22ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B
Marc 7, 1-8.14-15.21-23


XXIIB

Que signifie “être pur” ?
Qu’est-ce qui est pur, qu’est-ce qui ne l’est pas ?
Marcel Domergue, jésuite, commente l’évangile de ce dimanche.

Rien de ce qui vient à l’homme de l’extérieur ne peut le rendre “impur”, c’est-à-dire l’empêcher de marcher vers l’achèvement de sa création à l’image de Dieu. Est “pur” ce qui n’est pas partagé, altéré par un mélange de buts et d’intentions. Ainsi, dans le langage courant nous parlons de “vin pur”. L’homme impur est l’homme “assis entre deux chaises”, l’homme du “oui-non”, du “oui mais”. C’est pourquoi le psaume 86 nous fait dire au verset 11 : “Unifie mon coeur pour qu’il craigne (révère) ton nom”. La pureté légale est tout autre chose : elle consiste à se mettre en règle avec un certain nombre de rites qui ne sont d’ailleurs pas sans signification. Problème de tout rite : on peut en rester au geste sans aller jusqu’à sa signification. L’ablution extérieure, le bain, signifie que l’on choisit la pureté intérieure telle qu’on vient de la décrire. En deçà, la pratique hygiénique, qui se trouve ainsi gratifiée d’un sens religieux. Pour que ce sens ne soit pas oublié, les gestes rituels sont le plus souvent accompagnés de paroles pour expliciter ce que nous cherchons par nos pratiques. Le coeur est partagé, impur, quand on se tourne à la fois vers Dieu et vers les idoles. L’énumération que Jésus propose à ses disciples (fin de la lecture) correspond à des pratiques idolâtriques : culte de l’argent, du sexe, de la volonté de dominer, etc. Ce sont là les “puissances et dominations” que le Christ, nous dit Paul, a mises sous ses pieds.

À la fois meurtris et “purs”

Il va de soi que ces puissances et dominations peuvent nous agresser de l’extérieur avec beaucoup de violence. À vrai dire, elles ne nous laissent pas indemnes. Or, Jésus ne dit-il pas que ce qui nous vient du dehors ne peut vraiment nous nuire ? Pas tout à fait. En réalité, les idoles peuvent nous faire très mal, et le Christ lui-même en a été victime, quand la jalousie et la peur de perdre leur pouvoir a conduit les chefs de son peuple à le faire crucifier. Quand Jésus nous dit que ce qui vient en nous et sur nous depuis l’extérieur ne peut nous altérer, il nous explique exactement ce qui va se passer à la croix : rien ne pourra l’amener à se départir de l’amour qui est sa nature propre. Au contraire, plus la perversité humaine se déploie, plus cet amour révèle la gloire de son absolue gratuité. Là, nous découvrons ce qu’est l’amour “à l’état pur”. Dans l’ensemble, beaucoup d’entre nous sont capables d’admettre cela “intellectuellement”, mais tout se complique quand il s’agit de pardonner concrètement un affront ou un acte de malveillance : la volonté de vengeance s’affiche couramment quand nous nous trouvons affrontés à l’injustifié. Alors “l’impur” prend en nous la parole. À côté du disciple du Christ se révèle en nous un personnage différent, un autre nous-même jusque-là occulté, sournoisement “tapi à notre porte” comme le péché dont parle Genèse 4,7 à propos de la pulsion homicide de Caïn.

L’unique commandement

Jésus reproche aux scribes de laisser de côté le commandement de Dieu pour s’attacher à la tradition des hommes. Consciemment ou non, ces notables exercent donc un jugement, choisissant ceci plutôt que cela. L’exercice de la liberté est donc à la source de cette dégradation de la relation à Dieu. Il ne peut y avoir d’impureté sans liberté. Je crois que c’est Malraux qui disait que nous avons à choisir une part de nous-mêmes, pour la privilégier. Tout ce qui monte du coeur de l’homme n’a pas la même valeur. Il y a en nous des personnages auxquels nous ne sommes pas forcés de donner la parole, quoi qu’en pensent certains idéologues de la spontanéité. Une spontanéité qui n’est pas forcément vérité. Notre texte se termine par une énumération de conduites perverses qui retrouve les interdits du Décalogue. Tous ces interdits concernent en fin de compte diverses formes du meurtre. Meurtre de Dieu, du Fils de l’homme, de n’importe quel homme. En face, le commandement unique (remarquons le singulier du verset 8), évidemment le commandement de l’amour de Dieu, qui ne peut être observé qu’à travers l’amour des hommes et s’inscrit contre toutes les figures de l’homicide. Les rites, les célébrations diverses, les cérémonies, les jeûnes et abstinences perdent toute valeur s’ils ne sont pas expression de ce choix fondamental et encouragement à le pratiquer.

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