir et de réagir. Son regard n’est pas omniscience impassible. Dieu « descend pour voir ». Ce qui arrive sur terre importe à Dieu et il vient se rendre compte par lui-même. L’homme peut juger sur des on-dit, voire des accusations qu’il sait mensongères, Dieu ne peut agir ainsi, il se doit de connaître pour juger avec équité.

Et c’est bien là que réside l’imperfection d’Abraham. Comme si Dieu pouvait se laisser aller à cette injustice que constitue le meurtre d’un innocent, une injustice plus grave que l’amnistie du coupable.

ET POURTANT SODOME SERA DETRUITE

Le manque de foi d’Abraham se caractérise par le fait qu’il s’arrête à dix justes. Comme si Dieu pouvait se résoudre à condamner neuf innocents, neuf justes parmi les habitants de Sodome…. La Bible répondra plus tard par la bouche des prophètes : non, Dieu n’agit pas ainsi. « Parcourez les rues de Jérusalem, proclamait le prophète Jérémie. Cherchez sur ses places si vous découvrez un homme, un qui pratique le droit, qui recherche la vérité. Alors je pardonnerai à cette ville, dit le Seigneur. » (Jérémie 5. 1)

Or il y avait bien un juste à Sodome : c’était Lot. Mais sa présence n’empêchera pas la condamnation de la ville. Même si Dieu le sauve personnellement, lui et toute sa famille qui fait corps avec lui, ce juste ne peut sauver la ville dont il n’est pas citoyen. Il n’est qu’un étranger.

On voit ainsi le chemin parcouru entre ce moment de la révélation à Abraham et le Nouveau Testament où Dieu ne vient pas seulement pour « voir », mais pour sauver.

Ce salut se réalise dans le Christ, homme parmi les hommes de la cité pécheresse, en tout semblable à eux hormis le péché. Il est le seul juste parmi la totalité des pécheurs. « Dieu vous a donné la vie avec le Christ. Il nous a pardonné tous nos péchés…. en le clouant sur le bois de la croix. » (Colossiens 2. 14) Désormais Dieu trouve parmi nous un répondant, le salut est possible car le Christ n’est pas un étranger. Il est l’un de nous. Un seul est devenu cause de salut pour tous.

Abraham ne pouvait imaginer une telle réalité. Il ignorait encore ce « combien plus » dont nous parle le Christ dans l’Evangile . (Luc 11. 13).

***

La prière d’action de grâce du psaume prend alors une toute autre résonance : »De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce. Tu as entendu les paroles de ma bouche… tu élèves au-dessus de tout, ton nom et ta parole. » « Que ton nom soit sanctifié ! »

« Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi. Sans toi rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. » (Prière du début de la liturgie de la parole.)

J. Fournier
https://eglise.catholique.fr

Quand Dieu fait justice,
par Marcel Domergue sj

La prière d’Abraham pour le salut de Sodome et de Gomorrhe est un peu courte : son marchandage s’arrête à la présence de dix justes dans la région pour justifier l’indulgence de Dieu. Pourquoi ne pas aller plus loin ? Ce « récit » reste donc ouvert à une suite possible. Abraham serait-il meilleur que Dieu, plus accessible à la pitié, plus prompt au pardon ? Je pense qu’il faut retourner la question. C’est Dieu qui, en fin de compte, veut sauver les villes ; mais, si l’on peut dire, il a besoin pour cela de trouver dans l’humanité un écho à son propre amour, une image et ressemblance de sa bienveillance. Or Abraham s’arrête à dix justes, sans doute parce qu’il ne croit pas tout à fait à la plénitude de l’amour divin. Il faudra un autre récit, à la fin du Livre, pour que nous apprenions qu’un seul juste suffit, non seulement pour deux villes mais pour l’humanité entière. Ce Juste, d’ailleurs, sera Dieu lui-même nous faisant don gratuit de son être et de sa justice. Sans doute, en fin de compte, les deux villes seront sauvées puisque Jésus dit qu’au jour du jugement les villes qui auront refusé l’annonce du Royaume seront traitées plus sévèrement qu’elles (Matthieu 10,15). Ainsi, la prière d’Abraham aura été entendue au-delà de son attente, fondée sur la présence de dix justes, même si être sauvé n’est pas incompatible avec être détruit : n’est-ce pas ce qui advient au Christ en sa Pâque ?

Dieu est-il sourd ?

Pas d’hypocrisie ! Nous savons bien qu’on peut chercher sans trouver, demander sans obtenir, frapper à la porte sans qu’elle s’ouvre. Le “ciel” semble vide, Dieu semble sourd. C’est que, diront les bons esprits, nous ne demandons pas avec assez de foi. Certes, notre foi n’est sans doute jamais parfaite ; elle n’arrive pas souvent à la taille d’un grain de sénevé. Cela n’a pas empêché Jésus d’entendre la prière de celui qui savait qu’il manquait de foi (Marc 9,14-29). Innombrables sont les occasions où Jésus reproche aux disciples de manquer de foi. Bref, ce n’est pas la faiblesse de notre foi qui explique le silence de Dieu. D’ailleurs il est évident que Jésus lui-même sait que nous ne recevons pas toujours, pas souvent, ce que nous demandons. Ajoutons que sa prière pour que le calice de la Passion s’éloigne de lui ne sera pas entendue, et il finira par s’adresser au Père avec les paroles du Psaume 22 : “

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” S’il insiste tant, dans l’évangile d’aujourd’hui, sur la réponse de Dieu à toutes nos prières, c’est bien que cela n’est pas évident. Au fond, il nous dit : malgré les apparences contraires, Dieu entend toujours nos prières et les exauce. Il les exauce même au-delà de nos désirs et de nos prévisions et c’est probablement cet “au-delà” qui nous déconcerte. C’est que nous ne savons pas ce qu’il faut demander, ce qui est vraiment bon pour nous, mais l’Esprit relaie nos demandes par ses supplications inexprimables.

La réponse de Dieu

Abraham, on l’a dit, n’aimait pas autant que Dieu les habitants des deux villes. De même, Dieu nous aime davantage qu’un père n’aime son fils. L’amour du père humain n’est que reflet de l’amour de celui dont découle toute paternité. Alors si nous demandons du pain à Dieu, non seulement il ne nous donnera pas une pierre mais encore il nous donnera plus que du pain, ou plutôt un pain qui dépasse tout ce que nous appelons pain. C’est dans ce dépassement que réside le problème qui vient d’être évoqué. Nous ne voudrions que du pain et voici que Dieu nous répond en nous donnant le corps de son Fils. Mais alors pourquoi Paul nous dit-il de faire connaître à Dieu toutes nos demandes, tous nos besoins, tous nos soucis (par exemple en Philippiens 4,6 ou 1 Timothée 2,1) ? Parce que c’est là, dans le concret de nos vies, que nous avons à vivre la foi et à trouver Dieu. C’est là, et non dans l’abstrait, que nous avons besoin de lui. Mais la question se repose : comment répond-il ? Non pas en résolvant nos problèmes et en transformant les situations difficiles à coup de miracles, mais en nous rendant capables de les vivre dans la foi. Relisons la fin de notre évangile : à nos demandes de pain, d’œuf, de poisson, termes évidemment symboliques de tous nos besoins, Dieu répond en donnant l’Esprit, c’est-à-dire en se donnant lui-même. En fonction, il est vrai, des besoins que nous avons exprimés, nous rendant aptes à les assumer dans la foi et à les faire concourir à l’amour qui est en nous la présence divine. Même le pire : Jésus devra boire la coupe mortelle, mais la réponse de Dieu sera la résurrection en une vie absolue, éternelle…

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