33ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B
Marc 13,24-32


s. Angelo in Formis, Affreschi del XI secolo, Capua (CE)

LE FILS DE L’HOMME RASSEMBLERA SES ÉLUS
DES QUATRE COINS DU MONDE

P. Alberto Maggi 

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel.
Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.”

C’est une belle page encourageante que l’évangile de Marc nous présente ce dimanche au chapitre 13 versets 24 à 32. Ce chapitre est tellement difficile à comprendre que l’évangéliste lui-même dit (au verset 14) ” ..que le lecteur comprenne..” c’est à dire, que l’interprète du texte face attention.ù

Voyons ce que dit l’évangéliste : ” En ces temps-là, ” ou plutôt ” en ces jours là “, ce sont les jours qui suivent la destruction du temple de Jérusalem et donc un temps de tribulation. Et maintenant, Jésus emploie le langage typique des prophètes, connu à cette époque dans cette culture. En effet Jésus dit : ” après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat.”

Soleil et lune étaient utilisés comme divinités par les peuples païens, alors Jésus est en train de dire que, à l’annonce du message de son message, les fausses divinités perdront leur splendeur. Ce qui aurait pu sembler vrai se révélera faux. Ce que l’on faisait passer comme étant sacré se révélera être impur.

Cela grâce à l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus. Et donc : ” le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.” Tous ces pouvoirs qui basaient sur ces divinités leur force et leur prestige commenceront à tomber l’un après l’autre. Il était caractéristique de cette époque de considérer princes et empereurs comme des divinités.

Avec la destruction du temple cela commencera à être vrai. Et alors voici l’affirmation solennelle de Jésus : ” Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

” Nous savons que historiquement c’est en 70 que Jérusalem fut assiégé et que le temple fut détruit, et donc, des contemporains de Jésus ont pu le voir. ” Le ciel et la terre (c’est à dire tout) passeront, mes paroles ne passeront pas. ” Tout passe mais le contenu du message de Jésus, la bonne nouvelle ne passe pas.

Jésus affirme que son message continuera dans le temps. Et puis il poursuit en disant : ” Quant au jour et à l’heure,” Marc emploie le mot “jour” pour indiquer la mort de Jésus et de ceux qui le suivent et “l’heure” le moment où les disciples seront porté devant les tribunaux et condamnés. Il s’agit donc du moment de la persécution et de la mort.

” Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. ” Que veut dire Jésus avec cette expression ? L’important n’est pas de connaître le moment mais de savoir que cela est entre les mais du Père et donc c’est une invitation à mettre son entière confiance au Père. C’est une page d’espérance et de grande consolation pour les communautés chrétiennes, même si elles sont écrasées par des grandes puissances. La communauté doit savoir que son action sera efficace dans la mesure où elle est fidèle à l’évangile. Tout régime construit sur le pouvoir a déjà en lui-même le germe de sa destruction.

Tout géant, nous dit le prophète Daniel, a les pieds d’argile et son anéantissement est une question de temps. C’est une invitation, comme le dit Jean dans son évangile, à ne pas lutter contre les ténèbres mais à briller en son sein. Et donc, la communauté chrétienne, dans la mesure où elle sera fidèle au message de l’évangile, permettra la chute des fausses divinités et des régimes qui s’appuient sur elles.

QU’EST-CE QUE LA FIN DU MONDE?
Maurice Zundel

Qu’est-ce que la fin du monde? Le non-respect de la création, de l’homme et de Dieu qui bouleverse les équilibres. Heureux ceux qui seront trouvés faisant la sainte volonté de l’Amour.

Si la créature souffre, d’une souffrance intolérable, si cette souffrance nous indigne, c’est en raison même de la dignité de la créature, c’est en raison de l’infini qu’elle porte en elle.

C’est en vertu de la valeur dont elle est dépositaire. Et c’est le piétinement de cette valeur qui nous apparaît justement comme sacrilège.

Mais cette valeur, c’est Dieu lui-même.

Dieu est toujours du côté des victimes, Il est la première victime.

Et il n’y a de mal au sens profond, au sens où le mal suscite l’indignation et l’horreur, il n’y a de mal que parce que Dieu est confié à toute conscience humaine, parce que chacun de nous a la charge de sa Présence et de sa vie.

Il est évident que Job n’a pu résoudre son problème parce qu’il a été absolument incapable de voir en Dieu la victime première de ses propres tribulations.

Incapable de concevoir l’échec de Dieu comme la plus haute manifestation de son amour.

Nous tenons donc ici l’expérience la plus profonde de cette réciprocité qui fait que la dépendance est des deux côtés, dépendance d’amour de la créature à Dieu et de Dieu à la créature, ce Dieu qui considère chaque créature comme son Dieu.

Le mystère de la création est donc finalement un mystère d’amour.

Toute l’histoire de l’univers est une histoire d’amour. Un Dieu nuptial, où Dieu est souvent vaincu et crucifié.

La passion est au commencement du monde, comme elle durera jusqu’à la fin du monde: la passion et la crucifixion de Dieu.

Il s’ensuit un retournement qui mord sur la vie, qui est d’une actualité brûlante, à savoir que nous avons la charge de Dieu, ce que Graham Greene exprime dans cette petite phrase si admirable: «Aimer Dieu, c’est vouloir le protéger contre nous même!»

Il n’y a là aucun paradoxe: je veux dire, nous ne sortons pas de l’expérience.

L’expérience de tous les jours nous apprend cette possibilité, comme dit saint Paul aux Thessaloniciens, d’éteindre l’esprit, d’éteindre Dieu et nous ne faisons guère autre chose au cours de nos journées, que d’éteindre Dieu, que de faire écran à sa présence et d’intercepter sa lumière.

Si Dieu ne devient pas un événement de la vie quotidienne, s’il ne s’actualise pas du fait de notre présence, il est comme mort et comme inexistant.

Il ne peut vivre effectivement dans l’humanité que s’il est vécu par quelqu’un, à fond, comme un saint François d’Assise.

Alors la vie tout entière devient transparence à Dieu et Dieu se respire sans qu’il soit nécessaire de le nommer.

Et c’est sous cet aspect que la vie chrétienne, que la révélation essentielle qui est celle de la Trinité peut donner à notre vie le sens d’une aventure incroyable qui est celle de porter Dieu, de communiquer Dieu, d’engendrer Dieu.

Comme le dit Jésus, d’être la mère de Dieu car «quiconque fait la volonté de Dieu est mon frère et ma sœur et ma mère».

Il ne s’agit donc plus désormais de notre destin, mais du destin de Dieu; non pas de ce qui nous arrive, mais de ce qui va lui arriver,

Car nous l’engageons dans toutes nos décisions, dans tous nos comportements, dans toutes nos affections. Nous l’engageons chaque fois que notre liberté joue et d’autant plus profondément qu’elle joue plus pleinement. Nous décidons donc de son existence expérimentale dans le monde.

Il sera rencontré et il sera vu, il sera reconnu dans la mesure où notre vie le laisse transparaître.

Nous sommes là au cœur d’une mystique où l’exigence spirituelle signifie la vie même de Dieu confiée à notre amour.

Le stimulant essentiel de notre effort contre toute la marée des tentations, contre toutes ces submersions cosmiques qui menacent constamment de nous envahir, le stimulant essentiel de notre générosité, c’est cela, c’est que la vie divine est remise entre nos mains.

Conférence, St-Germain-en-Laye (France) 1974
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